PU SABBAT
Le mot sabbat qui, en langue hébraïque, signifie jour de repos, a été employé, par les démonographes, pour désigner une assemblée imaginaire de sorciers présidée par le prince des démons. Disons, en passant, que l’antiquité n’enfanta jamais de fictions si absurdes, d’images si dégoûtantes. Voici la description du sabbat d’après les plus ardents démonomanes.
L’assemblée du sabbat se tient deux fois par semaine, dans la nuit du mercredi au jeudi et dans celle du vendredi au samedi. Le lieu de la réunion est une place isolée ou un carrefour, sur les bords d’une mare ou d’un lac, au milieu d’une sombre forêt ou dans l'espace auquel viennent aboutir quatre
chemins. Les convoqués au sabbat doivent, avant de se mettre au lit, pratiquer sur eux X'onction magi- • que , c’est-à-dire se frotter le corps avec une espèce de pommade dont nous parlerons plus loin. Lorsque l’heure du rendez-vous sonne, Satan donne le signal, et les sorciers montés, les uns sur un bouc ou sur un chat noir, un loup, un âne, etc. , les autres à cheval sur un manche à balai ou sur une fourche, sur un crapaud volant, sur une chauvesouris, etc., traversent les airs et vont descendre au lieu fixé. On doit faire observer que c’est ordinairement par la cheminée et, quand celle-ci manque, par le trou de la serrure, que la sortie des sorciers s’opère.
L’acte de présence au sabbat est de toute rigueur ; le sorcier qui s’absenterait serait vivement tancé pour - la première fois ; mais, à la seconde absence, Satan
lui infligerait une punition très-sévère.
Tous les sociétaires étant arrivés sur le terrain, . Satan paraît tout à coup au milieu d’eux, sous la forme d’un bouc à longues cornes ayant un visage humain au-dessous de la queue ; c’est à ce visage à lèvres épaisses, à peau de nègre, à nez écaché, que les initiés doivent adresser leurs adorations. Ce qu’il y a de plus singulier dans cette apparition, c’est que le bouc sort d’un très-petit vase ; sa taille égale à peine celle d’tfne souris; puis il grandit peu à peu et finit par acquérir des proportions colossales.
Plusieurs soreiers et . déraonomanes , travers»* dans la science du grimoire, prétendent que te formo de bouc n'est pas absolument nécessaire; le prince des démons peut, selon ses caprices, se montrer sous les diverses formes de bison, do buffle, d’âne, de lévrier, de chat, serpent, vautour, etc., etc. ; il n'y a que la couleur noire et 1a face humaine au derrière qui soient de rigueur. Lorsqu’on réfléchit à ces monstrueux égarements de l'imagination, on est forcé de les considérer comme des accès de folie.
Le déraonographe Delanere certifie que plus de mille sorciers, qu’il a lui-môme interrogés et condamnés au feu, se sont tous accordés à faire de Satan la peinture suivante :
Satan préside l'assemblée des sorciers» assis sur une chaire d’ébène ; sa tête est ceinte d’une couronne de cornes noires ; une corne plus longue’ que les autres sort de son front, et, au lieu de se terminer en pointe, s’évase comme un pavillon de trompette; ce pavillon livre passage à un gaz inflammable qui sert de torche, afin d’éclairer la scène du sabbat. Au milieu de sa face noire et grimaçante s’ouvre une bouche large comme un four, garnie de dents de léopard ; son nez ressemble au bec de l’aigle ; ses yeux ronds, très-ouverts, lancent des lueurs verdâtres ; ses oreilles, terminées en pointes, dépassepl le sommet de la tête ; une longue barbe de bouc lui pend au menton ; son torse est mal taillé, couvert de
gibbosités; ses jambes, sèches comme celles d’un satyre, sont couvertes de longs poils ; ses pieds, de môme que ses mains, ont des doigts palmes égaux en longueur et armés d'ongles aussi forts que crochus; sa queue est en tout semblable à celle du lion, avec eeltei différence qu’au milieu de la touffe de poils qui la termine s’ouvre un œil flamboyant; sa voix est une espèce de râlement dont le son tient du pot fêlé. Le prince des démons, entouré de ses mignons et des principaux diables, affecte une contenance superbe, une imperturbable gravité ; mais on démêle dans ses traits quelque chose de triste et d’ennuyé.
