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ALTÉRATION DE LA MAGIE

TOMBÉE DANS LE DOMAINE PUBLIC, LA MAGIE SE DIVISE EN DIFFÉRENTS GENRES.

La science des mages, fruit d’une longue, d’uno incessante étude des secrets de la nature, franchit enfin, après bien des siècles, le sanctuaire des temples pour s’établir dans le domaine profane. Ce mouvement s’opéra le jour où quelques membres du collège sacerdotal, mécontents de leur position, cherchèrent à s’en créer une meilleure en tirant parti de leur savoir. Ces ambitieux se dispersèrent dans les cités populeuses, sous les différents noms de magiciens, cC enchanteurs, goétiens, devins, astrologues , etc., et, au moyen de leurs connaissances physico-chimiques et astronomiques, se firent passer, aux yeux du vulgaire, pour des êtres privilégiés à qui rien n’était impossible. Formés à leur école, une foule de charla-

dans plus ou moins audacieux, plus ou moins habiles se répandirent bientôt de tous côtés, annonçant avec effronterie qu’ils possédaient la clef des sciences occultes, que le livre du ’destin leur était ouvert et qu’ils pouvaient à leur gré opérer des miracles.

De ce moment, la science des mages avait perdu de sa pureté primitive et n’était plus qu’un grossier ramas de formules bizarres et de pratiques superstitieuses. Démocrite, qui avait été élevé à l’école des mages et passait pour avoir de profondes connaissances en histoire naturelle, s’engagea dans des luttes fréquentes contre les magiciens de son temps, en opposant à leurs prestiges des phénomènes prodigieux on apparence. Ce philosophe, d’après Lucien, ne croyait à aucun miracle et avait la persuasion que l’habileté des thaumaturges était de tromper les gens crédules; il professait que la vraie magie se renfermait tout entière dans l’application et dans l'imitation des lois et des créations de la nature.

Le savant Mosès-Maimonidès, qui vivait au douzièm e ècle, a également fait savoir que la science des vrais mages consiàtait dans la connaissance des métaux, des plantes et des animaux, c’est-à-dire, dans des notions d’histoire naturelle.

Les Chaldéens passent pour avoir été le premier peuple qui se soit adonné à la magie dégénérée. Ils se rendirent si fameux dans Cet art puéril, que les noms de Chaldéens et de magiciens devinrent, plus

lard, synonymes. Sous le règne de Nabuchodonosor,

le nombre des magiciens s’accrut tellement que, dans l'intérêt du métier, il fallut établir quatre catégories dont chacune comprenait une spécialité.

Les Kftarhimins ou enchanteurs possédaient exclusivement l’art de fasciner les yeux et de produire des illusions fantasmagoriques.

Les Ashaphins interprétaient les songes : Joseph fut très-habile dans cet art; on sait qu’il dut sa haute position en Égypte à l’interprétation des songes d’un Pharaon.

Les Khasdins ou astrologues prétendaient lire l’avenir dans les astres; ils étaient particulièrement consultés dans les affaires majeures.

Enfin, dans la dernière catégorie se trouvaient relégués les Meskhafins, espèces de sorciers qui usaient de drogues composées d’herbes vénéneuses, de sang de cadavres et' de matières dégoûtantes. On redoutait l’approche de ces êtres malfaisants parce qu’on les supposait en relation avec les divinités ténébreuses.

Les magiciens des trois premières catégories étaient, au contraire, en grande vénération et fréquentaient le palais des grands. Les rois avaient leurs astrologue? qu’on regardait comme des personnages très-importants.

Au temps de Moïse, les Khartumins avaient acquis une habileté très-remarquable, et les différents tours qu’ils exécutaient ne seraient pas indignes de notre

physique amusante. L’histoire sacrée dit : que les magiciens de Pharaon, Jamnèse t Membrès, luttèrent do savoir-faire avec le législateur des Juifs, et qu’il fallut un miracle pour que Moïse remportât sur eux la victoire. On sait que ces magiciens, pour prouver leurs moyens occultes, jetèrent leurs baguettes sur le sable et qu’aussitôt elles commencèrent à se mouvoir comme des serpents. Moïse opéra le môme prodige aux yeux de Pharaon et des Khartumins stupéfaits ; mais ce qui les étonna plus encore, c’est que, dit-on, sa verge dévora les deux autres.

Les prêtres de Memphis, voulant réduire ce fait thaumaturgique à un fait ordinaire, prétendirent que, Moïse ayant été instruit dans les sciences occultes par Jamnès et Membrès, sa victoire se réduisait à la vérité de cet axiome : les disciples , très-souvent , en savent plus que tes maîtres.

