VI. LK LIVRE ÙU MEHCVUE ORIENTAL
Djàber cite d'abord son livre Sur les pierres el les opéralifms. Il annonce qu'il va lévéler le secret du mer(*ure oriental ^^\ Il parle d'abord du mercure de la piei're (pliilosopliaK') et du merçuie minéral. On doit donner ;ui\ co!*ps des esprits, tirés de ces corps nxèmes. 11 e\|)ose lii distinction du mineure oriental et occidental : run est fesprit, faulre fàine. Suit une dissertation scolastique sur les qualités froide et sèche, diaude et humide du premier : il est destiné à fournir le complément des cpiaiités des métaux, et il semble que, dans la pensée de Fauteur, ce mercure ne puisse être isolé i'onnne être distinct et indépendant.
^'* l^e lïiercure orienta! ot le mercure p. 373.) Mais cet article, ajouté après coup occidentai sont cités dans un article des dans le manuscrit grec, semble de date Akhwmtet ifrecs. {Colhction, etc.. trad., [»lus iiiodeiiie que tes autres.
Suiveot un second irallé sur le niercore occidental, qui esl IVaii divine et le niyile nnî»ti([ue, t^t un troisième traite on livre sur le feu de la pu^rre, j^ubslanre de la teinture des métaux.
Tels ï^ont les ouvrages arabes de Djâber contenus dans les manuscrits d<* Paris et de I^eyde dont j'ai en connaissance. Leur analyse periuet de se faire nue idée générale du caractère de son teuvre, et montre coninient celle-ci est en rapport inmiédiat avec un certain nombre des tbéories et des idées exposées dans les traductions latines des alchimistes arabes, par exemple dans les livres attribués à Platon, à Arlslote, a Piasès, à Aucenne, théories et idées qui ont passé de Ik aux alchimistes latins du xiv** siècle* On voit ici quelle en est i*origine probable et pourquoi Djàber a pu èlre regardé comme le père et le maître des alcliimistes arabes* On peut rattacher certaines de ces théories a celles des Grecs byzantins, rendues de plus en plus subtiles et ([ulntessenciées* Mais elles présentent un caractère plus récent que les écriti» rattai hés diret temeut à la tradition grecfpie, tels que ceux de Cratès, d El-llabib, en arabe, ou la Tarba, en latuu Au contraire, les œuvres aralies de l)j:il)er et les idées (pii s\ trouvent sont extrêmeoient éloignées, soit connue précision fies faits, soit comme clarté des doctrines, soit conunc méthode de composition ; elles sont, je le répète, extrêmement éloignées des écrits latins (hi Pseudo-Géber^*', Non seulement les faits nouveaux et oiigiinuix qiu^ renferment ces écrits latins sont ignorés de rauteiu' arabe, mais il n'est même pas possible de rencontrer dans les ouvrages latins mis sons le nom de Géber une page, ou un simple paragiapbe, qui puisse en être regardé comme traduit des traités aiabes (|ue je viens de résumer,
Doimous au contraire connue terme de comparaison Taiialyse d'un
('} Sur et nom , voir la mAe 4 de la page a.
ouvrage beaucoup plus iiiodeniiv» dû à Abou Bekr ibn Becbrouu, élève de McislenKi, et écrit en Espagne au conimencemeut du xv* siècle. Cet ouvrage a été Inséré par Ibn Khaldoun dans sa compilation. En voici le sommaire :
Trois choses sont à envisager pour 1 elixir ou pierre phiiosophale : s'il est possible tle la rabiiquer; avec quelle inaLière on la fait» et comment.
Quant au premier point, il ny a pas lieu de le discuter, car je vous ai envoyé un échantillun dV*lî\ir.
L'œuvre réside en toutes choses, car elles consistent en des combinaisons des quatre natures (éléments) et s y résolvent,
Ij's nuuiipulalions sont les suivantes : la l'ésotution (décomposition), le mélange (ou combinaison), la purification, la calcination, la macération et la transmutation. Il y a des choses décomposables qui sont susceptibles de passer de la puissance à facte et des choses indécomposables.
\ous aurez à connaître le mode de son action (ia pierre), le poids, les heums, la manière dont lesprit est combiné avec elle et comment ! ame s y laisse introduire; si le ("eu a le. pouvoir den détacher Tesprit déjà combiné, etc.
Suivent des raisonnements assimilant le corps et fâme de rhonime à ceux fie la pierre
L'or, te fer, Iv cuivre résistent mieu\ au feu que le soufre, le mercure et
les autres esprits (corps volatUs) Les corps ont commencé pai^ êti'e
des esprits. .... ; quand le feu est très intense, il les reconvertit en esprits. — Puis vil nnent des théories sur la volatilité et rinflanmiabilité des esprits; tandis que les corps ne s'enllaninientpas, parce quils sont composés de terre et deau. — Suivent des raisonnements subtils et vagues sur le chaud, le sec et rhumide, raisonnements qui ont eu autorité jusqu'au temps de la physique et de la chimie modernes.
