RÔLE DU GÉNÉRAL BONAPARTE A L'INSTITUT
Bonaparte avait une activité dévorante et partout où il passait il voulait laisser trace de son action. C'est ainsi qu'on le voit dès le lendemain même de sa nomination, avant même d'avoir envoyé sa lettre de remercîment, prendre place au milieu de ses confrères, et se faire charger conjointement avec Monge et Prony de l'examen d'un cachet typographique inventé par un nommé Hanin, et à l'aide duquel, plus tard, s'imprimèrent les Bulletins de la Grande Armée.
Le il nivôse suivant, la classe ayant reçu un mé-/ moire et un instrument relatifs à la tactique mili-j
taire, Borda, Coulomb, Laplace et Bonaparte furent chargés d'en rendre compte.
Deux mois après environ, le 41 pluviôse an vi (30 janvier 4798), la première classe de l'Institut reçut un mémoire-important et qu'on trouve consigné au procès-verbal, comme il suit :
« Le secrétaire lit une note remise par le citoyen Bonaparte qui la tient du citoyen Rolland, relative à une voiture mue par la vapeur. Les citoyens Coulomb, Perrier, Bonaparte et Prony, sont chargés de faire un Rapport sur cette machine et d'engager le citoyen Cugnot, qui en est l'auteur à assister à l'expérience qu'on en fera et de présenter en même temps des vues sur la meilleure manière d'appliquer l'action de la vapeur au transport des fardeaux. »
Les archives ne possèdent pas l'original de cette note. D'ailleurs, elle ne fut suivie d'aucun rapport. Ce n'est que deux années plus tard que le nom de Cugnot, le créateur de la première voiture à vapeur, appela de nouveau l'attention de l'Institut. Ce fut encore Bonaparte qui fut l'instigateur de ce mouvement en faveur du pauvre inventeur, alors ignoré et aujourd'hui célèbre. Le 13 thermidor an vin (4 or août 4800), Lucien Bonaparte, alors ministre de l'intérieur, adressa au Président de l'Institut National la lettre qui 3uit et qui fut certainement inspirée, peut-être même dictée par le premier consul.
Il vient, citoyen, de m'ôtre adressé, par le liquidateur général de la dette publique, une lettre dans laquelle il m'informe que le citoyen Nicolas-Joseph Cugnot demande le rétablissement d'une pension de 600 fr. qu'il avait obtenue en considération des inventions utiles qu'il a faites
pour le service de l'artillerie. Il ajoute que cet artiste parait avoir fait plusieurs découvertes en mécanique et composé des ouvrages dont l'art militaire doit avoir recueilli les plus grands avantages; qu'il a imaginé des fusils que le maréchal de Saxe s'empressa d'adopter pour ses houlans; une planchette et une alidade que tous les ingénieurs ont admises; enfin qu'il est l'auteur des éléments d'artillerie ancienne et moderne et d'un Traité sur les fortifications.
Le liquidateur général avant de faire statuer sur la demande du citoyen Cugnot, désire connaître l'avis de l'Institut national sous le mérite des ouvrages de cet artiste.
Je vous invite, citoyen, à soumettre ces ouvrages à l'examen et à me faire passer les rapports qui auront été approuvés.
Je vous salue.
Lucien Bonaparte.
Pendant un certain temps, Bonaparte ne cessai de faire sentir son intervention plus ou moins directe dans les travaux de l'Institut de France. Dans les années qui suivirent son élection, il fut chargé conjointement avec quelques-uns de ses confrères de l'examen de diverses questions et de différents mémoires. M. Ernest Maindron dans son excellente Histoire de F Académie des sciences publiée par l'éditeur Félix Alcan a consacré toute une partie de son livre à Bonaparte, membre de l'Institut, et il a résumé le tableau de ses relations scientifiques avec ce grand corps savant. On trouvera dans cet excellent ouvrage la plupart de tous ces précieux renseignements avec tous leurs détails.
Le 1" germinal an vi (21 mars 1798), Bonaparte présenta une carte géographique publiée par Guillaume Hans, de Bâle.
Le 16 pluviôse an vu (4 février 1799), le ministre
de la marine ayant transmis un échantillon de papier paraissant propre à faire des gargousses, la classe nomma Desmaretz,Deyeux, Darcet et Labergerie, qui donnèrent un premier rapport, le 21 germinal (10 avril). La question ayant paru mériter un examen plus approfondi, le 11 brumaire an vin (2 novembre 1799), Bonaparte de retour de sa campagne d'Egypte, fut adjoint à la première commission, qui après avoir procédé à de nouvelles expériences, fit un second rapport le 6 frimaire (27 novembre).
. Quelques jours auparavant, le 1 er brumaire (23 octobre), Biot ayant présenté un mémoire portant pour ! titre : Considérations sur les équations aux différences \ mêlées, Laplace, Bonaparte et Lacroix furent chargés de l'examiner.
