CHAPITRE IX
SÉciOERS, BUR6HERS ET ANTI-BUR6HERS, FRESBYTERY OF RELIEF, RELIEVERS, RELlEF-SÉCÉDERS (PRESBYTÈRE DU SECOURS }, SECOUREURS , SÉPARATISTES DU SECOURS. LIFTERS ET A5TI- LIFTERS OU NEW AND OLD LIGHT, LEYEURS ET ANTI-LEVEURS. NOUVELLE ET AHCIENAE LUMIÈRE.
BuRGHGRs , ANTi - BuRGHERs. — En partdDt de l'étymologie que fournissent les mots latins , dissentio , secedo , il semble qu*on pourrait nommer Dissenters et Sécéders , dissidens et séparatistes , tous ceux qui , en Ecosse , ne sont pas Presbytériens, c'est-à-dire membres de l'Eglise établie : mais la seconde dénomination est restreinte, par l'usage, à une secte ' particulière subdivisée en deux autres , et qui a pris naissance à Stirling.
Au synode de Perth et Stirling , en 1 782 , Ebénézer Erskine , ministre presbytérien de cette dernière ville , prêchant le sermon d'ouverture , prétendit que des corruptions s'étaient glissées dans l'Eglise d'Ecosse. Censuré par l'assemblée, ainsi que trois autres ministres, ils en appelèrent au synode de l'année suivante , qui confirma le
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premier jugement. Ayant refusé de s'y soumettre, ils furent suspendus de l'exercice du ministère , quoiqu'une quarantaine de ministres et plusieurs centaines de laïques , eussent aussi présenté des requêtes contre les abus de l'Eglise écossaise. Un des principaux griefs consistait en ce que l'assemblée générale voulait maintenir le droit de patronage , restreindre la faculté de concourir à l'élection des pasteurs, et faire prévaloir des règlemens qui eussent ôté ce droit aux pauvres , aux prolétaires. Les réclamans regardaient cette restriction comme contraire aux droits de la primitive Eglise. Alors, sous la conduite d'Erskine, ils formèrent, en 1738 , une société séparée , qui prit le nom de Presbytériens associés ou Frères associés , vulgairement nommés Sécéders , et publièrent une déclaration contre les altérations de doctrine et de discipline remarquées par eux dans l'Église écossaise. On lit dans Sinclair, que les hommes les plus distingués de celle-ci pensent à cet égard comme les Sécéders ; mais ils ne croient pas que ce soit un motif suffisant pour s'en séparer ^ , quoique des prétextes très - légers aient quelquefois motivé une scission dans le sein du presbytéranisme. Par exemple, vers 1763, à JBenholme, les ministres voulurent améliorer la musique de l'Église , en introduisant l'usage de cbanter d'une voix continue , ce qu'ils nommaient
* Sindair^ 76, pag. 272.
SECEDERS, ITC. II9
reading'line ; mais leurs paroissiens étaient ha-^ bitoés k ce que le premier vers de chaque strophe fût chanté séparément , avant que l'assemblée fît sa partie. Choqués de l'innovation , ils abandonnèrent l'Eglise établie, bâtirent un temple, et appelèrent un ministre sécéder ^ .
La secte des Séparatistes écossais étant née vers la même époque que celles des Méthodistes , un des patriarches de ceux-ci, Whitefield, conçut l'espérance de les réunir. Il fit un voyage en ÉcOwSse, et chercha à se lier aux Sécéders ; mais ils voulaient qu'il bornât exclusivement à eux son ministère , comme étant seuls le peuple de Dieu. Ainsi le projet de réunion échoua, et toute espérance de rapprochement s'éteignit lorsqu'ils déclarèrent publiquement qu'il fallait attribuer au démon les faits arrivés à Cambuslang , dans l'assemblée des Méthodistes ^ , on en a parlé à l'article de ces derniers , qui regardèrent cette déclaration comme un péché contre le Saint-Esprit.
Le schisme des Sécéders fit une plaie profonde à l'Église établie. Leur nombre s'accrut. En 174^ , sous le nom de Presbytères , ils formèrent trois arrondissemens qui tenaient annuellement un synode: mais, dans celui de 1747 > ^^ ^^s membres, nommé Moncrief, éleva des doutes sur la légitimité du hurghers oathj ou serment civique
^ Sinclair, tom. xv, pag. 224.
