‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 13 sur 59 · SHAKERS · texte numérisé non relu

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pas la ^Trinité, mais deux principes correspondans aux notions de mâle et femelle. L*un est le pouvoir qui crée, l'autre la sagesse qui gouverne; Dieu formant l'homme à son image , l'avait créé mâle et femelle ^ et dans l'état d'innocence qu'il perdit en goûtant du fruit défendu. Il ne peut être régénéré que par Jésus-Christ, qui n'est pas le. Dieu éternel , mais qui procède de Dieu , et qui est son fils engendré de toute l'éternité, ayant les attributs et la plénitude de la Divinité. C'est par lui seul qu'on peut arriver au salut ^.

L'Eglise primitive ayant dégénéré, étant devenue le règne de TAnte^Christ , devait être rà- • vivée par le second avènement de Jésus-Christ, non en personne , mais par une secQnde manifestation de l'esprit divin à Jeanne Lée. Ainsi Ja première résurrection est arrivée. Le jour du juge^ ment est commencé dans leur ÉgUse^

Us ont le pouvoir de guérir les malades , de ressusciter les morts , de chasser les démons , de parler diverses langues dans leurs assemblées ; ce qui doit s'entendre dans le 'sens spirituel , 'qu'en préchant la parole divine , l'esprit saint lui donne l'efficacité pour guérir les cœurs contrits, et ramener à uBe vie sainte ceux qui, esclaves du démon par leurs péclaés, étaient morts «spirituel-

lement.

C'est probablement dans le 'na^oHe' sens qu il

^ Christian observer f ibid.

faut entendre la prétention des Shakers d*être en communication avec les anges y les saints et leurs amis décédés.

Les anges sont employés ^ les uns à convertir les Indiens morts ^ d'autres sont chargés d'instruire, de convertir les défunts dès autres nations. Plusieurs sont déjà parvenus à la rédemption, entre autres les docteurs Watts et Whitefield.

Ils admettient ;la Bible, mais le mot étemel, appliqué aux tourmens des réprouvés , ne signifie qu'une espace de temps limité , excepté pour ceux qui abandonnent leur Eglise , car ils ne peuvent espérer aucune rémission en '^ ce monde ni dans Tautre. Le péché d'Adam n'est pas imputable à sa postérité; ainsi on doit rejeter le dogme de la prédestination. Le baptême et la cène sont abolis, il est défendu de jouer, de jurer, de faire des complimens.

La musique, jointe à la danse' pour adorer Dieu est une pratique très-louable. Danser est une actioB- religieuse de ceux qui ont le cœur pur. EUle est indiquée par divers passages de la Bible '. Ézéchiel et Isaïe n'ont-ils pas annoncé qu'à Farrivée^u Messie , l'allégresse générale se manifesterait par la jubilation , Jes danses , le shaking de tous les peuples. Les danses, usitées dans leur culte n'ont pas un caractère volage. Elles sont

* Exod. i5-20.., etc. j Jérémie, 3i,-i3.

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conformes à la raison, car le corps et l'esprit doivent glorifier Dieu. La langue doit célébrer ses louanges , mais les pieds et les mains * doivent remplir le même devoir. Chez les mondains , la danse n'est qu'une récréation charnejlle. Est-ce un motif pour empêcher de danser dans une autre intention ? Parce qu'ils chantent des couplets licencieux , faut-il ne pas chanter des hjmnes ?

L'Eglise des Shakers est hors de l'ordre commun de la génération ; ainsi , ils né. doivent pas se marier , car à la résurrection il n'y a ni maris ni épouses, leur conversion e^ une résurrection spirituelle. Ceux qui sont mariés et qui s'agrègent à leur société , -doivent retibncer à vivre conjugalement ; par ce moyen, le ciel commence sur la tef^. En perdanf? ce que le jflpemier Adam leur a transmis de sensuel , ils s'élèvent à la -Visign intuitive de Dieu. Plusieurs d'entre eux sont du nombre des cent quarante - quatre mille , dont parle l'Apocalypse , qui n'ont pas été souillés avec les femmes. *

Quoiqu'on ne fasse pas de vœu de continence , si elle est violée, on inflige aux coupables une punition corporelle et sévère. S'ils prennent la fuite pour se marier, on les poursuit; et si on lés atteint , ils subissent la peine.

