PRODIGES. - FAITS MIRACULEUX CHEZ LES ANCICNS
Pour l’homme ignorant et crédule, tout fait inexplicable en apparence est un prodige, un miracle; pour le savant et l’homme de bon sens, au contraire, il n’y a point de prodiges. Ainsi, un être monstrueux, un bruit au milieu des airs ou dans les entrailles de la terre; l’apparition de signes insolites dans le ciel, une statue qui marche et se met à parler, des fantômes gigantesques au milieu d’un ouragan, etc., etc., effrayent le vulgaire qui ne voit que par les yeux et non par l’esprit. Le philosophe ne considère ces faits prodigieux que comme l’effet d’une cause qu’il connaît déjà ou qu’il recherche s’il l’ignore.
Tous les peuples du monde ont des miracles à citernes prodiges, des faits merveilleux et surnaturels; tous ont leurs fables plus ou moins grossières; et, malheur à quiconque oserait s’en moquer ! Pourquoi donc toujours le mensonge au lieu de la vérité?
Hélas ! c’est que partout et toujours il y eut des charlatans et des gens crédules ; c’est qu’il faut aux premiers l’ignorance et la crédulité des seconds pour bâtir leur réputation et leur fortune. Quoique aujourd’hui le nombre des charlatans n’ait pas beaucoup diminué, ils sont néanmoins forcés de prendre d’autres allures et de mieux habiller leurs fables pour y faire croire, et encore le nombre de leurs vrais croyants diminue^t-il chaque jour.
C’est au moyen des sciences et des arts, dont il était l’unique dépositaire, que le corps sacerdotal et ses adhérents, chez les anciens, opéraient des prodiges qui impressionnaient vivement le vulgaire. Le résultat de ces pratiques était d’entretenir au cœur des populations* la crainte et le respect envers les ministres des dieux. Les notions d’astronomie, de physique et de chimie * de mécanique, de médecine et de pharmacologie que possédaient les prêtres, les mettaient à même de passer pour des êtres privilégiés, communiquant avec la divinité; d’où la croyance qu’ils étaient les intermédiaires entre les dieux et les hommes.
Déjà, dans le courant de cct ouvrage, nous avons signalé une foule de prodiges. Comme il Serait to'ûucoup trop long d’énumérer ceux que l’histoire nous a transmis, nous nous bornerons à citer les principaux*
Les Chaldéens, propagateurs de l’ouranisme ou fculte du feu, n'élevaient des autels que pour adorer
le feu. Leurs mages, afin de convaincre le peuple dè l’excellence de cette religion, jetaient au milieu d’un bûcher ardent, les statues des divinités étrangères qui s’y trouvaient aussitôt dévorées ; c’était la preuve qu’ils donnaient de l'impuissance de ces divinités à se défendre du feu. Un prêtre de Canope s’avisa de faire fabriquer une statue creuse, représentant le ciel ; il la remplit d’eau et en ferma l’ouverture avec un bouchon de cire; puis il la présenta aux mages qui lui firent aussitôt subir l’épreuve du bûcher ardent. La cire s’étant fondue, l’eau sortit avec abondance et éteignit le feu sacré. Alors les Chaldéens, trompés par cette supercherie, restèrent convaincus de l’excellence du dieu des Égyptiens, et ne considérèrent désormais le feu principe que comme divinité subabterne.
Porphyre et Jambliquc nous apprennent que, depuis fort longtemps, les prêtres égyptiens connaissaient le secret de faire, au moyen de vapeurs condensées, apparaître en l’air les images des dieux. La miraculeuse apparition de la croix de Mignè n’est donc que la répétition naturelle de cè que faisaient les anciens. On sait que cette croix fut aperçue dons le ciel; de môme que le fameux laborum de Constantin , c’était la croix de l'église réfléchie par un épais nuage. De nos jours, la physique amusante produit de semblables prodiges.
Sous le règne de Pépin, on vit dans les airs, dit
l’abbé de Villars, des créatures de forme humaine, tantôt marchant en bataille et tantôt voguant sur des navires aériens. On lui avait même assuré que quatre de ces créatures, trois hommes et uné femme, étaient descendus de leur navire pour se promener dans la ville de Lyon. — Ah! M. de Villars, étiez-vous dans le plein exercice de vos facultés intellectuelles lorsque vous avez écrit ce conte bleu?
Le crédule Mézerai raconte aussi qu’en 1192, près de Nogent-le-Rotrou, on vit des armées aériennes prendre terre, se former en bataille et combattre
avec acharnement, au grand effroi des habitants du
pays.
