‹ Histoire des sciences v. 3Chapitre 9 sur 38 · I. LE LIVRE DE CRATÈS · texte numérisé non relu

I. LE LIVRE DE CRATÈS

Au nom du Dieu clément et miséricordieux !

Seigneur, faites-nous la grâce de nous conduire dans la bonne voie!

Louange à Dieu qui nous comble de ses bienfaits! Qu il répande ses béii(»<lictions sur notre seigneur Mohammed , son prophète, et quil lui accorde \o salut, ainsi quà sa famille!

Fosatliar^*^ de Misr est le premier qui s'attribua le titre d'émir.

(L auteur dit ensuite :) on m'avait informé que l'émir répétait que, d'après <*o (jui lui avait été raconté, je n avais jamais cessé de m'occuper de l'œuvre; sur cette matière , j'avais rassemblé bien des choses qu'aucune autre personne (Icî notre époque n'avait pu recueillir. Je dois ajouter que Témir était adepte (le la philosophie, et qu'il pratiquait les doctrhies retracées dans les ouvrages dos philosophes, conformément aux livres où il les avait trouvées réunies.

La demande que l'émir me fit, de lui donner des extraits d'ouvrages dont il serait apte h tirer profit, ne pomnit m'être adressée impérativement par un autre que par lui. C'était en réalité un ordre, et, étant donné le rang qu'il occupait, je devais mettre tous mes soins à lui rendre ce service. Peu de philosophes ont accueilli favorablement de telles demandes : ils ont, en olïet, reconmiandé bien souvent de ne pas divulguer la science à ceux qui n'en étaient pas les adeptes; mais ils ont dit aussi de ne pas s'en montrer avare à l'égard des initiés ^'^^

Je vous adresse un de mes livres sur la philosophie; si les Anciens avaient pu le lire, ils n'en auraient sûrement pas divulgué le contenu. Pas un seul de ces philosophes n'a composé un traité semblable, et quand ils ont formulé d'une manièro aussi complète leurs doctrines philosophiques, ils les

('' En admettant le» voyelles indiquées pa^ l)en Abou Sofyân, et par conséquent il aurait

le copiste, ce nom propre pourrait encore sc vécu vrrs la lin du vu* siècle de notre ère. A

iiro Nosathar ou QosatliAr, en ajoutant un moins que ce ne soit le nom d'Oslan(*s défi-

point d iacritiquc. On retrouve le même nom guré.

à la fin de l'opuscule, et cette fois a\ec l'ar- ^*) G; qui précède semble une sorte de pré-

ticle arabe, cl. Ce pcrsonnagiî aurait été le cou- face, avec un début intercalé par le copistr.

tcmporain de Kliiile 1 bjn Ye/id b?n Moaouïa Puis l'auteir s'adresse à l'émir.

TRADUCTION

ont tenues secrètes et ne les ont point di\-ulguées au public, ni niêuie à la plupart de leurs adeptes. Il en a été ainsi sous les premiers califes, et cela a duré jusqu'au moment où le christianisme fut éliminé.

Voici maintenant Tliistoire de ce livre : il avait pour titre Kenz el-konouz (le trésor des trésors), et faisait partie de la collection des trésors dos philosophes, que Ton conservait dans les sanctuaires des divinités. La principale

de ces divinités était à Alexandrie et s appelait ^*^ Or il y a^'ait à

Alexandrie un jeune homme nommé Risourès^'^^ qui appartenait à une famille dont les membres étaient adeptes de la philosophie. Ce jeune homme au visage resplendissant, à la taille svelte et doué de Tintelligence la plus accomplie, fit la cour à lune des servantes du chef des devins du temple de Sérapis. Ce temple se nommait Athineh^^^ et le chef des devins Kphestelios. Risoiu'cs ayant réussi à se faire aimer de la ser\"ante et à fépouser, celle-ci lui montra tous les livres et lui fit connaître tous les autres mystères des philosophes. Puis, lorsqu'on apprit que Constantin le (irand était à Rome, elle déroba les livres de Sérapis ^*^, ainsi que ce livre que je vous envoie, et elle s'enfuit avec son mari. Jusqu'au moment où le christianisme cessa d'être florissant en Syrie et en Egypte, telle est l'histoire de ce livre; tous les souverains l'ont étudié longuement, jusqu'au jour où les dynasties arabes se sont établies dans les pays de Syrie et d'Kgypte.

A ce moment, ce li>Te m'étant parvenu, je vous l'ai adressé, en recommandant bien de n'y rien changer. J'avais tout d'abord songé à le faire traduire ^^^ et le traducteur était déjà prêt quand, en réfléchissant à la diflt'»l'ence que présentent le grec et l'arabe comme style et comme marche du discours, j'ai renoncé à ce projet; invoquant l'assistance de l'Ksprit Saint, je vous le fais parvenir, afin que vous le tnmsmettiez à votre tour.

••' La Icclure du dernier mol de celte phrase n*esl pas certaine, la traduction n'en doit donc élre admise que sous toutes réserves. (^Ite observation sera applicable à toutes les phrases qui présenteront des mots dont la lecture est douteuse.

(*) Le texte ne portant pas de points diacritiques, on pourrait lire ce nom de diverses manières , par exemple :Retsourcs, Retsouxès, etc. Peut-être ce nom est le même que celui d'Osins? — On doit remarquer que ce récit oiTre un

lointain souvenir de la lettre alchimique d'Isis à Horus [ColL des Alch. gi\ , trad. , p. 3 1 ) ; niais il présente un caractère anthropomorphique plus accusé, l'élément mythique ayant disparu.

^'^ Si la lecture était certaine, ce serait la transcription arabe du nom Athènes; mais le mot doit plutôt s'appliquer à la déesse égyptienne Neith, dont le temple aurait porté le nom.

^*^ Le texte dit SeraonemUn,

^^) Du grec en arabe.

(Le livre) commence en ces termes :

Au nom du Dieu clément et miséricordieux !

J avais achevé Tétude des astres, celle de la superficie de la terre, de sa position et de ses éléments variés; j'avais terminé l'étude de la science du droit et des formes de la logique, lorsque je vins au temple de Sérapis, en proclamant qu'il n'y a d'autre divinité que Dieu le Créateur ^^K Je trouvai le , dans la bibliothèque du roi , un livre clair, sans expressions obscures et qui traitait de l'œuvre sublime dont Dieu a réservé la connaissance aux personnes qui possèdent la sagesse et^^^ Jamais livre plus admirable et

plus clair n'a été composé avant le mien et rien de pareil ne sera composé par la suite, car j'ai acquis une science certaine. J'ai apporté mon livre et je l'ai caché dans le sanctuaire ^'^ du temple de Sérapis; ce n'est qu'avec la permission de Dieu et sur sa désignation spéciale que quelqu'un pourra s'en emparer.

Tandis que j'étais en train de prier et de demander à mon Créateur d'éloigner de moi le serpent qui se glisse dans les cœurs des humains et de m'aider dans l'entreprise que j'avais formée de composer mon livre, je me sentis tout à coup emporté dans les airs , en suivant la même route que le soleil et la lune. Je vis alors dans ma main un parchemin intitulé : Modzhib ed-dholma ou monawwir ed-dhoa (Celui qui chasse les ténèbres et qui fait resplendir la clarté). Sur ce parchemin étaient tracées des figures représentant les sept cieux, l'image des deux grands astres brillants et les cinq astres errants qui suivent une route opposée. Chaque ciel était entouré d'une légende écrite avec des étoiles f*^.

Puis je vis un vieillard, le plus beau des hommes, assis dans une chaire; il était revêtu de vêtements blancs et tenait à la main une planche de la chaire , sur laquelle était placé un livre. Devant lui étaient des vases admirables, les plus merveilleux que j'eusse jamais vus. Quand je demandai quel était ce vieillard, on me répondit : « C'est Hermès Trismégiste, et le livre qui est devant lui est un de ceux qui contiennent l'explication des secrets qu'il a

(*) Ce passage est à moitié effacé et par suite duit habituellement par c phare». La tradition

très obscur. semble avoir confondu deux édifices célèbres

^ Ce blanc représente trois mots qui pa- d'Alexandrie, le Phare et le Sérapeum. raissent signifier c et qui espèrent en ceux qui (*) Ce mot c étoiles » doit s'entendre sans

les ont précédés ». doute des figures qui sont tracées dans les cer-

^' Le texte donne ici un mot que Ion tra- clés reproduits ci-après.

TRADUCTION

cachés aux hommes. Retiens bien tout ce que tu vois et retiens tout ce que tu liras ou entendras, pour le décrire à tes semblables après toi. Mais ne va pas au delà de ce qui t'aura été ordonné , lorsque tu voudras leur expliquer les choses; ce sera agir dans leur intérêt et te montrer bienveillant à leur égard. »

Voici ce qu'il y avait tout d*abord : des figures de cercles ^^\ autour desquels il y avait des inscriptions ainsi tracées :

(En marge le manuscrit contient les lignes suivantes : JTai trouvé une seconde copie, dans laquelle étaient des cercles entourés d'une inscription. On trouvera cette inscription indiquée en marge. Il y avait sept cercles correspondant au premier firmament, au second, au troisième et ainsi de suite jusqu'au septième. Au-dessous de chaque cercle se trouvaient des lettres sans points diacritiques que j ai reproduites.)

a* firmament

1*' firmament

t^) Ces figures sont presque les seules qui seules qui renferment les signes alchimiques existent dans les manuscrits arabes que nous grecs, ceux-ci n'existant pas dans les autres maavons eus entre les mains. — Ce sont aussi les nuscrit^. Les symboles de Tor et de l'argent sont

liH

Ensuite je vis le 6* ciel

Ensuite je vis le 5' ciel.

Définition de la pierre qui n'est pas pierre ^^\ ni de la nature de la pierre : c est une pierre qui est engendrée chaque année ^^^ ; sa mine se trouve sur les sommets des montagnes ^'^.

C'est un minerai ^*^ contenu dans le sable et dans les roches de toutes les montagnes; il se trouve aussi dans les matières colorantes, dans les mers, dans les arbres, dans les plantes et les eaux, et tout ce qui est analogue. Dès que vous laurez reconnu, prenez-le et faites-en de la chaux. Extrayez-en l'âme, le corps et l'esprit; puis séparez chacune de ces choses et placez-les

faciles à reconnaître , ainsi que cdui du mercure (cercle n* 7), quoique les Irois portent également Vépithèid jaune. — Le symbole formé de trois points et de trois lignes convergentes paraît être celui de Tarsenic (sulfuré) ; les mots blanc et rouge s'appliquent en effet à l'action colorante de ce corps sur les métaux. Enfin les symboles du 3* cercle contiennent les signes du cuivre, de Tétain, et une autre, À gauche, difficile à interpréter.

^^J Coll. (les Alch, grecs, trad. , p. 122, i3o.

i*> Ibid., trad., p. i35.

^'^ Cette phrase, ou plutôt son équivalent développé, se trouve dans Comarius [ColL des Alch, grecs, trad., p. 282). Cest une allusion à la sublimation.

^*) On pourrait traduire littéralement ces mots : c un minerai » , par • des souches creuses > , c'est-à-dire la partie restée en terre d'une plante qu'on aurait fauchée.

