CHAPITRE XL
QUAKEES , TBEMBLEURS , AMIS , DISCIPLES DE TOM-CàSE , KEI' THIAKfS^ FEÉE OU FIGHTING-QUAKEES, mCBOLITES^ SCHWEITCK-^ EELDISTES.
Au quatrième siècle de l'ère chrétienne existait la secte des M essaliens , qui , d'après renseignement de Sabas , leur chef, se croyant assiégés sans relâche par des esprits malfaisans, se mouchaient , crachaient , faisaient des contorsions pour les repousser , quelquefois tiraient des flèches sur ces êtres invisibles^ faisaient des bonds, des sauts, pour échapper k des légions de diables.
Cet exposé , transmis par l'histoire , prouve que mal à propos on a voulu établir une parité entre les Messaliens et les Quakers ou Amis, tels qu'ils sont actuellement.
Avant d'arriver à l'état actuel et aux subdivisions du quakerisme , retraçons en peu de mots le^ principes d'une secte si connue en Angleterre , et si peu connue en France.
George Fox , leur fondateur , né en 1624^ dans le comté de Leicester , mort en 1690, a laissé un journal estimé par ses disciples, quoiqu'on y
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trouve des traits excentriques. Un écrivain récent lui reproche que , dans son livre Great mjsterj y au lieu de raisons , il vomit des injures contre les prêtres , en les appelant loups , chiens , voleurs ^ goinfres et autres gentillesses. George Fox , dit- il , se croyait inspiré et investi d'une mission divine ^
Les premiers temps du quakerisme portent l'empreinte d*une bizarrerie étrange dans les discours , les écrits et les actions ; deux fanatiques osèrent se montrer nus dans un marché public; John Lilburne et James Nayler, du temps de Cromwell , firent leur entrée à Bristol avec une foule d'adeptes, en criant : Saint ! saint ! saint l hosanna dans les deux !
On attaqua les singularités de la nouvelle secte par des épîgrammes , et sa doctrine par des raisons y dans des pamphlets actuellement oubliés, tels que , le Quakerisme conducteur au paganisme, parBrown,- le Serpent caché sous l herbe j par Leslie , réfuté par Joseph Wyck ^.
Guillaume Penn, né à Bristol en i644> mort en 1718, avait lui-même, dans sa jeunesse, montré une exaltation dont il se corrigea telle-
^ Anti-jacobin revi&w, lom. i, pag. 356 et suitf. — The quaker* $ loyality and pretended principles against Jighting, Ulustrated, Quaterly review, In-80. , 18 13, pag. 90 et suii^,
2 Quakerism the pâth-way to paganism , en 1678; Snake in the grass; et, A Switchfor the Snake, 1699.
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ment , que devenu un nu>dèle des vertus paisibles , il contribua beaucoup à rectifier les aberrations de ses coreligionnaires.
Dans un de ses ouvrages , il compare les principes et les pratiques de sa secte , au christianisme primitif j mais les Quakers ne s'arrogent pas le titre de Chrétiens primitifs , ils prennent celui à' Amis , employé par saint Jean dans le dernier verset de sa troisième épître.
Les Quakers reconnaissent un Dieu en trois personnes , et conséquemment la divinité du Verbe. Ce dogme a été abandonné par quelques déserteurs , dont il sera question ci-après. La chute du premier Homme, la promesse du Rédempteur, le salut par Jésus - Christ , font partie de leur croyance.
Ils rejettent la doctrine d'élection , de réprobation , sans prévision des mérites. Un de leurs derniers apologistes , Henri Tucke , mort en 1812 , insiste sur cet objet ; il combat Zwingle , Calvin , Piscator , et tous les partisans de la prédestination absolue ^
L'inspiration immédiate dont ils parlent n'est pas une révélation nouvelle des vérités consignées dans les Saintes Écritures, ni une révélation de nouveautés en fait de religion , mais une influence
'^ The principles of religion as professed by thé Society of Christian usually calle (^quakers , etc. , by Henri Tuckc, édit. in-8^., York, i8i4> pag- 83 et sui^f.
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perceptible de l'esprit divia , une manifestation du pouvoir dé Dieu par Jésus - Christ dans les cœurs des hommes , pour les prémunir contre le mal , les exciter au bien , les amener au repentir, et opérer leur sanctification. Cette inspiration particulière ne peut jamais être contraire au sens évident de là Sainte Ecriture, ni de la raison \
Les Quakers n'admettent ni types , ni rites , ni sacremens, pas même le baptême, ni la Cène. Us ne condamnent pas le baptême d'eau , quoiqu'ils le croient superflu, et ils prétendent que mal à propos on associe l'idée de l'eau baptismale à celle de sanctification. Mais comment échapper à l'argument tiré des Actes des Apôtres , où Feunuque de la reine de Candace dit à Philippe : Voilà de l'eau; qui empêche que je ne sois baptisé? Ils descendirent l'un et l'autre , et Philippe le baptisa. Plus loin on voit saint Pierre qui, parlant du centurion Corneille , s'écrie : Peut-on refuser l'eau du baptême à ceux qui ont déjà reçu le Saint-Esprit? et il le fit baptiser ^. Henri Tucte, qui a tenté de répondre à cette objection, laisse intacte la difficulté. Il s'appuie sur le texte de saint Mathieu où saint Jean dit : a Je baptise dans » l'eau, mais il en vient un après moi qui vous » baptisera dans le Saint-Esprit et le feu '. » Ce baptême dans le Saint-Esprit , disent les Quakers ,
^ Barclay, Apology^ i^ro^os, i, 5, Q, etc.
2 Actuum, 8.36-38, et 10.47-4^.
3 Math. 3,11.
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est le baptême essentiel que doit recevoir tout véritable disciple, et s'il vit en Jésus-^Christ , il reçoit de même le pain de la vie, la nourriture divine, la Ccne, mais d une manière purement spirituelle ; il y participe selon la mesure de sa foi. Depuis Greoi*ge Fox , ils n ont pas varié sur ces articles, on les retrouve dans les catéchismes qu'ils ont publiés de nos jours ^ . Tous d'accord à cet égard , ils le sont moins sur la résurrection et sur l'éternité des peines.
Quatre maximes fondamentales font la base du quakerisme :
1". L'autorité civile ne peut exercer aucun droit sur la croyance religieuse : aussi les Amis , souvent persécutés, et jamais persécuteurs , regardent comme sacrés les droits de la conscience, dont on ne doit compte qu'à Dieu ; par cette raison, ils n'observent pas les jours de jeûnes ordonnés par le gouvernement. En 1757, ils proclamèrent de nouveau son incompétence à cet égard.
2". Les sermens exigés par l'autorité civile sont illicites ; on doit se borner à une déclaration affirmative ou négative. Cet article occasiona beaucoup de tracasseries en Angleterre , où le refus de prêter serment exclut de tout emploi. Après une longue résistance , on consentit à n'exiger d'eux
^ Useful instruction for children, etc. , by Abya Darby, in- 12, London, 1789.
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qu une simple déclaration. Le parlement d'Irlande, en 1732, accorda la même faveur à ceux de cette contrée : la formule fut convenue et fixée en 1746 K Cette déclaration a lieu seulement pour les affaires civiles, car dans les procès criminels la loi anglaise n'admet de certitude contre un accusé , que d'après des dépositions confirmées par serment.
