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PRATIQUES ET CEREMONIES RELIGIEUSES

Les pratiques et cérémonies magiques s'entouraient toujours d’un appareil bizarre et lugubre, afin de frapper l’imagination des consultants et leur inspirer une espèce de crainte, dans l’attente de ce qui allait arriver. Les magiciens et surtout les magiciennes prétendirent que le pouvoir de leurs incantations forçait les âmes des morts à paraître à leur vois, et

ils exploitèrent largement cette branche d’industrie.

Ce fut surtout en Thessalie que la magie noire ou goètie établit son empire. Mycale, une des plus fameuses magiciennes de ce pays, était si profondément versée dans son art, qu’elle pouvait, d’après la croyance vulgaire, opérer, à son gré, les plus étranges métamorphoses ; on prétendait môme que son pouvoir allait jusqu’à faire descendre la lune sur terre. Du reste, la Thessalie jouissait d’une telle renommée, à cet égard, que souvent les auteurs de l'antiquité emploient le mot Thessalienne pour désigner une habile magicienne.

La description suivante donnera au lecteur uno idée des ridicules et dégoûtantes pratiques de eesmagiciennes, ainsi que de leur puissance sur l’imagination timorée des sots qui les consultaient. On trouve dans une vieille chronique thessalienne, la préparation suivante dont usait Mycale pour opérer ses enchantements :

La magicienne faisait bouillir dans une chaudière:

— trois tôtes de hiboux, — trois lôtes de chats noirs,

— une tète de vipère, — deux crapauds entiers et autant de salamandres, — neuf scorpions et dix-sept araignées, — le fiel d’un bouc, — le placenta d’une hyène, — le cordon ombilical d’une panthère, — l’urine d’une tigresse, — le sang fraîchement tiré des veines d'uu enfant de trois ans, — le crâne et les cla-

viculcs d’un squelette humain; elle ajoutait à ces divers ingrédients des herbes plus ou moins vénéneuses, telles que la ciguë, le pavot noir, la jusquiame, l’euphorbe, la mandragore-atropos, etc... Lorsque le liquide avait été suffisamment épaissi par le feu, la magicienne le versait dans des vases qu’elle fermait hermétiquement et s’en servait dans l’occasion pour opérer ses abominables maléfices. La chronique ajoute qu’une troupe d’enfants, passant d’aventure près de la caverne où Mycale préparait ses breuvages, et ayant eu l’imprudente curiosité de la regarder, l’ceil de la Thessalienne flamboya de colère, un râle sou ni sortit de sa gorge, et les pauvres enfants, aspergés par elle de la liqueur qu’elle composait, furent soudainement métamorphosés en oursons

Un fait d’autant plus important qu'il a pu passer inaperçu est celui-ci : Lorsqu’après avoir franchi le seuil des temples, la science occulte fut tombée dans le domaine public, les prêtres qui, dans le principe, s’honoraient du titre de mages , de magiciens, décrièrent alors cette science, la poursuivirent et la condamnèrent; le nom de magicien devint bientôt une injure, un sujet d’accusation. Le collège des pontifes fit poursuivre, comme sacrilèges, plusieurs individus accusés de magie et obtinrent leur condamnation à mort. — Démosthène rapporte que les Athéniens donnèrent la ciguë à la magicienne Théoride, convaincue d’affreux maléfices ; sa fille, versée dans son

art, fut bannie et la maison qu’elle habitait démolie de fond en comble.

Nous ne vivons plus, fort heureusement, dans ces temps de ténèbres où les hommes croyaient à de semblables folies ; le bon sens se trouve aujourd’hui chez les enfants même, grâce aux lumières du siècle. Le commentateur de la chronique thessalienne ajoute, par comparaison, que la goétienne Mycale se montra moins impitoyable que le thaumaturge Elysée qui, pour punir une troupe d’enfants moqueurs, les fit dévorer par des ours sortis des forêts à sa voix. Ces deux fables sont une peinture fidèle du caractère des peuples où elles ont été inventées. »

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