2 Ibid,, lom. V, pag. 272,
^uon exigeait, et dont une clause était conçue en ces termes : « Je jure devant Dieu que j ad- » hère de cœur à la vraie religion professée dans » ce royaume et autorisée par les lois. .'....» Les opposans au serment prétendirent quon ne pouvait le prêter, puisque leur séparation était motivée sur la corruption de l'Eglise établie. La question discutée aboutit à un schisme qui eut lieu en 1748 : ils se partagèrent en deux branches; les partisans du serment, nommés Burghers y dirigés par Erskine , mort en i ^55 , et qui a laissé quatre volumes de sermons ; et les opposans , OM Anti'Burghers y ayant à leur tête Adam Gibb , qui excommunia Erskine et ses adhérens. Adam Gibb, né en 1713^, mort en 1788, a publié une apologie des Sécéders , et un Essai sur la liberté et la nécessité , contre lord Kaims \
Deux écrivains estimés , Jamieson et M'Rie , sont Anti-Burghers. A Perth et à Stirling , berceau de la scission , on compte environ quatorze cents Burghers, et moins de deux cents anti- Burghers. Les uns et les autres ont des presbytères en Irlande et en Angleterre , et même dans la Nouvelle - Ecosse. On a enfin obtenu des Anti- Burghers un serment de fidélité aux lois et d'obéissance aux magistrats dans les matières purement civiles.
^ Biographia scotica, par Stark, in -12, Edinburg^ i8o5, art. Gibb,
SÉCÉDEBS, ETC. 121
Ces deux partis différent peu ; ils excluent de là cène les ignorans , les scandaleux ; ils croient que Jésus-Christ seul a pu faire des lois pour son Eglise^ quelle n'a pas le pouvoir législatif, mais seulement le pouvoir exécutif.
Les Burghers accusent les autres d'être trop rigides. Les Anti-Burghers , qu'on pourrait appeler les Sécéders de la stricte observance , et qui reprochent aux autres d'être relâchés , ne voulaient pas autrefois qu'un ministre de l'Église établie vînt participer avec eux , même au culte domestique , à moins qu'il ne s'y présentât comme Chrétien particulier, et non comme ministre. Ils se sont relâchés sur ce point, entre autres à Glasford ^ Des nuances se sont d'ailleurs formées parmi eux : ainsi , à Falkirk , ils ont deux congrégations divisées sur la manière de faire la cène ^.
Parmi les anciens Puritains, déjà il y avait disparité d'opinions ; les uns étaient rigides Calvinistes , les autres penchaient vers l'arminianisme. En Hollande, ces démêlés causèrent une rupture éclatante qui amena le synode de Dordrecht , où les Gomaristes , Calvinistes rigides , écrasèrent les Arminiens; et jusqu'à l'époque actuelle ils ont des temples séparés. Dans l'Eglise écossaise , cette divergence de sentimens , que les Presbytériens avaient héritée des Puritains leurs
^ Sinclair, tom. vu, pag. 147* 2 Ibid., tom. XIX ^ pag. ^S.
la^ DES SECTES RELIGIEUSES.
ancêtres , est devenue plus marquée : elle a plus ou moins contribué au schisme des Beréens y Relievers , Sandemardans , Buchanistes et Sécéders ; mais déjà Ton a dit que beaucoup de gens qui sont Sécéders pour les opinions, nont pas cru devoir se séparer de l'Église établie ; elle est divisée en deux partis , les Orthodoxes et les Modérés j quoique ces dénominations respectives ne leur conviennent guère.
Les Orthodoxes adoptent les idées de Calvin , et affectent le zèle des premiers réformateurs ; les Modérés , enclins vers Arminius , s'occupent plus de morale que de dogme, et par cette raison appellent leurs ministres, prédicateurs moralistes. Les Orthodoxes maintiennent la stricte égalité dans le clergé , veulent que 10s ministres soient choisis par le peuple; et, pour cette raison, on les appelle aussi le parti populaire. Les Modérés soutiennent le droit de patronage , la collation aux places par des seigneurs , les rangs dans les églises; et en cela ils se rapprochent du haut clergé anglican. Le célèbre Robertson est regardé comme le nouveau fondateur du parti modéré , qui forme la majorité de l'assemblée générale. Le docteur Hill de Saint-André en fut long-temps le chef ^
Dans le parti opposé se distinguait Withers-
^ Voy. les public characters de 1801 à i8o3 , à Tarticle du docteur HilL
S£G£D£RS, stc. IdS
poon, descendant en ligne directe du fameux Jean Knox , et l'un des chefs du^ parti appelé Orthodoxe j il réclama contre les corruptions théoriques et pratiques de l'Église d'Ecosse. On cite particulièrement son ouvrage intitulé : Ec^ clesiastical characteristicks ^ C'est une satire incisive contre les Modérés. Il paraît que le mécontentement fut la principale cause qui le porta à . s'expatrier. Withterspoon, né en Ecosse, l'an 1732, mourut en 1794^ président du collège de Prince- Town , dans l'état de New-Jersey. On lit dans le Christian observer , de 1 82 1 , que ces deux branches scissionnaires se sont rapprochées , et qu'a* près une séparation de soixante-treize ans , elles ne forment plus qu'une seule tige ^.