3*. La guerre est illicite : les raisons sur lesquelles ils s'appuient sont très-bien développées dans l'ouvrage de l'estimable Clarkson , Tableau du quakerisme ^. Ei;i conséquence, ils refusent de porter les armes, de faire des réjouissances à l'occasion d'une victoire , d'armer en course. Par une conséquence naturelle, il est illicite de vendre ce qui sert à la guerre , comme des armes , de la poudrfe à canon, et si , comme le prétend un critique , on peut en citer qui aient dérogé à cette règle , tout ce qu'on peut en conclure , c'est que chez eux , comme dans toutes les sociétés, il y a des prévaricateurs. Mais les Quakers paient exactement les contributions, parce que, leur application n'étant pas déterminée , ils ne sont pas responsables de l'emploi qu'on en fera. Citoyens paisi* blés, à peu près indifierens à toute espèce de gou-
^ The history of the people called quakers , in-8°. , London, 1779, tom. n, pag. 3oo.
^ A Portraiture ofquakerism, by Th, Clarkson , 3 vol. , n~8°., New- York, 1806, tom. m, pag. i^etsuw^
r4''t DES SECTES RELIGIEUSES.
vernement, pourvu qu'on les tolère, ils s'intéressent à la paix publique, sans prendre part aux révoltes ni aux insurrections ^ , et sans partager les préventions , les haines nationales. Quand sur les pontons d'Angleterre des prisonniers français étaient en proie aux horreurs de la misère , quel* quefois la charité des Amis pénétra dans ces repaires pour distribuer à nos malheureux compatriotes des alimens et des vétemens. Qui blâmerait un tel procédé, aurait l'âme d'un tigre. Eh bien ! ce blâme leur est adressé dans YAnti- Jacohin ^ , qui souvent s'est escrimé contre les Quakers. L'infamie du reproche relève encore le mérite de l'action.
Quoique Duguet, dans ses CoTiférencés , justifie le port d'armes, il fait observer que le perdtentiel romain met en jpénitence les soldats qui , ont donné la mort, même dans une guerre légitime , parce qu'il est difficile que le seul amour du devoir les ait portés à faire périr leurs semblables ^.
Déjà Érasme avait élevé des doutes sur le droit de faire la guerre. Le fondateur du quakerisme , George Fox, adoptant la négative, se déclara con-
^ Extracts front the minutes and advices of the yearly meeting of friends ^ in-4°«> London, 1802, pag. i5 et suiv*
2 The Anti-Jacobin, in-8**., London , 18 10, toœ. vu, pag. 84 et 85.
3 Conférences^ dissertation 28, pag. 4^0.
tre toute espèce de guerre., soît offensive , soit défensive. La même doctrine fut adoptée par les Mennonites , les M oraves , les Shakers et les Tunkers; plus loin on verra cependant quelques variétés d'opinions sur ce sujet parmi les Mennonites et les Quakers. Ces derniers- forment , en majorité, les sociétés de paix, dont la première, établie à Londres en 181 6, par le zèle de William Allen , compte actuellement une multitude de sociétés affiliées en Angleterre et aux Etats- Unis. Leur but est d'inculquer aux gouvernemens la nécessité d'extirper à ^mais la guerre, projet auquel avaient préludé Fabbé de Saint-Pierre et Gavoty, auteur de Y Etat naturel des peuples. Thomas Glarkson , qu'on retrouve partout où il peut placer une bonne action, et d'autres hommes distingués , ont composé des écrits qui envisagent cette question sous toutes les faces ; ils publient en anglais un journal intéressant, le Hérault de la paix , et soutiennent que la guerre, cause inévitable de vices et de crimes en tout genre, heurte directement l'esprit du christianisme. On se doute bien qu'ils réfutent les argumens du lord Kaims en faveur ^ la guerre.
L'objection la plus plausible du droit de faire la guerre se tire de ce que raconte l'Ancien Testament. Nos auteurs la discutent amplement, et prétendent qu'on n'en peut tirer aucune induction applicable à l'état actueL C'est par ordre divin que Moïse ^ Josué et les Israélites détruisirent des
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nations idolâtres et dépravées. Si Dieu donnait encore des injonctions semblables, il faudrait lui obéir ; il est le maître de la vie et de la inort ; mais l'arrivée du Messie, apportant la loi de paix, a éteint le droit d'ôter la vie; ils le contestent même aux cours de justice, qui, en prononçant la peine de mort, font une guerre défensive. Le duel, disent-ils, est un assassinat; la guerre, étant un duel entre deux peuples, n'est pas moins coupable : c'est un sacrifice bumain sous un autre nom. Le précepte du décalogue , tu ne tueras pas ^ ne peut être suspend«; et toute guerre, quel qu'en soit le motif, est incompatible avec rSvangile.
Beaucoup de questions accessoires à la principale sont discutées dans ces écrits, qui attestent la sagacité et la bonté de cœur des écrivains. Dûton ne pas adopter leur opinion, on doit des éloges à leurs motifs. Avec eux, toutes les âmes douces et bonnêtes voteront pour bannir à jamais le fléau de la guerre. Malheureusement sur cet objet les espérances ne peuvent s'élever au niveau des désirs. Mais n'attendons pas un succès plus que douteux pour déceri^r des éloges à une si louable tentative.
On conçoit qu'ayant horreur du sang , les Quakers réprouvent la peine de mort , dont l'abolition, demandée à la Convention par celui qui rédige cette histoire \ y fut proposée de nouveau
^ Le Moniteur, n*>. 822 , séance du jeudi, i4 nov.* 1792,
^OtJAKERS, Etc. S^S
par son ami Baudin (des Ai'dennes). Depuis cette époque, des écrits lumineux sur ce sujet rappellent honorablement les noms de Heiberg, Norvins, Lucas y Ducpétianx, etc.
Les Quakers n'opposent à la violence que la résignation. Leur défense ne va jamais jusqu'à verser le sang, ni compromettre la vie d'un ennemi : ils préfèrent se laisser égorger. S'ils n'ont pas le courage militaire, presque tous possèdent le courage civil , qui est pour le moins aussi méritoire et bien plus rare.
Le suicide est presque inouï chez eux , car deux ou trois faits que l'on citerait ne furent pas causés , comme il arrive souvent, par le désespoir, la fureur et l'abnégation des principes religieux; ils furent le résultat d'aliénations mentales.
4**. Un établissement pour salarietr un clergé leur paraît illicite; ils refusent de payer les dîmes, parce qu'elles sont destinées à l'entretien d'un corps sacerdotal. Les percepteurs vont chez eux ,
p. 1367 , première colonne. Ce fait, très-connu, très-authentique, a été omis dans le n<*. 28 du Journal de la Morale chrétienne, qui contient une longue énumération des demandes et des tentatives faites pour Fabolition de la peine de mort; et, arrivant à la Convention, on écarte la citation dont il s'agit, pour attribuer cette demande, placée à une époque plus tardive, à un homme qui^^s'est suicidé. L'omission dont il s'agit peut s'expliquer par l'ignorance , l'oubli , ou plutôt par un motif inalliable avec la morale chrétienne,
l46 DES SECTES RELIGIEUSES.
et prennent l'équivalent sans éprouver de rési-> stance.
Les Quakers maintiennent que les ministres de TE vaugile doivent être nourris, entretenus comme les apôtres y par des oblations volontaires, et non par des conventions qui leur assurent des émolumens pécuniaires. Et qu^appelle-t-on ministres chez eux ?
Pour être admis à ce titre , il n est pas nécessaire d'avoir fait des cours d'études ; quelques personnes en ont conclu qu'ils repoussaient la littérature. Gurney, auteur d'un ouvrage sur les usages particuliers des Amis , réfute ce préjugé, et luimême est une preuve de ses dires , car son livre annonce un homme versé dans les langues latine, grecque et hébraïque , et doué de connaissances étendues ^ Ils ont actuellement des savans et même des poètes; Bernard Barton est de ce nombre.
