‹ Histoire des sciences occultesChapitre 16 sur 67 · DEVINS · texte numérisé non relu

DEVINS

TYRÉSIAS. — A la tête des nombreux devins do l’antiquité, on place Tvrésias, fils de Chariclo, que Pindare surnomma le sublime interprète des dieux. Ce Tyrésias fut doublement célèbre, d’abord comme devin , puis comme hermaphrodite et juge dans cette singulière question que lui proposèrent Jupiter et Junon : à savoir lequel, de l’homme ou de la femme, était le plus enclin au plaisir du mariage, et chez lequel des deux ce plaisir était le plus vif? — Tyrésias, dont le corps réunissait les deux sexes, avoua que la femme l’emportait de beaucoup sur l’homme, quant au dernier point. — Junon, irritée de cette réponse, rendit Tyrésias aveugle; mais Ju-

piler, pour consoler le fils de Chariclo de ce malheur, lui fit don de l’art divinatoire et d’une longévité de plusieurs siècles.

Tyrésias comprenait le langage de tous les animaux, depuis le bourdonnement des insectes jusqu’au rugissement du lion; mais c’était particulièrement • dans le murmure des brises, le sifflement des vents, le vol et le cri des oiseaux, qu’il fondait son art divinatoire. Pendant le çours de sa longue carrière, Tyrésias fit un grand nombre de prédictions qui eurent toutes, dit-on, leur entier accomplissement. Plusieurs do ces prédictions dépeignent la barbare ignorance des temps héroïqués, entre autres celle qui exigea le sacrifice de Ménécée, fils du roi de Thèbes, pour assurer la victoire aux Thébains contre les Argiens. Ménécée, ayant appris les terribles paroles du devin, n’écouta que son patriotisme et se laissa égorger volontairement. Aussitôt après cet assassinat, les Thébains donnèrent la bataille et furent vainqueurs.

CALCHAS. — Grand-prêtre et devin de l’armée grecque rassemblée autour de Troie, passait pour le plus habile des devins de son époque. Son œil pénétrant voyait à la fois le présent, le passé et l’avenir. Il annonça, dit-on, que le siège de Troie durerait dix ans, et que la présence d’Achille, fils de Pélée, était une des conditions fatales de la prise de cette ville. — Ce fut Calchas qui imposa le sanglant sacrifice

d’Iphigénie à Diane, comme seul moyen de sauver la flotte grecque retenue par des -vents contraires, dans un des ports de l’Aulide. II prédit aussi sa mort pour le jour où il se trouverait un devin plus habile que lui; ce qui arriva, en effet; car, ayant rencontré le devin Mopsus et fait assaut de savoir avec lui, il se noya de désespoir d’avoir eu le dessous.

MOPSUS. — Cet homme s’acquit une immense réputation dans l’art divinatoire : les rois, les princes venaient le consulter sur leurs affaires, et les généraux sur l’issue des batailles qu’ils voulaient livrer.

Les peuples, enthousiasmés de sa science, le divinisèrent, et un oracle, en Cilicie, porta son nom. Une chronique grecque raconte les deux traits suivants de sa lutte contre Calchas :

Un jour que les deux-devins, accompagnés d’une foule nombreuse, s’étaient arrêtés sous un épais figuier, Mopsus dit à son confrère :

— « L’esprit divin qui vous éclaire pourrait-il, vénérable confrère, vous faire soudainement dénombrer les fruits que porte cet arbre? »

— « 6,727 figues, répondit aussitôt Calchas. »

— « Vous ne vous êtes trompé que d’une, car le chiffre est de 6,728. Mais la connaissance des nombres n’est qu’une bagatelle pour des hommes tels que » nous ; il s’agü de déterminer combien de figues vertes, combien de mûres et de gâtées? »

À cette question imprévue, Calchas hésita, et, sans

lui donner le temps de se recueillir, son rival ajouta :

— « J'affirme, en ma qualité de petit-fils d’Apollon, que cet arbre porte 2,627 figues vertes, 3,736 mûres et 365 gâtées. »

Aussitôt, les assistants se mirent à cueillir les fruits et, après les avoir triés et comptés, restèrent muets d’admiration. Les chiffres annoncés par Mopsus étaient complètement exacts. De ce moment, la réputation de Calchas éprouva une atteinte* dont elle ne pouvait se relever que par un prodige.

