‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 14 sur 59 · SHAKERS. 20I · texte numérisé non relu

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âge ne peuvent joindre leurs propriétés à celles de la communauté , ils doivent pourvoir à l'entretien de ces enfans; ceux - ci ne sont agrégés que du consentement de leurs parens ou de ceux qui les représentent , et ne sont membres complètement de l'Église que lorsque Tâge ou la précocité d'une foi vive et de l'esprit de lumière les ont rendus dignes d'être admis à la jouissance de tous les droits.

Le ministre Rees est cité comme réunissant deux choses inséparables chez tous les hommes doués de quelque justesse dans l'esprit^ les sentimens religieux et l'amour de la liberté. On peut en juger par l'extrait suivant d'un sermon qu'il prononça en 1795,

« La petite pierre que Nabuchodonosor avait vue en songe > renversa la statue qu'elle réduisit en pQudre, et devint une montagne qui remplit le globç. Puisse cette figure se réaliser promptement, puisse la liberté étendre son sceptre d'amour de rOriént à l'Occident , et du centre du globe à ses deux pôles.

)) Citoyens et soldats de l'Amérique, enfans de la liberté, extirpez de votre pays les derniers débris de la servitude. Le triomphe complet de la déclaration des droits , faite en congrès , enfantera la prospérité. Pensez que jamais il n'y eut et qu'il n'existera jamais une époque où la justice soit bannie de )a terre. Faites ce qui est juste et confiez à Dieu la réussite. La justice est la colonne qui sou-

tiendra 1 ediiicc de la société humaine. La miséri* corde est le rayon consolateur qui porte la joie dans le séjour des mortels. Le perfectionnement du caractère social tempérera la justice par la bonté 9 en sorte que Ton soit juste sans rigidité^ et généreux sans être injuste. Puissent tous les citoyens de l'Amérique concilier ces deux principes fondamentaux de là paix et du bonheur. »

Le ministre Rees, mort Tan i8o4> à Sqmerset, en Pensy Ivanie , fut très-regretté de ses sectateurs , au milieu desquels il avait déployé ses talens et son activité.

Les Shakers ont des doctrines et des usages qui leur sont communs avec d'autres sectes.

Comme les Unitaires, ils rejettent la Trinité. Avec lesUniversalistes, ils rejettent l'éternité des peines.

Avec les Calvinistes et les Méthodistes , ils insistent fortement sur la régénération intérieure.

Avec les Arméniens, ils rejettent les décrets d'élection, de réprobation absolue, et l'imputation du péché d'Adam à sa postérité.

Avec les Quakers , ils rejettent le baptême , la cène, dédaignent la politique, ne votent pas aux élections , n'acceptent pas de place. Ils condamnent la guerre, les sermens , les loteries , les jeux de hasard. Ils évitent les bouflfonneries , les mensonges, et s'abstiennent de donner des titres honorifiques.

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Avec les Swedenborgistes , ils croient que le second avènement et le jugement sont arrivés.

Avec lesSandemanians, ils admettent une sorte de communauté de biens.

Avec les Jumpers, ils regardent la danse comme partie intégrante de l'ofiSce religieux.

Avec les Catboliq^s, ils croient à la continuation des miracles, mais seulemenrdans leur société, privativement aux autres.

Cependant ils admettent que diverses sociétés, même sous le règne de FAnte-Christ, recèlent de bonnes âmes , « Dieu les admettra dans sa gloire , » au jour de sa Visitation, tandis que les rois et les » autres grands de la terre crieront aux rochers et y» aux montagnes. Tombez sur nous '. )>

Quelques détails sur les Shakers ont été fournis par miss Adams, Morse, Winterbotham , Giraud , ancien consul français à Boston , Thomas Brown et d'autres auteurs. Ce dernier n'at-il pas exagéré, en disant que dans leurs actes religieux ils miaulent comme les chats , aboient comme les chiens, et chantent comme des coqs ^ ? La mère jénne leur avait ôté les boucles d'oreilles , les boucles de souliers et d'autres objets regardés comme superflus. Brown assure que plusieurs, par lé même motif, ont cassé les miroirs et brûlé leurs livres , la Bible seule exceptée. A la vérité

^ The testimony of Christ , n°. 4io.

2 An accounty etc.

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ils paraissent étrangers à toute espèce de littérature y et Ton ne cite aucune production sortie de leur secte, que l'ouvrage dont il a été parlé précédemment : Preuves du second avènement de Jésus-Christ.

Un autre écrivain, qui les a visités en 1819, dit «quils ont répudié Tusage à§ danser nus^ ce qui » autrefois avait lieu , même entre les différens » sexes ^ » Ce voyageur est le seul où je trouve cette anecdote; elle est démentie par la réserve rigoureusement observée dans les relations entre les personnes de sexe diflFérent.

Les cérémonies religieuses des Shakers étant composées d'évolutions compliquées et difficiles , on les forme soigneusement à les exécuter. Quelquefois ils tombent sur leurs genoux et font entendre un bruit qui imite le mugissement des flots. Leurs prières consistent surtout en aspirations, en gémissemens inarticulés, ce sont des soupirs élevés à Dieu en faveur du monde dépravé qui les persécute : leurs danses laborieuses (ainsi qu eux-mêmes les nOmméftt ) , consistent , de la part des deux sexes , en un sautillement précipité sur le plancher , à la hauteur d'environ quatre pouces , et accompagné de chant , taistôt d'une personne seule, tantôt de plusieurs; mais toujours en mesure et de manière à former un accord parfait.