Le mariage étant interdit dans cette société,' elle ne se renouvelle qile par TadDûission de nouveaux prosélytes. Les uns conduits par le fanatisme, d'autres par la certitude de trouver des

moyens d'existence , tels que de pauvres veuves et des orphelins qui deviennent la propriété commune. Oh s'eflForce d'éteindre les affections de parenté et d'amitié. Chacun doit aimer à l'égal tous les membres de la société. Elle est partagée en petites communautés nommées familles, les unes d'hommes , les autres de femmes. Il y a toujours deux frères dans le même lit , et deux sœurs ensemble. Ce sont des fractions de la communauté logeant sous le mémie toit , ayant chacune un chef de Teur sexe , ihaâgeant dans la même salle y mais à des tables séparées.

Il est contre le bon ordre d'être seul avec une pensonne d'un Buûe séxe« un nbmme ne peut converser avec une femme qti'en présence d'un frère et d'une sœur. Ils doivent même éviter de se toucher , (juand l'un est dans le cas de présenter à l'autre un objet quelconque. Cependant, quelquefois ils ^ réunissent pour converser sur des ma-* tières d'édification ou d'administration , et les homm^gs y furpent leur» .pipes.

Le soir et le matin, avant et après le repas, on fait la jiyrière à genoux.

Quant au culte public , lé temple a de^ portes , à droite pour les femnies, à gauche pour les hommes. On y entre deux à deux. en marchant avec régularité^, Lefe frères et les sœèîs y sont séparés. Les hpmYnes vêtus* d'un HlbilL bleu, veste noire , pantalon à carreaux bleus ^et blancs ; les femmes en casaquin blanc^ jupon bleu -, tablier de même

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étoffe que les pantalons des hommes ; les femmes tiennent un mouchoir bleu et hlanc qu elles ne quittent pas; toutes ont les bras croisés, ainsi que les hommes , les yeux fixés en terre , Fair hébété , dans un silence absolu qui dure près d'une demiheure.

Sur un signe du. chief-elder , tous se lèvent et se rangent en espèce d'éVentail , sur plusieurs rangs, les alignemens très-bien étudiés, et le chief-elder à la tête des deux éventails, #

Plusieurs ont des convulsions qui se manifesr tent dans le visage , les jambes et les br:as.

Sur un nouveau signe , tous s'étant agenouillés, puis levés, le clîef entonne un chant sans paroles; chant nasal et guttural , répété par tous.

Après un troisième silence , sur un autre signe, nouvelle évolution : les hôinmes quittent leurs har bits qu'ils accrochent , et leurs cha{)eaux , et restent en gilet , les manches de leurs chemise» relevées par un ruban noir; rien ne change dans la toi-r lette des femmes. Il entonne ua air , souÀnu par trois hommes placés près de lui, et trois fenmies, qui sont les anciens et anciennes de la congrégation. Alors tout se met en mouvement ^ un saut et une révérence en &ce : autant'à droite , à gauche , en arrière , puis douze sauts et douze révérences en face; puis on recommence j usqu'à ^ ce que le chief-elder^ cessant de chanter, tous se taisent , et la danse finit. Les révérences des hommes et des femmes sont un ploiement de genoux ,<]d t^te^

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demi - penchée el les bras ouverts ^ puis les deux pieds tirés successivement avec un petit saut; les femmes glissent au lieu de sauter : tout cela s'exécute en cadence avec une précision et un ensemble digne d'un bataillon allemand.