TR.VDLXTION.

chacune dans If^ vase connu (jui lui est attribue. Mélangez les couleurs, connue le font les peintres pour le noir, le hhnic, le jaune et le rouge, et comme Ir* fonl: les médecins ^'^ dans leurs mixUu^es, où entrent riiumide et le sec, le chfmd et le froid, le uiou et le dur, de façon ï\ obtenir un uitManj^e hien équilibré et favoratïlc aux corps. Cela se ftiit a laide de poids tléterminés, selon lesquels se combinent les choses pondérées; puis on confond en une seule les qualités diverses. Je viens de %'ous en donner un exemple; je vous ai enseigné les principes certains et les mystères, en les dégageant des énigmes dans lesquelles les Anciens les avaient etjveloppés. Ne vous écartez pas de la description qui se trouve dans le volume qui a pour tilre : Modzkib ed-dholnm oa monawwir eddhoa.

(Ensuite il y avait les hgui'es ci-dessous ^-J qui entouraient le niaimsnit dans le sens de la longueur) :

^*' Coll. ties .iich. ^recs, Imiî., t)émocnte, j>, 5o, n° i4* La comparaison avec les procMé* de* peintres se trou\e dnns un autre passage, p. lào* — Voir ausiii la Krrotaku, ou paJettr (ïntrod* rt la Chimie (1rs anciens, p. ida, i44 et siiiv,),

t*' Ces figurer sont les seules que nous ayons rencontr^^ dan* nos manuscrits ai'aWs. ïl est hx^\p <te les interpréter. — La fig. i représente un alambic ( voir /nlroti. à la Ctâmiedes anciens, p. i36, i6i, iÙ\\ Traité d Alchitnic syriai/i(e. p. io8 et 119; Transmis non île la scit^ucc antique, p. i5i, 161). — La fjg, 2 paraît repré- 5enl4*r un appareil à kerotakin, Bimlogiit^ à et*loi de la ftg. 11 de Yïntiod. à la Chimie des anciens ( p, i43 et suiv. ). Cel appanil n pn-céclé

raludd (p. 1^5] et il avait déjà dispru au \m* siède. Son dessin (p. i/|6, 162, 1^9 el 173) rt^pond donc à une tradition antique. Voir aussi Trniié d'atchimic syriaque, p. 117. — ï.a lig. 3- rcpréitente nne ainiple chaudière* |>ourvne de rel>or<ls , analogue à In portion j de la fig. h 4 [Inirod. à la Chimie da anciens, p* 171)» laquelle répond à la portion inTënenre de rnludeï (p* 173)^ Mais elïe peut aussi exprimer un appareil indépendant* fonctionnant isolement, ronime le bain- marie tle ï Alchimie syrlnqiu! , p. 1 1 3. Voir aussi Tran^iissi^n dv la sciencv atttïçue, p. 1 5o , fig. I bis , et p. 1 50 . lig. XVI , etc. — La llg. 4 i'st une liole à di^'estion, cliauiïeîe sur un bAin de sable , ou de cendres , analogue a relie tle la fig. ^'^7 de la page iCi {Itûrod. n la

ALr.iiniiE. ^ — iiï, -T [\M\u\

LUraiHfiBtt IIAT10«AI.£.

TRAITES DALCHIMIK AHABK.

Quand j Vus fini (ri'\ainiiier ces figun'S iM tjut* j'en ous saisi los qualités f>errèlc's, je mv peiicliai pour lii-»* vv (jut^ (Hintriiait le vqIuiîm^ ([ullennès tenait il la main. Jy vis la Jt'sri'iplion île thmx hommes, dont luii ne songeait ffuaux biens de n* niotidt* **t à ses joies; tandis cfue Fautre n avait souci cfue de la vertu» de la sagesse, de la paix et dubieri^'^ conformément aux principes de la religion rév(^lée. Chacun d'eux croyait être dans la bonne voie. L*Lin s appelait Ttmtka men El-Hukmna (i! s est incliné devant les philosophes); celait riicimme vertueux et spiritual iste; quant à I autre, je ne sus point son nom. Ils avaient di.s<^uté entre eux sur ime question. Le spirilualiste avait dit à l'autre : « Ks-tu capable '-^ de connaître ton àme d'une manière complète? Si tu la connaissais coiuiue il convient, et si lu savais ce tpii peut la rendre meilleure, lu serais apte à reconnaître que les noms c|ue les philosophes lui oui donnes autrefois iw sont point ses noms véritables. » Quand jeus lu ces mots dans le \olmîie, je frappai mes mains l'une contre fautre et m'écriai: «lO noms douteux qui ressend>le^ aux noms véritables, que d erreurs et daugoisses vous avez provoquées parmi les hommes! » Alors il me sendda qu'un ange nie répondait : « Tu as raison; telle a été f œuvre ties philosophes, et cest lA ce qulls ont mis dans leurs livres; car fun fa appelée la Ma;4nésîe; un autre, dans son* livre, fa nommée le fçrand Electnim*^'; un troisième lui a donné le nom du grand Andiodamas; un quatrième, Harchqat; un cinquième, la pierre de feau de fer; un sixième, (la pierre) plus précieuse '^^ cjue feau d'or. Enfin aucun philosophe n'a \oulu accepter la dénomination dont s'était servi son prédéeesscur, pour ilesif^ner fopèration. Sans doute la chose était la même, identiques étaient les voies et moyens; mais la divergence portait sur l'appellation. Cliacun de ceux qui élaieiil arrivés au sommet de la science prétendait fornmieT une dénomirtalion d'origine différente de celle de son concui'rent, et cest pour cette cause que la confusion s est accrue. On a agi de même pour l'opération» les couleurs et les poids. Ils ont troidjlé tous ceux qui, après eux, ont suixi leurs

Chimie iies anncns) ^ ri à la fi|[. 38 (n droite) lie la page iG3. Voir auiisi Alchimie syriatjut, p. 109, iig. j ; p. I il'*, fi^, 5; Transmiaiou de ta xcience antiqne . p. i54. (Ig. \I , etc.

^^^ Les lie lut mois ilu lc%lc sont Hsj>ociîs d'un dcmicentimètre, ce qui [lermeUmil du suppoiMX ici une lacune.

(*} Ici deui mota illisibles.

^^'f Le li'\tc pode Flodiinos ou Qnlodiinos : ce qui peut élro idontîlié avec J Elydrion ou (]|ielJdoin<% mou «vnommesi d'electrum oti

^> I^i- fiiol « Wza ■ , dtMit la kctunî crailleurs nesl pas certaine. tHanl 1li nom d'une idolt;, il sérail permis de Iradiiire : a L "011a de feau d'or*.

TRADICTION.

doctrines el ies ont induits en doute; si birn qui- hi plupart ont nié que tout rda fût une chose vraie ^^K w

.(interrogeai ensuite ce personna^^e sur h\ raison c|ui avait ainsi corrompu les gens et les avait induits en erreur. Il me répondît : « Tu as le volutup devant toi, lis-le et tu y trouveras tout re que je t'ai enseigné. » Je lus alors le traité sur feau de soufre ^'^*. Je croyais, sans le rnoindri^ doute, roniprendre le sens de ce que je lisais. » Pensez- vous, lui dis-je, que tout cela soit évident? — Dieu nous préserve de l'ivrreuil secria-t-il : tout ce qu'ils ont exposé est exact, et ils n'ont pas dit autre (vhose qui' la vérité; mais ils ont employé des noms qui ont pu étatdir une confusion au sujet de la vérité. Les uns l'oTit désigné d'après son j^oût, d'autres d'après ses caractères, ou son utilité, sans s'inquiéter de ce qui était au delà. Sache, ô Cratès Es-Semaoui (le Céleste), qu'il nest pas un seul philosopha qui nait fait tous ses eflforts pour démontrer la vérité. La thfïiculté quils ont trouvée à éclaircir ces chost*s jiour les if^norants, 1rs a entiauiës à la prolixité, \ussi ont-ils dit ce cpi'ii fallait et ce qu'il ne fallait pas. Les ignorants ont traité a la façon d'un joiu^t ces lîwes qu'ils avaient entre leurs mains; ils les ont tournés en dérision et les ont ensuite rejetés comme funestes, rebutants, attristants et dérisoires, vu ce qui touche la connaissance de la vérité. — Comment, lui répliquai-je, ne serait-on pas rebuté par la lecture de ces livres et de ces volumes, dans lesquels on trouve des mots qui senibleïil dire les menues choses et qui dilîèn'nt eepentlant dans Irur application. On est troidilé de Fie [)iis savoir quel est [e sens qu'il faut adoptrr, ou la leçon dont on a besoin, — Je vais te dire, o mon fiJs, me réponflit-d, d'où viennent ces erreurs et ces eimuis funestes. Tous les hommes appartiennent nécessairement h rmie tles tleux catégories suivanti's : la preniiùre conipi'end tout individu dont Tesprit est unitjuement dirigé vers la sagesse, la recherche de la science, l'enseignement d(s lois des natures, les afiinités de ces dernières, leurs avantages et lems inconvénients.

'*^ Ces explicaÛDiis sont ronformi^s u la vieille tradition égyptienne et alctiimique. Voir Papv PU* de Levde, hittod. à la (Àhimit i/tJt tincienx , p. ici : • Ltts noms sarir* dont iw* seivnit'al tfs scritics iMicrés, ariti de mettre (?ii dëraut la euriositt^ (lu \u!j»niri'»; ainni que ta lïomcnclatuiv jiroptiL'tiqui! di; ce Papyrus vX dv tlimroridc- — Svnésius , Collection dei Âlchimistef

^rccSt Irad», p. ti3 , sur les nntns ruukipici, p. 6'J : rien ne doit élre exposé cliiirement , sauf aux ïnitii^îs. — Sur U'» inii^^mr!* mystique*, DétniKTitc a Lctic'ippr*, Cotttfction des ALhimitles ^recs, traduction, p, 57. VoirauMsi p« 4B et 53 , et Olvmpiodtur, p, 86, io C'*hn*lien, p. 398, H pojtsim.

''* Ou l'eau divine, en ^rtsc.

{]elui qui appartient k cette catégorie se préoccupe d^avoir des livres, de les rechercher^ de vouer son esprit, son âme et son corps h répandre les notions qifils renferment. Quand il y trouve queltjue chose de clair et de précis» il en reinercic Dieu; s*il y rencontre un point obscur, il tait tous ses eflbrts pour en avoir une idée exacte par ses études, arriver ainsi au but (fu*îl s est proposé et agir en conséquence.

« Dans la seconde catégorie, on rangei^ riiomme cpji ne songe cpi'à son ventre, qui ne s inquiète ni de ce monde, ni de la vie future; celui-lti, les livres ne font qu accroître son ignorance et son avt*uglenient; aussi rloit-il nécessairement être lourd d esprit et le devenir de plus en plus, «

« Vous avez raison, loi dis-je, et vos paroles sont exactes. ■ Puis j ajoutai : n Si \ ous m y autorisez, je vous exposerai ce que je compte faire avec cette science merveilleuse, pour ceux qui viendront après moi* — Dis, me n'*pondit-ii» »* Quand je lui eus exposé mes idées, il sourit et il ajouta : « Trs intentions sont excellentes, mais ton âme ne se résoudra jamais à divulguer la vérité, à cause des diversités des opinions et des misères de forgueii*'^. — Prescrivex-moi , répaiiis-je, jusqu'à quel point je dois iJler. m

« Fxris ceci, me dit-il : Prenez du cuivre et ce qui ressemble au cuivre, le poids de tleux mvun; que la matière soit brute et nait subi aucune préparation. Prenez également le même poids dr mercure et de ce qui ressemble au mercure, les deux matières blanches, brutes et non préparées, pareillement. Tous ceux qui viendront après vous ne sauront pas reconnaître que ce sont des esprits, si vous ne les avez pas désignés par leurs noms. Llionune faible et non sagace qui lira cela, prendra des esprits faibles, qui ne pourront pas supporter le feu» qui n auront aucune force, et qui seront dévorés par le feu durant lopération. Connue il n'ol>tiendra rien, son angoisse et son aveuglement ne feront que s accroître, atlendu qu'il am'ait dû suivre ce précepte des Anciens : rendez les corps incorporels^-^. Sachez que le cuivre a, de même que f homme» une âme, un esprit et un corps ^^^. Ne parle pas dans ton livre des soulVes secs, ni des arsenics et autres choses sèinblabies; car dans toutes ces substances, il ny a rien de bon. Tu le sais

f'^ Le mot traduit ici par a orgueil i signifie ëgiiemeiit « soufre » , ci \c mot jtMirIti par • misérable t pourrais en tétant lu <l'Line autre Tacou, avoir h Mgnificalion de t si^dcnlaîrc •.

t*^ Co!L des A Ich, jr. » t od . , ji, ^ i , i o i , i î ^ ^

t^J Collection des Aichiiïiiitei ^recs^ trad. , p. 67, d'après Synésiiis» p. 28; — Oiympiodorc, p. i'i3, i5'j; — Coinariut, p. a 83. — Oriffuw'i de l' siîchimic , p. ^76, d'après Slëptja!iusi.