Quand un membre a prêché plusieurs fois de manière à se faire écouter avec intérêt, les anciens en réfèrent à l'assemblée du mois; et, pprès un laps de temps déterminé , si les su£frages sont toujours en sa faveur, il est reconnu ministre , sans formule de consécration , sans acquérir aucun privilège , ni traitement. Ayant l'habitude de parler en public, il lui arrivera sans doute de prêcher
^ Observations on the peculiarities of the societies of thefriends , by J.-J. Gumey, 3*. édit. , in-S**. , London ,
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souvent, mais tous, sans distinctioa d'âge ni de sexe, ont le même droit : il visite les familles de ses toreligionnaires, chez lesquels il va de temps à autre faire une exhortation. Plusieurs de ces ministres^ mâles ou femelles, font des excursions lointaines , même d'Amérique en Europe , d'Europe en Amérique. On les munit d'un certificat qui atteste leur capacité.
Les CoUyridiens, secte obscure du quatrième siècle, admettaient les femmes à l'œuvre du mi- * nistère ^ Chez les Quakers elles ont joui constamment du même privilège. Dès l'an 1674, G. Keith publia un écrit intitulé : La femme prédiùateur de Samarie , dans lequel il prétend que diverses personnes du même sexe ont plus d'aptitude à cette fonction que beaucoup d'hommes ^. Henri Tucke s'appuie du même exemple de la Samaritaine, en y joignant Debora, Holda la prophétesse et les femmes qui, premiers témoins de la résurrection du Sauveur^ ranûoncèrent aux apôtres^.
Un texte formel de saint Paul enjoint aux
^ Gasp. Sagittarii introduct, in histor. eccl. , in-4*. , 1694, ch. XXXIV, pag. 927 et suw., et de Colljrrid, S9Ctdj par Jacob Verner , in-4**- > Wittenbergae , 1745.
2 The TVoman preacher of Samaria^ by G. Keith, in-4". IÔ74-
3 Tucke, ihidy pag. 99 eï suw. •— Act, 21, 9, i5, 32, et I». Cor. , i4, 3.
l4B DES SLCTES RELIGIEUSES.
femmes de se taire dans l'égliee ^ Gurnej répond que la défense d'enseigner n est pas défense de prêcher ; mais qu'est-ce donc que la prédication si elle n'instruit pas? D'autres Quakers veulent que cet ordre ne concerne pas la prédication, mais les conversations prolongées trop long-temps entre les prédicateurs de l'Évangile et les femmes qui, pour obtenir la résolution de leurs doutes , multipliaient les questions qu'il était plus convenable de faire à leurs maris, et que saint Paul les engage à réserver pour d'autres momens. Joël ne dit-il * pas, Dieu répandra, son esprit sur toute chair; vos fils et vos filles prophétiseront ^, c'est-à-dire , prêcheront? Philippe n avait-il pas quatre filles qui prophétisaient ^? A Birmingham il fut un temps où les femmes prophétisaient plus souvent que les hommes. A Londres , j'ai ouï une Quakeresse qui prêcha au mariage de son fils de manière à faire couler les larmes de tout l'auditoire.
Les scènes désordonnées qui signalèrent la première époque du quakerisme, et prêtèrent au ridicule, devinrent plus rares à mesure qu'il s'éloignait de son origine; si quelquefois encore il arrive que des^^mw, attendris par une vive piété, ou subjugués par les écarts d'une imagination ardente, fassent entendre des sanglots, des soupirs qui, s'élevant progressivement, parcourent plu-
^ la. Corinth. i4,34- — !*• Timoth. 2, 8,i3. 2 Joël. , c. III.
^ Act. 21,9.
QUAKERS, ETC. )P l49
sieurs octaves, on ne doit pas, de faits particuliers et rares , tirer des inductions générales , ni croire que ce soient là des traits caractéristiques de leur culte; l'assemblée les* considère plutôt commodes aberrations momentanées, dont on prévient le retour par des avertissemens charitables. D'ailleurs, faut-il assimiler à la démence tous les actes d'une piété qui, embrasant le cœur, s'empare des sens , et se manifeste par des gestes et des gémissemens capables d'attirer les regards des assistans? Lorsqu'en 1793 la tyrannie la plus stupide et la plus atroce eut fermé toutes les églises de France, n'a-t-on pas vu, en cent endroits, des Catholiques désolés, qui, sous les yeux des bourreaux , dont ils bravaient les menaces , se prosternaient, en gémissant, sur le parvis des temples? L'hôtel des Invalides même oflrit ce spectacle; d'anciens militaires allaient s'agenouiller et verser des larmes sur le contour d'une église dont l'entrée leur était interdite.
Les sermons , les uns très-courts , les autres trèsr diffus, débutent communément par des phrases entrecoupées; la prononciation, d'abord lente et sourde, s'accélère quelquefois à tel point, que l'orateur, parlant avec trop de rapidité, et forçant son diapason , devient inintelligible ; maïs d'autres fois , un inspiré, débutant ex abrupto^ fera tairQ un Ami^ qui cependant a les mêmes droits. Si le Saint-Esprit n'a fait parler personne après une assez longue attente , l'un des assistans levant U
lâo DES SECTES RELIGIEUSES.
séance est suivi de toute rassemblée. Hàtons-nous de dire que dans ces réunions silencieuses, ils acquièrent l'habitude de réfléchir; il y règne une décence , un recueillement, qui met, si j'ose m'exprimer ainsi, Fâme en contact avec la divinité.
En i8o3 parut, à Philadelphie, un ouvrage de Marie Brook, traduit en] français par Bridel, intitulé : Preuve de la nécessité de s'attendre en silence pour rendre un hommage solennel à Dieu, L'auteur établit la diflférence entre prier d'après des formules consignées dans les livres, on d'après l'inspiration individuelle. On ne prie pas sans rentrer en son cœur; a il faut enfin que Dieu » arrache les pieds de notre âme du bourbier et de » Xargile de nos pensées corrompues. » Mais, malgré les expressions forcées, le lecteur est ramené sanscesse à l'obligation de converser aveclui-même.
J'ai vu un Quaker instruit, Frédéric Smith, envier à la France l'usage où Ton est dans ce pays de laisser, pendant le jour, les églises ouvertes, ce qui ofire à chacun la facilité d'y aller méditer à son aise.
Bergier , très-prévenu contre les Quakers , aurait pu se détromper en lisant une multitude d'écrits qui les présentent sous un jour favorable.
Où ce savant théologien a-t-il trouvé qu'ils regardent le culte public comme superflu ^? Pour en établir la nécessité, ils se fondent au contraire
^ Voy, son article Quakers dans F Encyclopédie méthodique.
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sur ce texte de saint Paul aux Hébreux : a Ne nous » retirant pas des assemblées des fidèles comme » quelques-uns ont coutume de faire; mais nous » consolant les uns les autres , d'autant plus que » vous voyez que le jour s'approche ^ » On sait que partout où ils sont en certain nombre , ils s'empressent de former une meeting-house , ou maison d'assemblée; et dans leur Constitution ecclésiastique y réimipTimée en 1802 , on indique des mesures répressives contre ceux qui ne fréquentent pas assidûment le culte public ^.
Il est défendu d'épouser dans une autre secte, à moins qu'on n'ait l'e^érance d'amener au quakerisme celui des conjoints qui n'j est pas aggrégé. Mais, en Amérique, on s'est un peu relâché sur cet article. Liancourt dit qu'à Beading, dans les Etats-Unis , les Quakers se marient avec des Luthériennes et même des Catholiques ^
Les inhumations se font sans aucune cérémonie : point de deuil, point d'épitaphes ni de pierre tumulaire; si quelqu'un s'est distingué par des vertus éclatantes, on en publie la relation pour édifier les vivans.