Le lendemain, les deux devins se promenant ensemble, suivis, comme la veille, de nombreux admirateurs, aperçurent une laie sur le point de mettre bas. Calchas, voulant prendre sa revanche, adressa cette question à Mopsus :

— « Vous, mon confrère, qui possédez si bien la science des nombres cachés, veuillez me dire combien de petits donnera cette femelle? »

— « Sa portée sera de 17 petits, ni plus ni moins, répondit Mopsus ; mais, à votre tour, Calchas, sauriez-vous distinguer combien, dans ce nombre, il se trouvera de mâles et de femelles, et quelle sera leur couleur? »

Calchas hésita encore, et le trouble qui s’empara de lui, l’empêcha de trouver une réponse. Alors, Mopsus s’écria d’une voix triomphante :

— «Cette nuit, la laie mettra bas 17 petits; 13 de

seie mâle et de couleur noire ; les 4 derniers seront des femelles et de couleur blanche. »

La prédiction s’accomplit strictement, et le devin Calchas, dont l’astre avait pâli, se noya de désespoir.

Ces exercices vulgaires n’étaient, à proprement parler, que les hors-d’œuvre du métier; le devin, presque toujours membre d’un collège sacerdotal, exerçait son art sur une plus haute échelle. On le consultait dans les calamités publiques, afin de les conjurer en se rendant les dieux favorables; on le consultait aussi dans les affaires publiques et privées pour en connaître l’issue. Attachés à lq personne des rois et des grands de la terre, auxquels ils avaient su se rendre indispensables, les devins jouissaient, dans l'antiquité, d’une telle considération, que rien d’important ne s’entreprenait sans leur participation.

La liste des hommes qui, à l’exemple de Tyrésias, de Calchas et de Mopsus se rendirent célèbres dans l’art divinatoire, serait beaucoup trop longue pour être déroulée ici, nous ne citerons que les noms les plus remarquables :

Hellénus, fils de Priam ; — Amphilocus ; — Amphiaraüs; — Epiménide de Crète; — Bacchis de Béotie ; — Branchus, à qui l’on éleva un temple à Milet et qui fonda l’oracle des Branchides; — Phyné; — Théoclimène ; — Agias ; — Thisis ; — Éphébolus ; — Ophymé; — Aristandre, consulté par Alexandre do Macédoine, — Læmpon ; — Mérops ; — Abas ; —

Aharis le Scythe; — Héropbile, qui prédit que la belle Hélène serait cause de la ruine de Troie ; — Tbellîas, et beaucoup d’autres encore dont les noms nous échappent.

Les femmes ne furent pas exclues de l’art divinatoire; leur nombre, quoique inférieur à celui des hommes, ne laisse pas que d’être assez considérable. Parmi les devineresses qui eurent une brillante renommée, on cite :

Cbariclo, mère de Tyrésias, et Mantho, sa fille; cette dernière figura comme Pythie de l’oracle de Claros; — Cassandre, fille de Priam, qui annonça la ruine de Troie et prédit le meurtre d’Agamemnon ;

. — Daphné; — Aglaonice; — Phyto; — Phennis; — Erychiho; — Carmenta, qui fit de si étonnantes .prédictions, qu’ou lui éleva un temple à Rome; — Débora , la Pytbonisse d'Endor ; — Marthe, la prophétesse, qui vint de Syrie à Rome pour effrayer les Romains par ses tristes prédictions, et qui annonça à Marius sa fin tragique, etc., etc. On doit aussi ranger dans la classe des devineresses toutes les Pythies qui desservaient les nombreux oracles de* l’antiquité.

■ SECTION II. 4

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