‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 12 sur 59 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

t€BWENCKF£LDISTES. TUNKEBS^ OU DUIT&ERS , OU DUMPLER5 SHAKERS , OU 8ECOUEURS , OU 6HAKING-QUAKERS.

ScHWENCKFELDisTEs. — Gaspard Schwenckfeld, contemporain de Luther, dont il adoptait la doc-* trine , n'en différait que sur quelques points. Par exemple, Schwenckfeld prétendait que pour trouver le sens de ces mots : ceci est mon corps , il fallait les intervertir de cette manière , mon corps est ceci y c'est-à-dire, comme ce pain est une nourriture réelle pour le corps, de même ce sacrement est une nourriture pour Vâme. Il niait l'efiicacité delà parole extérieure, mais il admettait celle de la parole intérieure, qui n'est autre que. Jésus-Christ même. Quoique le Rédempteur en tant qu'homme . soit créé, il prétendait qu'il ne fallait plus l'appeler créature ^ depuis l'union de la nature humaine à la nature divine , pour ne pas ravaler sa gloire. Jo. Wigand a publié une histoire détaillée de cette hérésie , contre laquelle écrivirent divers théologiens, luthériens et calvinistes ^

^ Foy. Wigand dans Walchius, BU)lioth, theolo^,-^ t. n,

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Les partisans de Scliwenckfeld formèrent en Silésie, surtout à Lignitz, dans le comté de Glatz, et dans quelques autres provinces , des Églises séparées qui subsistaient encore du temps de Baumgarten *. .

Persécutés à diverses reprises , et surtout en l'jrîS, ils prirent le parti de se réfugier en Amérique, où la plupart se rendirent en 1734. Le roi de Prusse, voyant que l'industrie et les manufactures perdaient à leur départ , publia , en 1 742 , un édit qui les rappelait, en leur assurant la pro-» tection du gouvernement , la liberté de conscience et divers avantages; quelques familles de ces sectaires existent encore dans la Haute-Lusace, aux environs de Gorlitz ^ ; mais leur établissement se maintient aux Etats-Unis , surtout dans le comté de Berks , en Pensylvanie , où , quoique peu nombreux, ils ont des Eglitses. Morse déclare qu'il ne connaît pas leur doctrine, et que divers fanatiques se sont amalgamés avec eux. Benjamin Rush et Proud disent qu'ils refusent le serment et la profession militaire comme les Quakers; et qu'ils ont les principes des Quakers, excepté qu'ils

pag. .«^o et suw. — Einleitung in die religions streitigkeiten , etc. , pag. 675 et suiv. — Eug. Elupfelii^ institutionesj pag. 11 , 1. III, Dotes, pag. 111,

^ Baumgarteq , pag. 1 067 et suii^,

* Kirchen historisches archii^ , von Staùdlin , Tzschirner und Vater, zur 1828, erstes theil , in- 12, Ilale» 1823, pag. 69.

TUNUKRS, ETC. l8l

chantent des hymnes. Qfl loue leur industrie et leur bonne conduite ^

TUNKERS, OUDUNKERS, ou DuMPLERS. LcS SectCS

modernes ont presque toutes réprouvé le célibat et le monachisme; les seules exceptions à citer • sont des sociétés très-peu nombreuses qui , exclusivement fondées sur l'état célibataire , y ajoutent des formes cénobitiques : telles sont les Shaking- Quakers et les Z)unkers trop vantés par Baynal, qui peut-être les eût censurés s'ils eussent été moines catholiques.

Les Tunkers , ainsi appelés par dérision du verbe allemand tunken , tremper , plonger , sont nommés aussi Dumplers , du verbe anglais tumblcy jeter , renverser ; ces mots font allusion à la manière dont ils administrent le baptême par trois immersions , en plongeant sous Veau la tête de la personne agenouillée ; ils ne baptisent que les adultes. Les Allemands donnent à peu près au T la prononciation duD;auB, celle du P : de là, par corruption , les noms de Tunkers et Dumplers.

