‹ Histoire des sciences sous Napoléon BonaparteChapitre 17 sur 26 · H1ST0IHE DES SCIENCES · texte numérisé non relu

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ces verbal lui notifiant sa nomination et prit place au fauteuil le 6 germinal suivant (27 mars).

Il critiqua ce jour-là le mode d'élection en usage et rejeta la question de savoir s'il ne faudrait pas réorganiser la division de l'Institut. La premièie classe discuta cette proposition, se rallia à l'opinion de son président et arrêta qu'elle communiquerait aux deux autres classes les idées du premier consul. Monge, Laplace et Delambre furent choisis pour se concerter avec elles. Celles-ci nommèrent Legrand, Dacieret Buache (2 e classe), Camus, Leblond et Vin •• cent (3 e classe) pour former une commission générale. Le rapporteur fut Delambre qui formula des conclusions conformes aux vues de Bonaparte et qui furent lues dans la séance du 5 floréal an vin (25 avril 1800). Mais cet'e proposition dormit pendant quelque temps dans les cartons. Elle ne fut mise à .exécution que par le décret du 3 pluviôse an xi (23 janvier 1803) qui réorganisa l'Institut en quatre classes, comme suit :

Première classe. — Sciences physiques et mathématiques.

Deuxième classe. — Langue et littérature françaises.

Troisième classe. — Histoire et [littérature anciennes.

Quatrième classe. — Beaux-arts.

Chacune de ces classes était subdivisée en sections avec des membres titulaires et des correspondants nationaux et étrangers. Ce décret qui réglementait les assemblées générales, — les présidences, la bibliothèque, le budget, les comptes de dépenses, les devoirs à rendre aux membres de l'Institut après leur décès, qui créait les secrétaires

SOUS XAPOLÉOM OJ

perpétuels, fixait encore l'indemnité annuelle de chacun d'eux à 15C0 fr. Cette dernière n'a jamais été augmentée. Ces règlements ont subsisté jusqu'au moment où Louis XVIII en 4816 a rétabli les Académies.

Dans l'intervalle, pendant Tan vin, Bonaparte avait assisté aux séances des 11 et 15 germinal, 16 messidor et 11 thermidor. Quand il venait à l'Institut, c'était toujours fête et il savait suivre et diriger la discussion des questions scientifiques auxquelles même il s'attendait le moins et n'était pas préparé.

Le 15 germinal an vin, il prit part avec Cuvier et Delambre à la rédaction d'une circulaire dont il fit voter l'envoi à toutes les Sociétés savantes avec lesquelles il pensait que l'Institut devait se trouver en relations permanentes, et pour lui donner plus de poids il la signait comme président. En voici la teneur :

Nous vous adressons le programme des questions de physique que l'Institut national propose aux savants de toutes les nations; les prix qu'il doit décerner aux solutions qu'il jugera les meilleures seront sans doute, pour les personnes capables de travailler sur ces sujets, des motifs beaucoup moins puissants que l'honneur d'avoir contribué aux progrès des connaissances humaines. Persuadé que tout ce qui peut hâter ces progrès est regardé par les hommes de tous les pays comme un devoir sacré, l'Institut national espère que vous voudrez bien donner à ce programme toute la publicité possible, soit en le faisant insérer dans les journaux qui paraissent dans votre pays, soit de toute autre manière.

Fait au Palais national des sciences et des arts, à Paris, le 15 germinal de l'an vin.

Bonaparte, président, Delambre et Govieti, secrétaires.

L'influence du premier consul ne fut pas non plus sans se faire sentir sur une décision nouvelle prise par l'Institut au sujet de l'organisation de voyages scientifiques exécutés au loin dans l'intérêt du progrès des connaissances humaines. La première expédition scientifique préparée par l'Institut de France fut celle du capitaine Nicolas Baudin qui reçut le commandement des corvettes le Géographe et le Naturaliste, et se rendit sur les côtes de la Nouvelle- Hollande.

