DES SCIENCES CHEZ LES ANCIENS
Les sciences physiques, dans l’antiquité, n’atteignirent pas ce haut degré où les ont poussées les modernes. Cependant plusieurs hommes de génie chez les Chaldéens, les Égyptiens et les Grecs méritent, par leurs travaux et leurs découvertes, notre admiration et notre reconnaissance. Ce fut surtout de l’astronomie et de la mécanique qu’ils s’occupèrent avec le plus d’ardeur; d’où il faut conclure qu’ils possédaient des notions de mathématiques très-avancées.
Les deux plus grandes figures scientifiques de ces époques sont Pythagore et Archimède. Ce dernier opéra, en mécanique, des prodiges dont nous allons bientôt parler. Mais, les sciences, qui sont aujourd’hui dans le domaine public, étaient autrefois le privilège de quelques-uns, et c’est très-probablement la cause du retard qu’elles éprouvèrent, tandis que
les arts furent portés à une perfection que les modernes n’ont pu atteindre. Nous allons exposer sommairement les diverses branches de la science que les anciens cultivèrent avec le plus de succès .
g I" — OPTIQUE.
L’optique était très-avancée chez les Égyptiens et les Grecs. Aulu-Gelle rapporte qu’ils construisaient différentes sortes de miroirs : les uns multipliaient les objets, les autres les offraient renversés, et ces mômes miroirs, placés dans une position particulière, ne réfléchissaient plus rien. Ils connaissaient les miroirs coniques, convexes, concaves, magiques, etc. Ils se servaient du prisme pour décomposer la lumière, de la chambre obscure, de la lanterne magique et de divers moyens de catoptrique propres à faire naître des illusions que le vulgaire prenait pour des miracles. Suidas rapporte que les thaumaturges de son temps étaient très-habiles dans l’art do fasciner les yeux, de donner à autrui les formes les plus attrayantes , comme aussi les plus difformes. Pomponius Mêla attribuait aux Druidesses de Séna l’art de pouvoir se transformer et de transformer les hommes en animaux. Tout cela ne pouvait se produire que par des illusions d’optique. Il en était de même dans les souterrains de Memphis, de Sais, d’Éleusis et autres lieux célèbres où se pratiquaient les
initiations. La pyrotechnie, la fantasmagorie et la ven* triloquie jouaient un grand rôle dans les épreuves auxquelles on soumettait les adeptes. Cicéron, Sénèque, Jamblique, Aulu-Gelle et plusieurs autres auteurs, ont consigné dans leurs écrits les moyens alors employés pour grossir les objets et les rendre visibles à de grandes distances. Enfin, les recherches de nos plus savants archéologues ne laissent désormais ducun doute sur divers instruments d’optique en usage chez les anciens, tels que les verres concaves, convexes et autres lentilles de toute dimension ; les microscopes hydrauliques, ainsi qu’ün genre particulier de lunettes et de télescopes, étaient aussi employés pour grossir les objets et rapprocher les distances. Nous placerons ici quelques lignes sur le fameux miroir ardent d’Archimède, regardé par plusieurs savants comme fabuleux. Cette courte description sera peut-être une preuve que beaucoup de découvertes attribuées aux modernes étaient parfaitement con-* nues des anciens.
Le miroir ardent d’Archimède, au moyen duquel il brûla la flotte romaine assiégeant Syracuse, est cité, par plusieurs historiens, comme une inventiou trèsréelle. Voici comment s’exprime Tzelzèsà cet égard i
« Archimède brûla les vaisseaux de Marcellus à l’aide d’un miroir ardent composé de petits miroirs, lesquels se mouvaient en tous Sens au moyen de charnières, et qui, exposés aux rayons solaires et di-
rigéssur les vaisseaux, les réduisirent en cendres à la portée d’un trait. »
Antiielme de Tralles.en Lydie, célèbre architecte et savant mécanicien, dans son traité intitulé : Paradoxes de Mécanique, disserte longuement sur ce fameux miroir. Non-seulement il en admet l’existence, mais il donne lui-même le modèle d’un miroir qui pourrait enflammer du bois à une certaine distance.
Lucien, Zonare et Vitellion disent posilivemcn qu'au siège de Syracuse la flotte romaine fut brûlée par le miroir d’Archimède. Plus tard, Proclus construisit un miroir à peu près semblable et brûla aussi là flotte de "Vilalicn au siège de Constantinople. Eustathius , dans son commentaire sur l’Iliade , dit qu’Archimède, par une invention de catoptrique, brûla la flotte romaine à la distance d’un trait d'arbalète. De telle sorte qu’il n’est point de fait historique mieux établi quo celui -là.- Enfin , Buffon , notre célèbre naturaliste, voulant vérifier le fait, fit construire un immense miroir composé de trentesix petits miroirs dont les foyers renvoyaient la lumière sur le même point. La puissance réflective de cet immense miroir put enflammer une planche de sapin à vingt-cinq pas de distance.