TRADUCTION

fiailloiirs, car le fpii les ïlévore ot \rs lirùle ; on nvn prul n/liror aucun pi'olit. Quant à notre soufre, dont tu auras a parler dans ton livre, cest un sourre qui ne hrùle pas^*^ et cjue le feu ne peut dévorer, mais qui se volatilise sous laction du feu, C est pour cela que {es Aneiens préten<Iaieiit tpir les substances qui se volatilisaient contenaient respiit tinctorial, en ineint' temps que la furnée^'^^ De même leau composée n'est parfaite qu^à la condi tion (fétre pareille au mélange (précédent). Tout ceci est extrait textuellement du li^Te.

«Ces esprits tinctoriaux, susceptihies de se volatiliser par Faction de la chaleur intense du feu, lorstpie les corps sont blanchis, il convient de les ajouter aux esprits tinctoriaux qui proviennent des coi'ps, dont (les derniers esprits) ont été extraits piii* volatilisation ^^^ Cest ce produit qui, a\ec ta permission de Dieu, fera revivre les corps ^', les améliorera et lr»ur renditi l'état parfait cjue vous rlierrlie/ à leur donner* w

Je demeurai stupéfnit d'admiration. Il me répéta aJors ses paroles el ajouta : « Rédiye ton livre d\ipres les informations que je tai données; sachr cpie je suis avec toi et que je ne t abandonnerni pas, tant (pu: tu n'inn^as pa^ achevé ton entreprise; elle te vaudra la faveur de Dieu. Sachf* aussi que la combinuison drs corps n'a lieu qu'autant que les corps présentent entre eux une certairte alTînité de couleur et de ^oût. Tu les fais fondre ensemble, alin qu'ils se mélanj^ent et deviennent un litjuide homogène, le([ue! sapp<Hlt^ alors Icau de soufre pure : elle ne renferme plus aucun mauvais principe. \ oici mï mystère éclaire i.

C'est avec cette substance que Ton fait le soufre sec^^\ que les philosophes ont appelé rouille et fei"ment dor'^*^^, or à l'épreuve ^'^\ et corail d'or^^' (mot h mot ; or de poui^pj'e). Mais cela ne peut a\uir Heu que quand le mélange des corps a conslitué une substance homogène; alors il s'appt^lle la chose eicellente et il reçoit phisieui'S noms. Ecris tout ceci, afin d'ol)tenir le niolvl*

t'^ Le ftoiifrc Inromliustilile [ColL des Akk^ ^rees, p. 4 7. tf 6 ; p. ^-j'S cl \\ a 1 1. — Traité dAlehimie syiiaquc, p, 3:«, iv. t^t noie 5),

'^* Coll. (iis île h. i^recs, trad. , p. 137,0" a i ♦ et p. 79, n* 8.

W Ibid.t trntJ., p. 1 qô et 191» * et surtout p, 24i, 34».

^*1 [hid*, tmtl., Cotnirius p. ^8|.

^*^ Ou incojulHisltble [voir plu* haut).

^''1 Ou lifjuiHc (l'or \Colî. ifrx Alçh, yrrc*. trad.* Lej;i(iut\ p. 17), les deu\ mots j;rerft Çiî^ïï ti Çwftoi^ éianl preftijue tes ménje* el la confusion {lyant nu lieu chei les alcliimt'ile*^ syrin(]iies { \lch. sjrioqtêe, p, 22),

^'> Le mol arahe signifie tittéra'eDient «mistèrci,

(*) CotL des r\lck. qrt'cs, Irwd. , tlémorriu». [1. ^(iy Go. 74.

TRAITES D'ALCHIMIE AKABK.

<lochalt[no^^', en qui réside toute vertu secr^ttv. Néanmoins jp suis davis que tu n'inscrives point toutcf* ces ronihinaisons multiples dans un livre destiné à reu\ (|ui viendront npres toi; car fouti* Tœuvre est rontcTiu** dans le s(Hd niolybdocliak|ue. »

Lorsqu'il m'eut fait hien comprendre toutes ces choses, il disparut r^t je rrviiis il moi-même. J'étais comme im homme qui se réveille ta tète lourde et Irouhlé par son sommeil* Deux choses surtout ui'avaieiit fait une vive impression : la première, cesl qu'il m'avait détourna du pi'ojet d'écrire le livre que j'avais conçu; la seconde, cest qu'il navuil pas achevé son discours, avant de disparaître à mes yeux.

Alors je demandai à l'Eternel des Éternels de me l'econmiatider à cet ange, i\v telle façon que je pusse achever d'obtenir de lui les révélations qu'il avait commencées sur la nature des choses. Je me mis h jeûner, a prier, à rest*^r en contemplation, jusqu'à ce qu'enfin lange m' apparut (encore) et me dit : • Tu sais que quand nous parlons de ouaraq (non!*) nioTmayé^*^\ nous voulons seidement indi(juer notre argent et notre or. Quand ces substances sont mélangées dans le vase et quelles blanchissent, nous les appelons argent; nous les appelons or, iorscfuelles sont rouges. Si on y ajoute du soufre et fpje Ion travaille le produit, nous lui dormoîis alors le nom de ferniml d'or, ou quetcp^ie nom de ce genre,

« Ecris : Prenez les minéraux en poids voulu; mélangez-les avec du mercure et opérez jusqu'à ce (jue ir produit devienne un poison '^^ igné, et vous aurez ce que nous appelons du molvbdocbalque'*^ Quand les corps auront été brûlés et qu'ils seront (ixés, nous ap])eHerons le pioduit du soufre sec^^. Vlors il produira de l'or pur^''^ et teindra fargent etj or. (Nous n'entendons pas parler ici de l'argent du vulgaire, mais de l'aigent condnné pai' les philosophes et auquel seul nous donnons le nom d'argent [oimrojtj],) Si nous y

'** CotL des Ueh. i^rect, Iracl. , Diîmocrite, p, I9; Oiympindore. p. 101, i5A, i8â, el Mifiotit p. 188, 190, 193. Voir «Uflsî p. 407*

'** Il snjjil de iaaem, di.^si^iié soui le nom i^rvc àemt^ow*^ lutrod. n la flhimic ties anciens , p. 61, — H est remarquablp que rc mot ^01 L traduit fréquemment chez ies plus vieux silcliimUte» btins par nommïu {Transmis s hn dt* la ^clt'nce untiifae, p. 1161, noie <>; p. aG6)*

-^"^ Poison =^ i6i = viras lai m; la tprtîj'ararmn ignétî» de Mûrie (Cuit, des Alch. (frccs ,

p. 113, 191); mfdtciua ou icmrdtttm des alelilmisttîs laliiiîs du nioyrn âge. frélail T âge ni linrlorial par excellence. Sur îes ben% multiples de ce mol et du mol iosix , voir InhûiL à la Chim if (h'S ancivm , p. 204 et p. i '|.

*' Coll. drx Alck. tjt^cs f trad. , p, 1 88 et «93.

^^' Oti incombusUble (voir plus haut),

i*' Le texte de cette phrase est 31 incorrect,

qu'on n'en pnit fixer le sens avec certitude, La

traditclion lil tran^fonnera l'or en or pun est

très admissible.

TRADUCTION

SB

îijoulons le reste du poison» il leintlm Tor, et cv ne sera pas Toi' du \xî\gaire, mais la roiiihinaison qui teint en rouge el que nous appelons ov. Nous vous iuiliquerous les poids plus tard. Quaol aux ror^s, ils ont tous une ombre et uur sul>stance noire ^'^ qui se trouvent à la suiface, dans tous li's métaux qui les possèdent. Le mercure, coniine tous les autres corps, a unr ombre v\ une substance noire. Il convient d'en * xlraire cette ombre et celte substance noire, comme on tes extrait des autres corps, m

}v lui demandai comment nous pourrions extraire rond>re du mercun*. Il me répondit : h En le mélant^eant aux autres corps, car alors il est blaîicbi. — Cionunent cela? lui dis-je, puisque les philosophes disent que le m»*rcure seul est capable de Idanchir le cuivre. — Ils devraient plutôt dire, répliqua-l-il, que h' mercure est blanchi; car les corps qui résistent au b*u ne laissent rien dégager, et il ny a que le mercure qui se dégage et se volatilise sous laction du (ru. Lorsqu'il est extrait au moyen du feu, il se >oiatîlîse, et les auti'es vovps résistent au feu. Si \ous remettez ces corps sur le feu, aussilôt qu ils y auront été remis et que {le mercure) se sera mélangé à eux, oii aura un «orps pur, car il tlenieun^ra avec eux. Les esprils, sous faction d\me chaleur violente, se dégagent de ces corps, et ces corps devienn<*iit morts, sans esprit, puist|u'ils ont subi la vcdatilisation. Si on rend aux corps leurs t^sprits, ils ledevieiment vivants'-'. C'est pour cela que les Anciens ont dit que !e cuivre avait un corps et une àme. Pourtant certaines personnes ont cherclii' son esprit, et pour cela elles ont opéré sur le ruivi»', alin tfen faire un corps fort, capable de teindre ^ et résistant au feu. Ces personnes-là se sont laissé séduire paj'*^^ .... lorstju elles ont voulu transformer les esprits en corps, sans faide d'un corps» Persoime, en effet, na jamais vu une ame qui lut (ixée autre part que dans un corps, ru un corps qui existât sans àme. \*v corps sans âme est incapalde de se mouvoir, d'en- *jendj'i'r et de cnntrarter union.

" Sache d'une manière cei laine cpie tous les coips rerd'erment des impuretés, el que les impuretés des trois corps ^^^ ne peuvent être r'iiminées, qu au-

•' Cuivre saiiii ombre {CoUectittn des .-li-

'*^ CL les vivions svint>cïli(pii's de ZosLmc, Cnltection tiex .ïU'hmtslcr fines. Ira il., p. tifj, n*4; p* l'i^* n" 1 à tîi iiii; |i. 1/7* n" 1; Ia rtUurreclion «tes mûris «-leintus diuth ï'tliidt's,

Comanus, p. i8i , a8i , tîl surtout p. 28^-2^4».

^^^ Coll. dt'S Àtch* ^recs , Irad. , p. i53, i36. n* 20; p. 344.

t*' Le mot non tratluil in est probablemenl (t^ori^ine ëtroii^êre; ïÎ Mînïtïtc ûXtv. It* nom il un cerdiiii alctimiiste, ou phitosoplK'.

^*' Ptomb, étui II, cuivre?