Les Tunkers, établis en 17 19, selon Jédediah Morse , et sept ans plus tard , suivant miss Adams et les autres écrivains, eurent pour fondateur Conrad Peyssel, Allemand. Un certain nombre de

* Essays Utterary moral and philosophical , by Benjamin Rush, in-8*>. , Philadelphia , 1798, et Historj of Pensyl^ania , by Proud , toni. u , pag. 34^ ^^ ^^'

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ses compatriotes y la plupart Calvinistes , de la Suisse j de la Silésie , du Palatinat, de Strasbourg , qui avaient éprouvé des persécutions , se réunirent à Swarzenau, duché de Clèves, y concertèrent la forme de culte qu'ils voulaient suivre ' , et franchirent l'Atlantique sous la conduite de Peyssel , qui en forma une congrégation à soixante milles de Philadelphie , dans un canton riant du comté de Lancastre, qu'il appela Ephrata^ nom em*prunté de l'Ancien Testament. Un autre établis- "sèment fut appelé Béthanie. Leprieur, successeur de Peyssel , ayant voulu les astreindre à une règle trop sévère , ils se brouillèrent , se dispersèrent et ensuite se rapprochèrent.

Au milieu de leurs habitations est un grand verger qui appartient à la communauté. Chaque sexe a des habitations , un réfectoire, et une église à part. Il y a trois églises : Béthanie pour les hommes , Sharon pour les femmes , et Sion , où se réunissaient les deux sexes une fois la semaine.

Les Tunkers portent la barbe et alSTectent une grande simplicité dans le langage et les vêtemens. Ils ont une longue robe de drap gris en hiver, de toile blanche en été , liée par une sangle de cuir au milieu du corps. On a comparé la forme de leur costume à celui des Dominicains. Celui des sœurs en diffère peu. Us couchaient autrefois sur un

^ Proud, tom* ii, pag. 346.

TUIfKERS, ITG. l83

hanc I un morceau de bois leur servait d*oreiller : ils adoucirent cette sévérité; et présentement, dit Morse , ils ont des lits. Cependant la mortification est toujours regardée comme un devoir pour imiter Jésus -Christ dans ses souffrances; chacun doit même faire des œuvres de surérogation applicables au salut des autres.

Ils ne mangent pas de viande, non quils la croient prohibée , mais le régime végétal leur parait plus conforme au christianisme. On ne déroge à cette règle que dans les fêtes cC amour j où ils mangent en commun du mouton , et rien autre chose. Se laver les pieds , s'embrasser , se serrer tendrement la main, font partie du cérémonial qui précède ou accompagne ces fêtes. Ils font la cène, et observent le sabbat et le dimancbe , hormis una seule de leurs congrégations qui se borne à chômer le sabbat.

Ils nient l'imputation du péché d'Adam à sa postérité , et l'éternité des peines. Les justes , dans l'autre monde, prêchent l'Evangile à ceux quint l'ont pas connu ici-bas. Les années sabbatiques et jubilaires sont le type de certaines périodes pour admettre au ciel les personnes purifiées api^s lem mort. Aux périodes sabbatiques sont délivrés Cji^ipi qui i^connaisseut Jésus-Christ comme Rédempteur ; mais les obstinés ne le sont qu aux afiuéâft jubilaires.

Les Tuukers font des onctions aux infirmes pour obtenir leur guérison. Le réginu^ ecçlésiasti-

l84 DKS SECTES RELIGIEUSES.

que de la secte est à peu près celui des Baptistes. Pour la distribution des aumônes, ils ont des diacres et des diaconesses. Celles-ci sont choisies parmi les veuves ; chaque frère peut prêcher, et celui qui s'en acquitte le mieux est communément choisi pour ministre.

Ils ont pour maxime de ne pas se défendre , de ne pas faire la guerre , ni jurer, ni plaider , ni prêtera intérêt. Le goût de la retraite, des mœurs pures, une probité sévère, les ont fait surnommer les innocens Tankers. La communauté de biens est établie chez eux. L'amour du travail, l'ordre, l'économie, l'industrie les ont rendus riches. La cultute des arts mécaniques, les ouvrages domestiques sont les objets auxquels s'occupent les deux sexes. Les femmes cousent, brodent, font des fleurs artificielles qu elles vendent aux étrangers ^

Quoique voués au célibat , rien ne les empêche de se marier. Ceux qui prennent-ce parti vont s'établir dans le voisinage de la congrégation. Quand Liancourt les visita , leur supérieur était le père Miller, âgé de quatre-vingts ans , dont la conversation lui parut du radotage. En voici un échantillon : Ils pleurent la faute d'Adam qui a préféré pour compagne Eve, créature charnelle, à la céleste Sophie, créature divine , qui aurait immergé Adam dans son essence spirituelle^ et procréé une génération pure, sans mélange corporel. Ils pieu-

1 ^cten, Urkunden , etc. , 1790, pag. 339.