Il est curieux de noter ici un fait qui arrive à sa place chronologique et qui prouve que Bonaparte, qui devait être plus oppressif sous sa transfiguration de Napoléon empereur, fut pour un instant, au moins, le partisan de la liberté absolue d'écrire et de penser.

Un journal célèbre alors, L'Ami des Lois, dans son numéro du 7 prairial an vin avait rendu compte, en la critiquant fortement, d'une séance tenue par l'Institut le 5 du même mois. On y avait agité la réintégration de Barthélémy, Pastoret, Fontanes, Carnot et Sicard, les membres fructidorisés, et après une discussion violente l'Institut avait répondu à la demande des réclamants par la question préalable. Cette décision avait été jugée avec sévérité par l'Ami des Lois qui fut supprimé à la suite de la publication de son article. Bonaparte était alors en Italie, à la veille de la bataille de Marengo. Toujours tenu au courant de ce qui se passait à Paris, comme en France et dans l'Europe, il écrit aux consuls son sentiment à ce sujet et dans le tome VI, page 431, de la correspondance de Napoléon on peut consulter en entier ce document dont voici le passage qui nous intéresse plus spécialement :

Milan, 18 prairial an y m.

Le rapport du Ministre pour la suppression de Y Ami des Lois ne me paraît pas du tout fondé en raison. Il me semble que c'est rendre Y Institut odieux que de supprimer un journal parce qu'il a lâché quelques quolibets sur cette Société, qui est tellement respectée en Europe qu'elle est audessus de pareilles misères. Je vous assure que, comme Président de l'Institut, il s'en faut peu que je ne proteste. Que l'on dise si l'on veut que le soleil tourne, que c'est la fonte des glaces qui produit le flux et le reflux, et que nous sommes des charlatans ; il doit régner la plus grande .liberté..»

Bonaparte.

Le 1 er nivôse an ix, Bonaparte présidait à une séance de la première classe et il y annonçait que le gouvernement avait reçu des nouvelles d'Egypte très satisfaisantes. L'Institut du Caire avait nommé deux commissions dont l'une s'était rendue jusqu'au mont Sinaï et même au delà, et dont l'autre avait remonté le Nil jusqu'aux cataractes. Le navire ïHéliopolis porteur de ces heureuses nouvelles était arrivé avec un chargement sucrier, ce qui transporta de joie le premier consul qui méditait déjà les encouragements qu'il voulait donner à la création de fabriques de sucre indigène extrait de la betterave. Mais en cas de conflit probable avec l'Angleterre et de guerre européenne, il voulait que l'Egypte produisît assez de sucre de canne, pour n'avoir pas à en attendre des colonies anglaises.

N'oublions pas de noter que trois jours après cette séance mémorable, le 3 nivôse an ix (24 décembre 1800), Bonaparte échappait cornine par miracle, à l'explosion de la machine infernale .Le surlendemain, l'Institut se réunissait instantanément en séance gé-

nérale et décidait de se transporter en corps à la résidence du premier consul, afin de lui marquer une fois déplus un attachement aussi profond que continu. Une fois l'Institut national introduit auprès de Bonaparte,le présidentluiexprima les sentimentsdonttous les membres étaient pénétrés : « Citoyen Consul, lui dit-il, collègue infiniment cher à tous les membres de l'Institut national, il nous est difficile d'exprimer les sentiments divers, joie, indignation, intérêt, inquiétude, dont nous sommes agités, lorsque nous venons vous féliciter de n'avoir pas été la victime d'un horrible attentat. » Bonaparte répondit en donnant à ses confrères toutes les marques possibles de sensibilité et d'amitié.

Trois mois après, c'est-à-dire le 26 pluviôse an ix, (15 février 1801), Bonaparte présentait à la classe deux manuscrits sur papyrus trouvés dans les ca veaux de Thèbes. Ces documents précieux furent envoyés à la troisième classe de littérature et de beaux arts.