Les philosophes redoutent les feux ardents. Ils ordonnent de purifier les natures et les esprits, den expulser les impuretés et llmmidité, qui sont les causes du dépérissement.
Avis divers sur la pierre : les uns prétendent qu elle existe dans le règne animal; d autres dans les plantes et dans le règne minéral; d autres dans les trois règnes.
Les teintures sont de deux espèces : lune est semblable à celle qui parcourt
cil tous sens un vêtement blanc, elle est fugace; I autre produit lu conversion d'une substance en une autre, dont elle prend la couleur. Ainsi IWbre convertit la terre en sa propre substance; ranimai s assimile la plante. De cette manière, la terre devient plante et la plante devient animal, etc. L'auteur poursuit ses raisonnenienls sur la vie ctnnparée de la plante et de 1 animal. On doit tirer la pierre du règne animal, qui est de Tordre le plus élevé.
Après ces raisonnements vagues, il continue en ces termes : «Je vous ai exposé en quoi cette pierre consiste, je vous en ai indique le caractère spécifique et je vais vous expliquer les diverses manières de ta traiter.
«Prends la noble pierre, mets-la dans l'alambic, sépares-en les tpiatre natures, qui sont ieau, Tair, la terre et le feu, c'est-à-dire le corps, rame, iesprit et la teinture. Relire cliacun de ces éléments du vase qui le renfernir et prends le précipité qui reste au fond. Traite-le par un feu ardent, jusqu'à ce quil perde sa noirceur, etc. x 11 décrit la suite des opérations, en termes toujours vagues et obscurs, et déclai*e quon aboutit à une chose unique, homogène, încorniplible, qu'il décrit en termes anqihigouriques. « Tel est le corps dans son état parfait et voiJi\ l'œuvre. »
Quant à la chose appelée œuf piiv les philosophes, ce mot ne désigne pas fœuf de la poule. 11 défmit ensuite fœuf d'une façon peu intelligible, ainsi que les principaux termes alchimiques. Le cuivre est la substance dont on a expulsé la noirceur et qui a été réduite en cendre. La magnésie rst ia pierre des adeptes dans laquelle les âmes se fixent. La pourpre est une couleur rou^^e foncée, produite par la nature plastique. Le plomb est une pierre douée de trois puissances, etc. Quant au reste des noms, on les a imaginés pour dérouter les ignorants.
Ce petit traité renferme les mêmes théories que ceux de Djâber, sous une forme plus niélhodiqiie, plus moderne et plus voisine de la î^colaslic[ue aristotélique ; son langage peut servir jusqu'à un certain point à fiier des points de repère.
En tout cas, renseuible des ouvrages arabes (jue nous allons pidDlier, jomts aux traités svriaques contenus dans un autre volume, présente un grand intéièt pour riiistoire de la iicîence, attendu qu^il fournit une connaissance solide de la véritable alchimie arabe, ignorée jusqu a ce jour. Us permettent d'établir la suite et la libation des faits et des
ALCHIMIE. — lii, 'i- partie. 4
ÎAITÉS DWLCIirMIE ARABE.
doctriiips alcliimiquos, depuis le temps des Grecs d'Egyple d'abord, puis de Byzaiice, jusqu'aux savant** Syriens, à leur suite jusqu'aux Arabes; et enfin il monire conuneut on est passe de ceu^-ci k ralcblinie latine proprement dile. Leuj' étude conslituc un long et diflieile travail, (pii n'avait jamais ete entrepris juscju'iei dans des eooditions vraimenl crlliques el qui couiplele mes recherebes et publications antérieures sur les alcbimlsles grecs.
Nous allons maintenant l'eproduire la traduction de la partie du KiuUi-al-Fihrisl, relative aux alcbimistes et quelques indications analogues.
EXTRAIT DCI KfTiB-iL-FfHBlST.
