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I II. — MÉCANIQUE

Dans l’ancienne civilisation gréco- romaine, la mé-

canique avait atteint un haut degré de perfection, si nous en jugeons par les descriptions que l’histoire nous a transmises. Les machines de guerre, d’une dimension colossale, à trois et quatre étages, dépassaient en hauteur les remparts les plus élevés. Au sommet de ces tours mouvantes existait un pont volant qu’on abaissait sur le rempart de la ville assiégée, afin que les assiégeants pussent facilement se jeter dans la place. Au bas de ces machines, un immense bélier se trouvait suspendu pour battre en brèche les murs les plus épais. Les énormes machines construites par l’architecte de Démétrius, valurent à ce prince le surnom de Poliorcète ou preneur de villes.

Un mécanicien de la ville d’Alexandrie, alors assiégée par J. César, inventa une machine aussi vaste que compliquée qui pompait une quantité prodigieuse d’eau de mer, et la lançait ensuite avec violence sur les assiégeants. Ces inondations artificielles incommodaient tellement les troupes romaines, que, sans l’énergique volonté de J. César, elles auraient levé le siège.

C’était surtout dans les temples d’Égypte et de Grèce que se rencontraient les plus savants mécaniciens. L’immense attirail que l’on déployait dans la cérémonie des épreuves, les appareils fantasmagoriques de tous genres, réunissant tous les prodiges de la statique, de l’hydraulique, de l’optique, de l’a-

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coustique, etc/, devaient nécessairement être construits et dirigés par des hommes fort habiles et profondément versés dans les sciences dont ils faisaient l’application (1).

Mais, de tous les hommes qui s’illustrèrent dans les arts mécaniques, aucun ne saurait être comparé à ARCHIMÈDE. Ce génie hors ligne fournirait matière à plusieurs volumes, si l’on voulait rapporter les merveilleuses inventions sorties de son cerveau créateur. Un savant anglais disait de lui : « Ce grand homme a posé les premiers fondements de presque toutes les sciences et des inventions que notre siècle se fait gloire de perfectionner. »

Il n’est point d’écolier qui ne sache qu’Archimède défendit, à lui seul, la ville de Syracuse, assiégée par les Romains. Pendant ce siège mémorable, il construisit plusieurs machines d’une puissance incroyable. Lorsque les vaisseaux ennemis s'avançaient trop près des murs de Syracuse, une énorme main de fer sortait d'une tour et les saisissait par la proue, les soulevait en l’air, les secouait rudement, puis les brisait ou les coulait à fond. Les ennemis, stupéfaits, croyaient que les dieux seuls pouvaient disposer d’une force semblable. Si, pour les mettre à l’abri de ces mains de fer, ils éloignaient leurs vaisseaux du

(1) V. dans les Nuits Corinthiennes oa Soirées de Lais, la description des épreuves d’Éleusis.

pürl, Archimède allait encore les embraser arec son miroir ardent.

Archimède construisit une galère colossale pour le roi lliéron, son parent et son admirateur. On trou-^ vàit dans cette galère des apportements aussi vastes que somptueux, des jardins, des prés émaillés de fleurs, des promenades plantées d'arbres au frais ombrage, des ruisseaux, des étangs pleins de poissons; enfin, tout le luxe et le confortable que pût désirer le roi lliéron. Archimède produisit tant de choses merveilleuses, exécuta des travaux si gigantesques» qu’on hésite à y croire. Ce furent ses vastes connaissances dans les sciences et sa confiance dans la puissance des machines qui lui firent dire : « Donnez moi un point d’appui, je remuerai le globe terrestre.

Après Archimède, oti cite Clésibius, qui inventa un système de pompes très-ingénieux, et le mathématicien Héron, qui construisit des horloges à eau d'une grande exactitude, des crics d'une puissance extraordinaire et des machines à vent. — Archytas s’ticquil une haute renommée par sa colombe artificielle qui volait comme une colombe vivante, roucoulait et venait se percher sur le doigt qu'on lui présentait; — Beaucoup d’autres habiles mécaniciens s’illustrèrent par leurs inventions et leurs travaux.

Il résulte de ce que nous venons de dire, que hé

anciens avaient fait d’immenses progrès en mécanique. Les documents historiques et les monuments échappés à ia dent destructive du temps en donnent la preuve convaincante.

Nous ne terminerons point cet article sans parler d’un mécanicien célèbre du siècle dernier, dont lés ouvrages égalèrent au moins ceux d’xVrchytas; je veux parler du célèbre Vaueànson, qui construisit plusieurs automates du plus parfait travail : entre autres, un joueur de flûte et un canard.

Le cartard offrait dans son intérieur le mécanisme des viscères destinés aux fonctions de la nutrition et de la digestion ; le jeu de toutes les parties nécessaires à ces fonctions y était exactement imité ; il allongeait son cou pour aller prendre le grain dans la main ; il l’avalait, le digérait et le rendait par les voies ordinaires. Tous les gestes d’un canard qui avale avec précipitation, et qui redouble de vitesse dans les mouvements de son gosier pour faire passer le manger jusque dans l’estomac, y Sont rendus avec une vérité très-frappante. Une fois l'aliment introduit dans l’ estorrttm , il y éprouve une digestion complète, comme chez les animaux; puis la bouillie chymeusc est conduite par des tuyaux figurant des intestins jusqu’à l’anus, oà il se trouve un sphincter qui en suspend ou en permet l’excrétion.

Vaucauson ne donnait pas cette digestion mécanique pour une digestion parfaite capable de faire dü

sang; il avait seulement voulu imiter le mécanisme de la digestion, divisée en trois temps : 1° avaler le grain; 2° le triturer, le macérer, le dissoudre; 3° le faire sortir avec une altération sensible.

Il a fallu vaincre de grandes difficultés pour arriver à cet étonnant résultat ; il a fallu construire, dans un petit espace, un laboratoire chimique pour décomposer le grain et le conduire, par des circonvolutions de tuyaux, à une extrémité opposée à celle par où il était entré.

Ce canard boit, barbote, agite les ailes, se lève sur ses pattes, marche, crie et exécute tous les mouvements d’un canard vivant.

Le second chef-d’œuvre de Yaucanson se nommait le Joueur de flûte ; il était habillé en berger-danseur, et jouait une vingtaine d’airs, menuets, rigodons ou contre-danses ; il jouait du flageôlet d’une main et battait du tambour de l’autre.

Le canard de l’habile mécanicien français valait bien la colombe d’Arcbytas.

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