Ainsi que nous venons de le dire, le jour où quelques-uns des secrets magiques sortirent des temples pour se répandre au dehors, ils furent accueillis avec empressement par des gens adroits qui en tirèrent profit. Alors la magie, déviant de sa route naturelle, ne fut bientôt plus qu’un amas de formules bizarres, extravagantes, selon le caprice ou l’intérêt de ceux qui l’exploitaient; alors, la caste sacerdotale distingua la science occulte en deux catégories : la magie divine ou bienfaisante dont elle seule possédait les secrets , et la magie noire qu goétie ,

magie absurde et malfaisante. (Do nos jours, on a donné le nom de magie blanche à l’art du prestidigitateur, dans lequel ont excellé Comte et surtout Robert-Houdin, homme de génie, qui pratiquaient avec succès la physique et la chimie amusantes.)

Ce fut donc à dater de l’altération de la magie, époque lointaine et fort reculée, que l’on donna le nom de magiciens aux individus qui s’adonnaient à la goétie, tandis que les noms de mages et de devins furent conservés aux savants de la classe sacerdotale. Plus tard, on désigna par les noms d’enchanteurs, nécromanciens, sorciers, démonomantiens, etc. , ceux qui se livraient au vain art de la goétie. Nous allons passer en revue ces différents genres de magie, afin d’en donner une idée nette au lecteur.

SECTION III

RAGIE DIVINE

THEURG1E. — THAUMATURGIE.

Tous les peuples de l’antiquité ont eu leurs hommes inspirés, leurs magiciens.

L'histoire sacrée les nomma prophètes , c’est-àdire hommes privilégiés prédisant les choses futures, sous l’inspiration divine.

L’histoire profane les désigna sous les divers noms

d’augures, aruspicés, devins, horoscopistes, pythies ou pythonisses, sibylles, etc., etc.

Les devins, pythonisses et sibylles prédisaient également l’avenir sous l’inspiration divine. — Les augures et aruspicés découvraient les choses cachées, par le vol, le chant, et la manière de manger des oiseaux ; par le murmure des brises à travers les arbres, et celui des éaux sur les cailloux ; par le passage des nuages, le cri des animaux, leur manière de porter la tête et la queue, etc., etc..., par l’inspection

du foie et des entrailles d’une victime, etc.

but de satisfaire les amateurs d’étymologies, nous ferons les distinctions suivantes :

Prophète , mot tiré du grec, vient de npi, avant, et de ytipi, parler. — Prophétie signifie prédiction, fait annoncé avant le temps de son accomplissement ; c’est, enfin, la connaissance des choses à venir. Dans ce sens, Samuel prophétisa à Saül. — Le prophète parle sous Hnspiration divine, lorsqu’il prédit ce qui doit arriver.

Le devin découvre les choses cachées. — La divination regarde le présent et le passé, tandis .que la prophétie a pour objet l’avenir.

Un homme d’intelligence et d’observation qui découvre les conséquences dans le principe et les effets dans la cause, pourrait être regardé comme prophète.

Un homme instruit qui connaît les rapports des v

mouvements physiqçnomoniques -avec les, affeçtions dç.l’âroe, pourrait passer pour devin.

Aujourd’hui que le temps des prophéties est passé, que les oracles se sont tus devant les progrès des sciences physiques et morales, on ne donne plus que par métaphore le nom de prophète à l’homme d'intelligence et d’observation qui cherche la conséquence dans les principes et découvre les effets dans la cause.

Ainsi, l’homme mûri dans l’étude des sciences politiques et sociales peut prédire longtemps d’avanco les événements qui doivent amener d’inéyitables révolutions et changer la constitution d’un peuple. — Le médecin sage et versé dans son art pronostiquera, dès l’invasion d'une maladie, sa marche, sa durée, sa terminaison heurepse ou funeste. — Le vieux paysan qui, (Jès sa jeunesse, observe chaque jour l'état météorologique du ciel, se trompe rarement lorsqu’il annonce, pour le lendemain, du vent, de la pluie ou du beau temps. Ces prédictions, loin d’être surnaturrelles, $9Rt la conséquence logique de la science des probabilités.

Cependant, on a prétendu que certains êtres privilégiés avaient des intuitions, entendaient des yoij intérieures qui leur annonçaient qu’un fflit Sp RflSW,1 loin d’eu? et quelqnefpjis à d’incroyables distspcpsÿ cette assertion est vraie jusqu'à un certain point,; mais ces intuitions et ces voi* intérieures, (jyi nous

semblent d'abord s’éloigner du cours des choses naturelles, reconnaissent une cause purement physique, et nous renvoyons le lecteur à notre petit ouvrage des Mystères du Sommeil et du Magnétisme , où cette intéressante question est traitée avec tous les détails qu’elle exige.

SECTION rv.

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