TRAITES n \rCHBriE \RABE.

tant cpj'ûn les nn^knge pour en ix'aliser la volatilisation. Le feu les rielloîe pour ainsi dire et elimiiit* la partie noire; car un feu dont fa chaleur est convenablement dirigée, nelioie les corps et les épure. C'est le feu seul (|ui les nettoie, les épure, les améliore, les affine et les fait devenir blancs et rouges. Mais il convient que je t'indique cundneii de fois il faut remullre du mercure dans les corps, — Dites -le moi, je vous prie» m'écriai -je? — Les Anciens, me répondit-il, ont dit que le grillage avec le plomb et le soufre ronstitiiait une pnmnère forme de grillage; le grillage avec le mercinv, la seconde. Puis ils ont ajouté : remettez les lames dans la solution, alin d en faire sortir les impuretés : ce sera la troisième opération. Broyez avec le mercure, ce sera la quatrième. Ptlez avec du miel et du collyre, ce sera la cinquième. Pilez avec de la litharge, avec du miel, ce sera la sixième. Pilez l'^o^^a d'or avec de IWine de veau, ce sera la septième. » Puis il ajouta i » Quant à moi, j'estime qu'il faut remettre les corps dans la solution; car plus on les y met et plus on les y laisse, plus ils acquièrenl de beauté et daptitudt! a la teinture. Or il faut toujours chercher le mieux, tpiand cela est possible. Je viens de te révéler des choses qui, je le crams, ne pourront être comprises par fintelligence, la sagacité et la science de personne,

i Quant aux noms que les Anciens ont donnés, coinine , par exemple, ceux de cuivre, d'argent, de chair, de niolybdochalque , d'or, de fleur d'or, de (^uiail (for, ce sont lit des dénominations qulls ont créées pour désigner félkir. Ils ont voulu ainsi inditpier chacune des couleurs que prend I elixir, et ils ont suivi jusqu au bout lordj^e dans lequel elles se produisent. Chacpit* fois quon augmentait la fluidité-'^ du mélange, une nouvelle couleur élail détenninée; à chatpie changement de couleur, on donnait un nouveau nom au mélange, et sa puissance tinctoriale augmentait.

« Aussi les livTcs secrets des philosophes font-ils noinmé d abord plomb; puis quand il a été cuit et que le noir en a été extrait, on fa appelé argent; ensuite, lorscpi'il a été transformé, cuivre. Quand on a versé sur ce produit de f humidité, après la rouille; lorsque fon a éliminé la matière noire daris la partie rouillée et quon a \^ apparaître le jaune, on lui a donné aloi's le nom d'or. V la suite de la quatrième opération , nous l'avons appelé ferment d'or; à la suite de la cinquième, or à Tépiruve; à la suite d«' la sixirmo,

'J Un l'tiuiiiitiilé.

TRADUCTION

corail dor (or de pourpre) i enfin h la suite de la septième opération, cest TœmTe partaite, la teinture pénétrante.

w Toii5 ces noms ne s'acquièrent que sous Tinfluence du feu, et c'est grâce h lui que les opérations engendrent ces qualités, (jnaucune teinture ne dé* veloppe it ut» si haut degré, ni avec une telle înieiisité et qu'on ne saurait, sans illusion , chercher A obtenir autrement. Si les gens connaissaient la puissance nécessaire pour former la meilleure qualité, ils sauraient quune seule matière peut donner naissance aux dix produits dénommés piu' les Anciens. «

«Montrez-moi, lui dis-jt*, quelle est celte matière uni(|ue qui produit les dix. — Sachez, me répondil-il , que les dix cpii peuvent élre ainsi funnés répondent aux dix noms qui ont été établis par Démocrile, et pour chacun desquels il a déterminé une opération. Quant à la matière unique qui a plus d'effet que les dix, les philosophes ont refusé de lui donner un nom particulier; mais lui eiï eussenl-its donné un, que cela n'aurait pas permis dVn tirer profit : car ils n'ont point indiqué si la matière était composée, ou simple. Celui (jui voudra se servir plus tard de la propriété de cette matière, dexTa démontrer comment elle est composée, et pourquoi, malgré sa composition, tdle est appelée unique ^^L C'est ainsi que tes faits ne portent qu'un seul nom, bien quils renferment quatre natures, qui iissurent l'existence de leur corps et de leur esprit; ils m ont qu'une seule désignation et une seule nature. Les philosophes ont procédé de cette façon : ils ont mélangé leurs ingrédients et les ont combinés, de manière à obtenii* un produit homogène, auquel ils n'ont donné <[u un seul nom. On assure qu'ils ont fait serment'-^ entre eux de ne jamais faire connaître cette chose à quekpi^un qui ne fût pas des leurs. — S'ils ont juré, repartis-je, de ne point rlivulguer cela, pourquoi hiament-ils les gens et leur reprochent-ils leur défaut dlntelligence, leur incapacité h trouver la vraie voie de cette science; pourquoi blâment-ils ces gens d entreprendre des recherches sur un sujet dont ils ti ont voulu leur donner aucune notion?»

«Ne l'ai- je pas dit, me répondit-il, que le maître de Démocrite ne hiî avait pas enseigné la combinaison des matières et qu'il favait laissé dans un doute poignant h cet égard". Aussi Démocrite dut-il étudier les hvres, faille des recherches, multiplier les expériences et les informations et éprouver de

t*l CiflL dêM Atck. grecs, Irad., p. ^7, 387, 393, El* 3; p, 399, elc.

^î fhid., Irad. . Seroieul, p. 29.

^^^ Altusion h un pusaage du traité de Démocrite, Coitect, des Atchimistes grecs, p. 4i*

ALCOLMIE. — - m, -i" j)artie.

TRAITES DALCniMIE AHABE.

graves déboires, avant d arriver à la voie droite. D après ce qinl raconte, i) ne trouva rien dt* plus diffirîle que d ohlenir le mélange intime , propre k n*alisrr la combinaison des matières''^ » Je lui dis ensuite : « Laissez de coIp les détiuls accessoires; hâtez-vous de décrire le but et soyez bref dans votre discours; écartez-en toute longueur et toute anipHfication cpii ne seraient point nécessaires, w II nir. répons lit : « L'opération lera blanchir le cuivre k Textérieur et également a l'intérieur; de même tpi'il esl rouillé extérieurement, il sera rouillé inlérîeurenient; enlin tout ce qui brillera à Textêrieur brillera également à Tinté rie ur^'^^ — Et quand il brillera tant à ilntélieur qui rexté rieur .^ n ni'écriai-jc, pour essayer de l entraîner à éciaircir toutes ces choses et à me les expli({uer, la conversation échangée entre nous me conduisant enfin au but que je nVétais proposé, et k respérance de tirer profit di* f occasion. — «Je t'ai seulement enseigné, nie dit-il, que la substance blanchira et njuilleni, puis quVHe se volatilisera. Or i) faut que tu saches également (pie le but principal est d obtenir la rouille; quand ce résultat esl obtenu, tu auras le coinniencement de la préparation, c'est-àdire la leinture fugace.

«Toute combinaison est formée d** deux composants aptes a s unir. Par exemple, fboniine et la fennne sont des éléments coujposants; s'ils se réunissent et qu'ils s'accouplent. Dieu fait sortir deux un enfant» et cela en vertu de I attrait que Dieu a mis dans chacun deux pour i autre; en sorte qu'ils sont nécessaires fun à fautre et qu ils éprouvent de la joie k se rencontii'r* Telle est la science de la chose unique v\ sa démonstration^^'. »

'^ V'dv ma \ie! mVcriai-je, vous venez de m\*\pliquer' clairement la matie^re uiiitpie *'t de me la détnontrer. \ ous prétendez donc que la matière unicjue, bien qu'ainsi appelée, esl formée de diverses matières, et que cest une cuni' hinaisoti r lorsqu'on opère sur elle, elle passe tfune couleur à une autre couleur. »— H répondit :« Ainsi le plomb n'a pas la même énergie que la lithai'gf* et w produit pas Ivs mêmes efTels; la litbarge, à son toiu\ na pas la ménjr puissance que lacéruse, tpji, elle-même, rragit point à Téga! du minium. Ces quatre choses^*' proviennent dune matière unique, qui est le plond», et

" ' CùUrC tio R dt\% A Irh un is trs (frt'rf , t met . , p. 50.53.

^*^ Ce» |ilirases sont a p^m prè^ IrailiiîLcs île OéiiiofTÎte, CûW. des Alch. ijrtfc^ , Irad., p. 5i. — Voir aiif^^i Trmti^dAlthûmmyriaffue^p, i,

^^* Citii, ttf» ilch.tftecs, Irwtt. ; Ij^ltre d! his à

Homs), p. 53. n* 7. Par k màJn vi la f<midie. foeuvreest ac4!omplk\ p. 147- — Otympiodore , p. 10 1, — Introà, à ta Chimie des ancirnu, pt 161, lë|;eade des tigurt^a,

^*' Voir Ol y ï« pi adore, CelL de* Âlch, greCM, Irad, , p. 106 , tr '17.

TRADUCTION

cependant chacune tlclles a son caractère paiticulier, son énergit^ propre et ses qualités qui se développent sous l'influence du (eu* Les gens qui ont 1 esprit sulîtil et rintelli*^ence peuêtrynte comprendront le sens des paroles que je viens de dire. Quant aux if^moiants, ils nie traiteront d'iiuposteuj', parce que leur rompréliension ne leur permet pas dalteindre a la connaissance de ce que nous venons d exposer, lis nieront donc la vérité, Hs prétendront que le ver ne devient pas serpent et cpie le serpent ne devient pas dragon. Or vous savez que fanimal (syniboli([ue) sur lequel opèrent les philosophes . est une certaine chose , qui de ver devient serpent , et fie serpent , dragon. En efl'et , au début de l'opération le corps est brillant comme de largent, dur comme de for, et tantôt rouge comme du minium, lantoi noir comme les ténèbres. Celui qui traite touî cela de fable'^^ et qui prétend '^^ que ce que vous avez écrit dans ce livre n'est fait t|ue pouj* flonner le change sur les obscin"it»'^s et les énigmes des ouvrages <les Anciens, i-n les indtant; il est vraiment bien étrange que cet homme n aille pas trouver les gens qui opèrent àTaide du plomb, de la lilharge, de la cémse et du minium ; car il verrait alors que tout re que nous avons dit est la vérité, puisque avec une seule matière ces gens-là ont fiiit des produits divers, auxquels ils ont doïiné des noms dilTérents, quoique en réalité tout cela fût une même maïièi'e. Il en est de même de ce que nous avons exphqué, (chaque fois qu'on a l'ait une addilion, on a obtenu une couleui" nouvelle, k laquelle nous avons donne un nom, jusqua ce que nous ayons épuisé la série des appellations de ces divers mélanges. Au début, le corps s'est appelé molylidocbalque et corps de la magnésie; puis il a pris le nom de plomb, ou encore parfois de plomb noir, ou {le plomb blanc. Or, la chose unique, c'est le plomb ^', dont les Anciens ont dit quil avait la supériorité sui" les dLx. Klle est née des combinaisons de ce principe unique que nous avons appelé plond>. •

« D'après vos paroles^ ô âme vertueuse, reprîs-je, que convient-il d'exti'aire

' Voir ta protestaLicm af>ab(;ue cl« Démo* crile ranlpe reun qm l'actustiii tte tenir dt» ttiscour» fnbulcux «^t non symbiitiqiieï (ColL écx Atch, ^itet ^ trid. . p. 5i;.

'''' Ti-riU iiiuls «le cette ptirase »unt d'une ieciuru inctîrliimc.

t^^ Cf» CH\mpîo<lore, CqU, des Âlck, ^r«cs , Lrad., p. <j^. 11** 37, sur le plomb noir; p. loo.

