VL LE LIVRE DU MERCURE ORIENTAL, OCCIDENTVL ET DU FEU DE LA PIERRE
Vu nom du Dieu clément et miséricordieux!
Li* livre du mercure oriental» par Djàber. Que Dieu lui lUssu miséricorde!
Louange à Dieu, ([ui ^rralifie f|ui il lui plaît de ses faveurs, t-i qui est puissant sur toutes choses! Que Dit-u it'pande ses bénédictions sur Mohammed, sur sa tamillfs et qu'H leur accorde le salut I
Celui qui a lu mon livre sur les pierres et les opérations sam^a ce que je vais diï <^ dans ce traité. J j ai mis spécialement l'indication des grands pririripes; car les grands principes sont les plus importants par leurs eflels. Le principe qui procure la Ibrine et donne la vie à tous les êtres vivants et aux rliosf^s analof^es, c'est ! opéraliuii du mercure oriental, cpie les philosophes uiit tenu secret, au(|ue! ils ont refusé de donner son véritable nom i*t (juils ont empêché les hommes de connaître. Examinez donc bien ce que je vais dire à son sujet, en y apportanl uni^ intelligtînce bien présente el une sagacité pénétrante; ne le prenez pas avec mollesse et vous serez sûr de ne pas manquer le but* Dieu nie soit favorable pour arriver à la vérité! Je lui dtniiandt* de \ous aeetHMier votre bien quotidien, si! reconnaît en vous la vertu.
Sachez que te mejcun^ d*' la pierre doit êU'e i objet d opérations, et qu'il se distingue du mercure minéral ipii a subi un traitement, seulement par sa convenance avec les autics principes- C'est-à-dire que le mercure minéraL ([uelle que soit la préparation (ju*il ait subie, ([u'il soit devenu blanc tm l'ouge, convient aussi bien que les autres principes tires des mines; i! n'agit
pas par luî-ménie, mais pai' les matières qui le pénétrant et le
fixent avec elles. Aussi, pour opérer, est-il besoin d»* divers simples, mélangi's <Mi [)roportion convenable et avec le concours d'une préparation. Si la convenance se trouve en lui. ïv mélange complet a lieu sans te concours de
TRAITES D ALCHIMIE AhABE.
ro|»érateui% car il a lieu selon ceUo convenance. Aiissi les phîiosoplies ontils altaché une grande importance à cette f[ut*stîon; ils Font tenue en grande i^slinie; Us ne l'ont point divulguée et ils ont donné (à cet élixir) le nom iïauimal^ parce tpie ranimai, quel qu'il soit, a une âme propre qui ne se trouve pas chez un autre être, hvs pliilosophes ont dit, à cause de cela, qui! falkôt donner aux corps des esprits, et que ces esprits devraient êtir extraits de ces corps eux-iu^mes, alîn qu'ils eussent de l'afïinité pour ea\ el qu ils s'y fixassent d'une manièrt! définitive. ÎSe leur donnent pas des L*sprils tirés d'autres corps, caj* alors les corps fuiraient ces esprits : la pierre des philosophes ainsi unifiée contiendrail tous les principes en proportions inégides et sans qu il existât entre eux Taffinité nécessaire. Tandis que si Ton a Ivs poids nalur^ls qui conviennent, on ohtient un éfixir parfait sans qu'il soit besoifi d'opératioti ultérieui'e. Les choses étant iiinsi, U e^t donc nécessaire de dislingULU' les principes, de les faire apparaître et de les combiner, île iL-lle faron qu'ils concordent avec les leintui'es que Ton désire obtenir, m les produisant par la substance même et non par suite d une circonsluncr accidentelle.
Pour tous les philosophes, il y a deux sortes de mercure, tpii constituent les [)iincipes essenliels, l'un étant un esprit, fautre une aine : ils ont donné a Tun d'eiLx le nom de mercure orienial et à l'autre celui de mercure occidcniai. Ce dernier mercure est la teinture, et il est à iui seul un poison, a moins qu'il nait subi une préparation, qu'il ne soit transformé en l'autre mercure et refroidi : car ces choses constituent une opération. Autrement il ne peut convenir au but, cpii est de traiter l'autre mercure : sachez cela.
Nous n'avons rien omis de son ti'aitement et de ses diverses phases, et nous avons traité tout cela dans nos livres d'une façon énigmatique et claire, brièvement et a^ ec développement , en eri parlant peu et beaucoup. Nous allons abréger ici ces développements, pour ceux c[ui désirent arriver vite au résultat, sans faire une longue étude scientifique. Les philosophes ont pai'lé en dernier lieu des opérations iTlatives à ce sujet important . mais dans des ternies tels, que c'est à peine si les gens peuvent compix*ndre t|uelque chose de cette question; à cause de la façon abstruse et énigmatique dont elles sont exposées, des raisonnements bimrres quelles comportent , de la diversité des noms employés et ties dilTicuItés mêmes de lopération. Les mêmes inconvénients se retrouvent dans nos traités, et bien *|uc nous nous soyons exprimé clairement, il s'y trouve aussi cpie les diffi-
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cultes d'un même sujet sont distinguées les unes des aulre^, el que les choses obscui'es quH contient sont presque inaccessibles à tout le monde. Mais, par indol^^ence pour ceux qui se livrent à la recherche de l'œuvre, nous avorrs ci-u devoir rédiger sur cliacun diis principes tjui foiment ce chapitrt^ important, un livre spécial, qui i^xpose toutes les faces delà question eti termes concis et faciles à entendre pour tous les savants. Chacun de ce,s traités sera suffisant j>oui' riioïnme instruit et ititt'llîgcnt, et ce s«'iii un*,' hase fournissant tous les renseignements essentiels à celui qui réclamerai I de longs développements.
