‹ Histoire des sciences occultesChapitre 49 sur 67 · SORCIERS, — SORCIÈRES · texte numérisé non relu

SORCIERS, — SORCIÈRES

Ces mots, dérivés du latin sortiarii, — sortiariœ (jeteurs de sorts), s’appliquent à cette classe d’individus des deux sexes qu’on supposait avoir des communications secrètes avec les démons.

Il est indispensable de s’entendre ici sur la valeur du mot démon.

Les anciens donnèrent le nom de à de

bons et de mauvais génies qui, selon eux, apparaissaient aux mortels pour les servir ou leur être nuisibles. Certains hommes privilégiés eurent leurs bons génies, leurs génies familiers ; de ce nombre furent Zoroastre, Socrate, Pylliagore, Numa, Piotin,etc. Ces,

grands hommes les appelaient à leur secours et feignaient de les consulter dans les circonstances importantes ou difficiles.

Après la chute du paganisme, les Nazaréens res- • treignirent le sens du mot démon et ne l’employèrent plus que pour désigner un génie malfaisant, un esprit ' déchu, précipité dcns l’abîme, et n’en sortant que pour tourmenter ou perdre les hommes. C’est sur le mythe des démons que roule toute la science chimérique des sorciers, dont nous allons résumer l’histoire.

Au commencement de notre ère, un certain Simon, habile sorcier s’il en fut, opérait des prodiges qui inquiétèrent très-vivement saint Pierre. Ce Simon, non-seulement faisait parler son chien, son âne et ses chèvres, mais il leur ordonnait de répondre dans la langue qu’on voulait. Changer sa baguette en serpent ou en arbre, auquel il poussait instantanément des fleurs et des fruits, n’était pour lui qu’un jeu d’enfant ; il faisait ce tour avec tant d’adresse que les fameux magiciens de Pharaon l’eussent proclamé leur maître. i

Saint Marcel et saint Clément d’Alexandrie, ne

craignirent pas de renouveler la fable de Protée, en * attribuant à ce Simon le pouvoir de se métamorphoser en bête fauve, en oiseau, de se rendre invisible au milieu d’une assemblée et d’y reparaître tout à coup; de changer de sexe et de race, c’est-à-dire de se mon-

tref hoRjrnepu femme, de devenir bJsnfiQP nèg^e- Un jour, se trouvant à la coçr de Néron, ij opéra dep prodiges qui étonnèrent tout le monde ; placé en face de l’empereur, i) changea successivement fl’$ge et de figure-, d’abord il prit les traits 4’qn enfant, puis 4’nn adolescent, ensuite d’un homme dans 1$ force de l’âge ; enfin, ceux d’un vieillard cassé, décrépit. !— r Un autre jour, à la même cour, il fit paraître soudainement une poeute de gros chiens qui faillirent dévorer saint Pierre, son ennemi déclaré. Une autre fqi? encore, pour amuser l’empereur et les grands, Simon se fit couper Je çop f on vit le sang jaillir, et I4 tête séparée tomba lourdement sur le sol ; les spectateur furent effrayés.., Un instant après, la tête sc replaça d’elle-même sur le cou, la plaie §e cicatrisa rapidement, et il ne parut plus rien de cette énorme mutilation .

C’était, on le voit, un habile magicien que ce Simon, qui, au rapport d’Arpobe et de Justin, envoyait sa faucille moissonner toute seule dans les champs, et cette merveilleuse faucille expédiait p}us d’ouvrage en une heure que dix robustes moissonneurs en un jour !.., Mais son plus beau tour fpt de s’élancer du haut d’un édifice dans les airs et de voler pomme uq oiseau, à la yue d’un immense concours de peuple assemblé pour être témoin de ce prodige. Malheureusement pour Simon, «es ailes venant à s’embarrasser au milieu de ces évolutions aériennes, 4

tomba ppur ne plus se relever. Ce fut son dernier tour : le malheureux s’élait brisé }es deux jambes et enfoncé les côtes. Les Romains, émerveillés du prodigieux savoir de cet homme, lui élevèrent une statue avec cette inscription : Simoni deo, au dieu Simon, Sélène, femme de Simon, instruite à l’école de son mari, faisait aussi des tours assez amusants. On raconte qu’un malin, se trouvant dans une tour percée de vingt fenêtres, elle se montra au peuple, accouru pour la voir, à toutes les fenêtres au même instant. Néanmoins, plusieurs chroniques désignent Simon comme ayant opéré ce prodige.

Les païens attribuaient à Simon et à sa femme un pouvoir divin. Les néo-croyants les accusaient de s’être vendus au diable, et d’opérer leurs prestiges par l’entremise de Satan.

Mais le thaumaturge Je plus redoutable, le plus hostile à l'Église naissante, fut, sans contredit,, le fameux Apollonius dp Tyane , dont la vie n’est qu’une longue série dé prodiges et d’incroyables merveilles.

A la naissance de cet homme extraordinaire, le ciel et la terre donnèrent des marques éclatantes de sa divinité. Ce fut pendant la nuit qu’il vint au monde et, dans cette nuit mémorable, la lune se montra plus brillante que le soleil, des voix inconnues s’élevèrent dans les rochers de Thessalie, des cris de joie retentirent au milieu des nuages, et la

Grèce entière entendit des concerts aériens ; les arbres des forêts s’agitèrent, les fleurs ouvrirent leurs calices et répandirent leurs plus doux parfums ; la terre d’Égypte tressaillit jusque dans ses entrailles ; l’Océan suspendit son flux et son reflux. Dans Rome, le vieux Saturne se montra sous la forme d’un lion à tête humaine et annonça aux augures le retour de l’âge d’or.