II" 38 et 39. — ■ l^ plomb avait Hc* envisagé à t'origine comme ïc priuci|>e de la liqutdiU^ métallique et la matière première g(.'nëratrice des métaux [CoU. det Meh. ^rrcs , tnwL* p* 107 et 167)» rôle» qui ont éU attribués plos lard au mercurf^ dana lea (liéone» atdiimiqtie»* — Sur les couleur» multiples dérivées du plomb, même ouvrage, p. loë, n' 47,

TBAITES D\4LCHIMIE ARABE.

de ce plomb : des couleurs ^^^ ou des matières (colorabtes)? — Ce qu'il faut extraire, me répondit~il, ce sont les matières colorables, et les couleurs auxquelles tes Anciens ont donné des noms de matières. Ainsi ce que nous nommons cinabre (couleur) n*est point le vrai cinabre; il en est de même des dix noms dont je l'ai parlé et cpie domine la matière unique; ces substances ne sont au nombre de dix qu^en tant que noms. Mais chaque fois tjuune de ces dix substances a acquis une coloration nouvelle, nous lui avons donuf^ un nom; Inen que ce Tût toujours le même principe, c'est-à-dire le plomb dont je tai enseigné la nature. H comprend des substances diverses, méian^ées, accouplées et intimement réunies les unes aux autrc^s, de façon à fournir un tout homogène. Chacune des propriétés s'est portée sur la substance qui lui corn'spondait, se lest assimilée et en a fait un tout solide. non fugace, qui s est de plus en plus consolidé. Telle est la matière unique dont je vous ai parlé et que les philosophes ont répailie entre de nom* breuses opérations et de couleurs diverses, sans cependant être jamais daccord^"^^ ni sur les sul>stances, ni sui' les couleurs, ni sur les opérations. Il en est qm lui ont donné des noms de sulistances solides, et d autres des noms de sui>stanees litpiides. Je fai livi-é tous les éclaircissements que j'avais projeté de le faiie cormaitre sur ce sujet, en le dégageant de toutes les obscurités dont oïj lavait enveloppé; j'ai écarté, grâce à Dieu, tous (es mystères qui entouraient la mise en œuvre de la pratiqu*' dv ce livre, mystères que les pbilosopfies avaient entassés à dessein, pour empêcher d obtenir tes résultats indiqués en termes concis et peu intelligibles. »

** Maintenîuit , tlis-je, donnez-moi des explicalions sur cette matière unique, (pie vous appelez plomb; et sur cette eau, c'est-à-dire sur leau qui en est formée. Pourquoi a-t-on nommé mati(*n' unique ce produit combiné? Enfin mettez le comble a votre bonté eji nTexplitiuant tout cela et en condescendant à me faire des conlidences comj)!ètes ''*^ Vous aurez droit alors à

toute la reconnaissance de la foule des savants, et Dieu, à cause de cela, vous comblera tle ses bieniaits. Surtout, soyez clair. »

«Dans ce ploud), me répondit-il, il y a les quatre natures^** analogues

^*J Cesl'à-iJire des maticre» rolomnles.

(** Coor Désaccord det ancietvs ^ dans l'ouvrage du Chrétien (Coliiction dnx atu^iem Mchimisteg ^rccs , traduclion, p. 387, Sgg, et

^^' Un blanc, laissa dans te text*^, ne pcrmel pas d'établir un sens ctirlain.

^*J Olympiodore {Coll. des Aick. yrecj, tntd. » p. 9'j); sur kv5 roloratidiis diverses» tilanctio, jaune et noirti, de la lélrasomle, p. io4 cl 107»

TRADUCTION

à celles que ron ivlrouve f*n ce inonde» et le secret cherché, qui a été la cause de la mort successive des hommes. Ces quatre natures ont des couleurs diverses : Tune est hianclie; iautre rouge; une autre noire '^^, Quelques-unes se détruisent Tune Iautre quand on les mélange, pour formel' m» tout homogène où domine le noir, et le blanc se trouve alors renfermé dans Tintérîeur de la substance, qui est recouverte et enveloppée par la couleur noire. Tel est le ras des substances que nous nommons plomb blanc et verre noir.

«Sache d'une manière positive, toi cpii as déjà la science et la certitude, que les Anciens n'ont pas employé la dénomination de soleil (or), et cependant ils font lait entrer dans lem's combinaisons. En eO'et, ta substance essentielle (pour les teintures), c/est-à-dire \ énus (cui^Te)» ne teint pas avant d'avoir été teinte ^^^ Lorsquelle est teinte sans avoir produit directement de for, elle entre dans les autres condiinaisons : ceux qui la possèdent, la serrent et la gardt*nt, car finfluence de sa couleur se manifeste sur les autres teintures. Ils Tappellent l'écrivain, lorsqu'elle est entrée dans les combinaisons, L*écrivain, c'est ce qui r«*tient (oute chose; il fait \dvre les corps et appai^aître leurs couleurs. Pouj^ moi, j*ordorme à tous ceux cjue j'aimt\ parmi mes fidèles, mes frères et mes disciples particuliers, de se contenter de cet écrivain; cai" aucun des Anciens, comme tu le sais, ne s'est contenté de ce qui vous a été explic|ué. m

Pendant que je causais avec uion interlocuteur el que je lui demandais d ajouter d autres éclaircissements et des notions précises, pour s<Tvir à la rédaction du présent livre, je perdis tout à coup connaissance, après la disparition du soleil, et je me vis comme dans un songe, transporté dans un autre ciel et un nouveau firmament. Je me dirigeai vers le sanctuaii'e de Phta, qui renferme les couleurs du feu* Quand j'enti'ai dans le sanctuaire, par la porte orientale, j'aperçus dans les cicux un grand nombre de vases d'or; je ne vis personne se prosteiner devant eux, mais seulement devant fidole de Vénus, C est celte idole en ellet que Ion adorait dans le sanctuaire.

«Qui a fait ces vases !^w demandai-je. Lldole répondit : n Us ont été faits avec le niolvl»dochalque du Sagr, Sache, ô Cratès, homme aux nombreux désirs, que ce nest ni un crime ni un péché pour moi, si je t*enseigne que

^^^ Dans le manuscrit, il y a itonorci; mais la lectum du mol reiulu par cette épithèlti est douteuse. L*a quatrlèEne couleur serait le jaune* — '^ ColL des Alch, grecs ^ Irad., p. 3 44 et passùn.

r\*st 11* plomb (11* Teiimis le Sage qui a servi ii faliiiquer ces vases; mais lii- (lesMis, giirde le silence. » Kt il ajouta : flOui, garde le secret là-dessus; car tous tes |>liilosôplies lont gajdé avec le plus grand soin* (Cependant, je puis t'en rçv*4er cjuelqur chose, cest qu'il est êvtrêuiement froitl et que les corps lui demandent la vie pour être capables de résister à raction du feu^" : cVst gnice à lui que les corps (métalliques) se solidilient et se forment en lingots. *

M'adressant alors au lirnuunent di' Vénus, je lui dis : «Je rends grâce à \otre créateur. Cette rjaturc unique qui vivifie ainsi les corps et qui leur permet de lutter contre le feu, n est-ce pas la gomme? — Oui, réponditi^lle, cesl la gomme, non la gonmie du vulgaire, mais une gomme puriliée, impérissable f^'. — Je désire, répliquai-je, en m adressant à Vénus» faire comiaître clairement cette substance à ceux qui en ignorent le secret. Cornluent pouve^-vous dii'c une pareille chose au sujrt du plomb, alors (pie tous les livres nous enseignent ([U il faut le transformer en esprit volatil? — Tu lias donc pas compris les paroles de Démocritc, dans le passage de son livre : « S*il espère obtenir ce qu'il recherche.»» S'il n'en était pas ainsi, il aurait dit : « Le plomb, mélange-le el éprouve-li* dans la fusion bouillonnante^^^ Ne lui f^iites point dire des choses fausses. «

Puis \ énus ajouta : «Si tu veux que je l'en dise davantage, sors par la porte du Sud, par laquelle tu es entré, et pénètre dans ma demeure. » Jt* sortis pai" la porte du Sud et je rencontrai un grand nombre de femmes : les unes entraient dans la demeure île \ éims, les autres en sortaient. 11 y en avait qui vendaient des bijoux, dautn^s qijî en achetaient et d autres i^nfin ([ui en faJiriquaienl, Il me send>la que j'étais dans un bazm* très fréc|uenlé. J étais surpris de la quantité de bijoux <pii faisaient l'objet ilu trafic et dont la majeure partie consistait en bracelets, couleui^ de pourpre mélangée, et dans lesquels on avait serti des pierres. Après avoir examiné tout cela, je vis aussi des cassettes de femmes, de couleurs diverses, formées d'or rt de pierreries, et nombre de bagues, également ornées de pierreries et de perles. Cela fait, je me dirigeai vers la demeure de Vénus et j'v entrai; Ci- séjour était tel que la description ne saurait en être faite. Vénus était au

' D'aprè* Péta^ius, dans 01)m|HôfloiN% ColL fie» ikh. tjr., Irad,, p, lo.i î •tu spîitTe *Ju îvn r*»l relPiiUf el ciiseri^ée par celle du plomb** ^-^ p. io3 : «Oairi*», c'est-à-dire le plomb

i opère la (liadon daust h'S sphères du feu #.

*' 8 ur ta go EU me , voir (IqH, des A Ici*, tfrecs, Irad, » p. i48.

^^^ Cou pella Lion.

milieu du saiicJualre ; sa beauté (iéfiait toute description, et elle était parée tle nombreux bijoux, tels que je nWais jamais vu ies pareils. Sur sa tête ii y avait uu iliadéiue de perles lïlanches; dans sa main elle tenait un vase, , , , . dé IVirifice duquel coulait sans cesse IWgent liquide '*L Mon regard était ébloui et mon cœur troublé par les merveilles que je voyais.

V la droite de Vénus se trouvait un de\îii de lliide, qui lui parlait secrètement à roreille. Je demandai tout bas quel était ce personnage, qui causait secrètement avec Vénus. On me répondit que c'était son ministre, (jui voulait s associer à eil*' pour Je m approcbai alors de lui pour essayer

de comprendre ce qu'il disait en secret à Vénus; il se tourna tdois vt*rs moi, en fronçant ses sourcils et me montrant un visage sévère, puis il me lit sign<* de décrire tous les objets contenus dans le sanctuaire.

A peine m'étais-je mis en devoir de le faire, que j'en fus détourné en voyant des gens de TEnde qui, tous, sans exception, préparaient leurs arcs pour me décocber des llèciies. L'un d eux s'approclia fie moi et me donnant une poussée, il oie (it sortir du sanctuaiix', en disant : « Non , par \ énusl je ne le laisserai pas écrire la tlescription de ce que tu as vu dans ce sanctuaire, puisque tu as Tintention de divulguer nos secrets.» Puis il sempîua de moi et me frappa avec la plus grande violence, si bien qu'il me send>la, tant la douleur était forte, que je me j'éveillais, tout etirayé sur mon sort. Je me sentais le cœur malade rX endolori; mes yeux se fermèrent ensuite sous fimpression d une vive angoisse et je m'endormis. Je venais d'éprouver ce que j'avais cherché k fuir ri rr dont je voulais mabstenir^-L

Tiiniiis que j'étais ainsi, je jne senlis envelu|>pi* tfun parfum dont j'ignoj*ais la pjuvenance. Tout h coup apparut une fejmue joyeuse, et qui ne pouvait contenir ses éclats île rire* Elle ressemblait à Vénus par sa beauté, et ses amis lui en avaient donné le nom, emprunté a celui de l'idoie; mais ce n'était pas son véritable nom et on ne le lui avait appliqué que parce que Vénus lavait en grandi^ allection. C^elle quVïn nomme ainsi du nom *le Vénus éprouve un tressaillem^Mit naturel, grâce auquel Dieu réunit le bien et la félicité. Elle m'interpella ainsi : « Par \énus! à (Iratès, jure-moi que si je t'iidbrme dVm vient ce délicieux parfum, tu nen pailleras à personne. — Aussi \Tai que j'ai reçu une volée de coups, lui répondis-je, je te promets de garder le secret la-dessus. » Aussitôt elle détacha de sa taille

^'* Mercure. — t*) Quatre mol» non traduits. Le tenU' du mnnuftcrit ayant t*prouvé dans re c]m fuil diverses interversions, nous l'avon!» rétiiblî clans >i;>n ortlre riuturel.