Dans la plupart de ces cas, Bonaparte ne fut pas l'auteur des rapports auxquels tous ces mémoires donnèrent lieu. La vie du général Bonaparte était beaucoup trop absorbée pour qu'il pût prendre le temps de les rédiger ou même de les dicter. Il bornait son action à la discussion dans les séances et les comités où il se rendait fréquemment, lorsqu'il se trouvaità Paris,mêmependantquelquesinstants. Gomme Ta écrit avec un grand sens M. Ernest Maindron, il n'était pas indispensable d'ailleurs que Bonaparte fît œuvre d'académicien; l'influence considérable qu'il exerçait autour de lui par des succès admirables et ininterrompus, les sentiments de déférence qu'il manifestait en toute occasion à l'égard de la classe lui avaient assuré de la part de l'Institut tout entier un attachement vif et sincère.
Au loin, comme à Paris, il songeait constamment à l'Institut. Quand il revint d'Egypte dans la capi-
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taie, le 24 vendémiaire an vin (16 octobre 1799), rappelé inopinément en France par les événements d'Europe, son premier soin quelques jours après, fut de se rendre au sein de la première classe. En effet le 1" brumaire an vin (23 octobre 1799), nous voyons le vainqueur des Pyramides, prendre place à l'Institut, au milieu de ses confrères, fiers et empressés. Le procès-verbal de cette séance constate le fait de la façon suivante : « La classe arrête qu'il sera fait mention de la satisfaction qu'elle éprouve de voir notre confrère Bonaparte dans son sein. »
Quatre jours après, le 5 brumaire (27 octobre), rinstitut tenait une séance générale. Bonaparte y prit la parole et raconta en traits concis ]lexpédition qu'il venait d'accomplir. Le procès-Verbal s'exprime ainsi à ce sujet:
Le citoyen Bonaparte annonce qu'il a donné les ordres nécessaires pour le transport en France d'une table eu pierre trouvée dans les fondations du château de Rosette, sur laquelle se trouve une inscription en langue grecque, copte et en hiéroglyphe. Cette inscription porte que sous tel règne d'un Ptolémée, tous les canaux d'Egypte ont été curés et la somme que ce travail a coûtée. Il ajoute que dans la fouille des fossés d'Alexandrie, on a trouvé dans une des tombes qui sont là fort nombreuses, une petite statue de femme dont la coiffure est presque la même que ce * les que nous voyons aujourd'hui. Cette statue nous vient. Il rend compte ensuite du voyage entrepris pour découvrir le canal de Suez, Il entre dans des détails assez étendus sur l'élat actuel du Canal, sur la différence des niveaux entre les deux mers, entre la Mer Rouge et l'Egypte. Des ingénieurs sont présentement occupés à lever le plan de ce Canal si important au commerce de l'Europe.
Le même jour. l'Institut adressait à Bonaparte une
médaille frappée à son effigie avec la lettre qu'on va lire:
Au citoyen Bonaparte.
La médaille, citoyen confrère, que l'Institut national nous charge de vous faire passer, doit, par la nature du métal dont elle est formée durer presque autant que votre gloire.
Elle transmettra vos traits à la postérité la plus reculée et vous rendra pour ainsi dire présent à toutes les générations dont vos victoires auront fixé le bonheur.
Nous sommes très heureux de nous trouver aujourd'hui les organes de l'Institut national et d'avoir cette occasion de vous témoigner tout notre dévouement.
Sabatier, Lefebvre-Gineau,
Cuvier, secrétaire.
Les recherches de M. Ernest Maindron nous ap prennent que cette médaille, gravée par Benjamin Duvivier à l'occasion de la signature du traité de Campo-Formio et frappée en platine ne fut reproduite qu'à quatre exemplaires. L'un fut rerais à Bonaparte; un autre fut livré aux archives de la République, le troisième fut donné au Cabinet des estampes ; le dernier appartient aux collections de l'Institut.
Cette médaille est fort belle. Elle représente sur son avers le buste de Bonaparte en costume de général en chef. Elle porte pour légende : Bonaparte général en chef de t armée française en Italie. En exergue, on lit : Offert à V Institut national par B. Duvivier à Pains.
Le revers est occupé par un sujet allégorique représentant Bonaparte à cheval, une branche d'olivier à la main, précédé de Bellone qui tient les rê-
nés du cheval et de la Prudence qui porte un miroir dans lequel se regarda un serpent. La Victoire plane derrière ; elle place de la main droite une couronne sur la tête du général et tient de la main gauche T Apollon du Belvédère et un rouleau de papier.
Ce revers porte pour légende : Les sciences et les arts reconnaissants. En exergue, on lit : Paix signée Van vi. République française. On en trouvera la reproduction dans le bel ouvrage de M. Ernest Maindron sur l'Académie des sciences.
Cette manifestation solennelle de l'Institut montrait le profond attachement des savants pour le général Bonaparte.
BÔLE DU PREMIER CONSUL A l'iNSTITCT.
Après le coup d'Etat du 18 brumaire an vin (9 novembre 1799), Bonaparte qui s'était fait proclamer consul pour dix années, n'oublia pas l'Institut. Son premier soin fut de faire activer l'impression des Mémoires sur l'Egypte et d'en faire adresser un exemplaire à la première classe, le 6 ventôse an vin (25 février 1800). Cuvier remercia Bonaparte en lui écrivant qu'il savait que F amour des sciences et le soin de les propager lavait toujours occupé même au sein des plus brillantes victoires.
Le 1 er germinal an vin (22 mars 1800), la classe ? des sciences physiques et mathématiques réorganisa son bureau, et élut président Bonaparte. Le premier consul accusa réception avec remerciements,dupro-