ARMINIENS
des organistes^ la souscription aux canons du synode. Quelques-uns refusèrent. Un organiste ayant dit que si on voulait miettre ces canons en musique, il les jouerait sur ses orgues, mais qu'il ne les signerait pas, fut privé de son emploi ^ On ferma leurs églises , et le troupeau dispersé fut en butte aux vexations du parti triomphateur qui dirigea contre eux la double artillerie de l'enseignement public et de la puissance civile. Cependant les rigueurs s'adoucirent insensiblement , à tel point qu'en 1624, les ministres exilés ayant obtenu la permission de rentrer , ils ouvrirent des églises, et fondèrent à Amsterdam un collège où Episcopius fut professeur.
Trois ans auparavant, ils avaient imprimé à Hardervsrick , leur confession de foi. Dans la préface , on discute l'utilité des déclarations de ce genre, que la plupart des Protestans actuels regardent comme une infraction à la liberté de conscienae. Us publièrent la leur , non comme une règle immobile , mais comme une manifestation de leurs sentimens. C'est un étendard de ralliement à la doctrine qui leur parait approcher le plusse la vérité, ad veritatem quant proximè accedere. Us désirent qu'on embrasse cette doctrine, non pour être sauvé définitivement, mais
duite du hollandais de Gérard Brandt, in-ia, La Haye, 1726, tom. II, pag. 196 et pag. ^1 et suw.
^ Ibid., pag. 189.
1^ DES SECTB» KtfLI6l£U9ES.
pour se préserver de Terreur; dans ki même pftge , le» auteurs irnnoflceût qu'il y a peu d'articles dont la connaissance et la croyance soient indis*pet)sab(es pour le salut : vient ensuite la profession de foi par laquelle ils rejettent le décret de réprobation absolue , et la prédestination telle qu'elle é9t professée par le synode de Dordrecbt. En général, on entrevoit, dans cet ouvrage , que les auteurs sont Latitudinaires ^ Aussi un écin* tain récent assure que les Arminiens modernes, d'après les idées de leur cbef*, ouvrent k porte du salut à toutes sortes de Chrétiens , excepté aux Papistes ^.
Klupfel, professeur à l'université de Fribourg en Brisgavv , trouve une diflFérence notable entre les anciens Remontrans et les nouveauic. Les pre^ miers paraissent avoir eu spécialement à cœur dé mitiger la doctrine Calviniste, et d'établir les quatre points suivans ri*. Il n'y a pas de décret de prédestination , ni de réprobation absolue ; ^^. Jésu^Chriët est mort pour tous; 3**. la grâce n*est pas irrésistible ; 4°« les justes peuvent perdre \h grâce sanctifiante '.
* Côhfessiofidei, iiifedectaratio pastorum qui infœ-dérato belgio Remonstrantês i^cantur, super prœûtpuis articulis rdigionis christianas , in » 8<*. , Herder - Wici , 162a. — Voy. aussi De Historiâ dogmatum arminianorum dissertatio, etc., par Gs. Frank, professeur de théologie à txA, in-B*. , Kiel, ï8i3.
^ Dictionnaire de Aobitison , etc., article Arminiens, 3 Klupfei, institutiones y pars i^. ptolég. de dkfersis relig, sectis , pag. i3i et aag.
Qutrd ]m i^«t»ti» dont on a cite les noms , les AihnioMU» eottiptecfi dans léor seeté dei$ hommes trfcs-dmingttis , Gfôtîttfej Coorcelles, Limbôrcïi, le Clerc, Locke , Tilèîie , Newton , Glarcke , Boyte , Wetsteiii , WMlby , Tâyiôr, Fellôwes, etc. , etc*; mais cette liste contient pludieurâ noms qtte Ie$ Socittiens revendiquent.
Oa a vu que les théologie ad anglicans ^ ineer^ tains ëi leur Église est Calviniste ou non, accumu^ laxit les écrite sur ce Sujets et que, dans cette di»« pute très^échaufféô ^ figure révêc|ue Prcttjman ^ qui a publié sa Réfutation du Cahitiisme^ On tient pour avéré ^ que ^ depuis Laud , archevêque de Cantorbéry , sous Charles I". , la grande majorité du clergé anglican «penche vers TArmiûlanisme. L archevêque Tillotson ^ le docteur Bàrrow et d'autres , avaient adopté ^ en la modifiant , cette doctrine quia fait aussi de grands progrès dans TÉglise d'Ecosse; elle est admise che^ les Quakers, les General-Baptistes , tes Moraves et les Méthodistes-Wesleyens ; John Wesley fit imprimer ^ en 1778, une nouvelle apologie de leur doctrine^, contre laquelle parurent divers écrits , dont un par WilL Huntingtoui est intitulé : Funérailles de HÂtminianisme ^ , où il n'épargne pas les in-
^ The question TVhat is an Arminian ? Answered hy a loi^er offree graee » 10^12, London, 1798.