Presbttery of relief ( Presbytère du Secours ) Segoureurs. — Thomas Gillespie, ministre à Gamock, en Ecosse^ depuis 1741 à 1762, fut déposé solennellement par l'assemblée générale de l'Eglise écossaise , pour avoir refusé d'assister à l'intrusion d'un ministre dont la paroisse ne voulait pas , et pour avoir désapprouvé des mesures qui lui paraissaient trop rigoureuses. La déposition de Gillespie a été citée dans le pays , comme un trait d'intolérance presbytérienne.
En 1755, les habitans de Jedburg ayant de-
^ The "Works of the rep. John JVitherspoon , etc. , in-S*". , Philade]phia, 1802, tom. m, pag. 209 et suw*
^ Christ, obsen^er, 1821 , pag. 94a.
mandé pour ministre un nommé Boston y qui Tétait à Oxmaa , et n'ayant pu l'obtenir , construisirent à leurs frais une grande église , et invitèrent alors Boston à venir les diriger ; ce qu'il accepta , en faisant promettre à Gillespie, ministre déposé, qu'il serait sou coopérateur. Leur congrégation prit le titre de Presbytère de Secours. Elle ne difil^re de l'Eglise établie d'Ecosse que sur le droit d'élection des ministres, droit revendiqué par la congrégation des RelieverSy contre les usurpations du patronage. Leur opinion , conforme à la justice et à l'esprit du temps , soutenue d'ailleurs par le crédit de ministres savans et zélés, a procuré des partisans à cette secte , qui s'est répandue rapidement en Ecosse.
A Jedburg , où elle est née , on compte douze cents RelieverSj c'est la mioitié de la population. Elle a des églises à Wamphray, Hamilton, Dundee, Irwin; deux à Glascow. On croit que le Relief est actuellement une des sectçs les plus nombreuses de celles qui , dans cette contrée , sont connues sous le nom de Dissenters ^ Robinson , qui en i8i5 a publié son Dictionnaire y kur reconnaît quarante mille adhérens distribués en soixante - dix congrégations.
LiFTERS ET AnTI - LlFTERS, LeVEURS ET AnTI-
Leveurs. — En 171 3, Thomson, ministre à Kil-
^ Sinclair y tom. i, pag. 12 et i3; tom. x, pag. 187 et suiv, \ tom. viii, pag. 281 , etc.^ etpassim.
SÉCÉDERS, ftTC. laS
maurs en Ecosse, se démit de sa place pour une plus lucrative qu'il espérait obtenir et qu'il n'obtint pas. L'insuccès de cette démarche le ramena dans sa paroisse , où la majorité des habitans , irrités du peu d'attachement qu'il leur avait montré , refusa de le reprendre pour ministre ; mais comme il avait une habitation et des propriétés à Kilmaurs, il y fixa de nouveau son séjour; et n'ayant plus la faculté de prêcher à l'Eglise , le petit nombre de ceux qui lui étaient restés fidèles , il les prêcha d'abord au coin de son feu , puis sous une tente , puis dans une grange. Quelques années s'écoulèrent sans qu'on lui donnât un successeur; ce qui lui facilita le moyen de grossir son troupeau. Mais, enfin, un nouveau ministre, nommé à sa place, vint l'occuper; alors la division devint plus éclatante; elJe s'accrut même après la mort du ministre nouveau et de Thomson ^^ parce qu'un nommé Smjton, ayant épousé la fille et les principes de ce dernier, continua d'administrer la congrégation rivale.
Une autre contestation aigrit les deux partis. Smyton n'était pas d'accord avec le ministre sur la manière de tenir les élémens de la cène , et soutenait qu'il fallait élever ( to lift ) le pain ; l'autre parti n'y attachait aucune importance. Cependant les têtes s'échauffaient, tant sur ces objets que pour obtenir la jouissance exclusive de l'Église. Le magistrat ( the court of session ) l'adjugea aux adhérens de Snâyton ; les autres en bâtirent une
à leur firais. De là , dans Kilmaurs , deux congrégations nommées les Lifters et les Anti-IJfiers , dont les uns regardent comme obligatoire , les autres c(nnme indifférente l'élévation du pain à la cène. La nouveUe lumière et ïancienne lumière sont deux autres déncmiinations qu'on a données à ces deux partis. U Encyclopédie britamùque et tous les ouvrages que j'ai consultés gardent le silence sur cette petite secte. L'article qu'on vient de lire est extrait de l'ouvrage curieux de Sinclair , sur la Statistique de t Ecosse ^
^ Tom. IX, pag. 3^5 et 376.
UCHANISTES, etc. 127