I" — EN CHANTEURS* — FEES. — DAMES BLANCHES
Les enchanteurs et les fées jouent un grand rôle • depuis lebas empire jusqu’à la fin du moyen âge, et la tradition raconte encore les prodiges qu’ils opéraient.
Il est très-probable que, dans le principe, des hommes ou des femmes, possédant quelque secret de physique amusante, donnèrent lieu à ces contes dont nous rions aujourd'hui , mais auxquels on croyait fermement autrefois.
Parmi les enchanteurs, il s’en trouvait de bons et de mauvais ; il en était de même pour les fées ; on se réjouissait de la vue des premiers, on redoutait les seconds et l’on évitait de passer près des lieux qu’ils habitaient.
L’enchanteur Merlin et la fée Mélusine sont les types de ces êtres fabuleux. On cite de Merlin des faits merveilleux , impossibles, entre autres celui-ci :
Le roi de France, étant à la chasse, eut la fantaisie
d’aller souper chez un baron, ami de l’enchanteur. Flatté de cet insigne honneur, le baron alla trouver Merlin et le supplia de se joindre à lui pour traiter splendidement le monarque. Merlin lui promit de combler ses désirs. En effet, au moment où le roi passait sur le pont-levis du manoir, une musique aérienne se fit entendre et l’accompagna jusque dans la salle de réception.
— «Vous avez là, mon cher baron, une musique bien supérieure à la mienne, dit le roi ; où sont vos musiciens que je les complimente1?»
Le baron, qui n’avait jamais eu de musiciens, se trouvait dans un embarras extrême, lorsque tout à coup une troupe de musiciens, richement costumés , se montra à l’extrémité d’un long corridor.
Arrivé, avec son monde, dans la salle où un couvert de cent personnes était dressé, le roi s'installa et mangea de grand appétit les mets délicieux que le baron lui offrait.
— «Quel savant cuisinier vous possédez, cher baron, disait le roi satisfait, vous devriez me le céder, je l’emmènerais dans notre bonne ville de Paris, où il ferait des élèves.» En prononçant ces paroles, le roi regardait le plafond d’une richesse de décoration des plus remarquables : le premier service fut instantanément enlevé et remplacé par le second service en vases d’or. Quand le roi baissa les jeux, il resta stupéfait de ce qu’il vojait.
— - «Ventrebleu ! s’écria-t-il émerveillé, votre manoir est donc sous.radministration des fées; réponde* , baron. »
— «Sire, lui répondit le baron, l’illustre et puissant Merlin est mon ami, c’est lui qui a ordonné le service. » Au même instant une musique divine charma les oreilles des couviyes, et de jolies danseuses vinrent s’offrir à leurs yeux étonnés.
— « Jusqu’ici, ajouta le roi, je n’avais pas voulu croire aux histoires qu’on débile sur le compte de oo grand enchanteur, mais je suis forcé aujourd’hui d'en reconnaître la vérité. Je désirerais vivement posséder un ami tel que le vôtre, cher baron, il me serait d'un bien grand secours dans les circonstances difficiles. »
— « Il ne tient qu’à vous , Sire, d'avoir Merlin pour ami; mais, pour cela, il faut..,, »
— « Que me faut-il faire? »
— «Benoncer à la oouronne de France!.., parce que le bon Merlin a juré, par la barbe de Saturne, de ne jamais avoir affaire aux tètes couronnées, depuis le jour où il fut trompé... je veux dire maltraité par un grand monarque, »
— « Peste ! s’écria le roi, renoncer à ma chèra couronne ; oh 1 non, je préfère re>ter tel que je suis, n’en déplaise au bon Merlin. Néanmoins, je m’estimerais très-heureux de voir, de mes propres yeux,
- celui dont la réputation et les prodiges remplissent
l’Europe entière. C’est une faveur que je demande à votre ami. Pourrait-il me l’accorder? »
Le baron , pour plaire à son roi, proféra d’une voix suppliante : — « O toi ! qu’on n’implore jamais en vain, favori du ciel, mon bon génie, Merlin 1 daigne te montrer à nos yeux ! »
Soudain, le mur du fond de la salle s’ouvrit, laissant un large espace, et l’on aperçut une forme humaine enveloppée dans une longue robe noire lamée d’or et d’argent. Sa physionomie et sa pose majestueuse inspiraient le respect , et sa main puissante tenait une baguette d’ivoire. Cette apparition ne dura qu’un instant ; les deux pans du mur séparés se rapprochèrent et se réunirent comme un rideau tiré que ferme une main invisible.
Lorsque le roi sortit de chez le baron, il crut avoir faitun rêve... En effet, nos lecteurs penseront comme nous que c’en était bien un.