^ Thé JUnerai àf atminianism , In-S". , 4". ëditîM y London, i8i4, p. 65, 72, 75, etc.
jures au pape. et à l'Eglise Catholique. La doctrine préconisée par Wesley lui paraît un poison , une rébellion contre Dieu et sa parole. Les ouvrages papistes ne lui offrent rien de si révoltant que les hymnes de Wesley , et particulièrement son sermon sur la grâce libre.
D'après ce qu'on vient de lire, on voit que l'Arminianisme , frère du Pélagianisme , très-répandu dans beaucoup de sectes protestantes, a parmi elles un nombre d'adhérens beaucoup plus considérable que ceux qui sont réunis en corporation séparée. Celle-ci compte environ trente Eglises en Hollande, et une à Friedrichstat dans le Holstein.
En 1796 , les Remonfrans adressèrent aux Gomaristes , et en général aux Protestans des Provinces-Unies, une invitation à se réunir; les Eglises Wallones, assemblées en synode à Gorcum, y répondirent le i4 juin 1798, par une lettre trèsaffectueuse , et dans laquelle ils réprouvent le ton décisif en matière de religion ' . Le jurisconsulte Sinkel en prit occasion d'écrire aux députés de la communion Arminienne , pour leur recommander une réunion bien plus étendue , non - seulement entre eux, mais encore avec les Catholiques, conùne la seule praticable. Les Remontrans ayant
^ Lettre arrêtée au synode des Eglises wallones de la république batave, etc., à la coafrérie des Remontrans, 3 pages in-folio.
ARMINIENS. 3oi
exposé à Sinkel les raisons pour lesquelles ils avaient restreint leur invitation aux Protestans , il répondit, en s'appuyant d'une autorité non suspecte , celle de Grotius , Arminien qui ne voyait aucun rapprochement possible entre les Protestans, à moins qu'ils ne s'unissent aux Catholiques. Il fortifiait cette considération par un aveu du même Grotius , que si Dieu avait permis la corruption des mœurs à Rome , du moins la doctrine y avait conservé son intégrité. Daillé lui-même , Claude et le synode national des Réformés français à Charenton, avaient déclaré que TÉglise romaine a conservé les vérités fondamentales, qu'ainsi l'essence de la religion étant permanente, elle a retenu tout ce qui est nécessaire au salut, et ses pasteurs ont la véritable mission.
Un ministre Remontrant, qui , pendant environ un quart de siècle , a exercé le ministère dans sa * communion , le docteur Bruining, admettrait volontiers un concile œcuméniqiîe , tel que celui de Constance , pour négocier cette affaire ; mais il nous parle de (c beaucoup d'hommes éclairés qui » voudraient subordonner la théologie chrétienne 0 aux besoins de nos jours '. » Des tentatives de ce genre échoueront toujours contre l'immobilité des dogmes catholiques , et malheur à tous
^ Les premiers principes de la théologie, etc., par Bruining, in-8°. , Leyde, 1809. — J^oy. avant-propos , pag. I et p. 27, etc.
303 DES SECTI^S AELiai£USES.
ces réformiiteup^qui prétendent afisouplir les principes inflexibles de FÉvangile pour les Ëiire con^ corder avec les caprices des passions.
La rigidité Gomariste est grandement adoucie par rorganisation nouvelle des Églises réformées dans les Pays-Bas, Les mesures prises en 1816, altèrent une propension marquée à faire disparaître les divergences d'opinions.
Une coutume adoptée depuis le synode de Dordrecbt, soumettait les aspirans au ministère k un examen spécial sur cinq articles de foi adoptés par le synode contre l'Arminianisme qu'ils étaient obligés de réfuter ex professa. Cet usage est aboli» Les candidats devaient en outre souscrire une formule qui proscrivait les opinions des Remontrans. Une formule nouvelle impose seulement l'obligation de conformer l'enseignement à la Sainte-Écriture ce qui laisse la plus grande lati^ tude k l'interprétation ; les Remontrans , comme les autres, défèrent à cette invitation.
I^s décrets du même aynode, en 1818 et 1819 y ont statué que les membres de toutes les communautés Protestantes ( donc aussi les Remontrans ) ,
aéraient admis à la cène dans les Eglises réformées y ci-devant appelées Gomaristes , sur la simple exhibition d'un certificat de confirmation dans la foi chrétienne , et ce synode recommande aux ministres d'étendre leuk*$ soins à toutes les sectes dissidentes de Protestans dans les lieux où celles-ci n'ont pas de commtmaatés spéciales.
▲KHINISKS. 3o3
Ces mesures annoncent une tendance marquée à une fusion de culte extérieur sans profession de foi, sans idée fixe sur la croyance; car, en se bornant à dire qu'on adopte l'Évangile , en secouant toute autorité pour en fixer l'interprétation , c'est ouvrir la porte à toutes les sectes. Alors ces sociétés n'auront plus de lien commun que l'aversion persévérante contre l'Eglise catholique.
3o4 DES SECTES RELIGIEUSES.