Dixième section du Kitub-al-Ftlur^ii, Cette section renferme des renseignements sur les alchimistes et sur ceux des philosophes anciens ou modernes qui ont pratiqué le grand œuvre*
Voici en quels termes s exprima Mohaninied ben Ishaq En-Nedîm, connu sotis le nom de Ibn Ahou Ya^|ouh ElOuaiTOq :
Les ^ens qui piaûquent ralcliinûe, c'est-à-dire ceux qui fabriquent Icjr i4 Targent avec des métaux éU'an«;ers, assurent que le premier qui a parl*^ df* la science de Fœuvre est Hermès le Sage, originaire de la Babylonie et (|ui alla s'établir à Absr (Egvpte), après la dispersion des peuples loin de 15id>eL Il régna sur Misr et fut un sa^e et un pliiiosoplic* Il réussit à pratiquer l'œuvre et composa sur ce sujel un certain nondjre d'ouvrages. 11 étudia les propriétés des coj^s et leurs vertus spirituelles, et, grâce à ses recherches et a ses tra%aiL\, il réussit à constituer la science de lalchimic. 11 s occupa de composer des talismans el rédigea sur vv sujet de nondïreiix traités. Toutefois, ceu\ qui sonl partisans île la doctrine qui admet un*' haute antiquité pour falchiinie, assurent que cette science existait plusieurs milliers d années avant Hennés.
Ahou Bekr Er-Razi, c est-à-dire Mohammed bcn Zakariya, prétend qu*il n'est pas permis de donner le nom de science philosophique a celle qui ne conq>rend pas Talchimie, et quun savant ne saurait mériter la qualification
TRADUCTION
(le philosophe, sll n'est expert dans le grand œuvre; car celui-là seul peut se passer de tout le monde, tandis que tous les autres hommes ont hesoin de lui. à cause de sa science et de sa situation. Certains adeptes de la science de lalchimie assurent cpe Tceuvre a été révélé par Dieu (tfue son nom soit glorifié!) à un cerlain nombre de gens qui se sont adonnés à cet art; d autres disent que la révélation en a été faite par Dieu le Très Haut à Moïse, lils d'Aniran et à son frère Aaron (que sur eux deux soit le salut I), et que celui qui opérait en leur nom était Qaroun. Celui-ci ayant accumule beaucoup do!' et d argent et vu ayant formé des trésors, fut, sur la prtrn* de Mmse, enlevé par Dieu, qui s était aperçu de rarrogance, de f orgueil vi de la méchanceté que lui avaietil inspirés les richesses qu'il détenait.
Dans un autre endroit de ses livres, Er-Ràïi prétend que Imïu rïombre de philosophes, tels que Pytliagore, Démocrite, Platon, Aristote etdalien, en dernier lieu» pratiquaient ralchîmie, Mohammed hen lshaf| ajoute que ces derniei^s, aussi bien que les auti^es, ont écrit des livres sur ralcliiinie et ont pnitiqué cette science. Ce sont Ih des choses qui appartiennent à Dieu et que lui seul connaît; quant à nous, nous tious abstiendrons flans notre n*cit de tout blàrae et de toute exagération.
IlEBMES I.K UABALONIÊN.
On est en désaccord à sou sujet. Selon les uns, c*était im des sept gardiens chargés de veiller sur les sept temples; il avait la garde du temple de Mercure dont il amait pris le nom, car Mercure, en langue chaldéenne, se dit Hermès, Selon dauties, ii se serait, pour divers motifs, transporté sur le territoire de TEgypte et animait régné sur ce pays. Il aurait eu un certain nombre d'enfants : Toth, Ça, Ochmoun, Atsrîb et Qifth. et il aurait été le principal sage de son temps. Après sa mort, il aurait été enterré dans rédifice connu dans la ville de Misr (Memphis) sous le nom de Ahtni Hi^rmés et que le peuple appelle les deux pyramides : fune délies serait son tombeau, 1 autre celui de sa femme. Certains auteurs prétendent que cette seconde pyraiiiide seiuit le tombeau du fils d'Hermès, qui lui succéda après sa mort.
. ( Description des pyramides,] ,
TRAITES DWLCHIMIE ARABE.
LIVRES D'HERMES Stïl LULCHIWIE.
i" Le livre d'Heniiès à son Tils sur iœuvre; i** le ïhra de ior liquide; 3** le livre à Toth sur lœuvTe; 4* tmité de la vendange; 5" le livre des Secrets; 6" le livi'e d*El-Harithous; 7"* le livre d'El-Meiathis ; 8° le li\Te d'El- Esthemakhis; 9" le livre de Es-Selmathis ; lo*" te li\Te dWi'ininès, disciple d'Hermès; 1 ï** le livre de Niladès, disciple dTIermès, sur ropinion d'Hermès; I 2"* le livre d'El-Adkhîqi; 1 3"* le livre de Denianos par llerioes.
OSTANÎiS.
Ce fut lun des philosoplies qui pratiqiicTent TœinTe et se rendirent célèbres par leurs travaux et leurs ouvrages relatifs h cette science. Ostanès le Rounii (Grec) était un des habitanis d'Alexandrie; il composa, à ce qu*il rapporte dans une de ses épîtres, mille ouvrages ou opuscules, ayant chacun un nom particulier. Les livres de tous ces auteurs sont écrits dans un stjie énigmatique et obscur. l*armi les livres d'Ostanès, on cite le livre de la conversation d'Ostanès avec Thouir, roi de Tlnde.