Leurs constitutions les autorisent à réclamer
^ Heb. 10,25. — Yoy. aussi Useful instruction for chUdreUf pag. 40 > etc.,
2 Extracts, etc., pag. 76 e/ suw*
^ Voyage dans les Etats-Unis d'Amérique^ dans les années 1795, 1796 et 1797, par Liancourt, 8 vol. in-8«. , Paris , an vu , tom. i , pag. 4^.
l5!I DES SfXTES RELIGIEUSES.
les décisions des tribunaux^ quand la partie adverse refuse l'arbitrage ; mais communénient l'arbitrage termine tout, et rarement ils plaident, quoique la plupart soient occupés au commerce.
Leur costume, leurs maisons, leurs meubles, présentent tout ce qu'exigent la décence, la nécessité , l'utilité. Le médecin Buchan les cite comme modèles à suivre en ce qui regarde la manière de s'habiller. Ils sont , dit-il , toujours propres et souvent élégans, sans avoir jamais de superflu : ce que d'autres dépensent en galons , en dentelles , en rubans, les Quakers l'emploient en excès de propreté. La parure n'est qu'une affectation qui cache souvent la plus dégoûtante malpropreté ^. Une Quakeresse ne pourrait être dame d'atours et marchande de modes, qu'en dérogeant aux maximes de la société, qui proscrit les objets destinés à fomenter la vanité , tels que les bracelets, les boucles d'oreilles, et je ne crois pas que jamais un Quaker ait été maître de danse ou acteur. Ils condamnent les jeux scéniques, les jeux de hasard, les cartes, les loteries, les discours vains, les lectures futiles. Rarement on trouve chez eux des peintures ou des gravures, non qu'ils les jugent condamnables en ellesmêmes, mais l'abus en a souvent interverti l'usage.
Il en est de même du chant, qui, de sa nature.
^ La Médecine domestique , par Buchan, in-8**. , Paris, 1783, tom. î, i'". partie, ch. VIT, p. 257.
QUAKERS, ETC. l53
n est pas répréhensible ; mais la plupart des chansons ont un caractère galant, bachique ou mar* tial; ils condamnent mémç les chansons de chasse; ils regardent la chasse comme illicite, parce quelle accoutume l'homme à la cruauté, parce que les brutes, n étant pas de pures machines , ont droit à la bienveillance ; et s il est permis d'user de leur chair pour nourriture, on ne doit pas les maltraiter sans nécessité.
Les mots hasard , chance , destin , fortune , doivent être bannis du langage ; ils sont une insulte à la Providence. Les dénominations vulgaires des mois et des jours de la semaine sont emprun- *tées du paganisme : les Quakers ne les désignent que d'une manière numérique ; le premier , le deuxième jour de la semaine; le deux, le trois, le quatre du premier, du quatrième, du dixième mois.
Us approuvent que dans la semaine un jour soit spécialement destiné au culte; mais le choix du jour leur paraît indiflférent. De* là cette répugnance que jadis ils manifestaient à fermer leurs boutiques, les dimanches et les fêtes chômées. En lyS-j, un jour de jeûne général , le lord-maire de Londres fit clore de force les boutiques de soixante-dix Quakers \
^ Anecdotes of the manncrs and customs of London, etc. y hy Jam. Peller - Malcolm , in-S"., 2*. édit. , London, 1810, pag. 3i8.
l54 DES SECTES RELIGIEUSES.
Ils ne disent pas bonjour, bonsoir , car tous les jours sont également bons; mais adieu, ou je te salue. Rien dans leurs discours ne porte l'empreinte du mensonge , de la flatterie , de la servitude; ils ne boivent pas à la santé , ne portent pas de toasts; s'ils ont un tort, ils font une excuse, et non pas mille excuses i ils sont contens, et non enchantés; affligés, et non pas au désespoir; jamais la formule ^humble serviteur ne figure dans leurs lettres, excepté peut-être dans celle du Quaker , domestique , qui écrit à son maître^ car les titres de maître et maîtresse sont tolérés quand ils expriment la vérité.
On doit aux hommes, justice, vérité et charité % mais non des hommages , car tous primordialement sont égaux ; les Quakers accordent sans difficulté les titres qui indiquent les fonctions réelles , telles que roi , ambassadeur , consul , prêtre , évêque , etc. ; mais ils rejettent avec dédain les désignations fictives, qui, inventées par • l'orgueil , furent mises en vogue par l'adulation , et qui, aujourd'hui généralement usitées, ont contribué à dégrader les caractères , à établir les habitudes de bassesse , de duplicité. La politique et la diplomatie en fourniraient au besoin des preuves innombrables. Ainsi, jamais de leurs bouches ne sortiront les qualifications, monsieur, monseigneur, madame, sacrée majesté^ le noble pair,
^ Ephes. 5.
QUAKERS, BTC. l55
f honorable membre y altesse y éminencey grandeur, grâce, excellence, et autres qualifications si souvent obtenues par le vice , le crime , et dont plusieurs , par la prodigalité et Taffectation avec lesquelles on les emploie , sont frappées de ridicule. D'ailleurs , ce qui est vertueux , utile et bon , n'est pas ce qu'on prise le pluRs dans les pays où abondent les excellences.
Dans une monarchie , comme dans une république , les Quakers sont fidèles observateurs des lois. On conçoit la possibilité d'un état monarchique composé de Quakers , en partant de l'acception étymologique , qui signifie un état gouverné par un chef\ car, dans toute société, il en faut un ; mais, d'après les idées accessoires et fastueuses que nos temps modernes attachent à l'idée de monarchie, un gouvernement de cette nature, ot^anisé par des «Quakers , est une hypothèse fantastique. Leur régime républicain et paternel , non-seulement admet , mais il exige partout égalité et liberté. Si donc ils avaient les dogmes et le culte essentiel du catholicisme , ils seraient dans toute la rigueur du terme des Chrétiens primitifs.
Encenser la puissance , faire des complimens , sont des actions contraires à la morale évangélique: ainsi , quoique, dans le midi de la France, on trouve une colonie villageoise de Quakers ^ ,
^ Fby. le chap. des Quakers français , tom. ii de cette histoire.
l56 DES SECTES RELIGIEUSES.
on conçoit que jamais leur société nç fera de grandes conquêtes chez la nation la plus complimenteuse, la plus fadement adulatrice de l'Europe. Les Amis ont pour maxime de conduite quon ne doit pas d'égards au rang, aux titres, à la richesse, aux talens, mais à la vertu, car ils jugent les hommes d'après leur valeur intrinsèque et leurs qualités morales. Voilà pourquoi, ennemis déclarés de toute étiquette , ils refusent de s'incliner, d'ôter leur chapeau. C'est ainsi qu'ils se présentent chez le roi d'Angleterre. C'est ainsi qu'ils parurent, en i79i,à la barre de l'assemblée constituante, où Mirabeau , alors président, fit un discours aussi éloquent qu'inutile pour leur persuader qu'on peut prendre les armes dans la cause de la liberté.