Le mercure orit^ntid étant un des principaux fondements de la pierre, vX ayant été lohjet de nondireuses opérations et de diverses opinions de in part des philosophes, au sujet de ses effets et de ses propriétés^ nous allons èclaircir toutes ces obscurités dans le présent opuscule, en procédant suivant les ([ualre formes eiii[»loyécs dans les recherches scientifiques. L);nis les quatre opuscules qui vont suivre, nous nous occuperons donc des principes de la pierre magnili(|ue, de façon à dissiper toute angoisse, à èclaircir toutes obscurités el à faire disparaître toutes les incertitudes; ce qu'aucun des philosophes n'a réussi à faire jusquici.
Sur la tpiestion du mercure oriental, tous ceux qui s'occupent dp cette scûence savent que le principe le pkis inq)ortaJit de la pieri'e est le mercure oriental, qui nest autre chust^ (jue lame. De nondjidLV désaccords se sont produits parmi les gens de Ftruxre, au sujet de rame : les uns disent quellr» est chaude et sèche; d'autres quelle est chaude et humide; et enlin il en est qui ne lut dorment aucune épithète et la subordoîment aux natures, ne voulant point lui attribuer comme qualité, ni la chaleur, ni le froid, ni l'humithté, ni la sécheresse. Les observateurs ont été troublés par ces diver* genres; car ils se demandaient comment pareille chose pouvait se produire parmi les philosophais sur relie tjuestion,
La diversité des tïorns donfiés n'a pas été moins grande : les uns ont nommé cette substance le mercure de l'Orient ; d'auU^es la forme de la perfection, la teintuie, l'essence, le strufre rouge, le cuivie t|ui n'a pas d'ombre, etc. Ainsi donc, il y a eu diversité de noms et dexphcations sur sa nature.
Quand j^aurai montré la vérité dans le présent opuscule, et que je vous aurai dit forigine de ces variations, vous comprendreîÊ conmieiit elles se sont produites, et cpiVri réalité il y a accord parmi les auteurs, bien que.
ALCfiiMJt. — ui, -y patlie.
H^aiMlftih ^«llkMtl.»
ttïU TRAITES D ALCHIMIE A^IABE.
pour VQU\ qui nv sont poinl initiés, il paraisse y avoir divergence, La foule (lijs docteurs s étant partagée en trois catégories cropinions divergentes sur ce qui touche aux natures, ce qui a produit la diversité des noms et des appréciations, il devient indispensable que nous nous expliquions tout iFahord sur ce point, qui doit SfTvir de hase de démonstration à toute ia question.
Les opinions IbndaiiierUales (pif nous rencontrons sont au nondir*' de trois :
j'' Celle qui consiste à dire qui- Ir mercure oriental est chaud et aec;
•i"" Qu il est chaud et humide;
3*" Quil n*esl ni chaud, ni sec, ni humide.
Connue aucun des philosophes n'a prétendu quil était froid, nous n*aurons rien à diie sur ce point el nous ne nous occuperons que de rexameri flivs trois premières opinions, afin que vous puissiez vous rendre compte des iiiisons qui ont amené chaque groupe h la furmuie fju'il a employée.
Celui qui a nonuné lame chaude et sèche ne lui a donné cette appellation que pour deux raisons, donl l'une est que iânie est mélaugée dune rhaleur r»on dépourvue (rhumidîté; c'est celte humidité cjui alimente la chaleur et qui même lui prête son assistance poiu' agir. Cela narrivemil pas si la chaleur était purr», t^ar tout ce qui est pur lire parti de rhuinidilé «*t éprouve plaisir a la recevoir. Quand les choses sont telles, on les rattacln* à la sécheresse, qui absorbe [Immidité des choses humides. Comprenez ceci, o mon frère! c'est là un point d'une exti^nie importance, et si vous le vouliez, vous pourriez développer cette thèse dans des milliers de pages.
