CHAPITRE X
BUCHANISTES, BERÉENS , HALOANITES.
L'article qu'on va lire est extrait en partie du Dictionnaire biographique de Watkins, et de l'ouvrage de Sinclair. C'est à Irwin que la secte deQ Buchanistes a pris naissance, et s'est éteinte.
Irwin a une Eglise de la secte du Reliefs dont, en 1779, un nommé Hugues White était ministre. Ayant été invité à prêcher dans le voisinage de Glascow, Elisabeth Buchan, née en 1738, femme d'un faïencier de cette ville, fut captivée par son éloquence, et lui écrivit qu'il était le premier orateur qui eût parlé à son coeur; elle lui demanda . la permission d'aller le voir à Irwin pour achever l'ouvrage de sa conversion. La lettre et celle qui l'avait écrite furent très-accueillies ; les sectaires du Relief crurent avoir fait une excellente acquisition; sans cesse occupée d'exercices religieux, elle allait de maison en maison, présider au culte domestique, répondre atix questions, éclaircir les doutes, expliquer la Bible; elle annonçait comme * prochaine la fin du monde, et voulait que tous
les Chrétiens abandonnassent les affaires temporelles pour se disposer à recevoir Jésus-Christ.
La singularité de cette opinion fit naître des doutes dans la congrégation du Relief, sur la doctrine de la prophétesse , et du ministre son ami. Ils s'en plaignirent à celui-ci, et lui demandèrent, même avec menace, de renvoyer Elisabeth Buchan; il s'y refusa, et fut appuyé par les plus riches de ses paroissiens. Alors les opposans lui présentèrent un écrit contenant ce qu'ils croyaient être la doctrine de cette femme et la sienne, en l'invitant à déclarer si tels étaient ses principes; il répondit affirmativement, et s'empressa de signer. Munis de cette preuve matérielle, ils s'adressèrent au Presbytère, qui déposa le ministre. Obligé de livrer les clés de son église, il rassembla d'abord sous une tente, puis dans sa maison , un petit troupeau qui s'accrut, parce que la curiosité lui amena de nouveaux auditeurs.
Leurs assemblées religieuses se tenaient communément la nuit, et la prophétesse y débitait ses rêveries. Elle était la femme mentionnée au chapitre XII de l'Apocalypse, et le ministre White était sa progéniture.
Ce discours indigna la majorité des habitans d'Irwin, jusqu'au point de causer une émeute; la^populace brisa les fenêtres, les meubles du ministre, et se serait portée à d'autres excès, si le magistrat n'avait interposé son autorité. La congrégation du Relief insistait pour faire arrêter et
BUCHANIStES, "C. lig
juger cette femme comme blasphématrice. Alors le magistrat crut qu'il était prudent de Texpulser; (ceci se passait en 1784). Une escorte l'accompagna jusqu'à un mille de distance, pour la mettre à l'abri des insultes de la populace , qui , de son côté, lescortait aussi en la chargeant d'imprécations: elle fut même jetée dans un fossé.
Arrivée avec quelques-uns de ses sectateurs dans le voisinage de Kilmaurs, bientôt elle en vit arriver d'autres avec le ministre Wihte , ce qui forma une troupe vagabonde d'environ quarante individus. Pendant quelque temps ils parcoururent divers cantons d'Ecosse. En entrant dans les villes et les villages^, ils chantaient et s'annonçaient pour des voyageurs qui allaient à la Nouvelle-Jérusalem, en attendant la fin du monde. Ils avaient une bourse commune , et se dispensaient de toute occupation industrielle, persuadés que Dieu, qui nourrit les petits des corbeaux et fait croître les lis, ne les abandonnerait pas. Quelquefois cependant ils s'associaient aux travaux du peuple, pour avoir occasion d'inculquer leur doctrine, mais ils refusaient de recevoir aucun salaire ^
La femme Buchan mourut en 1791; alors fut dispersée sa petite secte , dont l'existence momentanée n'appartient plus qu'à l'histoire des aberrations humaines.