/.OSIMB
Rfiï.
Parmi eux figure Zosime, qui suivit la même voie quOstanes; il a composé le recueil intitulé : Les Clefs de l'œuvre. Ce traité renferme un certain nOTubre dVjuvTages et d épîtres, disposés suivant un ordi'e auquel ils enipRuitent leur désigniition : première, deuxième» troisième, etc. On donne à ce recueil le nom de : Les Soixante-dia; épitres*
NOMS OES PHILOSOPHES QUI ONT PARLE JJL L^tEUVRE.
1** Heniiès; 1** Agathodémon ; 3*" Anthos; i*' Melinos; 5** Platon; 6** Zosime; 7"* Asthos; 8" Démocrite; 9* Ostanès; lo" Heraclius; 11° Bouros; la" Marie; 13** Desaourès; i4* Mricanus (écrit Afraghsous); 1 5" Stéplianus; 16° Alexandre; 1 •j*' Kimas (Chymes); 18** Ojamâseb; 19° Drastlios;
*** Dtismos; Rismos du nis. de L«eydc.
TRADUCTION, 29
•io° Arcliélaûs; ai" Marqounès; ^a° Synésius?(Senqeha); iS*" Simâs (doublet de Chymes); -2^° Rousem (doublet de Zosîme); 3 5° Fourès; 16" Savourés; îi^" Dilaos; qS** Mouyanès; 29" Sefidès; 3o° Mehdarès; 3r Fernà- Duànès; Sa** Mesothios; 33" Kahin Artha; 3/i** Ares KJqiss; SS"" Khâled beti Yezid; 36° Estapheri (doublet de Sléplianus); S-y* IJarabi; 38" Djâber beu Hayyàn; 39** Yahya ben Klialed ben Barmek; 60° khalhif l'Indien, le Franc; âi" Dzoun-Noûn rFigyplien; 4^** Salem ben Forouh; 43" Abou Msti le Borgne; /iV Kl-Hasen ben Qodama; iô*" Abou Qirân; /iG*" Al-Bouni; ^7*^ Sedjada; kH" Er-Râzi; 4 9" Es-Sâïb Pll-'AIoui; ba"" Ibn Ouabchiya; bi" EI-'Azàqiri.
Tels sont ceux qui sont indiqués comme ayant fait ropération principale, celle de Télixir complet. Tous ceux qui sont venus après eux et qui se sont adonnés a cette science ont vu leurs e (Torts impuissants et ont dû se bomej" aux opi^rations extérieures; ils sont trailleurs nombreux et jen parlerai» cpia nd loccasion sVn présentera , sll plaît à Dieu.
KHALED BEN YEZÎD BEN MOAOUÏA , FILS D'ABOU SOnfiN, LE NOUVEAU CONVERTI À L'ISLAMISME.
Celui, dit Mohanuued ben Isbaq, qui s occupa le premier de mettre au joui' les livres des anciens sur laiehimïr fut Kbàied ben Yczîd ben Moaouia. Cétait un prédicateur, un poète, un h(HDme éloquent, plein d ardeur et de jugement. Il fut le premier qui se fit traduire les livres de médecine, dW ti'ologie et d'alelumie. Dune nature généreuse» on assure que, répondant à quelqu'un qui lui disait : «Vous avez donné la plus grande partie de \os soins à la recherche de 1 œuvre, w Khâled s écria ; «Toutes mes reclierclies n'ont d'autre but que d enrichir mes compagnons et mes frt^res; J avais ambitionné le califat, mais il m'a été enlevé et je n ai trouvé d autre compensation que de chercher à atteindre les dernières limites de lœuvre. Je veuîn éviter à quiconcjue m'a connu un seul jour, ou bien que j ai connu moiniétne, la nécnssité d'aller stationner a la porte du palais du prince, à la iaçon d'un solliciteur, ou d'un bomme envahi par la crainte.» On assure, Bt Dieu sait mieux que personne si cela est vi^ai» que Khâled réussit dans ses entreprises alchimiques. 11 a écrit sur cette matière un certain nombre de traités et opuscules et composé beaucoup de vers sur ce sujet. J'ai vu environ 5no feuillets remplis de ces vers, et j'ai vu aussi parmi ses ouvrages
*»on livre des Chaleurs, le grand traité de la Çahifli, le petit traité de la Çahifa et le lî\Te de ses reroimiiandations à son fds au sujet de fœuvre.