L'année suivante après le traité de Lunéville qui couronnait les grands succès de la campagne d'Italie de Tannée précédente, l'Institut se rendit encore auprès du premier consul pour le féliciter. Bonaparte répondit à cette nouvelle marque de continue affection, trois mois plus tard le 23 floréal an ix (13 mai 1801) en décidant que les membres de l'Institut ayant place dans les grands corps de l'Etat, recevraient un costume particulier pour les désigner à la vue de tous. L'arrêté consulaire qu'il prit à cet égard est curieux comme documenthistorique et comme preuve de l'esprit de détail de Bonaparte. En voici la teneur :

Les Consuls de la République, sur le rapport du ministre de l'intérieur et sur la proposition de l'Institut national,

Le Conseil d'Etat entendu, arrêtent :

I. — Il y aura pour les membres de l'Institut national un grand et un petit costume.

II. — Les costumes seront réglés ainsi qu'il suit: Grand costume. — Habit, gilet ou veste, culotte ou pantalon noirs, brodés en plein d'une branche d'olivier, en soie, vert foncé : chapeau à la française.

Petit costume* — Mômes forme et couleur, mais n'ayant de broderie qu'au collet et aux parements de la manche, avec une baguette sur le bord de l'habit.

Le ministre de l'intérieur est chargé de l'exécution du présent arrêté, qui sera inséré au Bulletin des lois.

Le premier Consul, Bonaparte Parle premier Consul, H. B. Maret.

Contresigné par le ministre de l'Intérieur, Chaptal

Le petit costume n'existe plus actuellement; il fut à peine mis en usage. On rapporte que le premier consul avait été sur le point de présider l'Institut en costume à palmes vertes avec les insignes de premier consul. Mais les événements allaient se précipiter. Comme Ta chanté Hugo :

Ce siècle avait deux ans. Rome remplaçait Sparte : Déjà Napoléon perçait sous Bonaparte

et une fois consul à vie, puis Empereur l'Institut allait être un peu négligé sans être cependant délaissé complètement.

Le 13 vendémiaire an x (5 octobre 1801), l'Institut fut reçu encore une fois par le premier consul à propos de la signature des préliminaires de la paix avec la Grande-Bretagne. Peu de temps après, Bona-j parte allait donner une preuve remarquable de sonj

intuition de l'avenir scientifique et de la puissance 'future de l'électricité, en appelant Volta à Paris et en instituant un prix d'encouragement qui est de- £ J meure le plus beau que l'Académie des sciences ait > i à décerner au nom de l'Institut tout entier. * M. Ernest Maindron raconte dans son livre si

N précieux en documents sur F Histoire de Y Académie i des sciences, que le 46 brumaire an x (7 novembre 1801), la première classe venait d'entendre la lecture, faite par Volta lui-même d'un mémoire sur la théorie du galvanisme et particulièrement sur la nature du fluide galvanique. Bonaparte assistait à la séance. Il proposa immédiatement une récompense pour l'illustre savant milanais dans les termes suivants :

« L'Institut national de France manifestant, dès les premiers moments de la paix générale, le désir de recueillir les lumières de tous ceux qui cultivent les sciences, donne une médaille d'or au citoyen Volta, le premier savant étranger qui ait lu un mémoire dans le sein de la première classe, comme une marque de son estime particulière pour ce professeur et de son empressement à accueillir les travaux de tous les savants étrangers. »

Cette motion fut couverte d'applaudissements. Biot fut chargé d'un rapport motivé qui fut lu dans la séance du 11 frimaire an x (2 décembre 1801). Le 21 frimaire, Volta ayant quitté Paris à l'improviste, l'Institut lui envoyait en Italie la médaille qui lui était destinée avec une adresse des plus élogieuses signée par Haùy, Delambre et Lacépède. Bonaparte ne se contenta pas de cette démonstration unique. La signature d'une paix qui semblait définitive avait eu lieu à Amiens le 4 germinal an x (25 mars 1802).