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rent aussi Tindulgence de Dieu, qui condescendit au désir du premier homme de se réduire au rang des bêtes ; mais l'état de perfection n'est retardé que jusqu'à la résurrection ; alors tous les hommes seront immergés dans la divine Sophie ^

Morse dit qu'outre la colonie d'Ëphrata , ils en ont quatorze autres, la plupart dans la Pensyl* vanie, qu'il évalue à deux mille individus, et quelques-unes en moindre nombre dispersées dans le .Maryland. Quelquefois il est arrivé que des hommes , conduits chez eux uniquement par eu* riosité, sont devenus prosélytes. En 1777, "i^^utre écrivain évaluait leur nombre à cinq cents ?^. Éphrata seul, en a eu trois ou quatre cents. Ce nombre était bien diminué quand Liancourt le visita. Il n'y trouva plus que huit reclus et dix ou douze sœurs; les établissemens étaient en décadence à tel point, que le P. Miller prévoyait l'extinction prochaine de la secte. Lors du passage du voyageur Michaux à Éphrata , les Tunkers l'avaient abandonné et s'étaient dispersés. Cependant, en 181 9, le voyageur Howist en a trouvé dans le comté de Huntingdon , et il en fait l'éloge ^

^ Liancourt, tom. i, pag. 61 et suw.

^ Histoire Daturelle et politique de Pensylvanie , etc. , traduite de rallemand par Rousselot de Surgy, etc. , in-i2, Paris, 1768, pag. 222.

^ Sélection of letters written during a* tour through the United States in 18 19, by V. Howist, in-12, Nottingham , pag. jg^ et suip.

l86 DIS SECTES RELIGIEUSES.

Shakers , qu Secoueurs , ou Shaking-Quâkers. — Les Shakers (Secoueurs) ou Shaking- Quakers ( Quakers - Secoueurs ) , sont une secte consanguine y si Ton peut s'exprimer ainsi , à celle des Quakers, des Jumpers , des Jerkers, desBarkers, et des fanatiques Cévenols , auxquels se rattache leur orisjine. Les détails sur les Shakers sont dis* sémiriés dans les voyages aux Etats - Unis y et dans les écrits de quelques hommes qui y autrefois prosélytes de cette société, l'ont ensuite abandonnée. Quoique très-réservés dans leurs communications , ils ont consigné leur profession de foi , et leur histoire dans un volume très-enflé , PreUves du second avènement de Jésus-Christ ^ .

Depuis le premier avènement , la société chrétienne, disent les Shakers, eut le caractère d'une véritable Eglise jusqu'à Constantin. Alors commence l'ère de 1 260 ans. Dans cet intervalle, l' Ante- Christ , déployant tous ses efforts , introduisit dans l'Eglise catholique, mère des prostituées, des évêques , des moines , et l'inquisition. Après des déclamations interminables et virulentes contre le pape et son clergé , ils reprochent aux Protestans un esprit persécuteur ^. Néanmoins, sous le règne de l'Ante-Christ , la vérité eut quelques témoins , de ce nombre étaient George Fox et ses adhérens , les plus grands qui eussent paru depuis

^ The testimony of Christ' s, second appearing, ïn- 17,, Albany, 1810.

^ Ibid, , pag. 24^ ^^ ^^^' i P^* ^3^ ^' suw.

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les apôtres ; mais les Quakers firent ensuite naufrage dans la foi , ils devinrent une société sans viô , parce qu ils eurent recours à un bras de cbair pour les protéger, ils réclamèrent lappui de l'autorité civile y et autorisèrent le mariage. Dès lors ils cessèrent d'être les imitateurs de P agneau. Ne devaient-ils pas se souvenir qu'Adam et Eve , en couvrant leur nudité . indiquent pai^Ià même quel est le siège du péché ^ ? Il parait que l'opinion des Shakers , sur la tache originelle , se rapproche de celle de Beverland , qui causa tant de scandales.

Les Quakers, déchus du témoignage , furent remplacés, vers 1 688, par les prophètes des Gévennes , dont trois, venus à Londres en 1705, firent des prosélytes en cette ville , et jusque dans le comté de Lancastre, où un tailleur , Jacques Wardîey et sa femme , furent visités par l'esprit des prophètes français , de sorte qu'en 1747 se formèrent de petites sociétés là et à Manchester.

Dans leurs assemblées , d'abord silencieuses et méditatives, quelquefois ils étaient saisis d'un tremblement qui exprimait l'indignation de Dieu contre les pécheurs ; d'autres fois , agités violem* ment , ils sautaient . criaient et chantaient.