Ensuite arrivent deux femmes qui balaient la chapelle : ou se range pour leur faire place, et les mêmes scènes recommencent; ce qui dure trois heures.

Le service fini, chacun reprend habit et chapeau , et tous sortent deux à deux, les bras croisés sur la poitrine, et à pas mesurés ^

Cette secte se distingue par beaucoup d'ordre ^ de propreté , d^activité , de droiture.

Le traducteur américain, de Liancourt, ajoutait, qu'en 1794 la secte avait reçu des émigrans du pays de Galles , entre autres le Rev. Rees , distingué par ses talens. Il leur rédigea une constitution ecclésiastique , qui , avec les règlemens et les usages adoptés précédemment , forme un ensemble dont on va Kre les principaux articles.

La congrégation se nomme Eglise chrétienne. Elle n'aura jamais d'autre dénomination. Jésus- Christ en est le chef. Ceux qui croient en lui en sont membres. Le Nouveau Testament est la seule règle de fraternité.

Dans le corps humain, qui est l'image du corps mystique de Jésus-Christ , chaque membre est à

^ Voy. Liancouit , tom. 11 , pag. 327 et suii*.

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sa place. Il en doit être de même dans TÉglise. Il y a un chef dans le corps , il en faut un dans l'Église. Ceux qui ont le plus de talens sont parlà même les plus grands serviteurs de tous. Par ce moyeu , on exclut l'esprit de domination , car les talens étant un don de Dieu, sont un bienfait à tous, et chacun, selon la mesure qu'il a reçue, doit contribuer au bien général , conime les içayons dérivent naturellement du soleil , et les fruits de la chaleur de la saison.

Les ministres , les anciens et les diacres établis , non par leur propre choix , ni par la majorité des votes, quoiqu'avec le libre consentement de.^ous, mais par l'esprit spontané d'union en vertu Huquel Dieu leur a départi ses dons , doivent comme les autres travailler des mains. Ils n'ont pas de salaire, de pension, ni de propriété particulière. Ils sont chargés d'envoyer des ministres prêcher rÉvangile ; l'usage est de les expédier deux à deux ; les sœurs ne voyagent jamais que deux au moins ensemble.

Les diacres sont chargés du temporel de la communauté. Il y a, en outre, des diacres particuliers dans chaque famille pour le même objet.

Tout membre a la faculté de régler sa croyance , de discuter toutes sortes de matières ; mais pour la discipline , il doit se conformer à celle qui est adoptée.

Chaque établissement particulier de la société^

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a un pouvoir égal d'admettre des membres, d'élire ses officiers, de les destituer.

Des délégués de chaque établissement se réunissent en assemblées périodiques pour Tintérét commun.

A chaque séance du culte on fait une collecte poiir les pauvres et pour la propagation de TÉvaagile parmi les païens.

Les membres s'étant constitués en Église , non 'par des motifs humains , mais pour le bien mutuel, ayant mis en commun leurs talens , leurs efforts pour le temps et pour Féternité , ont un droit égal à ce q6e possède la communauté , qu'ils -aient apporté beaucoup ou peu , puisqu'ils ont les mêmes droits spirituels et temporels , ce qui facilite l'exercice du bien à faire k chacun des associés , et à tout le reste de l'espèce humaine; le véritable esprit de la société est que tout soit en commua. Cependant leur système primitif s'est modifié à cet égard. Il est permis à chacun de se fondre dans la communauté , ou de s'occuper à part de ses intérêts temporels , et d'avoir des propriétés. Mais quoique réputés membres de rJÉgli3e, ils ne sont pas dans Tordre parfait de l'Evangile. Chacun participe aux avantages spirituels selon les degrés de lumières et dç perfection qu'il possède.

Les prosélytes ne sont que membres imparfaits, s'ils ont encore des créances à payer, des héritages à recueillir. Les parens ayant des.enfans eu ba&

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