L'Institut s'était transporté une foip de plus le 5 germinal chez le premier consul pour le féliciter de sa gloire nouvelle. Bonaparte préoccupé de plus en plus de l'importance des recherches relatives à l'électricité et à ses applications, répondit à cette nouvelle manifestation de PInstitut, par la lettre suivante qu'il écrivit à Champagny le 26 prairial an x (15 juin 1802) :

J'ai l'intention, citoyen ministre, de fonder un prix consistant en une médaille de trois mille francs pour la meilleure expérience qui sera faite dans le cours de chaque année sur le tluide galvanique. A cet effet les mémoires qui détailleront lesdites expériences seront envoyés, avant le 1 er fructidor, à la première classe de l'Institut national, qui devra, dans les jours complémentaires, adjuger le prix à l'auteur de l'expérience qui aura été la plus utile à la marche de la science.

Je désire donner en encouragement une somme de soixante mille francs à celui qui, par ses expériences et ses découvertes, fera faire à l'électricité et au galvanisme un pas comparable à celui qu'ont fait faire à ces sciences Franklin et Volta, et ce, au jugement de la classe.

Les étrangers de toutes les nations seront également admis au concours.

Faites, je vous prie, connaître ces dispositions au président de la première classe de l'Institut national, pour qu'elle donne à ces idées les développements qui lui paraîtront convenables, mon but spécial étant d'encourager et de fixer l'attention des physiciens sur cette partie de la physique qui est, à mou sens, le chemin des grandes découvertes.

Bonaparte.

C'est une véritable vision d'un génie vraiment scientifique d'annoncer dès 4802, que l'électricité

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était la partie de la physique qui deviendrait le chemin des grandes découvertes.

Le 12 messidor an x (1 er juillet 1802), un important rapport fut remis au premier consul au nom de la première classe de l'Institut qui avait chargé Laplace, Biot, Halle, Coulomb et Haùy, d'examiner les moyens de donner toute l'ampleur voulue à cette grande pensée. C'estBiotquirédigeale rapport qui est resté un modèle du genre, concluant ainsi : «Le grand prix sera accordé à celui dont les découvertes formeront dans l'histoire de l'électricité et du galvanisme une époque mémorable. Tous les savants de l'Europe, les membres même et les associés de l'Institut sont admis à concourir. La classe n'exige pas que les mémoires lui soient directement adressés. Elle couronnera, chaque année, l'auteur des meilleures expériences qui seront venues à sa connaissance et qui auront avancé la marche de la science. »

On ne pouvait établir un règlement plus libéral. Les espérances de Bonaparte ne devaient pas tarder à se réaliser. Les découvertes se firent coup sur coup et la première classe de l'Institut eut à couronner successivement les travaux d*Erman,de Berlin; de Humphy Davy, de Londres; de Gay-Lussac et de Thénard, de Paris.

Pour montrer le caractère tout à fait supérieur que devait avoir l'Institut, Bonaparte avait voulu qu'il fût sans égal non seulement par l'éclat et l'autorité, mais aussi qu'il fût seul par l'appellation et qu'il ne pût être confondu avec aucune des sociétés savantes qui prenaient naissance de divers côtés. Afin d'assurer cette volonté, il avait fait introduire dans la loi sur l'instruction publique du 11 floréal an x (1 er mai 1802) au titre ix, l'article xli qui était ainsi conçu :

Aucun établissement ne pourra preilare désormais les noms de Lycée et (L'Institut.

L'Institut national des sciences et des arts sera le seul Etablissement public qui portera ce dernier nom.

Bonaparte.

La loi du 41 floréal an x existe toujours; mais elle est bien tombée en désuétude, puisque de nos jours nous voyons partout s'élever des Instituts de toutes les sortes. Mais, aucun de ceux qui ont pris ce titre, n'a obscurci l'éclat de l'Institut de France, comme le fait remarquer si judicieusement M. Ernest Maindron, son historien, et il suffit de pouvoir mettre sous son nom : Membre de V Institut, pour être salué et honoré par le monde entier.

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