TJiAlTKS DAI.CHIMIE ARABE.

une ceinture d'or, dans la([iieiie se trouvaient inci'ustécs deux pierres, fune hlanclie et Tautre rouge; sur ces deux pierres étaient sertis deux morceaux de soufre, qui n'élaient pas des morceaux de (vTiii) soufre, t Prends, me dit-eUe, cette ceinture; arroseda avec la liqueur, jusquA ce qu^elle vive et qu'elle change de nature : alors il en sortira ce pajfum que tu viens de sentir. »

On prétend que ta substance d'où Ion extrait ces bijoux que j'ai vus

sert ^'^ et que cotte substance éprouve raction de rbuiuidité et de la

sécheresse ^^^

Ceci est dit pour celui qui est intelligent et qui comprend ^^K A ce moment, je me ré\eiliai etjr nie retrouvai à Tendroit que j^occupais auparavant dans ce ciel. Je vis apparaître 1 ange qui mavait promis de ne pas nie quitter, avant de nVavoir donn*'* d une manière complète et claire les renseignements sur le sujet (qui me tourmentait). « Retom*ne, me dit-il, aux choses dont tu t'occupais et achève la rédaction du livre que tu as conçu, afin d expliquer le sens des textes di-s Anci(*ns et leurs discours étranges. — - Pariez» m'écriai-je. — La composition blanche, me répondit-il, c'est le corps de la magnésie; il est conqjosé de choses fixées, réunies en une seule composition, de façon à former un tout lioinogène, que Ion désigne par un nom unique : c'est ce ffue les Anciens appelaiL'iii aussi le molybtlochakpie^*^. Lorsqu'il a subi l'opération, on lui donne les dix noms, tirés des couleurs qui apparaissent au cours de fopération sur le corps de la magnésie; c'est pendant cette opération que le mercure agit sur les quatre corps ^^^. Les corps qui réagissent sont : le mercure, la terre brillante (P) '**^ la terre tirée des quatre corps et la sélénite'^'. Tout cela ayant été fondu ensr^mble a donné naissance au corps de la magnésie. Il faut ensuite transformer le plondj noij'; alors apparaissent les dix couleurs. Toutefois, par tous ces noms (pie nous avons donnés, nous avons voulu entendre seulement le

^*^ Cinf{ mob non traduits.

t*^ Trois nioU non traduits.

'^ Les expressions «si tu rs inleDigent, si tu as respril exerc<*t sont courdïilÊîî cliei le* alrtiiniLiïtfîs grecs. ^^ Voir entre autre», Coll. des Aich, ^recs , trad., p, 6a; n' 3 hh, p. 63; n*M ♦ 5 , etc.

'*^ Voir page 4; voir aussi CotL Jci Alch, ^t'ecs^ trad. , p. i3i*i35, iS8, 193.

^^^ C'est-à-dire sur Itr plotnb , rëfaiii . le cuivre et ie fer. — Voir aussi ColL th» Atchim. grecs t trad. , p, iGo vl 1O7,

^^'> (annlire? La terre tirée des {(uatre corps serait la maguûsje. Ce passage est lrè« obscur.

f'^ Sur k sélénile, ou apliroselinon , et sa relation avec le eorpa de la mii^nésie et le mohMocbalque, \o\rCùiL dt,t Àich, ^recs, trid. . p. i3i.ii**7 et H.

TRADUCTION

oiolybdochalque» (jui t"sl l'agent tinctorial tie tous les coq>s entrant dans la combinaison. Or, toute combinaison est fornriée de deux élt'ments : l'un hu* ijiide. lautre sec, 8i nous la soumettons à la coclion, ils se confondent ensemble; lïTi l'appelle alors la cliose excellente; elle a de noîubreux noms. Quand Iki produit est rouge, il s appelle fleur dor et ferment d'or^'^ ou encore minium, soufre rouge, arsenic rouge ^-^. Mais, pour nous, nous avons continm^ a f appeler molybdocbalque , lingot et lame (métallique) ^*^ Je viens de vous expliquer les noms , avant et après la cuisson , et je vous ai donné toutes les distinctions cpi'il m*était possible de vous faire connaître.

« Maintenant, il con\ienl que je vous parle des diverses sortes du feu, du nondire des jours qu'il doit durer, de la variété du feu, suivant f intensité qu'on \eut obtenir à tous les degrés. Peut-être qu'en connaissant bien cp sujet, et en en faisant une élude spéciale, on aiTÎvera à vaincre la misère^** laquelle ne peut être guérie autrement que par cette œuvi^^ auguste» Le^ catégories de feu sont nombreuses : il y a le feu faible, le feu sous la cendre, la bi'aise, la flamme légère, la flamme moyenne et la flamme >ive. L expérience , seule , peut permettre d'obtenir les diverses sortes qui prennent place entre ces catégories. Quai*t itu nombre de joui*s, le molybdochalque, dont le Iraitement est notre objet essentiel, se produit en un jour» ou en une fraction de jour. Plus loin, je vous dirai, en son lieu et place, le nombre de jours nécessaires poui' paracbever le poison et f élixir.

fl Sachez, dune façon positive, que si fon place de for pur dans la combinaison, la teinture prend une couleur rouge pur; si Ion y met de for blanc '^\ la leintmv est t^galenient d'un blanc éclatant. C'est pour cela que fon trouve dans les trésors des philosoplies les expressions d'or supérieur et dor éclatant, suivant for quds ont introduit dans leur combinaison. Quand toutes ces natures se sont mélangées et cpi elles sont devenues du inolybdochalque, les natures primitives se confondent en une nature unique et elles forment une espèce unique. Lorsque la matière est dans cet état, un la \erse dans un vase en verre, alin de voir comment la combinais(»n

**^ Cr. ColL (tes Akh, tjnc** irid.; Lexitjue, p. 17.

^ Sur la synonymie île ce» divers noms, %oir Vlnirùducûon à tn Chimie des anciens , p. 261.

^*^ On mctl&ït les méUiui sons tormc de laoïps, pjur les eipos4*r k l'iuliun des vapeur»

tinctoriales de î'arsenic, du *û«fre et du mercure sur la kerotakiîî (Introd^ à ta Chimie des anciens , p. lia).

t** Celle préoccupation est perpëlueUe chei les alchimistes grecs ( voir CotL des Akk. grecs , trad., p. 73 vipoisim).

^*^ Electrum ou asem.

ALtULviK. — nu i' partie.

TUAITES DAiXIllMlE VEABE.

absorbe !e licjunto, rt pour apf^rrevyir aussi la succession des couieur.s, celle ih la conxhiiïïihon h chacun de ses (legrés, jusquà ce tpi enfui on ait obtenu le rouge généreux, formé par 1 elixir.

« Quant à ragent que les philosophes ont prescrit à plusieurs reprises ffe lueUre ^*n œuvre, il ne convient de femployer quune seule fois. Si vous voulez vous assurer de la vérité sur ce point douteux, vous navez quà exajuiner ce quen dit Démocrite, dans le passage qui commence ainsi : « de bas l'ii haut '*; puis il revient li-dessus en disant : « de haut en bas »'^^^ et il ajoute : «Mettez l** l\n\ le plomb; le plomb à cause du cuivre, et le cuivre à cause • de fargent; puis de fargent, du cuivre, du plomb et du fer.» Enfin il s'explique nettement en ces termes : « N'en mettez qu une seule fois. )•

<i Soyez, assuré que for ne se transforme qu avec le plomb et le cuivre. Il se dissout'^* dans ce vinaigre, dont la composition est connue des philosophes, et il se transforme en rouille : c'est de cette rouille que les philosophes veulent parler quand ils disent : Mettez de for, il samollira; mettez encore de l'or et ce sera du corail d or. (Tous ces noms sont les noms véritables des corps. Quant aux indications vagues fournies par les philosoplies, au sujfl des matières qui ont des noms spéciaux, elles ont pour objet de désigner les corps solides et la solution. Toutefois il convient de nonuner la matière unique.) Il convient de mettre du vinaigre, parce que c'est lui qui produit U^s couleurs. Il n en faut mettre quune fois, de façon à obtenir la rouille; et lorsque la rouille existe déjà, alors on met aussi le vinaigre, qui fait paraître les conleurs indiquées précédemment. On le laisse réagir durant uti jour; le liquide s'évapore* Quand la matière est devenue sèche, on l'arrose, et on l'introduit dans un vase, que fon met sur le feu, jusquà ce que le résultat utile soit obtenu. Au premier degré, on a une sorte de boue jaune; au second degré, cette boue est rouge; enfin, au troisième degré, on a quehpje chose qui ressemble a du safran sec et réduit en poudre. On le projette alors sur de ftirgent vulgaire, et, la combinaison se pénétrant d'humidité et de sécbeï'esse, on obtient un esprit ^^^

« Les fnrps ne ptMiêtrent point les corps et ne peuvent les teindre. Ce qui

'*' !^'i^l41 lie raitrinir : • Ivn ii.itit ks rliosfs rf»le§les , Pli bns k*^ cljo.\eî* tuirrstfrs » ? | Voir fMection tlês iichimiMtejt fjrrcs ^ lr»<lucLioti ,

t'J S'i4git-il il'iiti fwïtvsittlnrr iikuliti, copuble d& dia50iiili'«* ïm} C^t flgtrnt a élé employé en

i' 't'I pur y s alehîmiile!». A la vérité , le texle aclud c^l vaf;ii(*î mais çp qui miîI cmii^ orlerait cHie ÈiguAlcailon,

^' C*cst-à-<lire un «g«*jit captilile de pëii«krtîr le* lïiétaiii Pt de h*% ti»iiidre. fimime riitdiquw ce qui suit.