Le bouc s’appelle Martinet et les diables subalternes portent différents noms, plus ou moins coquets, tels que Joli-Pied,— Bois-Fleuri, — Belle-Queue » — Fine-Taille, — Bien-doux-Chéri, etc., etc.
La séance s’ouvre par l’appel nominal des sorciers, fait par un diable subalterne; à mesure que les noms sont prononcés, Satan visite les individus pour s’assurer s’ils portent la marque de leur enrôlement à son service, et l’imprime lui-même aux nouveaux arrivés qui ne l’ont point, soit aux paupières, soit aux fesses, au palais, aux lèvres, aux aisselles, aux aines, etc. Ces marques représentent une patte dé crapaud , un bec de lièvre , un museau de chat, l’aile d’une chauve-souris, etc, La peau qui les porte est désormais douée d’une telle insensibilité, que les piqûres les plus profondes, les taillades, le» brûlures
n’y sont point ressenties. Le sceau de |atan donne, en outre, le privilège de garder un profond secret sur ce qui se passe au milieu des orgies nocturnes, et de ne faire aucune révélation aux juges qui interrogent les sorciers arrêtés. ,v •
La cérémonie du sabbat commence par la danse des crapauds, danse fort originale et très-comique, qui s’exécute sous le sifflet des enfants morts non baptisés. Ensuite, les crapauds se mettent à coasser à plein gosier, et les enfants, à leur tour, dansent la tête en bas en frappant l’air de leurs jambes. Ces deux » amusements terminés, la doyenne des sorcières s’avance au milieu d’un espace resté libre, et, dépouillée de ses vêtements, exécute un menuet diabolique, avec force grimaces et contorsions peu décentes.
A la fin du menuet, les spectateurs vont s’incliner, un à un, devant le bouc, baisent la face humaine qu’il porte au derrière et jurent, la main gauche étendue sur un grimoire, d’appartenir corps et âme à Satan, l’ange tout-puissant des enfers. Immédiatement après le serment, le festin commence : les diables subalternes dressent des tables chargées de pains de mil recouverts de semences d’asphodèle, de ragoûts de chairs de crapauds, de voleurs pendus, d’enfants morts-néâ, de vins capiteux teints de bile et recélant de brûlants aphrodisiaques ; il faut manger, boire, boire à outrance; s’enivrer, sauter sur les tables et porter des toasts multipliés à la gloire des enfers.
, Au sortir de table, la troupe avinée des sorciers so met en branle en poussant des hurlements épouvantables; c’est à qui fera le plus d’extravagances, prendra les postures les plus ignobles. Quand le premier branle est achevé, les sorciers rendent compte à Satan des maléfices et des sorts qu’ils ont jetés, des empoisonnements, des incendies, des meurtres, enfin, de tous les crimes dont ils se sont souillés, et Satan leur prodigue des éloges ou les réprimande, selon qu’ils l’ont bien ou mal servi. Puis, le branle recommence de plus belle, hommes et femmes se mettent à vociférer commedes furieux, gesticulent, gambadent, se roulent à terre, entrent dans des convulsions horribles et hurlent toujours. C’est au milieu de ce vacarme infernal qu’ont lieu les abominables amours des incubes et des succubes.
Mais Satan lève sa queue ; un bruit s’échappe audessous semblable à un coup de canon; le coq chante; tout s’apaise à l’instant. Les sorciers enfourchent leurs montures et regagnent précipitamment leurs demeures.
Tel est le sabbat, ou plutôt tel est le rêve le plus sale, le plus dégoûtant, qu’ait enfanté une imagination en délire.
section n.
OHCTION MAGIQUE.
Les onctions étaient en fréquent usage chez les an-