^ Remarks made on a short tour. pag. 4^ ^^ 5im\

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Cette exaltation affecte tellement le système nerveux, qu'ils éprouvent des frissons comme dans un violent accès de fièvre , et tombent en défaillance. Quelquefois ils battent des mains en sautant, comme s'ils voulaient atteindre les solives au-dessus de leur tête. Souvent l'orateur principal interrompt cet exercice pour leur adresser un discours qu'ils écoutent avec calme ; pui« dis recommencent des danses qui marquent leur joie de la victoire remportée sur le péché , et qui sont l'emblème du bonheur dans la Nouvelle- Jérusalem. Un des exercices les plus usités consiste à pirouetter rapi^ dément pendant une heure ou deux. Un habitant de New-York étant allé voir une société de Shakers, composée d'environ quatre-vingt-dix personnes , fut étonné de la facilité avec laquelle ils exécutent des mouvemens presque incroyables. Il vit entre autres une femme qui , pendant une demiheure , tourna sur ses talons avec une telle vélocité, qu à peine pouvait-on discerner l'objet qui était en mouvement.

Cette secte serait npiieux connue si elle ne s'entourait du mystère. Les Shakers répugnent à s'expliquer sur leur culte; ils se bornent à déclarer qu'ayant été grands pécheurs, ils doivent se mor-' tifier par de pénibles exercices.

Toutes les relations s'accordent à louer l'intégrité de leur conduite, la régularité de leurs mœurs, leur «charité envers les» nécessiteux, quelle que soit la société religieuse dont ils sont mem-

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bres ; ils étendent même les actes de bonté aux animaux , compagnons des travaux de l'homme ^ envers lesquels , par une erreur coupable , on croit i>avoir pas de devoirs à remplir.

. Les Shakers prodiguent les soins les plus tendres aux malades. Quand un homme est alité , si parmi les sœurs il en est une qui précédemment était sa femme , elle est admise à le soigner, à lui servir de garde.

Leur décence , leur modération , s'étend à tous les actes de la vie. Il est cbntre l'ordre de parler trop haut, de frapper trop fort à une porte, de laisseï" une chose hors de sa place.

La propreté , placée dans le nombre des devoirs religieux , reluit dans leurs maisons , leurs meubles, leurs vêtemens. Cet esprit d'ordre se montre dans leurs routes bien entretenues, leurs jardins , leurs champs parfaitement cultivés. Les végétaux utiles ne peuvent prospérer s'ils sont étouffés par les herbes parasites. Cette vérité physique leur offre un emblèmis de la vigilance avec laquelle on doit extirper les mauvais penchans.

L'oisiveté , V4ndolence sont proscrites. Celui qui en serait atteint prouverait par-là même qu'il n'est pas dans la voie de Dieu. L'économie, le travail , conservateur des bonnes mœurs ^t producteur de l'aisance, ont porté dliez eux, au plus haut degré <le prospérité, l'agriculture et l'industrie. Dans leurs ateliers on fait des draps, des toiles, des souliers, des clous. Plusieurs Ont appliqué au perfec-

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tioniiement des arts diverses inventions, pour les-» quelles ils auraient pu obtenir des patentes ; ils s'en abstiennent, parce que si quelqu'un a plus de talent que les autres, le publie doit en profiter. Les femmes, livrées aux occupations de leur sexe.^ travaillent en linge, en tricot. Tous, en général, sont bons ouvriers et d'une grande activité; éloignés du monde, ils ne le fréquentent que pour vendre dans les villes voisines , à un prix raisonnable, leurs produits manufacturés.

Leur chef-lieu est le New-Lebanon. Cet établissement, où ils ont bâti une belle église, forme une rue d'un mille de long. Oa y compte environ cinq cents âmes , dont il faut porter le nombre à quinze cents , en y comprenant les prosélytes disséminés dans le voisinage. Près de là est une maison de correction pour les délinquans, désignés par ces mots : Ils sont hors de la grdcel

D'autres établissemens se sont formés à Hankock, Tyringham, Harvard, Shirley, état de Massachusetts^ à Enfield, état de, Connecticut , à Ganterbury §t New - Enfield ,^ état de New- Hampshire, à AflFred et Sabbat-Day-Poud, près Portland, district du Maine \ Toutes ces communautés, dont l'ensçmble forme une population de quatre à cinq mille personnes, correspondent

^ Sequel ia the sketch qf the denomùkitions of the Christian Worlâ^ etc., by John -Evans , in- 12, 1811. f^oy, la notice à la fin de oet ouvrage.

à celle de Lebanon, qui est le centre de l'associalion, et qui, en i8o5, envoya des missionnaires dans les états de FOhio et du Kentucky. Il parait, d'après un journal américain, que parmi les aggrégés se trouvent des individus de couleur ^

D'autres journaux ont parlé d'un procès assez étrange et d'une loi à laquelle avait donné lieu un nommé Chapman , qui , abandonnant sa femme et trois enfans, s'était retiré chez les Shakers, et prétendait que son mariage était dissous par son agrégation à une secte qui ne reconnaît pas le lien conjugal. Le sénat de New-York a reconnu le divorce, mais il a intimé au mari la défense de convoler à d'autres noces pendant la vie de sa femme, et décrété que désormais toute personne mariée qui entrera dans la société des Shakers , sera réputée morte civilement et ne pourra pas disposer de ses propriétés.

^ Voy. The Columbian, in-8^ New-York, i6 juiUet i8io.

VNIVERSALISTËS, etc. ^09

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