^ An unwersàl biographicaly etc. , by Watkins, in-8°. , Loudon, 1800. — Statistical account ^ etc. , tom. tu, pag, iQi et suiv. — * Chalmers, Dictionnaire,
l3o DES SECTES RELIGIEUSES
Beréens. — Les Beréens sont des dissidens de l'Eglise écossaise, qui, selon miss Adams, prétendent faire revivre une secte ancienne du même nom f en fondant leur systèntie dogmatique et moral sur TËcriture, sans égard à aucune autorité humaine.
Barclay^ ministre écossais, instituteur particulier à Crieff, a été le fondateur de cette société, dont la première assemblée, comme secte, eut lieu e|i 1773, à Edimbourg, et qui ensuite s'étlsiblit à Fettercairn.
Les Beréens regardent, comme fondamentaux, les dogmes de la Trinité et de la Prédestination. En cela, ils sont d'accord avec les Catholiques et une partie des Protestans épiscopaux et presbytériens ; ils en difîi^nt par quelques-uns des arr ticles suivans :
i'*i II ny a pas de religion naturelle, de conscience naturelle; s'il y en avait, la révélation eût été inutile pour nous faire connaître Dieu et nos devoirs, puisque dans cette hypothèse les forces de la nature suffiraient pour nous les manifester. Ainsi Dieu ne nous est connu que par la révélation , sans laquelle nous n'aurions pas une idée de son existence.
a'*. L'Ecriture déclare que celui qui croit sera sauvé. Dès lors il serait impie de dire : Je crois à V Evangile , mais je doute de mon salut; il n'y aura de sauvé que ceux qui ont cette assurance. La foi est un don de Dieu; ainsi, croire à l'Évan-
BUCHANISTES, etc. i3i
gile, et avoir la certitude de son salut, sont deux choses inséparables. C'est le privilège infaillible de tout homme fidèle. Il doit être aussi certain de son salut que celui à qui Dieu a donné la vie lest d'exister; et néanmoins il ne dort pas asseoir cette certitude sur la -conformité de ses actions aux règles du christianisme.
L'incrédulité est le péché conti^e le Saint-Esprit : quiconque y persévère, commet ce péché, <[ui ne sera remis, ni dans le siècle présent, ni dans les siècles futurs.
Les Beréens reconnaissent partout , dans les prophètes, plus encore dans les psaumes, le type des souffrances, du sacrifice expiatoire de Jésus- Christ, comme médiateur, et de l'établissement de son royaume. Ils ont encontre une très-haute i(ié^. du pouvoir de Dieu et de sa toute-puissance.
Les enfans, disent-ils, sont capables d'être admis au ciel , donc ils sont capables également d'être admis au baptême, qui a remplacé la circoncision.
Une fois chaque mois , et quelquefois plus souvent, les Beréens célèbrent la Cène.
Disséminés en très-petit nombre en Ecosse, où ils ont des chapelles, à Edimbourg, Glascow, Paisley, Stirling , Dundee ; ils en ont encore quelques-^^nes en Angleterre, dans la Pensylvanie^ la Caroline, et d'autres états de l'Union '.
'^ TView of religions , etc, by miss Hannah Adanjs,
l3« DES SECTES RELIGIEUSES.
Haldanites. — La secte des Haldanites , née et morte en Ecosse , est une production récente. Vers 1799, deux frères, Robert et James Haldane, habitans d*Aithrîe , pénétrés d'un zèle religieux , résolurent d'aller aux Indes Orientales pour y former une colonie chrétienne. En conséquence, Vaine, Robert Haldane, vendit ses belles propriétés patrimoniales d'Aitbrie , et décida trois ministres à raccompagner, Ewing, Innés et David Bogue, de Gosport , auteur de quelques ouvrages sur la religion ; déjà les deux autres s'étaient démis de leurs places dans TEglise écossaise, mais la compagnie des Indes Orientales refusa la per-^ mission.
Robert Haldane, contrarié dans ce projet, tourne son attention vers son pays , et fait bâtir à Edimbourg un temple appelé le Tabernacle ^ assez spacieux pour contenir environ trois mille personnes, un à Glascow, un à Dundee, à peu près de la même dimension. Les deux frères s'étaient faits prédicateurs; mais l'ainé, s'étant rompu une veine, ne put continuer ce ministère. Son frère cadet fut préposé à l'Eglise d'Edimbourg, Ewing à celle de Glascow, Innés à celle de Dundee. Jusque-là ils étaient restés en communion avec l'Église établie d'Ecosse; mais cette connexité fut promptement rompue; leur administration ec-^
m-8^, Boston, 1801, art. Beréens; et Sinclair, etc., tom. V, pag. 4?} ^* tom. IX, pag. Sgg et 600.