TRADUCTION

les teint, c'est le poison igné et aéiiforme, qui demeure empmoniu' dans les corps; lui seul peut aisément pénéli'er et se répandre dans les corps. Quant aux corps, ils sont épais; ils ne peuvent ni pénétrer, ni se répandre dans un auti'o corps, (l'est pour cela que la teinture n aut^mente en aucune façon le poids (Fun corps; car ce qui le teint est un esprit qui n'a pas de poids ^*^

•< Il est des gens qui, lorsqu'ils versent le poison sur fargent le laissent une heure, d autres deux heures, d'autres trois, d'autres quatre. Chacun laisse agir le poison suivant la connaissance quil a de sa force, et de manière qu'il pénètre fîirgent et le teigne, et que fargent fabsorhe. CVst celte nature que Ion norunie ouilâda (naissance), vie et teinture. On lui a tlonné ce nom parce que le poison, en se réunissant à fesprit tinctorial qui est constitué par la houe (précédente)» devient à son tour un esprit, au srin du corps composé avec lequel il s'unit. Quand cette substance a pénétré l'argent \ivant. elle vit à son tour : ce qui se manifeste aux regards par Tapparition de la coulem*. C'est idnsi tpie f on place dans les écrits les sept lettres en speciiiant cpie cinq dentre elles n ont point de son* Dès qu'elle est entrée dans le corps, cette substance le lait vivre et elle y \it elle-même , aussitôt quelle fa teint. Il y a parfois des teintiu^es qui donnent des couleurs plus variées H plus h(*lles; mais cela tient à la perfection de lopération, à la durée de la chaleur, de la coction, ou bien encore au grand nombre de lavages.

a Maintenant, j ai dévoilé dans ce livre la science du poison; j ai dit comment on opère avec lui, comment il teint et de quelle façon il se combine. Le* gens inteUigents ont pu en quelque sorte le voir lui-même. J'ai éclairci certaines choses, auxquelles les philosophes avaient donné des noms propres à dérouter le xiilgaire. »

Je cherchai ensuite à me faire exphquer les choses extraordinaires que les phUosophes avaient décrites , afm que mon livre l'emportât sur tous les autres ouvrages, attendu que j'aurais en ma possession la clef de bien de^ choses et leur di-monsti-ation. Kniin je voulais connaître ce que les philosophes ont dit de la teinture dej» corps par tes corps. Il me répotulii : « l^a rouille ne provient que des soufres, Kn eflet, toute combinaison alnjulit à des molécules humides et à des molécules sèches. Quant aux pailicules sèches, elles consistent dans le mélange du cuivre avec le cuivre, et du mercure avec les corps.

^' Cet ëoaticé mérite aUeiition, «u poiDi du vue de !■ Ibéorie Je b ptcire piiilo»opJiAie dmi» âùîrt auteur.

« Les molécules sèches s obtiennent par la cuisson dans le vase , jusqu a ce que la dessiccation se produise, que toute rhumidité ^^^ s en aille et que ce qui était blanc devienne rouge ^^^ C'est là ce que les philosophes appellent le mercure et le soufre. »

« Comment se fait-il que la teinture soit fixe et persiste au feu , alors que les philosophes disent quelle est fugace et volatile? — C'est, répondit-il, parce que les corps fixes sont rendus fusibles avec les parties volatiles, et alors réchange qui se fait entre le corps et la partie fugace amène la transformation en matière volatile. »

« Pourquoi les philosophes ont-ils appelé la combinaison olhsious[?)? — C est parce que la pierre othsious est engendrée chaque année et qu elle a des couleurs variées, qui changent de nature chaque lunaison. On a donc nommé d après cette pierre othsious la combinaison, parce qu'à chaque degré de l'opération elle passe d'une couleur à une autre. »

« Pourquoi les philosophes n'ont-ils pas appelé tous les changements de la combinaison des noms de blanchir ou rougir? — Parce que, en entrant dans la combinaison, la teinture la modifie. Après la première cuisson, elle la rend blanche, et après la deuxième, rouge. Aussi n'a-t-on pas voulu se servir d'une manière générale des termes blanchir et rougir, parce que les deux premières combinaisons, la jaune et la rouge, sont les deux seules qui fixent des teintures. »

« Que signifient les deux derniers soufres? — Les deux derniers soufres ^^^ ne le sont que de nom; car si c'étaient là réellement les deux derniers, il n'y aurait pas mélange des corps; mais on les désigne sous le nom des deux derniers soufres, bien que ce ne soient pas des soufres. »

« Pourquoi les philosophes disent-ils que la nature se réjouit de la nature ^*^î^ — Ceci a été également dit des deux soufres, qui ne sont des soufres que de nom. »

« Pourquoi les philosophes ont-ils dit que le corps lixe est celui qui emprisonne et que sa nature est hostile ? — Cela a été dit également à propos (les deux soufres, qui ne sont des soufres que de nom. »

^') Disparition de l'état liquide. suit renferme des subtilités à peu près inintel'

^** Par exemple, la transformation du mer- lip;ibles.

cure soit en cinabre par le soufre, soit en oxyde ^^^ Axiome alchimi({ue. Coll. des Alch. grecs,

par la simple action de la chaleur. trad., p. 33 [Lettre d'Isis); p. 45 (Démocrite),

^^^ Le mot suivant est illisible. — Ce qui attribué à Ostanès par Syiiésius, p. 6i.

TRADUCTION

« Pourquoi donc cette chose qui retient la teintore, quî la fait résister nu feu et qui se mélange h la combinaison, n'esl-elle pas visible à Tœil nu» tant qu'elle na pas éti' projetée sur i*argent vulgaire « et ne se manifestf-t-dle que quand ! opération est lerminée? — 11 en est de cela comme de la goutte de sperme qui tombe dans lutérus et qu'on ne voit pas : Tutéms retient la goutte de sperme et le sang, qui sont cuits par le feu de festomac» jusquau moment où le sperme prend la forme d'un corps et sa couleur. T*>ul cela se fait à Tintérieur de rutérus, sans qu on le voie et sans cfu^on le sacbe, jusqu^au moment où le Créateur des ànies fait apparaître au deliors ft^tre que l'on voit alors ^*^. Il en est exaclement de même pour la chose sur laquêllr (ii mus interrogé. »

« Pourquoi les philosophes ont-ils nommé leur combinaison : rouille, eau de soufre et gomme, en sorte quils ont dit : semence d'or, rouille de cuivre, eau de cuivre, poison mielleux, poison agréable au goût; enfin qu'ils ont employé des noms masculins et féminins, et i\m noms qui ne sont ui masculins ni féminins? — Parce que, dans la composition de toutes ces choses, s'ils ont employé la dénomination d eau de cuhre, c'est que le cuivre était devenu liquide; la dénomination de semence d'or, c'est qu'ils y avaient serrn* de for. En se servant du terme : gomme morfe, ils ont eu raison, t*ar ce^t après ia combustion des corps et leur morlificalion que la combinaison devient utilisable el se transforme en esprit tinctorial. Ils ont eu également raison en donnant des noms masculins, des noms féminins et des noms neutres; car il y a parmi ces choses des mâles et des femelles, lesquels, une fois mélangés, ne sont plus ni mâles ni femelles: par exemple, lorsqu'un les appelle lingot et lame, i»

« Pourquoi appelle-t-on le corps combiné, calcaire? — Parce que le calcaire, qui était dabord une pierre sèche et froitle, une fois cuit (et changé en chaux vive), manifeste Fesprit du feu, quî lui a donné une vie interne ^^, »

« Qu'appelle-t-on combustion, transformation, disparition de l'ombre ^^* et production du composé incombustible? — Tous ces noms s'appliquent au composé quand il blanchit. »

^') Voir CoUecUon des ilehuniâtet ^recit tradacdon (Chapitres de Zosime à Théodore), p. 309. n" 5.

^ Ce rmisounoment » d après lequel le calcaire, loumi» Il l'iielîon du feu quî le cbauge

eu chaux vive, a gagtië ({uelque cUûsc, rappelle le» théories du xvui* siècle tît colle de [*aoidtinî pin^ue de Meyer*

^>) ColL tlês AlcL tjrtcs, Irad., p. i8i-i8f et poiiim.

TRAITES D VLCIJIMIE AIlAi5E.

«Quelle est iVjpératioti la plus efTiCta-r piiniii n-llivs ries pliîlosoplies? — - Les opérations des philosoplies peuvent toutes se nkluin^. â une seule, et b nieilieiire est celle qui retient li* soufre et fait rougir. Mais il convient avant loiil de connaître les poids, car cest grâce à eux que l'on de\âent maître de cette opération unique, qutî les philosophes ont ordonné d'exécuter bien r\ complèlenient, mais dans laquelle ils ont caché les poids, ainsi que leur ii^partitioiK Les ntjs les ont donnés approximati viennent et en termes obscurs; d'riuh'es ne les ont même pas mentionnés, poui' qu'ils fussent mieux cachés rA tenus plus secrets ^^^ *

« Comment, ô esprit vertueux, ceux qui viendront après nous pourront-ils connaîti*e ces poids? — Ils devront bien observer, quand on ne leur aura pas indiqué de poids, de mettre les matières en quantités égales* — Quelle substance laut-il peser et laquelle faut- il ne pas peser? — 11 faut metti^e le molybdochalque par parties égales et pareillement pour les autres choses si'mblaldes; quant au soulre, il doit les égaler toutes en poids, w

M Pourquoi Démocrite le Sage s'est-il plaint du mélange» en disant : Rien ne nous a été plus diilicîle que le mélange des natures et leur assemblage pour les combiner ^^L^ — I>*mocritc a eu raison. Ne savez-vous donc pas cfue l'œuvre entière ne peut avoir heu tjuà la condition de connaître cbaqut' chose en particulier; c*est alors seulement que vous connaissez le mode suivant lequel il faut procéder au mélange, d après les poids cpji conviennenl pour en assmer la parfaite exécution» Il faut donc que le philosophe sache avant toute chose et avant de mettre la main à focuvre si la chose est, ou n'est pas, de quelle chose elle est formée et comment elle e5t^^^ »

« Pom^quoi les philosophes ont-ils dit : Faites que la combinaison soit in- <'ombustibIe? Or tous ordonnent de la brùJer, de telle sorte quelle devienne i'omme une cendj*e. — Les philosophes ont eu raison dans ce qulls ont ilit et ordonné; car féiixir brûlé, ti^ansformé en cendre et mélangé avec le liquide devient pareil au mieL On le faut cuire alors, jusqu'à ce qu'il se dessèche; puis on y remet du liquide, et on répète plusieurs fois oes opérations

'^ Cf. Coït, des âlch, (H'ecs , irud- p. 1 53 , 11" r. — • [)ejnornl(< a passé sous lilence les ]Mi>Î4l5»i p. 176, — « Ib oui rbubiliitlr ilf pe»^r M-CT-èlemcut • , 11" a. — Puis railleur indique Irs poidA«

■*•' Oci fuit atlusiuii à un pas^uge de Démo-

crite, CoU. des Alchimistes grecs, Irad.^ p- 5o. '■ ■' Cv sont les prîiicî^>€>:i «It^ \à logic|ue arialotélique. Le Trarlé d*Alcliiîuie latine De Amiaut, Iraduil d'Avkeiuie* debuie de même par le* «lucslioiisi «Si est * tjaid est , ifuomodo est? {Artis Chenùctit principes , ^, 34; iâ7'i.)

TRADICTION.

dp mélange et de cuisson, jusqu'à ce que b calcination soit complète et qu'il ne reste plus dans ia combinaison rien tpii n'ait été brùié^^^; il faut enfin cpie la cnrubinaison snil transforinée en rendres, telles qu'on ne puiss»* plus les bnder de nouveau. Il en est ainsi du bois que le feu ne cesse de consumer, juscpià ce qu'il fait réduit en cendres; mais ces cendres, une fois retirées du feu, ne perivent plus ôlre brûlées. On peut encore comparer la combinaison k la fièvre qui senipare de fhonune et ne le quitte plus, avant d'avoir brûlé toutes les superlluilés de son corps, superfluités qui sont précisément les causes de celte fièvre. Quand toutes ces superfluités ont été consumées, la fiè\Te quitte fhomme. Ia-s pliilosoplies ont donc or donné de brûler la combinaison, jusqu'à ce quon ne puisse phis la brûler

davantage.