Ils parlent aux princes comme aux valets, en les tutoyant. Le nombre pluriel , employé en apostrophant une personne seule , est un mensonge. L'adulation l'introduisit vers la fin de l'empire romain ; les épîtres de Symmaque en fournissent la preuve. Il fut usité , et pouvait-il ne pas l'être en Grèce , dans le Bas-Empire ? Ce jargon obséquieux s'amalgama aux diverses langues de ce qu'on appelle l'Europe civilisée, et dans la proportion suivant laquelle les nations étaient plus ou moins assouplies sous le joug du despotisme et de la féodalité. Une chose remarquable, c'est . que le tutoiement n'a guère été conservé que pour manifester l'autorité, l'amitié, le mépris et l'ado*
ration;. on tutoie un domestique^ un ami, un mari , une épouse , et l'Etre éternel , surtout en vers: les poètes, en parlant à Dieu et aux hoipmes , ont conservé ce privil^e que le pape Pie II ( jEneas Silvius) a désigné en créant le verbe latin tibizare ^ .
Erasme , Luther , Godeau , ont censuré l'usage d'employer le pluriel quand on adresse la parole à une seule personne. Les réformateurs conventionnels n'ont été en cela qu'imitateurs. Les Quakers, long-temps inquiétés, tourmentés même pour avoir ramené l'usage du tutoiement , publièrent divers ouvrages pour le justifier , et présentèrent à ce sujet une apologie à Charles U ; ils n'ont plus à redouter un genre de vexations qui avait le caractère de l'ineptie. Actuellement il est reconnu partout que vouloir leur interdire le tutoiement serait une infraction à la liberté de conscience; mais eux-mêmes, pour ne pas heurter l'usage contraire en parlant à des personnes qui ne sont pas' de leur secte, usent quelquefois de circonlocutions , de périphrases qui dispensent d'apostrophes directes. Je lis dans un journal allemand , que certains Quakers , en usant du privilège de tutoyer, sont choqués si Ton emploie le même style en leur parlant.
Les hommes et les femmes ont séparément, chez les Quakers , des assemblées périodiques de
^ La lettre CV d'iEneas Silvius.
l56 DES SECTES RELIGtEUSE^.
mois, de trimestres et d'années. Les assemblées annuelle^, à la fin desquelles ils adressent une cir-* culaire à leurs frères , sur les abus à réformer et sur les bonnes œuvres à faire, sont au nombre de huit : 1". Celle de Londres , où les Amis d'Irlande envoient leurs représentans ; :2". de la Nouvelle- Angleterre; -3**. de Newr-York; 4°' de Pensylvanîe et Nouvelle -Jersey ; 5*. de Maryland; 6". de Virginie ; 7". des deux Carolines et de Ja Gréorgie ; 8". de rOhio. Ces assemblées n ont jamais de président, parce qu'il n'appartient qu'à la sagesse divine de remplir cette fonction ^
Elles s'occupent du maintien .des dogmes, de la morale , de la discipline. On censure les coupables, on peut même les expulser. Les pauvres sont un des objets de la sollicitude générale , et suivant qu'ils sont impotens ou valides, on leur fournit des secours ou du travail ; car la fainéantise n'est jamais tolérée, et nul ne peut se soustraire aux devoirs, que l'individu contracte en naissant , de rendre des services à la société , en •échange de ceux qu'il reçoit. Il est inouï qu'un Quaker mendie ; on n'en trouve pas un seul sur la liste des pauvres des paroisses en Angleterre. Chacun doit tous les ans reviser l'état de ses affaires , et les mettre dans le plus grand ordre. Si quelqu'un éprouve des revers immérités , des frères
^ Précis de Thistoire , de la doctrine et de la discipline des Quakers, in-i8, Londres, 1790.
QUAKERS, iTC. iSg
lui fournissent les moyens de se relever en secondant son industrie et son activité.
Depuis quelques années ils ont établi en York- Shire un hôpital pour les personnes de leur société tombées en démence. Un voyageur français prétend que le nombre en est plus grand que dans les autres sectes ^ Ils contestent cette assertion , et répondent que l'établissement spécial qu'ils ont formé prouve seulement que chez eux une bonté attentive soulage tous les genres d'infirmités. Qui pourrait ne pas admirer cette héroïne de la charité, cette vertueuse Frey, de Londres, qui, luttant contre tous les genres de dégoûts dans le séjour le plus hideux du vice et de la misère, y a introduit l'ordre , le travail, la propreté , la décence, l'instruction, et fait retentir dans la prison de Newgate les accens du repentir, de la vertu , de la piété ^,
Des Quakeresses formèrent en 1 795 , à Philadelphie, une société pour aider les indigens, les veuves, les orphelins , les malades : elles achètent du bois , des vêtemens , des remèdes , des alimens appropriés aux infirmes et aux convalescens , quels que soient leur état et leur religiqn. Il entre aussi dans leur plan de rechercher le malheur timide,
^ Voyage de M. Simon en Angleterre, t. 11, p. g3.
2 Foy. la notice très-intéressante sur madame Frey, par M"e Adèle du Thon , à la suite de son Histoire des Amis , in-i2 , Londres, 182 1.
l6o DES SECTES RELIGIEUSES.
le mérite modeste aux prises avec la fortune , cPa^ doucir ses peines, de lui donner les moyens de développer toutes ses facultés industrielles.
Les Amis ont à Philadelphie plusieurs maisons agréablement situées ^ bien aérées , et environnées de jardins où Ton cultive des plantes médicinales. Un oflGicier de santé visite régulièrement ces asiles, où des secours de toute espèce sont fournis à ceux qu on y admet selon la mesure de leurs besoins. Ils ont aussi en cette ville un hôpital pour les lunatiques. Dans le jardin est la statue de Guillaume Penn , tenant en sa main la charte des libertés ^ . Cet homme illustre , ayant obtenu de Charles II cette contrée , à laquelle il a donné son nom , acheta des indigènes une extension de territoire, et fit avec eux un traité, le seul, dit Voltaire, qui n'ait pas été juré , et qui ne fut jamais rompu. Les deux arbres à l'ombre desquels Penn fit cet acte de justice, et qu'on aurait dû conserver comme monument , ont été frappés de la hache à la fin du siècle dernier.
Aucune société religieuse n'a mieux connu ni plus respecté la dignité de l'espèce humaine, sous quelque forme, quelque couleur qu'elle se présente , que les Quakers ; aucune , dans le dix-septième siècle, n'a déployé plus d'activité pour faire abolir la traite et l'esclavage. Dès l'an 172'y ils pro-
^ A ifisU to the north America y etc. , by Adlar Welby, in-8<»., London, 182 1, p. 33.
QUAKERS, VTC. l6f
damèrent leurs principes sur cet objet. Leur zèle acquit plus d'activité par les exhortations et les écrits de Woolman et de Benezet. Ce dernier , qui était Français, né à Saint-Quentin en 1728, consacra aux Africains ses biens, sa fortune et sa vie. Fothergil et d'autres hommes distingués de leur secte fortifièrent cette émulation. Non contens d'affranchir leurs esclaves , beaucoup dUAmis leur tinrent uq compte pécuniaire du temps passé à leur service. En 1764 ils établirent, comme règle indispensable, que toute personne de leur société qui n'affranchirait pas les siens serait exclue.
. Des comités s étant formés dans les divers états de XUnion pour provoquer l'abolition de la traite et s'occuper du soulagement àes noirs, tant esclaves que libres, annuellement ils envoyaient à Philadelphie des députés à une convention centrale qui régularisait leurs efforts. Ces sociétés et cette convention, composées de Quakers, ne manquaient jamais d'adresser des pétitions au congrès et aux législatures respectives de chaque état en faveur des Africains \ Sans cesse elles surveillent les bâtimens arrivés dans les ports de \ Union j dans la crainte que, depuis l'acte qui supprime la traite , des armateurs cupides , rêve-
^ ^Minutes of the proceedings of a conçention ofâete-gâtes front the abolition-societies-, etc., iu-S". , Philadelpliie, depuis 1794-1808.
nant des côtes de Guinée , n'amènent et ne vendent des cargaisons de nègres. La justice du gouvernement améficain ayant mis un terme à cette iniquité, punie actuellement comme piraterie , le îBèlc des Amis agira désormais plus efficacement pour procurer aux uns l'émancipation, et diriger les autres à faire un bon usage de leur liberté. On ne prétend pas atténuer le mérite de diverses sociétés chrétiennes en faveur des esclaves; mais on peut dire que les Quakers d'Angleterre et d'Amérique ont la palme à cet égard.
