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CHAPITRE XVI

CYSMOLOGIE. — MÉTÉOROLOGIE

ART DK PREVOIR LES TREMBLEMENTS DE TERRE ET LES DIVERS PHÉNOMÈNES ATMOSPHERIQUES

L’art de prévoir les tremblements de terre, les orages, les inondations, les disettes, etc., paraît avoir été, chez les anciens, le partage de la classe savante ou sacerdotale. Les études sur la physique et l’histoire naturelle que cette classe poursuivait incessamment, et dans lesquelles elle lançait ses adeptes les plus intelligents, ne permettent aucun doute à cet égard. L’histoire des brahmes, des mages, des prophètes, des devins et des philosophes, est semée de ces sortes de pronostics qui se réalisaient dans la majorité des cas. Ainsi Phérécide, premier maître de Pythagore, après avoir examiné attentivement l’eau d’un puits et l’avoir goûtée, dit aux Samiens que la journée ne se

passerait pas sans qu’ils éprouvassent un cysme, ou tremblement de terre. En effet, le soir même, plusieurs secousses se firent sentir, et sur plusieurs points de l’île la terre s’entr'ouvrit, laissant échapper des vapeurs sulfureuses. La dégustation de l’eau trouble et chaude d’un puits qui était toujours froide et limpide, suffit au philosophe pour prévoir la secousse qu’on ressentit.

A. Lacédémone, le philosophe Anaximandre prédit un tremblement de terre qui occasionna la chute de quantité de rochers du mont Taygète, Cette prédiction était basée sur le bruit sourd et formidable qui précède toujours de quelques heures les violentes secousses et l’éruption d’un cratère. Les hommes qui ont voulu tirer parti de ces circonstances toutes naturelles pour effrayer leurs semblables, ont dit que c’était la voix d’un dieu courroucé qui allait se venger, §i l’on ne trouvait un moyen de l’apaiser. De là, les temples et les offrandes |

Il fut constaté à Bologne, en l’année 1695, que l’eau des puits et des fontaines se troubla et devint tiède, précisément la veille d’un tremblement de terre. Le mêmei phénomène eut lieu en Sicile, en février 1818, également la veille d’une terrible éruption de l’Etna.

Des phénomèmes semblables ont donné l’occasion à plusieurs savants du siècle passé, de préciser lç jour et même l’heure de plusieurs kewbleyments de terre.

M. Cadet, de Metz, annonça publiquement, quinze jours d’avance, le tremblement de terre qui ravagea la Calabre citérieure. — En 1828, un de nos savants prédit également, une quinzaine de jours d’avance, l’affreux tremblement qui bouleversa Lima et porta ses ravages jusqu’à la Martinique.

Plus faciles à étudier, par cela môme qu’ils se manifestent plus fréquemment, les phénomènes météorologiques furent de tous temps une source féconde où puisa le thaumaturge. Zoroastre, Moïse et les principaux chefs de la classe sacerdotale de l’antiquité, cultivèrent, avec plus ou moins de succès, cette branche importante de la science, et s’en servirent pour donner aux peuples une haute idée de leur mission. Cependant nous dirons à la louange des Grecs, que leurs philosophes rejetèrent loin d’eux ces orgueilleuses prétentions, et n’usèrent de leurs connaissances météorologiques que dans un but louable : celui d’éclairer les masses, d’apprendre à tout individu raisonnable que tout suit un cours fatal dans l’univers, et qu’il n’est donné à nul être de pouvoir détourner le cours des choses. Thalès, Pythagore, Démocrite et plusieurs autres savants de ces époques lointaines, annonçaient à leurs compatriotes, avec le désintéressement qui caractérise le vrai philosophe, qu'ils eussent à se prémunir contre une année de disette, ou à préparer leurs caves et leurs greniers pour recevoir une abondante récolte,

Le lecteur aura sans doute remarqué la différence qui existait entre les ministres des dieux et les philosophes ; les premiers faisaient tourner la science à leur profit et à leur bien-être personnel, tandis que les seconds l’appliquaient à l’instruction et au bonheur des peuples.

