SON ORIGINE ET SES PROGRES
Ce mot, dans son acception primitive, signifiait science des Mages. — La science des mages se résumait dans la connaissance secrète de divers phénomènes physiques et dans l’art de les reproduire par imitation.
Nous ne nous égarerons point à la recherche du premier homme qui s’occupa de magie ; nous laisserons nos érudits discuter entre eux, si c’est à Hermès Trismégiste, à Seth ou hJarad, son quatrième descendant, ou à C/iani, fils de Noë, qu’il faut en attribuer la première étude, ou enfin à Zoroaslre , fondateur de la religion des mages ; il nous suffira de dire qu’à ces époques lointaines, où le génie do
l’homme n’avait encore pu pénétrer dans le sanctuaire des sciences physiques, les mages, prêtres répandus en Orient et particulièrement dans l’Inde, s’adonnaient à l’étude de la nature et de la philosophie. Minutieux observateurs de tous les phénomènes qui s’offraient à leurs regards, ils s’efforcaient de remonter des effets aux causes et de trouver, par ce procédé, l’explication de ces dernières. Chaque phénomène reconnu constant, invariable, était soigneusement enregistré dans leurs annales, à côté d’autres faits déjà expliqués. Ainsi marcha de siècle en siècle cette étude, qui n’embrassa d'abord qu’un amas de phénomènes physiques et de combinaisons chimiques, dont la découverte était le plus souvent due au hasard ; mais, qui, plus tard, devaient servir de matériaux pour construire cet admirable édifice des sciences physiques, une des gloires de la civilisation moderne.
De l’Inde la science des mages passa chez les Chaldéens, un des plus anciens peuples du monde, et de là chez les Égyptiens, nation superstitieuse et crédule, courbée sous un gouvernement essentiellement théocratique. Cachée au fond des temples, la magie se concentra dans le sein de la classe sacerdotale, qui fut, pendant si longtemps, la seule dépositaire des progrès de l’esprit humain ; l’histoire nous apprend quel immense parti elle sut en tirer pour dominer les peuples et contrebalancer la puissance des rois
Le savant -Mosès-*Maimonidès, versé dans' l’élude des sciences, nousi apprend que- la 'magie des Chaldéensse.divisait en (deux parties: la première avait -pour büHa connaissance des végétaux, des minéraux et des métaux ; )la seconde précisait le temps, la saison et Fétht dedempérature où des -opérations .physiques et chimiques -pouvaientise pratiquer avec-succès. Ces études; première ébauche des sciences naturelles, permetlaienUà llbomme-quiles.1 possédait de-prédire les phénomènes do-la nature^ toujours -.merveilleux ou surnaturels-pourlle -vulgaire ignorant.
La magie joue un1 très-grand rôle dans les traditions hébraïques : — Les Chananéens encoururent la colère de Dieu parce qu’ils usaient d’enchantements. — Balaamj assiégé par un rot d’Étfaiopie*eutrecûurs à la magie -pourv se délivrent- son ennemi. — L’épouse d’un Pharaon, -«vepsée- -dans la magie, en communiqua les secrets à l’enfant célèbre -exposé sur les eaux du Nil, et Moïse, instruit par la reine, élevé par les prêtres égyptiens, surpassa bientôt ses maîtres dans les sciences -occultes ; il devint puissant en pa - * rotes et en cturres.
Les plus grands poètes et philosophes de la Grèce, Orphée, Homère, Pythagore, Platon, Lycurgue, Callisthène, etc., parcoururent l’Inde, la Chaldée et •l’Égypte, où ils se firent initier à la science des mages, et rapportèrent dans leur patrie les connaissances physiques, astronomiques et théogoniques
qu’ils y avaient puisées. Mais les prêtres égyptiens se bornaient à leur donner de simples notions, dénuées de toute théorie. Ce ne fut donc qu’à force de travail et d’observations que Thalès put prédire une éclipse. Ce ne fut aussi qu’à l’aide de son vaste génie que Pythagore trouva la démonstration de l’égalité du carré de l’hypothénuse à la somme des carrés des deux autres côtés du triangle rectangle. Rome, à son tour, emprunta à la Grèce ses arts et ses secrets et les répandit sur le reste de l’Occident.
Si l’on consulte les légendes du Nord, on y voit la magie également ancienne, également puissante. Les druides, dans leurs sombres forêts, les prêtres d’Odin, au fond de leurs antres glacés, employaient des moyens analogues à ceux des Indiens ou des Égyptiens pour opérer des prestiges, et se livraient comme eux à une foule de pratiques plus ou moins bizarres et superstitieuses. Doit-on en conclure que les prêtres gaulois et Scandinaves avaient tiré leur science de l’Inde ou de l’Égypte % Cette question a été résolue affirmativement par les uns, négativement par les autres. Malgré ce conflit d’opinions, il est aujourd’hui ' généralement admis que les premiers hommes versés dans les sciences furent appelés mages chez les Perses, — gymnosophistes chez les Indiens, — prêtres chez les Égyptiens, — philosophes chez les Grecs, — doctes, érudits chez les Romains, — druides chez les ''Gaulois... etc., etc.
Mais la magie perdit bientôt son caractère de pureté primitive ; les charlatans et jongleurs de toute espèce s’emparèrent de ce qu’elle offrait de merveilleux, de surnaturel en apparence et, sous le nom de sciences occultes, l’entourèrent d’une foule de pratiques secrètes plus ou moins prestigieuses, dans le double but d’accaparer le pouvoir et les richesses, et de se rendre maîtres, par la crainte, du vulgaire ignorant.