Dans notre continent européen, couvert de pièges, d'espions, d'agens provocateurs, de passeports, de lois prohibitives, faire le bien est quelquefois une des choses les plus difficiles. Il est une foulé d'actions vertueuses, dont l'effiàt presque inévitable est de compromettre la sûreté, la'liberté et le repos de ceux qui ont le courage de s'y livrer. Il n'en est pas de même de l'Angleterre, et surtout des États-Unis , où l'expansion de la philanthropie nç rencontre pas les mêmes obstacles. Celle des Quakers y inspire une pleine confiance ; la liberté, réglée par les lois, par la surveillance à peine sentie du gouvernement, y laisse aux vertus, à l'industrie 9 aux talens, toute la facilité de déployer leur énergie.
En 1795, les Quakers américains établirent un comité pour la civilisation des Indiens ; c'est une nouvelle carrière ouverte à leur tk\e pour répandre les arts , mais surtout les sentimens religieux et
QUAKEBS, iTC. l63
les bonnes mœurs. On distingua Warner Miûin et sa femme, anges de bonté, qui parcourant sans relâcbe les États de l'Union , consacrèrent à cet objet leur temps et leur fortune ^ . C'est dans les mêmes vues que deux autres Quakers, l'un né français, à Limoges, Etienne Grellet,. établi à New- York, et cet excellent William Allen, membre de la société royale de Londres , sont allés ^ dans le Nord , jusqu'aux extrémités de la Russie , puis en Grèce , pour visiter les écoles , les hôpi** taux, les prisons, et partout répandre des conseils utiles et des bienfaits.
Sans adopter exclusivement tout ce qu'a dit mon ami Thomas Glarkson en faveur des Qua^ kers 9 on doit avouer que dians nulle autre secte ià religion n'a une influence plus marquée âiir la conduite de ceux qni en sont membres. . Aucane n'est plus soigneuse deréducation des eiifans^ quia sans aigreur, sans chàtimeat, t>n forme à c^ qtii est utile et vertueux ^ , et dont la pbyéicniomie calme offre un ensemble :^ui permet de tes itiiscerner ^ On les pénétre de isette idée./ que le coeps
^ Voyage dans la haute Pensylvanie , ti^aduit par
l'auteur des Lettres d'un cultivateur américain (Saint- John Gi«vecœur),in-8*., Paris.", t8oi, tom. ni, pag. 4i et suw,
^ Essaya litterary polit icâU ^nd ecoHomioaK ^^ » by John Gardiner, in-S''. » Ediij^iburg, i8o3 , tom« i^p. a84 et suw.
^ Voyage de New-Yoït à la Nouvelle-Orléans, ii^-8o.,
Paris, 1818, tom. i, pa!g. i36.
magnificence et ses richesses végétales : leur sein renferme des sources de goudron , des mines de houille et de fer; ces trésors sont exploités par des hommes industrieux et surtout par des Quakers^ Ils ont établi des chemins de fer; surla Saverne ils ont jeté un pont de fer dune seule arche; ils ont créé un inclin-plan, canal à sec, qui du fleuve au sommet des montagnes , et du sommet au fleuve , lance avec rapidité des bateaux chargés d'énormes cargaisons; de toutes parts ils ont appelé les arts mécaniques , dont on perfectionne sans cesse les procédés ; car ils o'nt pour maxime de ne pas rester stationnaires. Ainsi s'est avivée une conti'ée où les bonnes mœurs , le travail et l'aisance ont fixé leur séjour.
Pour réfuter ce qu'on vient de lire en faveur des Quakers, on dira que je les canonise sans exception , quoique j'énonce à l'avance un démenti formel. Mais une calomnie de plus coûte si peu à certaines gens ! Si la prévention reproche encore aujourd'hui les fureurs des premiers Anabaptistes à leurs paisibles descendans , faut-il s'étonner que les traits de démence des premiers Quakers soient encore un acte d'accusation contre ceux qui , sans leur ressembler, sont venus un «iècle et demi après George Fox? D'ailleurs la hai,ne s'étaiera de quelques exceptions qui ne comportent pas une induction générale , et ne peuvent être reprochées à la société ; de quelques censures dirigées contre les Amis par des écrivains récens, tel que l'auteur
QUAK^ËRS, iTC. 167
des Recherches sur les Etats-Unis. 11 assure que dans la révolution. d'Améiûque les Quakers couvrirent d'un voile religieux une politique insidieuse , et nuisirent à la cause des insurgés. A la vérité il ne dit pas comment; il avoue même qu ua certain nombre diAmis ont fait de bonnes ac*« tions; et., sans autre garant que sa parole , on prononcera que ces Quakers sont des tartuffes , etquon les appelle les Jésuites protestans.
Dans toutes les sociétés religieuses on trouve quelques cerveaux dérangés. Vers la fin du siècle dernier un Quaker de Philadelphie annonça pu« bliquement l'année, le jour et l'heure où il devait mourir; le moment prédit arrive, des -^mw et beaucoup de curieux d'un autre genre , accourent chez le prophète ^ qui , après s'être recueïUi , déclara qu'il ne mourrait pas. Qqelle société serait à l'abri de la censure, s'il fallait la juger sur le^ écarts de quelques individus? -^
Autrefois, en Angleterre, la majeure partie des Quakers étaient dans les campagnes. Aujourd'hui c'est l'inverse : la plupart sont citadins; on en donne les raisons suivantes. Dans les villes ils sont plus à portée de se réunir en assemblées reli«> gieuses, et le rapprochement des individus facilite aux jeunes gens les mariages dans leur sectç ; l'u^ griculture expose les Quakers aux déâé^grémens qu'entraîne leur refus de payer les dimeç; ils tie courant pas ce risque dans les villes où les appelle le commerce, qui d'ailleurs jsn Angleterre oÛre
r60 DES SECTES RELIGIEUSES.
dés profits p]us certains et conduit à la fortune , quand on y porte cet esprit d'ordre , d'activité qui les anime. lis ont acquis de grandes richesses : mais alors ils ont été plus susceptibles d'être atteints par la contagion du luxe y qui s'insinue chez eux sous un faux air de modestie, et par la contagion des mauvais exemples , qui dons les cités pénètre , pour ainsi dire , par tous les pores. On s'est un peu relâché sur les principes d'une éducation austère; des enfans ont pris goût à la musique , à la danse , au théâtre: les Quakeresses avaient depuis long-temps quitté la coiffure noire et le tablier vert , auxquels leurs bonnes aïeules attachaient de l'importance ; mais* en conservant pour le reste la forme antique du costutne, quelques Amies lui donnent la recherche et l'élégance qui peuvent s'allier à la simplicité, et relever les avantages de la nature; des coiffures ornées de fleurs, de plumes, se présentent même dans les meeting-house , ou assemblées ptfur lé culte , mais quelquefois le zèle les expulse. Une voyageuse anglaise (miss Wright), qui le dit, prétend que d'ailleurs les Quakers conservent toutes les vertus qui distinguaient leurs aïeux et surtout une aversion inflexible pour la tyrannie , l'humanité envers les criminels, la patience, la bonté, la justice , quoiqu'ils aient adouci les formes rigides du langage et du costume ^
* Fîew of Society and manners in America y hy an EngKshwoman, in-8^; London^ 1821, pag. 5i etpassim.