En 1 767 , ils firent une acquisition précieuse , celle de Anne Lée , née à Manchester l'an 1 735 ; mariée à un forgeron ivrogne , elle devint mère

^ Ibid, \ Discoars préliminaii*e, p. xxui et xxxtiii. -^ Pag. 45 et suii^. , pag. SqS et sui^» , et pag. 4o3 et suw^

l86 DES SRCTfiS RELIGIEUSES.

malheureuse de huit enfans qu elle perdit ; alors une révélation contre le mariage lui apprit que l'union des sexes est ce qui constitue le péché originel.

Livrée à la contemplation , et désirant s'élever au-dessus de la perversité hnmaine, Anne Lée ayant reçu une manifestation dû lumière divine en 1771 j elle fut reconnue, par la société , comme chef spirituel , sous le titre de Mère en Jésus- Christ, et non de Dame élue , que lui donnèrent ses ennemis par dérision.

Voilà donc la mère Anne directrice spirituelle d'une société d'environ tcente personnes , dont plusieurs l'abandonnèrent ; puis , avec celles qui lui restaient attachées, en 1774 > elle s'embarqua pour l'Amérique , suivie de son mari^ qui cependant n'avait aucune croyance aux dogmes dé sa femme. Elle fixa son établissement dans l'état de New- York, près d'Albany , à Nisqueunia, appelé depuis Water-Vliet. On a dit , mais c'est peut-être une calomnie, qu'elle était la maîtresse d'un officier anglais ^ , quoi qu'il en soit, il est curieux de rapprocher ce que débitent sur son compte ses adversaires et ses adhérens.

Selon ceux - ci , elle est la femme désignée au chapitre 1 2 de l'Apocalypse , l'épouse de l'agneau ;

^ Remqrks made during a tour trough the United States of America in the yeard^ 181 7-1 9, byHarris, in-i 2 , New-Haven , 1 820.

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elle sait tout, comme Dieu^ et on lui doit la même obéissance. Ellp parle soixante-douze langues : ces langues inintelligibles aux vivans, sont comprises par les morts, avec lesquels elle converse. Mère de tous les élus , elle travaille pour le inonde entier : aucune bénédiction ne descend sur les humains que par son intermédiaire; personne n'est entré au ciel avant l'an 1776 de Jésus-Christ. Alors furent accomplis les temps prédits , et cette année commence une nouvelle dispensation sous la direction de la Mère en Jésus-Christ. Elle a pour adjoints sept elders ou anciens ^

Anne Lée était même égale à Jésus-Christ. Elle se disait le Verbe comme lui , prédite comme le Messie , comme lui elle a souffert en esprit pour accomplir la rédemption. Ces prétentions blasphématoires M ui «sont attribuées par Thomas Brown, qui, successivement Quaker, Méthodiste et Shaker, déserta cette dernière secte, ou plutôt en fut expulsé. Voici à quelle occasion :

Les Shakers croient que le monde est dans le cours du rrUlleniurriy ou second avènement de Jésus-Christ, et ceux qui sont doués d'une foi solide , peuvent atteindre la perfection en cette vie; mais Thomas Brown , en i8o5, éleva des doutes sur cet article , et sur la mission de la mère Anne ; il s'abstint dès lors de fréquenter leur culte, et , de leur côté, ils le rejetèrent. Il publia quel-

^ American muséum , tom. i, pag. i63 et suw.

dans la masse commune de propriétés apparie^ nant h des prosélytes , jusqu'à ce que leur zèle eût été mis à l'épreuve.

Meacham, mort en 1796, selon Brown , mais qui, selon d'autres, vivait encore en 1801 , avec la réputation de prophète , fut remplacé par Lucie Wright. La mère Lucie fut aidée par Clough , et après la mort de celui-ci , par Âbiathar-Babbar, qui ensuite gouverna la société.

La soumission aux principes de la secte est fondée particulièrement sur l'idée qu'on a de la perfection de ses conducteurs. La mère en Jésus-* Christ obéit à Dieu par Jésus - Christ. Les anciens d'Europe ( car sans doute ils y ont ou croient y avoir quelques adhérens) obéissent à cette mère* Les ouvriers américains et les autres membres de la société obéissent à ces anciens. La confession secrète, obligatoire pour tous, se fait en procédant graduellement des plus vieux aux plus jeunes. Chacun doit se persuader qu'il est vu intimement par ses ministres ; qui conversent avec les morts et avec les troupes innombrables des esprits bons et mauvais.

Dans V American muséum , on leur attribue de n'admettre qu'une personne en Dieu; les mots Christ et Saint-Esprit ne signifient que des attributs de la Divinité \ Dans un autre ouvrage , une explication différente porte qu'ils n'admettent

^ Voy. American muséum , tom. 1, pag. i63 et suitf.

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