Arrêtons-nous ici un instant pour examiner la magie et ses immenses progrès dans la grande civilisation romaine. Si les Grecs s’adonnèrent publiquement à la magie après les conquêtes d’Alexandre, les Romains, sous le règne d’Auguste, les laissèrent bien loin derrière eux. L’érudit Brucker dit que pendant les dernières années du règne d’Auguste, vanté comme une période de lumières et de calme, plusieurs philosophes donnaient des leçons de magie. — Suétone avoue, à la honte des Romains, que plus de deux mille volumes de magie et de prédictions étaient alors dans les mains des particuliers. — Horace rapporte que les Romains erraient dans les tombeaux, ramassant les ossements et les herbes pour pratiquer des évocations. — Tibère proscrivit les' magiciens ; mais il avait des astrologues à sa cour et ne faisait rien sans les consulter. — Néron fit venir à Rome le fameux magicien Tiridate, pour être initié aux secrets de son art. — Vespasien chassait les magiciens par
des édits et les rappelait par ses largesses. — ■ Le cruel Domitien en avait attaché plusieurs à sa personne. — Adrien leur accordait sa confiance. Cet empereur,
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ami des arts, et qui luttait d’éloquence avec les rhé-
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, teurs, de sophisme avec les sophistes, voulut aussi lutter de sorcellerie avec les sorciers. — Marc-Aurèle
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se faisait accompagner de l’astrologue Arnuphis, Égyptien d’origine. — Le père de Caracalla, aussi rusé qu’habile, ne put se défendre de cette folie ; il poussa la crédulité jusqu'à épouser une femme parce que l’oracle avait prédit que cette femme épouserait le souverain du monde. — Alexandre-Sévère, malgré les lumières de sa raison, institua des chaires publiques d’astrologie. — Dioclétien tua de sa propre main, sur la prédiction d’un druide, un malheureux dont le nom réalisait la prophétie qui l’appelait à l’empire. — Constantin, avant sa conversion, avait immolé, d’après les rites magiques, des lions amenés du fond de la Lybie.
Pendant toute cette période de temps, la magie fut la passion dominante. Les villes et villages étaient remplis de magiciens ; chaque localité avait sa statue, sa caverne miraculeuse ; et il n’était d’individus, qui ne possédât son talisman. Les philosophes ne pouvaient entrer dans les riches maisons comme précepteurs qu’en opérant des prestiges. Là magie servait de base à toutes les sciences : la médecine notait plus qu’un vil ramas de formules mystérieuses. Le méde-
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cin Xénocrate, d’Aphrodisium, composa un traité sur l’art de guérir, dans lequel il signalait les incantations et les amulettes comme d’excellents remèdes. Les personnes à qui on avait dérobé des objets précieux avaient recours aux magiciens plutôt qu’aux magistrats, pour découvrir les voleurs. Enfin, les chefs de l’État, les gouverneurs, interrogeaient les devins et devineresses sur le sort de l'Empire. Cette étrange maladie, après avoir envahila société entière, devint féroce, homicide. On fit des sacrifices humains; on tua des enfants, et leurs membres, dépecés selon les rites magiques, servirent à évoquer les puissances inconnues. Pendant tout le temps que dura cette déplorable maladie, chez les Romains et les peuples conquis, les égarements de la raison arrivèrent à lèur comble.
Aux siècles de barbarie, où la religion s’entourait de fanatisme et de superstition, la magie dégénérée fit une foule de dupes et servit parfaitement les projets ambitieux d’une classe déjà puissante. Mais l’art divinatoire ne pouvait rester constamment entre les mains de quelques privilégiés ; tes énormes prôfits qu’il rapportait tentèrent la cupidité, et l’on vit surgir, de toute part une foule de prophètes, de devins, de sorciers, d’enchanteurs et de charlatans qui se mirent à exploiter la crédulité publique avec une in- 1 croyable audace.
De ce moment, la magie avaii atteint son apogéb et
devait bientôt tomber en discrédit; car toutes les choses humaines ont leur degré suprême et leur déclin. Ce fut surtout au moyen âge que la magie et la sorcellerie produisirent d’affreux ravages au sein des sociétés imbues de fausses idées religieuses. Pendant cette période, si fatale aux progrès de l’humanité, la fantasmagorie infernale et la superstition portèrent de tous côtés la terreur et l’effroi. Des hommes éminents, soit par politique, soit par conviction, entretinrent ces funestes idées par leur croyance irréfléchie, de telle sorte que les populations timorées vivaient incessamment sous l’empire delà crainte des légions diaboliques, des magiciens et des sorciers. On sait que la frayeur enraye les forces vitales et rend l’borame pusillanime; on sait aussi que la frayeur peut se propager épidémiquementet envahir une ville, une province entière; c’est ce qui arriva sur plusieurs points de l’Europe. Les faits les plus authentiques à ce sujet seront relatés dans le courant de cet ouvrage. Fort heureusement pour l’humanité, il se trouva quelques philosophes qui attaquèrent ces abus et ne craignirent pas d’ex- ' poser leur vie pour saper et détruire cette absurde croyance à la démonologie. Mais le langage et les écrits de ces philanthropes de cœur et de raison n’étaient compris que de la portion intelligente de la société, tandis que la masse restait ignorante et brutale. Il fallut une grande commotion sociale, une révolution radicale dans les mœurs et les idées, pour extirper en
France cette croyance absurde et donner l’essor à la raison. Ce n’est guère qu’à dater de 1793 que la magie tomba complètement en discrédit, et, quoique le peuple soit aujourd’hui plus éclairé qu’autrefois, il existe encore dans les campagnes une foule de bonnes gens qui croient aux sorciers, aux revenants et aux loups-garous.
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