« Pourquoi les philosophes ont-ils dit : Amalgamer les pairelies du ferment d'or avec le mercure, just|u'a production rfun tout homogène. En disant cela ils étaient d'accord pour rainalgiune. Quand les teinturiers dorent les armes et qu'ils amalgament for avec le mercure, pourt|Uoi l'or devient-il blanc et paraît-il tel au\ yt'ux, puis, quand la cuisson est achevée et I opération terminée, devient-il rouge:* — Il f*n est de même (dans notre opération) du luercure, qui dompte d'abord les parcelles de l'or et les blanchit, en faisant disparaître la couleur rouge; mais le mercure, dompté k son tour, laisse reparaître k la fin la couleur rouge, si bien que l'on ne retrouve plus le blanc et (pi'on ne le voit plus. **

« Comment les quatre natures se subjuguent-elles lune l'autre et comment se mélangent-elles les unes aux autres , pour donner comme résultat les êtres créés? — Comprenez-bien ceci : les matières compactes ^"^^ des quatre natures se mélangent simplement les unes aux autres : mais ce sont seulement les matières subtiles qui se joignent ensemble, lors du mélange, et qui se pénètrent lune l'autre. Les matières subtiles agissent sur les matières subtiles, non les compactes sur les compactes. Ainsi la terre et l'eau sont des éléments compacts, tandis que lati* et le feu sont des éléments subtils. I^es

^' Coll. (Us Aiclùm, ifrecs , IrncL. Zosiine, p* i6j, n' i3. — Lorwjae lu verras qup tout al devenu cendres, compreuds aiors que loul va bien, p. 107, n"* àH, — tNrile reodue incombustible, dan* Démocrite» p. ^7, n* 6. — ÉpuÎBe l'élémeTit liquide, dit Zosîme, p. 197,

n* 21. ^ — Voir spécralcment. sur ta matière lu combuslible. Chupîtirs de Zosime k Thëodor«% p. 31 l.

''> Dans la tmduction , ou u opposé le» iuou compacts et stibt'di. On Hurait pu dire aussi fixét eifa^eet, ou volatiU.

deux éléments siil>lils affaiblissent les deu\ i'^léinenls compacts et les trans* forinent en niatii-res subtiles, et Dieu en fiiit sortir tous les êtres créés, au moyen »b^ la euisson et de rabsorption de lair. Ainsi nous avons ici deux i^léments compacts et deux éléments subtils : les deux éléments 5ul>tils sont ceux ([ui pénrtrent les deux éléments compacts et les rendent subtils.

•' De même il y a dans faimée quatre saisons; chacune délies a son lem- [ïi^rament spécial : la première est Thiver avec le froid; la seconde, l'été ^**; la troisième, le fort de Tété; la quatrième, l automne. L'hiver et le froid resserrent la terre et ce quelle renferme de semences, de telle sorte qu'ils i*n expriment vi font sortir les premières plantes. Dans la seconde saison, rété, li-s plantes et les semences accjuièrent leur développement complet et leur maturité. Si le fort de IVté, avec son soleil ardent, atteignait ces plantes (dès le début), il les brûlerait et les endommagerait; mais le printemps les préserve, par sa température moyenne : de telle sorte que vous voyez les plantes acquérir de la force et se développer. Quand la chaleur intense du fort de Tété atteint les plantes, elle en fait sortir les fruits, qui prennent leur grosseur et lem' forme. Si cette chaleur intense continuait i\ agii" sur ces plantes et sur ces fruits, elle les brûlerait et les endommagerait. C'est alors que survient pour ces fruits la quatrième saison, lautonme, pendant laquelle la température de Faîr est moyenne. Les fruits s'améliorent à cette époque; ils prennent de la couleur, acquièi^nt le bon goût de la maturité et sont utilisés par les hommes.

K II convient cfopérer sur notre combinaison et de faire agii^ sur elle les divers degrés du feu, d'une manière analogue à celle (des saisons), que les philosophes ont prise comme terme de comparaison. Quant à moi, je vous ordonne de ne point dédaigner un seul mot, ni une seule compai*aîson des livres des philosophes; car ils ny ont rien rais qui ne fût la vérité. »

\ ce moment mes yeux se fermèrent malgré moi, et sous lempire de mes préoccupations je m'endormis. Il me sembla que j'étais sui* les bords du Nil, sur un rocher qui dominait le fleuve. Tout à coup je vis un jeune homme vigoureux qui luttait contre un dragon. Au moment où le jeune homme se précipitait sur le dragon, celui-ci souilla contre lui et siffla violemment, en relevant la tète. Le jeune homme m appela à son secom^s, en me faisant signe de traverser le fleuve. Je m'élançai aussitôt et je me trouvai bientôt

*^ Ce serail plutôl notre printemps.

TRADUCTION

près de lui. Je pris une pique de fer, que je lançai contre le di*agon; niais rt*Iui-€i, se loiuTiant \ers moi, souflla avec une telle violence qu'il me fit tomber à la renverse, sans toutefois que je perdisse connaissance. Je revins à la charge une seconde fois. En me voyant retourner contre le dragon, ma pique de fer à la main, le jeune honmie me cria ; * .\rrête» Craies, cela nr suïïira pas pour tuer le dragon, m Je m*arrêtai et je lui dis : « Eh bien ! fais-en ton alTaire. » Le jeune homme prit de leau qu'il jeta contre le dragon : la tête de celui-ci tomba, et il resta étendu mort. S adressant alors au dragon, le jeune homme lui dit : « Montre le profit tpje Ion attend de toi, » Puis il lui prit le nombril et le pressant fortement il en fit sortir un œuf de crocodile. Comme je croyais que cet œuf était un œuf de rezin (?), je dis au jeune homme ; « Vous êtes injuste à Tégard du rezin en lui enlevant un de ses œufs, — Ce nest pas un œuf de rezin, me répondit-il, cest un œuf de crocodile cl cet œuf ne se gâte pas; il ne se dessèche pas; il nest pas brûlé par le sang; il ne se détruit pas; mais il se transforme en une rouille, dont on lire profit. Peu à peu resloraac en fait cuire le contenu et il sort de ce mets délicat les quatre natures : la pituite, le sang et les deux biles. Mais, ajouta-l'il, il faut d abord que je le monti^e ce que c*est que ce dragon. . . »

Alors nous trouvâmes un rocher de batharsoas [')) desséché par l'ardeur du soleil, dont Tinlensilé 1 avait crevassé. Dans les crevasses de ce rochei* se tenaient le di*agon et sa femelle; ils étaient si énormes et si languissants

qu'ils ne pouvaient plus bouger Le dragon était immobile, af

faissé, et n^avait plus quun souffle de vie. Dès qu'il me vit, il crat que je venais pour m'emparer de lui; il sortît aussitôt de lendroit où il était et s enfuit dans une des fissm-es. I^e jeune homme me montra une lance et j'aperçus à ce même moment une clarté brillante qui nVefTmya. « Regarde, me dit le jeune homme : ce dragon, qui tout a Theure était mou et lan guissant, est maintenant ardent et dispos; je vais le tuer avec celte lance* — -Pourquoi, répliquai-je» ne lui avez-vous pas enlevé ses yeux éclatants, alors quil était allaibli et décrépit et avant qui! redevînt jeune? - — Il ne faut pas, me répondit-il, que nous lui prenions ses yeux, avant de nous être emparé de sa femelle. « En lui entendant tenir ce propos^ je crus quil voulait combattre un dragon femelle, autre que ce dragon. Je cessai alors de finterroger, en voyant son assurance. 11 prît alors le dragon et le déchira en morceaux, a laide de sa lance. Tous ces morceaux avaient des couleurs

ALCuuiiË, — ur, 2" partie.

Ih

TRAITES ALCHIMIE \l\ABE.

variées; il réunit onsuiLe ensemble les iiiorceaax d'une même couleur^*^ Comme j avais longuement fixé mon iittentîon sur ce qu'il faisait, je mViporçus que ces couieurs ressemlilaient aux couleurs de notre œuvre. 11 y avait des couleurs pareilles à celles de ladamas et de ieleclimn; d'autres ressemblaient h la marcassite ferrugineuse, privée de son esprit; d autres à la cadmie cendrée; d autres à la boue jaune et d'autres au cînabre rouge. Quand il eut aclievé de réunir les couleurs semblables, il prit Toeuf de crocodile^'-' et le brisa; puis il sépara le blanc du rouge et de rhumîdité, et il mît ensuite le blanc avec le blanc, le rouge avec le rouge.

Pendant que le jeune homme était occupé à cette opération, le dragon rempli de vie s élança; il souffla contre nous et si je n avais pris la précaution de jeter contre lui de IVau vivante, qui fit tomber sa tête de son corps, il nous aurait certainement fiiit périr.

Quand le jeune homme vit ce qui était arrivé au dragon, il entra dans une violente colère et jura qu'il réduirait ce dragon en poussière. Puis il commença à réciter de puissantes formules magiques, jusque ce que le» dragon fût réduit en poussière. Il t^ii pl;ira les débris dans un vase, sans trop les presser. Il en sortit de leau, dans laquelle il y avait un poison* Chaque fois qui! relirait une partie de cette eau, il détournait la figure pour que rien ne pénétrât dans ses narines.

Quand le jeune homme eut terminé son opération^ il me dit : « O Gratès, retiens bien ce que tu viens de voir et consigne-le dans ton livre , pour ceux cfui viendront après toi. Ce que tu m as vu faire, lorsque j ai tué ce dragon, est le secret dUermès Trismégîsle; il la caclié dans son livre, car il lui a répugné de le faire connaître aux profanes. Sache que c'est moi qui te découvrais le ciel, lorsque lu y montais. Si tu navals pas gardé le secret sm* ce que tu mas vu faire, je t'aurais tué avant de te livrer ce secret. Et si tu décris dans ton livre ce que tu as vu et que tu veuilles en divulguer |r secret, vois ce dragon que jai réduit en poussière et dont les couleurs se sont manifestées, il eût été funeste a ton existence et il aurait séparé ton àme de ton corps. »

^'^ Voir le Strp^nt Owohoros et sp?* parlii!» i\v dilTërenlPS couJeurs (Catt. des 4lch. ferres, Lrati., p. ai-a^). Voir aus&i Zosime, p. lao* «in. SI que la figure du Serpent {Introd. à h Chimie des anarriT, p. i .ig et i^i], — Sur le sens lie rc a^ftnbolistiie, Origiuci de /M/f/uVniV, p. 58*

Il rst pt^spntë choz les Arabe* îmîus la fonrjc dur» conte purement matériel *^l positif, ctimme il est arrivé pour i>eaucoup d'autres mytlies*

^*> C est l'œuf pliilosopbique , ftiilre emblème tle raldiimi** (CoH. des Alch, tarées t trad. , p. iK h aa; — Ori^ini'M de l Alchimie, p, 2 4 et hi).

TRADUCTION. 75

En raison de Textrême frayeur que rengagement qu il venait de me faire prendre m'avait fait éprouver, et des merveilles que j'avais vues et qu'il me demandait de tenir secrètes, je restai tout étourdi et je m'écriai : a Dieu, — qu'il soit glorifié et exalté ! — m'a révélé que je devais m'abstenir de dévoiler les secrets, puisque personne des Anciens n'a pu faire chose pareille. Que celui qui trouvera ce livre craigne le Créateui* des âmes et s'abandonne à lui, il arrivera au but. Quant à celui qui n'aura pas touché le but et qui n'aura pas compris l'auteur, il périra dans la douleur et le chagrin. »

Quand Khâled ben Yezîd eut lu ce livre , il écrivit à Fosathar pour l'informer qu'il lui envoyait un livre, qui était joint dans la bibliothèque des Trésors au livre de Gratès , et pour lui annoncer que ce dernier livre était légèrement abrégé, mais qu'il contenait de nombreux enseignements et fournissait beaucoup d'indications sur la philosophie.

Ici se termine , avec l'aide de Dieu et grâce à lui , le livre du philosophe Gratès.

lu.

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