Cardan rapporte le fait suivant : — Le bruit s’était répandu à Milan qu’il y avait un ange planant dans les airs; étant accouru sur la place publique, encombrée par la foule qui considérait cette merveille, Cardan l'aperçut très-distinctement, et deux raille personnes le virent avec lui ; il n’y avait pas à se tromper avec quatre mille yeux!... Toute la foule était saisie d’admiration, lorsqu’un savant jurisconsulte arriva et fit remarquer aux groupes qui l’entouraient, que cet ange n’était autre chose qu’un ange de pierre élevé sur le clocher de Saint-Gothard, dont la figure, imprimée sur un épais nuage, se réfléchissait aux yeux des spectateurs.
Le Père Deschalles rapporte, dans sa Dioplriqtte, un phénomène semblable dont il fut témoin oculaire.
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On vit dans Pair, en plein jour, à Vezelai, un géant qui semblait menacer la ville de sa longue épée qu’il brandissait sur sa tête. Des paysans l’ayant aperçu, s’enfuirent épouvantés; mais quelques personnes sensées ayant examiné ce prodige de sang-froid, reconnurent la statue de saint Michel, placée sur une tour de l'église et réfléchie par un gros nuage.
Maintenant, supposons qu’un charlatan ventriloque eût voulu porter la terreur dans l’esprit de ces paysans timorés; il serait parvenu bien certainement à son but en faisant venir sa voix d’en haut et lançant quelques paroles; sans nul doute, tout le village aurait affirmé qu’on avait vu un géant dans l’air et qu’on avait entendu sa terrible parole. Eh bien ! presque tous les prodiges, tous les faits surnaturels de cette nature qu’on raconte, ressemblent à celui-ci et peuvent être classés dans la même catégorie.
Les moyens mécaniques employés par les thaumaturges étaient aussi variés que nombreux ; ils excitaient l’admiration du peuple qui croyait à l’intervention d'un être supérieur: — les planchers mouvants des temples de Memphis et d’Éleusis, — les statues vocales de Memnon, — la colombe volante d’Archytas, — les serpents d’airain qui glissaient sur l’herbe et sifflaient en dardant leur langue, — les oiseaux d’or qui battaient des ailes et chantaient, — le taureau d’airain qui mugissait, — une foule de statues, dans presque tous les temples, qui se mouvaient et
agitaient leurs membres, etc., etc., tous ces chefsd’œuvre prouvent que le mécanisme des automates avait été porté à un degré de perfection très-avancé.
Apollonius de Thyane vit, chez les sages de l'Inde, des trépieds qui, sans moteur apparent, venaient se ranger d’eux-mêmes autour d une table.
Macrobe rapporte que, dans le temple d’Hiérapo*lis, il a vu des statues quitter leur place, marcher, puis revenir se mettre au point d’où elles étaient parties.
Dans les ruines du temple d’Éleusis, on voit encore, de nos jours, de profondes rainures et de larges trous taillés dans le roc, destinés à reGevoif les chevilles énormes d'un plancher mouvant.
Le temple de Delphes possédait également une foule de moyens fantasmagoriques, propres à laisser dans l’esprit du vulgaire l’admiration, la crainte et le respect envers ses ministres.
La statue de Memnon rendait des sons plaintifs aussitôt qu’elle était frappée par les rayons solaires. Plusieurs conjectures ont été hasardées sur la vocalité de cette statue. Juvénal, qui vivait sous l'empereur Adrien, et Philostrate parlent de cette tnerveille comme existant encore de leur temps. Langlès a lait sur elle une très-savante dissertation.
La statue de Cyhèle, lors de sa translation du palais d’Atlale à Rome, ût entendre ces belles paroles t
— a Enlevez-moi vite d’ici et conduisez-moi en
towte diligence à Rome, la seule cité digne d’être habitée par les dieux. »
La Diane d'Éphèse parlait de temps en temps, levait les bras, tournait sur elle-même et opérait d’autres prodiges qui attiraient la vénération et les offrandes des dévots.
La statue de Jupiter Ammon fronçait le sourcil en signe de mécontentement.
A Phygalée, sur le mont Cotyle, existait un temple magnifique où l’on adorait la statue d’ApolLon. Cette statue était assise ; mais elle se levait en signe de satisfaction lorsqu’on lui présentait une offrande.