L’art des prévisions météorologiques découlait naturellement de l’étude des phénomènes célestes. Cette étude, ainsi que nous venons de le dire, poursuivie avec persévérance, donna une grande importance et une certaine précision à l’art météorologique. Les devins, augures, aruspices et philosophes, pronostiquaient souvent vrai, à l’inspection du ciel. Empédocle, après son initiation aux mystères, enseignait secrètement les moyens occultes d’enchaîner les vents, d’exciter ou d’apaiser les tempêtes. — Les druidesses des Jfies Britanniques s’attribuaient le pouvoir de déchaîner les ouragans, de rétablir le calme sur la mer agitée. Les prêtres égyptiens étaient fort habiles en prévisions de ce genre, les marins venaient les consulter avant de se mettre en mer. Thalès, qui tenait ses connaissances des Égyptiens, avait composé un petit traité sur les signes annonçant les variations atmosphériques. Ainsi, par exemple, l’apparition d’un petit nuage blanc à l’horizon, lorsque le ciel est pur, annonce une pluie prochaine ou des coups de vent. Le voyageur Brard, qui a séjourné longtemps en Égypte, affirme, d’après ses observations person-

nelles, que ce pronostic est presque toujours certain. Au cap de Bonne-Espérance les ouragans sont également précédés d’un petit nuage à l’horizon, que les marins ont nommé œil dé bœuf. Il en est de même sur la côte de Guinée, de petits nuages brunâtres semés comme des taches annoncent une tempête qui ne tarde pas à éclater. Les fortes chaleurs et les grands froids ; les -vents et les calmes plats ont aussi leurs signes précurseurs. — Dioseoride prédisait la pluie pour le lendemain , quand sur le soir il voyait un nuage épais et noirâtre former rideau à' l’horizon ; il ne se trompait jamais. Il prédisait aussi un vent plus ou moins violent, lorsqu’après de grandes chaleurs le ciel se rayait de bandes rougeâtres. — L’historien Pausanias a vu des initiés aux grands mystères détourner un énorme nuage de grêle qui aurait très-probablement ravagé la campagne sur laquelle il allait crever. Leurs opérations consistaient à élever vers le nuage de grandes perches ornées de phylactères. Le même procédé contre la grêle fut au huitième siècle rais de nouveau ea pratique, et, vers la fin du siècle dernier, le physicien Bertholon proposa des paragrêles à peu près semblables à ceux des anciens. Enfin, il y a quelques années, un mémoire sur de nouveaux paragrêles a été lu à l’Institut de France. Voyez à ce sujet, les Comptesrendus de ce corps savant.

II existait autrefois, de même qu’il existe au-

jourd’hui, une météorologie populaire journellement pratiquée par les gens des campagnes; cette météorcn logie, fruit d’une expérience de plusieurs générations, trompe rarement le paysan observateur. Il peut se faire, néanmoins, que la prédiction dujaaysan ne soit pas strictement exacte; qu’au lieu de la pluie il fasse du vent, et vice versâ ; mais il y aura toujours changement de temps. — J’ai souvent causé avec un vieux fermier qui passait pour l’oracle du village en matière de changement de temps. — «Voyez-vous, me dit-il un jour, ce ciel d’un bleu pâle et ces petits nuages blancs irréguliers et comme déchirés qui semblent immobiles? eh bien ! c’est du vent, un grand vent pour cette nuit ou, au plus tard, pour demain malin. » Le fait se vérifia dans la soirée môme. Ce vent souffla trois jours entiers. Le matin-du quatrième, le paysan me fit remarquer un gros nuage noir qui s’élevait peu à peu à l’horizon et prenait de vastes proportions. « Petite pluie abat grand vent, c’est le proverbe, me ditil ; dans quelques heures n pieuvra. » En effet, une pluie légère d’abord, puis plus abondante, tomba aux approches de midi et fit taire le venfi Ce vieux paysan prévoyait les temps secs et humides, les brumes, les gelées, les vents, les calmes et généralement toutes les variations atmosphériques; il devait cette faculté à son esprit observa leur, et à sa vieille expérience.

Nous concluons de ces faits que l’art de prévoir

les changements atmosphériques et terrestres, était regardé par les anciens peuples comme un don des dieux; que ceux qui le possédaient accréditaient cette croyance qui leur rapportait honneurs et profits.

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