QUÂKEBS, BTC. ' 1.69
Les homines Agés tiennent strictement au grand chapeau , et n ont ni boucle , ni bouton ; ni gance ; mais quelques jeunes gens, plus traitabies sur la forme des vétemens^ se rapprochent des modes reçues. De \k\es D/y-Quakers, Quakers-Secs y ce sont les rigides ; et les FFet-Quakers , Quakers, humides y ce sont les mitigés qui se plient aux usages du monde. Dans les États-Unis la mali-v gnité donne aussi à ces derniers le sobriquet de Hicorjr-Quakers y par allusion à un arbre dont les rameaux sont très-flexibles. Il y a donc quelques déserteurs de la secte. Clarkson , Liancourt et Bonnet ' l'ont remarqué; le premier en Angleterre , où Ion compte trente mille Quakers; les deux autres, en Amérique , où ils sont cinq fois plus nombreux : et tout conduit à croire que si la société acquiert de temps en temps quelques prosély tes, néanmoins elle diminue , tant h raison des défections que parce que la censure , qu'ils aip^ellent désai^eu y repousse de leurs assemblées pour des faits sur lesquels d'autres sectes sont plus tolérantes. La circulaire annuelle des Quakers anglais à leurs frères, en 1820, et une adresse aux Amis de la Grande-Bretagne et de rirlande, déplorent J<e goût répandu dans leur société pour l'élégance des tapisseries, la lecture des papiers nouvelles, des livres dangereux.
Ce relâchement a causé une division devenue plus éclatante par les efibrts d'Anne Barnard,pour
^ Liancourt, totn. m, pag. 35 1. — Bonnet» tom. 11» pag. 390 et suw,y Clarkson, passim.
fjo DES Sectes religieuses.
réformer le quakerisme. Cette femme, née vers. 1754, à HudsoDy état de New- York, n'était pas originairement de leur société à laquelle elle s^aggrégea. Elle devint prédicante et obtint même des yimis cC Amérique une patente de ministre , avec laquelle elle se présenta chez ses frères d'Angleterre, qui furent révoltés de ses erreurs. Elle prétendait que la Bible n'est pas une règle adéquate de foi et de mœurs, mais une règle subordonnée à l'esprit particulier. Elle enseignait que la croyance des» faits narrés dans la Sainte-Écriture n'est pas nécessaire au salut , et se donnant libre carrière , elle en contestait un grand nombre , et niait même la conception miraculeuse de Jésus-Christ. En conséquence, elle fut désas^ouée par les Quakers d'Europe et d'Amérique. Le désaveu n'est point une excommunication dans le sens rigoureux de ce terme , car la société n'inflige pas de peine , mais il lui tient à cœuv de maintenir sa doctrine tst ses pratiques, et celui qu'elle désa^foue, quoique libre d'assister aux assemblées du culte , est exclus des assemblées délibérantes \, En Amérique, Robert Hugan fut désavoué pour ^voir ôté son chapeau en voyant un Ami s'agenouiller pour prier ^. D'autres quittèrent spontanément la société.
^ A narrative of the proceeding in America ont fie society called quakers in the case ofHannah Barnard, in-8**. , London , i8o4> pag. 6-1 3.
2 A narratU^e of events that hâve lately taken place
En 18049 un Quaker irlandais déclara, dans leurs assemblées , qu'il rejetait le Pentateuque et une partie, tant de TAncienque du Nouveau Testament. Lui et ses partisans prétendirent que les apôtres ont la qualité de Sauveur- comme Jésus- Christ; que tous les esprits immortels ont la divinité comme Jésus-Christ... Il fut désavoué avec quarante autres, comme le furent ensuite William Rathbone , auteur d'écrits dans lesquels il révèle la constitution secrète de la secte qui l'a exclu ^ ; et James Foster, auteur- .de V Appel à la société des Amis ^, qui soutient que dans l'origine la secte était unitaire; que George Fox, Isaac Pennington , Guillaume Penn et Robert Barclay, étaient de cette opinion , quoique Barclay ait admis sans tergiverser la divinité du Sauveur et quoique Penn, en louant Socin, déclare qu'il n'est pas Socinien. L'auteur de M Appel, qui s'était caché sous le nom de f^erax , fut très-bien réfuté sous le nom de Vmdex ^, par Jobn Gurney Bevan , décédé il y a quel-
in Ireland afnong tke ^ociety called quakers , in-8°., London, i8o4> pag. 111 et suù^.
^ Monthly reç^iew, tom. xlviil > pag. 2a , etc.
2 j4n appeal to the society offriends, 3«. partie, in-8°. , London^ 1801.
' A réfutation of the some îhodern misrepresentation of the Society of the friends , by John Gurney Bevan, in-8°.., London, i8oi. «^ An examination of the firC part of the pamphlet called, an appeal,* eic, by Vindex, in-8°.^ London, 1802. — ^ A défense of the Christian faith of the society of friends against the charge of so-* cinianism.
Ija 0£S SECTES B£|.1G1£US£S.
ques années ; c'e^t le même qui a fait Técpit anonyme : Précis de riiistùire, de la doctrine et de la discipline, des Quakers % dans lequel il parle de la divinité de Jésus-Christ comme d'un point essentiel de la doctrine. Cependant il parait attacher plus d'ioipprtance aux devoirs pratiques qua la croyance dogmatique.
En félicitant les Quakers de tenir au dogme fondamental de la divinité du Verbe, il faut avouer que l'imputation de socinianisme, dirigée contre eux, renouvelée à diverses reprises, remonte aux premiers temps de leur secte ; car, dès Ydtx 1 69 1 , un de leurs frères,' George Keith , les accusait de ne pas croire en Jésus-Christ. Trois ans après il publia un livre dans lequel il énumère plus de trente erreurs qu'il leur reproche. Un auteur contemporain , Cotton Mather, assure que Keith fut persécuté par les Quakers de Pensylvanie , qui se plaignaient d'avoirété persécutés dans la Nouvelle-Angleterre ^, Il était l'apôtre et l'oracle d'une congrégation nombreuse qui eut des prosélytes en Pensylvanie et dans les deux Jersey. Revenu ensuite en Angleterre, sa patrie, il devint membre et même ministre de l'Eglise anglicane ;mais la société qu'il avait formée aux Etat&^Unis ne fut pas dissoute par la défection du chef, on les appela Keithians
^ In-S»., LondoDy 1790, et ti*ès-souvent réimpiimé.
2 Magnalia, par Cotton Mather > tom. 11, pag. 4^5 et suw.
OU Quakers-Baplistes, parce qu'en conservant le costume, le langage et les. manières des Quakers, ils admettaient le baptême et faisaient la cène. Il paraît qu'ensuite beaucoup d'entre eux se rapprochèrent de rÉglise anglicane de Philadelphie, car un ministre, envoyé par Tévêquede Londres, se félicitait d'avoir baptisé plus de cinq cents enfans de ces Quakers-Keithians ou Baptistes, dont on trouve encore quelques restes aux Etats-Unis ^^ On voit, parla géographie de Morse, qu'ils ont une congrégation à RhodeJsland et trois dans New-Jersey.