Le nom de Fée faisait naître, autrefois, la pensée de faits surnaturels ; on croyait à l’existence des fées comme on croyait à tant d’autres absurdités. Les fées bâtissaient des châteaux , des palais, d’un coup de baguette; elles protégeaient l’innocence opprimée, redressaient les torts, présidaient à la naissance des héros, des princes, princesses, grands hommes, etc. , et les dotaient bien ou mal, selon leurs caprices ; de telle sorte qu'une fée était un bon ou un mauvais génie. Pendant bien longtemps les contes de fées ont
fait les délices des veillées de nos ancêtres, et aujourd'hui encore on en berce les enfants. En tête de toutes les fées on plaçait la fée Mélüsine devenue populaire en France ; elle était aimée et révérée. Célèbre par les prodiges qu’elle opérait et ppr son attachement à la maison de Lusignan , Mélüsine s’était acquis une réputation qui dépassait celle de toutes les autres fées. D’un coup de baguette elle construisit le fameux château-fort de ces seigneurs ; elle se montrait , la nuit , assez fréquemment au haut des tours, sous la forme d’une sirène, et sa présence annonçait toujours une bonne ou une mauvaise nouvelle. Elle paraissait également à la naissance et à la mort d’un Lusignan.
Charles-Quint et Catherine de Médiois eurent la curiosité de se rendre sur les lieux mêmes pour mieux apprendre les particularités concernant la fée Mélusine. Enfin, lorsque le château des Lusignan fut rasé par ordre de Henri III, tous les villageois des environs aperçurent la fée pleurant et se lamentant sur ses ruines.
Il n’y a pas plus d’un siècle qu’on croyait , en Allemagne et en Angleterre, à l’existence des Dames blanches. Nous ne dirons qu’un mot sur les Dames blanches qui avaient pris sous leur protection les maisons de Rosemberg, de Brunswick et de Brandebourg. Chaque fois qu’un triste événement se préparait, on les voyait paraître, la nuit, en robes blan-
cbes avec des gants noirs; mais si lanouvello qu’elles apportaient était bonne, les gants noirs se trouvaient remplacés par des blancs. Au château de Neuhauss on vil pendant longtemps une Dame blanche qui portait à sa ceinture un trousseau de clefs; elle ouvrait et refermait avec soin toutes les portes des chambres , visitait les appartements sans rien déranger; puis, s’en retournait. D’un caractère doux et affable, elle rendait le salut à ceux qui. la saluaient. Néanmoins; lorsqu’on voulait s’approcher trop près d’elle, soudain elle disparaissait. Un jour , la foule s'étant amassée pour la voir, elle s’évanouit comme une vapeur légère.
Ces diverses apparitions avaient toutes un but caché; tantôt c’était pour effrayer les propriétaires d'un château, et le forcer à accorder ee qu’on lui demandait; tantôt il s’agissait d'une alliance, d'un mariage que venait proposer une Dame blanche; le but de l’apparition une fois atteint, la Dame blanche disparaissait pour ne plus revenir.
{ H. — VAMF1ÜBS.
On appelait vampires les cadavres qui se conservaient intacts dans la tombe, et qui en sortaient, disait-on, la nuit, pour aller sucer le sang des personnes endormies.
Lorsque, par hasard, on ouvrait leurs tombes, on
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trouvait les vampires parfaitement conservas, le visage frais, mais souillé du sang qu’ils avaient bu.
La croyance au vampirisme était généralement répandue dans la Hongrie, la Pologne, l'Autriche, la Servie et la Moravie. Il suffisait d’un mauvais plaisant, ou plutôt d'un malfaiteur sortant, la nuit, d’un cimetière, pour porter la terreur dans la contrée. Tout le monde avait vu l'affreux vampire; il était fait de telle et telle façon; il ouvrait une large bouche et montrait ses dents redoutables, etc. etc. Chacun fermait sa porte et se barricadait pour ne pas devenir la victime du vampire.
En 1726, on ouvrit la tombe d’un vieux vampire nommé Arnold, qui suçait le sang de tout le voisinage; on le trouva dans sa bière, l’œil éveillé, lç teint enluminé et l’air gaillard. Le bailli de l’endroit, homme expert en vampirisme, lui fit enfoncer un pieu dans le cœur, et trancher la tête ; ensuite on brûla le cadavre ; après quoi il ne suça plus personne.
Ce fait est attesté par deux juges du tribunal de Belgrade qui assistèrent à l’exécution, et par un officier de l’empereur, comme témoins oculaires.
g UK — BRONCOLAKAS.
Les Grecs modernes croient, sur la foi du prêtre, qu’il arrive, parfois, que les cadavres des personnes excommuniées sont animés par des démons qui le
servent de leurs organes pour boire, manger, parler, etc; le nom de Broncolakas a été donne à ces fantômes. Il est de toute nécessité, pour rompre le charme, d’éventrer le revenant , de lui arracher le cœur, qu’on coupe en trois morceaux ; puis il faut l’enterrer avec force signes de croix. ,
Paul Lucas, dans son Voyage au Levant, rapporte ce fait étrange et qui se renouvelle assez fréquemment dans l’île de Santorin. Des morts reviennent, dit-il, se font voir en plein jour, et entrent dans la maison qu’ils ont habitée, ce qui remplit de terreur ceux qui les aperçoivent. Pour se préserver d’un maléfice, aussitôt qu’il paraît un broncolakas, on court au cimetière déterrer son cadavre que l’on coupe par morceaux ; ensuite on le brûle par sentence du gouverneur : cela fait, le mort ne revient plus.
Telle était pourtant la crédulité des hommes aux siècles passés; la frayeur qu’il était si facile de leur inspirer, les mettait à la merci d’une foule de fripons. Et il est encore des gens, assez ennemis du progrès, pour injurier le grand siècle philosophique de la France qui effaça tant de superstitions.