BUCHANI8TBS, etc. iS3
clésiastiqu^ s'organisa sur le plan des Indépendans d'Angleterre. Quelques aspiràns au ntiinistère de la nouvelle secte furent placés sous la direction d'Éwing et d'Innés. Quand leur éducation ecclésiastique était finie, on leur confiait le gouvernemeiit des Églises dans les yiUes et les villages où Haldane en avait fait construire, le tout à ses frais, ainsi que le traitement de plusieurs mis-*
. sionnaires anglais qu'il avait fait venir.
Les Haldanites nient que l'Écriture soit une lettre morte ^ quelle contienne des sens mystiques. La foi est un assentiment à l'évidenceé Les inspirations du Saint-Esprit sont toujours conformes à la parole écrite , dont ils s'occupent beaucoup sans attacher aucune unportance aux écrits théologiques.
Le Nouveau-Testament contient le modèle parfait du gouvernement ecclésiastique, dans lequel ne doit jamais s'immiscer l'autorité civile. Jésus- Christ seul a le droit de faire des lois religieuses ; le droit de les appliquer appartient à chaque congrégation , qui choisit des anciens , et leur confie ce pouvoir; la Cène doit être célébrée chaque premier jour de la semaine; le même jour tous les frères réunis assistent à ]si/ëte d Amour {\Love^
feast) , et se saluent par le saint baiser, conformément à Tordre apostolique. On fait une collecte pour les pauvres; on distribue les aumônes. L'admission d'un prosélyte à la société exige le consentement de toute l'assemblée. Une action qui
l34 DES SECTES RELIGIEUSES.
blesse la foi> les mœurs, la charité, est punie par une réprimande particulière, ou même publique, si cela est nécessaire pour amener le coupable à résipiscence. L'obstination dans son tort le ferait exclure.
Cette forme de discipline n'étant pas populaire en Ecosse, les Haldanites virent promptement leur crédit s'afifaiblir; il s'éleva d'ailleurs des difficultés sur divers articles. On contesta le titre de révérend donné aux ministres, et même la qualification de ministre j l'adoption d'un costume noir préférablement à tout autre couleur, l'utilité des sermons préparés , au lieu d'exhortations improvisées, et d'exposition du sens de l'Ecriture.
La secte des Haldanites avait fait , en Ecosse, des progrès rapides , comme celle des Méthodistes en AngleteiTe, mais beaucoup moins durables. Ces nouvelles congrégations ne tardèrent pas à s'approcher des Glassites , des Indépendans écossais nommés vulgairement ( David Dalespeople) société de David Dale, et des Baptistes nommés (Maclean' s people ), société de Maclean ; ces trois sectes sont à peu près homogènes pour la discipline et la croyance, qui est un calvinisme raffiné, ce qui long-temps les a fait taxer d'hérésie par leurs frères des deux côtés de la Tweed. Les Haldanites, ayant éprouvé diverses métamorphoses, se confondent présentement avec les Baptistes écossais , dont la croyance et les coutumes liturgiques sont exposées dans un ouvrage intitulé , la Corn-
BUCHANISTES, etc. i35
mission de Jésus -Christ y etc., par Archibald MXean ; et la plupart des édifices , construits aux frais de Haldane, sont appropriés à divers usages ou cédés à d'autres sociétés religieuses. Les ministres ci -devant Haldanites d'Edimbourg, Glascow, etc., continuent leur ministère sur le plan des Indépendans anglais, et sont chefs de nombreuses congrégations. Voilà ce qu'écrivait Evans en 1814 ^- Depuis cette époque on a traduit dans notre langue un livre de Robert Haldane, intitulé : De t évidence et de U autorité de la divine Révélation y etc. ^. Cet ouvrage contient d'excellens morceaux. On lui attribue aussi 2 volumes sur Tépitre aux Romains.
^ A Sketch of the dénominations of tke Christian world , etc., by John Evans, in- 12, London, I8I4^ pàg. 307 et suiv.
^ In-i2. , 2 vol., Montauban, 1817.