On voyait sur l'autel de Vénus, en Sicile, une flamme inextinguible qui brûlait nuit et jour, sans qu’on pût savoir ce qui l’alimentait. — Auprès de Paraca, dans l’Inde, l’autel de Wichnou offrait le même phénomène. Les thaumaturges, qui en connaissaient la cause, se gardaient bien delà divulguer, car üs en tiraient de gros profits. C’était tout simplement un courant de gaz hydrogène, s'échappant à travers une fissure du rocher, que les prêtres avaient fait passer par un tuyau secret. Aujourd’hui, dans les villes, l’éclairage s’opère généralement par ce moyen.
Les flammes qui s’élèvent constamment de YALeschr Gah (terre de feu), en Géorgie, proviennent de l'inflammation du naphte dont la terre est saturée.
Le fleuve Adonis revêtait chaque année, à la mèmè époque, une teinte ensanglantée; c’était le sang
d’ Adonis, publiaient les thaumaturges attachés au temple élevé en l’honneur du favori d’Aphrodite. Ce prodige était une indication précise des cérémonies funèbres qu’on devait rendre immédiatement à ce demi-dieu.
Le naturaliste De Candolle a démontré que ce phénomène prenait sa source dans l’immense développement de YOsciltaria rubescem. L’analyse a également prouvé au chimiste Ehremberg que la couleur que revêt parfois la mer Rouge, est due à la même cause.
Les pluies , aussi rares qu’effrayantes , de chair humaine, furent pour les .anciens peuples une cause de terreur , parce qu’on leur faisait croire qu’elles étaient un signe manifeste de la colère divine. Le naturaliste Gimbernat vit, dans les vallées de Négrepont et deSinigaglia, les rochers recouverts d’une substance semblable à de la chair humaine et qu'il nomma zoogène. Soumise à l’analyse chimique , cette substance donna des produits analogues à la chair animale. Le zoogène, de même que le frai de grenouilles, peut se vaporiser par une forte chaleur et retomber ensuite condensé sur le sol, d’où est venue la croyance aux pluies de chair humaine.
Les pluies de pierres, ou chutes d’aérolithes, sont assez fréquentes. Autrefois-, ce phénomène était pris tantôt comme une vengeance des dieux, tantôt comme une faveur , lorsque, par exemple, un dieu
favorisant une armée, faisait pleuvoir une grêle de pierres sur l’ennemi.
Saint Épiphane dit qu’à Cybire, ville de Carie, il existe une fontaine dont l’eau, à certaines heures, se change en vin. Il déclare sur parole avoir bu de ce vin miraculeux, et soutient que ce prodige arrive à plusieurs autres endroits. Ce qu’on peut dire de plus avantageux pour saint Épiphane, c’est qu’il fut la dupe de quelque mauvais plaisant qui, en lui donnant du vin, lui fît accroire qu’il venait d’une fontaine miraculeuse.
Au château de Cadebrate, près d’Alexandrie, il existait des fonts baptismaux d’une seule pierre, qui se remplissaient d'eux-mêraes le jour de Pâques ; cette eau miraculeuse y restait jusqu’au jour de la Pentecôte, après quoi elle disparaissait. « Et si quelqu’un doutait de ces deux miracles, ajoute l’auteur du Pré spirituel , qu’il aille lui-même s’assurer de la vérité. »
Ces deux derniers prodiges peuvent être classés à côté de celui du sang de saint Janvier.
En Égypte, près du vieux Caire, se trouve un cimetière où les habitants de la ville et des environs, * tant Coptes que Grecs, Turcs ou Maures, soutiennent qu’à un jour de l’année les morts ressuscitent, puis le soir rentrent dans la tombe. Le voyageur Thévenot alla, par curiosité, à ce cimetière et y trouva une foule compacte persuadée de la vérité du
miracle. «Oes gens, ajoute-t-il , are parurent atteints de folie momentanée, ou mieux d’une hallucination qui feiir représentait les images qu’ils avaient en tête, mais qui n’existaient pas en réalité. »
Los Mahométabs > les Indous et autres peuple!» d’Asie, citent des faits d’uhe évidente impossibilité : dés bossus redressés en un moment , des elaudicants remis en équilibre sur leurs jambes, des aveugles, des sourds-et-muets, guéris radicalement, des morts ressuscités par centaines 1 ! !
En résumé, toutes les religions ont leurs miracles à opposer au* autres religion , et c’est bteh ici le câs de dire que, si l’on réunissait toutes les fables, tôus Ifes Contes débités sur cette matière, on composerait une volumineuse bibliothèque.