Apollonius, devenu grand, se livra à l’étude des sciences; il voyagea chez presque tous les peuples de la terre. Dans les entretiens qu’il eut avec les prêtres , il s’instruisit de toutes les choses sacrées et profanes. Ses biographes, Damis et Philostrate, rapportent qu’une de ses conférences avec les Brahmanes dura quatre mois, et que, pendant cette longue retraite, les temples restèrent fermés, le culte et les sacrifices suspendus. Partout il reçut de brillants hommages ; les princes et les rois s’humiliaient devant lui. Yespasien lui rendit les honneurs réservés aux Dieux, et Domitien, contre la vie duquel il avait conspiré, n’osa lui faire trancher la tête.

Pendant le cours de sa vie, qui se prolongea jusqu’à cent ans, il ne se passa pas de jour qu’ Apollonius ne fît quelques miracles. Tantôt il conjurait la peste et les orages, tantôt il apparaissait le front ceint d’une auréole lumineuse , guérissait les malades, ressuscitait les morts et chassait les démons du corps des possédés. D’autres fois , il prophétisait au mi-

lieu des philosophes les plus incrédules, et ses prophéties se réalisaient au bout de quelques jours. Enfin, après avoir reçu les honneurs divins sur la terre, il annonça aux Éphésiens qu’il monterait au ciel le joür où il entrerait dans sa cent et unième année ; en effet, ce jour-là étant arrivé, Apollonius disparut du séjour des vivants et toutes les recherches qu’on fit pour découvrir son cadavre furent inutiles. La renommée publia partout qu’ Apollonius était monté au séjour des dieux. Les incrédules en fait de miracles, pensèrent que cet habile thaumaturge s’était lui-même précipité dans un gouffre qui existait au fond des souterrains du temple d’Éphèse; gouffre muet, qui servit plus d’une fois aux prêtres pour faire disparaître leurs victimes et accréditer leurs impostures.

Sous le règne de Yalens, une vieille femme nommée Rutila Sortiaria, faisait grand bruit à Rome par ses opérations magiques. C’était au fond d’une crypte qu’elle donnait ses consultations; elle avait soin de s’entourer d’un appareil lugubre et d’opérer avec des cbntorsions propres à frapper l’imagination des spectateurs. On voyait dispersés çà et là des crânes d’animaux hideux, des squelettes humains auxquels elle avait donné une position effrayante ; des feux follets et quelques chauves-souris voltigeaient sous les voûtes, des bruits sourds, des craquements affreux se faisaient entendre au loin, et sur un autel

d'ossements brûlait une lampe sépulcrale dont la pâle lueur éclairait la sombre figure de la sorcière. Tels étaient les moyens qu’employait la fameuse Rutila.

Une foule de gens haut placés avaient été témoins des prodiges opérés par cette vieille, plusieurs même s’étaient fait initier aux secrets de son art. Curieux de connaître la durée du règne de Yalens, quelques uns d’entre eux se rendirent, par une nuit sombre, dans la caverne de la sorcière et lui demandèrent la destinée de l’empereur. Rutila, généreusement payée, commença par dresser une espèce de trépied d’airain sur l’autel d’ossements et plaça dessus les lettres de l’alpbabet, séparées par des distances égales ; elle alluma des réchauds et y jeta diverses poudres dont la flamme donnait aux physionomies un aspect cadavéreux. Après avoir tourné plusieurs fois autour du trépied en poussant d’affreux hurlements, elle disparut tout à coup au milieu d’une épaisse fumée ; au bout d’un instant, on la yit reparaître et s’avancer enveloppée d'un linceul, tenant une branche d’asphodèle dans la main gauche et un anneau d’airain suspendu par un fil dans la main droite. Debout, en face du trépied, elle vociféra quelques imprécations contre l’esprit infernal. Soudain, op yit }e trépjed s’ébranler, l’anneau qu’elle tenait à la main droite se balancer, puis frapper alternativement différentes lettres de l’alpbafiet qui allaient d’elles-mÊmes s’arranger à )a

suite l’une de l’autre pour donner la réponse de l’oracle demandé. L’empereur Yalens, informé de cette opération magique et ne voulant pas qu’on interrogeât les enfers sur sa destinée, punit sévèrement les hauts personnages qui y avaient assisté, et fit trancher la tête à la vieille Rutila. De plus, il étendit la prpscription sur tous les sorciers et sorcières, et ordonna leur massacre dons toute l’étendue de l’empire, L’historien Ammien Marcellin, qui rapporte ce fait, dit qu’il en périt un nombre considérable.

L’empereur Julien, à l’exemple du roi Saül, voulut consulter l'esprit de Python, et alla, sous le costume d’un chevalier romain, trouver une vieille sorcière réputée la plus habile dans l’art de prédire les chose? cachées. La réponse qu’il en obtint ne fut sans doute pas de son goût, car, le lendemain, il la fit pepdrg, comme coupable d’impostures préjudiciables à sa personne.

L’empereur Constance-Chlore établit différentes peines contre les individus convaincus de sorcellerie j mais Constantin spécifia le genre de peines selon telle ou telle catégorie de sorciers. Pans ses ordonnances, il est dit que la peine de mort ne sera uniquement prononcée qu'envers les sorciers opérant des maléfices pour attenter à la santé des hommes ou à la pudeur des femmes; tandis qu’on ne fera aucune poursuite contre jes sorciers qui emploient leur art à guérir les malades, à arrêter les incendies, à détourner les tempêtes.

SECTION n.

Page 1