Un nommé .Tom Case , qui s'attribuait le don des miracles , se fit chef de fanatiques, qui à son aspect tremblaient et tombaient en défaillance^ Par dàriâion on les appella Ca^eVCrew, la tourbe de Case. Un jour il essaya de ressusciter un mort , mais il échoua. Les Quakers le désavouèrent ^ et la secte s'éteignit
La révolution des États-Unis occasiona un schisme nouveau chez les Amis , dont une partie (la moindre à la vérité), crut qu'on pouvait accepter des charges du gouvernement et* porter les armes.
De ce nombre étaient les généraux Matlock, Miflin et Green : ce dernier, mort*en 1 786 , est un des militaires les plus distingués qui ont pris part
^ Chrlsticin obsen^er, tom. xv, pag. io3 , et Evans, pag. 25 1. ''' ^
X'ji DES SECTES RELIGIEUSES.
à la révolution ; il s'est illustré dans la guerre de la liberté par son intrépidité et ses savantes manœuvres ^ Le congrès lui a décerné un monument.
Les anciens Quakers ayant repoussé de leurs assemblées cesFreeyOu Fighting-Quakers (Quakers libres ou combattans)^ c'est le nom qu'on leur donna , ceux-ci furent réduits à former une congrégation séparée , entre autres à Philadelphie^ où de six Meeting-house des Quakers, l'une était des Quakers libres'^ ils ne diflFéraient des autres que par un peu moins de rigidité ^. Quelques biens, possédés en commun, étaient peut-être le lien conservateur de leur société, actuellement éteinte.
Une autre secte, issue de la même tige, s'était formée auparavant dans Queen-'Ann'Countjr^ sur la côte orientale du Maryland. On les appelait les Nouveaux Quakers ou Nicholites, du nom de leur fondateur. Jean Woolman a inséré dans son journal, sous la date de l'an 1766, l'article suivant :
a A nos dernières assemblées (des Amis ou » Quakers), ont assisté beaucoup d'individus , sectafr » teurs d'un prédicateur nommé Joseph Nichol , » qui professe à peu près les mêmes principes que »nous. Il voyage fréquemment en diverses ^con- )» trées. Autour de lui se forment des réunions nom- » breuses. »
^ Liancourt, tom. m, pag. 175.
^ Ibid. , pag. 53i*et 333.
Ils avaient une petite Église u Baltimore. Miss Adams les passe sous silence, et le géographe américain Morse dit quil ne connaît pas leur doctrine ^ ; tout ce que j'ai pu obtenir de renseignemens sur les Nicholites , c'est qu'ils élevaient la doctrine des Amis à un plus haut degré de sévérité. Par exemple ils ne portaient aucune partie de leur habillement qui fût teinte , maiâ seulement dans l'état naturel du produit. Après la mort de Joseph Nichol , ses adhérens , à très-peu d'exceptions près 9 sont rentrés dans le sein du quake-
risme ^.
Presque toujours les formes du costume furent considérées par les Amis ^ comme partie intégrante de leur culte. Les couleurs servent à déterminer l'orthodoxie. On tolère le gris et le brun , le rouge est prohibé , le noir est hétérodoxe , disait il y a quelques années Bit>wnlee; en parlant des jQuakers américaij[is , il ajoutait : Les prédicateurs femelles sont trois fois plus nombreux que les hommes. Leurs sermons ont spécialement pour objet l'apologie de leurs usages ou la censure des abus qui les enfreignent. Ordinairement^ le début silencieux de leur culte est rompu par une espèce de coup électrique ou galvanique , qui communique ses secousses à toute l'assemblée ^.
^ Tom. I, pag. 289.
^'Lettre de Giraud, consul à Boston, en date du 16 septembre 1809.
' Voy. dans le Christian spectator, in-8"., New-Hearen,
176 DES SECTES REUGIEUSE^.
DÂ objets plus sérieux que la forme et la 'Meilleur des vétemens , ont dernièrement agité W JÉf*» ciété et causé une rupture éclatante , à laqùèHie avait préludé Anne Barnard. Coifnme elle les Séparatistes nient la conception miraculeuse de Jésus-Christ, sa divinité et son sacrifice is^piiit^il^ à' ces erreurs répandues^ soit par déclai^tMi9|iiiBQc^ presse, soit par les conséquences qui découl^iyéMJe leurs écrits, les Quakers persévérans ont opposé les extraits des ouvrages publiés par Robert Barclay, William Penn, George Whiiehôad jv^iôt^^ Claridge ; puis etaminant les causes qui ont" fait éclater cet esprit de lïbertinisme et d'incrédulité , ils les trouvent dans la trop grande facilité pour admettre des prosélytes, la négligence des parens pour Téducation de leurs enfaus , la mondanité et le relâchement des mœurs chez les riches.
Thomas Wetherald, dans un ouvrage intitulé : Quaker y parle de TEcriture-Sainte d'une manière despectueusg. Les discours d'Ëlie Hicks, imprimés en 1822, à Philadelphie, annoncent une incrédulité complète sur les faits bibliques et le caractère du Méfesie. En 1827 , John Comly a répandu les mêmes erreurs, qui -se reproduisent périodiquement dans le journal intitulé : Berean. Ainsi, les chefs des Séparatistes sont, à ce qu'il paraît, Hicks, Wetherald et Comly ^
tom. VI , octobre 1824, la notice de l'ouvrage de William- Graig Brownlee', sur les Quakers.
^ A déclaration of the yeariy meeting of Jriends
OUAKERS^ ETC. 177
Un auteur allemand écrivait, en 1790, que le quakerisme était Y oncle du naturalisme (Fiacrédulité) et du fanatisme '. Cette observation est applicable aux Séparatistes qu'on vient de signaler, beaucoup plus qu'à la société dont ils ont abandonné les drapeaux.
Gurney, cité précédemment pour son apologie de sa société , trouve aux Grandes-Indes une secte analogue au quakerisme. Les Sands ou Sads, fon* dés par un enthousiaste , il y a près de deux siècles , à Delhi, Agra, Jypoor, Ferrukhabad, et disséminés dan$ d'autres cantons, rejettent l'idolâtrie, sont théistes, et ne croient pas que le Gange soit un fleuve sacré.
Leur costume est blanc, sans ornemens; ils condamnent les superfluités, les danses^ le vin, le tabac , l'opium ; ils s'occupent de trafic et d'industrie ; ils peuvent se défendre , mais non attaquer. Ils ne prêtent pas de serment , les cours de justice se contentent de leur simple affirmation ; dans leurs assemblées de culte on prie en secret. Attentifs à soigner leurs malades, leurs pauvres ^ ils leur défendent d'accepter des secours de personnes qui ne sont pas de leur société. Ils ont une
held in Philadelphia respecting the proceeding of those 'who hai^e lately separated, etc., in-8°., New- York, 1828; An épis de and testimony from the yearly meeting, etc. ,
^ De fatis interprétation, sacrarum litterarum , etc. , par Rosenmuller , ïn-^^,, Lipsiac, 1790.
178 DES SBCT^S RELIGIEUSES.
assemblée annuelle pour les intérêts communs ^. Les frères Moraves et les Anabaptistes sont y en Europe , les sectes avec lesquellesJes Quakers ont le plus d'affinité; ils participent, sans doute, au malheur des sociétés, même les mieux réglées, où Ion trouve l'ombre au tableau ; quelques hommes dépravés et hypocrites sont à côté des hommes de bien. Mais, quoique le nom de Chrétiens primitifs ne puisse leur convenir, quant ù la croyance, ils y ont quelque droit , si on les envisage sous le rapport des mœurs : de toutes les sociétés chrétiennes, la leur parait être une de celles qui, conservant le plus d'intégrité dans la conduite , sont le modèle et la censure des autres.
^ Gurney, pag. g et sui{f.
SCH^ENCKFELDKSTES, itc. 179