C'est pour ce motif que Ion dit en parlant du mercure de fOrient, que c'est de for avec f ombre du cuivre, rhumidilé du plomb, la résistance de rétain et la volatilité du mei'cure* 11 renferme, en t^U'et, ce mélange dans sa substance^ à cause de sa natun* huileuse qui est un mélange de chaleur %*\ d'humidité., I^a secondt* raison qui a fait donner cette appellation, c'est le feu de la pierre. Or le feu étant chaud et sec, agissant sur toutes les natures, on a du lui donner un nom d'après sa nature, car chaque chus** est rattachée à ses apparences. Toute chose renferme les quatre natures, deux d entre elles seulement étant manifestes et préilominîint à lextérieur; l>ien fpfil ^oit pf)ssible que ces deux natures salfaiblissent à rintérieur et
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qu elles y soient vaincues par les deux autres. On a exprimé alors la qualité d une chose d après celle qui se manifestait extérieurement , et non d après l'ensemble des natures réunies dans celte chose. Voilà comment on peut expliquer Topinion que nous venons d'indiquer.
Quant à la seconde opinion , qui consiste à dire que le mercure oriental est chaud et sec, elle a été formulée ainsi dans un but de découverte, dans le désir d enseigner et comme moyen de fixer dans Tesprit les circonstances extérieures, en en donnant une image. Ce but, d'ailleurs, est le même que celui poursuivi par les partisans de la première opinion. Or il est conrm que, en apparence, Thuile est chaude et humide; bien que certaines huiles puissent être rattachées à un mélange de sécheresse et de chaleur. C'est cette circonstance extérieure qui a servi de point de départ pour déterminer la dénomination du mercure oriental et son mode d'action. Puisque, a-t-on dit, le mercure oriental est l'huile de la pierre, il doit être chaud et humide. Quant aux philosophes qui l'ont regardé comme chaud et sec, c'est parce qu'ils ont considéré que sa nature se rapportait à celle de l'Orient qu'ils estiment être chaude et stche, tandis que l'Occident a une nature différente.
Ceux qui n'ont point adopté les dénominations de ch^ud ou de froid, d'humide ou de sec, ont eu pour cela deux raisons. L'une d'elles, c'est que le mercure oriental est chaud dans sa substance et froid dans ses effets, ce qui est contraire à tout caractère d'une chose naturelle. En outre, il est humide dans ses effets et sec dans sa substance; il manifeste la sécheresse à l'extérieur de ce qui lui donne de l'humidité. Ce sont là des qualités merveilleuses et c'est en les démontrant, j'en jure par mon maître, que l'on découvre le secret de ce mercure et qu'on en a une connaissance exacte. Or la vérité, c'est qu'il y a disparition de la sécheresse dans sa substance. Il se peut que le mercure résulte des opérations de celui qui s'occupe de ces choses, sans qu'il ait su ce que c'était; mais s'il en connaît la nature, par les indications fournies dans cet opuscule, il le reconnaîtra dès qu'il le verra. La chaleur de sa substance tient à sa couleur brune, qui est l'indice d'un tempérament chaud et qui, en outre, marque plutôt une chaleur sèche
qu'une chaleur humide Quant au froid qu'il produit, il résulte de
ce que dans le mélange il fixe les parties fugitives : or c'est là un des effets du froid. La sécheresse de sa substance se manifeste par sa facilité à être broyé, facilité qui est la marque de l'extrême sécheresse. Mais bien qu'il se broie facilement, il est lent à se dissoudre. Quant au mélange de sèche-
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n»sse et crhuinidilé , il se montre par cela que le mercure étant mis en présence du plomb, celui-ci lui enlève son humidité; or toute chose humide donne au mercure une humidité prolongée et lui donne l'apparence d'une huile consistante; c'est là ce qui produit la combinaison. Il agit de même
avec toute chose à laquelle il est mélangé. Sachez cela et il n'y a
(jue ceux qui n'ont aucune idée de cette science qui ignorent ce qui est
contenu dans ces livres Sachez cela et demandez à Dieu qu'il vous
préserve des gens de cette espèce. Quant à ceux qui ne lui ont donné aucune appellation et qui ne l'ont rattaché ni à la chaleur, ni à l'humidité, ni au froid, ni à la sécheresse, ils l'ont fait unicjuement à cause de l'essence divine, (jui est elle-même (et non autre chose).
Telle est, ô mon frère! la façon dont vous devez agir. Ce mercure est déliCfit de forme, parce qu'il est l'âme; toutefois il ne peut être isolé d'un corps (pii en représente seulement l'apparence , en étant le support des naturels; car ce corps ne saurait agir en réalité par ses natures intimes. La vérital)le action appartient à l'essence glorieuse, qui est l'essence de la forme. Cependant cette action se manifeste par les natures; c'est d'après elles qu'elle produit ses effets, et elle agit, au moment du mélange, dans la limite des natures contenues au sein du corps de l'homme; c'est-à-dire c[ue It» corps accepte les impulsions de Tâme conformémant à ces natures. C'est pour cela que l'on dit (jue la diversité de* 1 ame et de ses manifestations est la conséquence du tempérament du corps. Sachez ceci , car, j'en jure par mon maître (que la paix soit sur lui!), c'est le terme le plus élevé de cette science. Maintenant que je vous ai exposé ce principe, le présent opuscule (»st terminé. Dieu sait mieux que personne ce qui est la vérité.
Fin de l'opuscule sur le mercure, oriental. Louange au Dieu unique!