‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 27 sur 59 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

PIETISTES, SECTATEURS DE SPElfER, PIETISTES DE BISCHWILLBR^

d'eDENKOBEN, ETC., ETC.

Le nom de Piétistes fut appliqué comme épithète injurieuse, quelquefois à des enthousiastes dévots et libertins, tels que Jean-Conrard Dippel, plus souvent à des hommes sincèrement pieux , tels que Godefroy Ariîold, qui attachaient plus d'importance à la morale qu'aux livres symboliques. Les uns projetaient de réformer la réformation Luthérienne , d'en refondre les dogmes ; les autres, sans toucher aui dogmes, aspiraient à épurer les mœurs. Tel était Philippe - Jacques Spener , né en î635 , à Rapperzweiler , dans les Vosges , mort en 1706, à Berlin.

Affligé des désordres qu'il voyait dans son Eglise , il voulait bannir l'esprit de système , les logomachies , les disputes ridicules , et réduire la théologie à n'être que l'enseignement de ce que l'on connaît de positif en religion : il recommandait l'étude de la Bible ; surtout il exigeait que les laïques ^ et plus encore leurs ministres , eussent une piété vive et sentimentale. Faire revivre la

religion pratique chez ses coreligionnaires , dont ]es mœurs étaient dissolues , voilà son but : il forma d'abord à Francfort une société séparatiste ou Collège de piété , à l'imitation duquel beaucoup d'autres furent établis , jusque dans les villages. C'étaient des réunions dans des maisons particulières. Auguste Hermann Francke , né à à Lubeck en i663 , mort en 1727 , professeur de théologie à Halle , fondateur du célèbre Orphanotrophéion ( Maison des Orphelins ) , et divers coopérateurs actifs, développèrent les idées de Spener.

Les Piétistes, tolérant a peu près tous les partis, pourvu qu'on eût de la tolérance , estimant plus les fruits de la foi que la foi elle-même , s'occupant moins des dogmes que de la morale , pensaient que la Bible n'est bien comprise que par le juste illuminé du Saint-Esprit. Ainsi, trèspeu rigides sur les opinions , mais rigides sur les actions, proscrivant les danses, les jeux de cartes et d'autres amusemens, ils s'occupaient à former la piété intérieure , et quelques-uns se jetèrent dans le mysticisme. Leur dévotion était plus affective qu'éclairée : un des points sur lesquels ils dissertaient le plus , était le mariage de lame avec Jésus-Christ. Ce sont, disait le roi de Prusse, Frédéric II, des Jansénistes protostans , à qui il ne manque que le tombeau de Paris et un abbé Bécherand pour gambader dessus. On voit que Frédéric ne connaissait pas les Jansénistes : on

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sait, d'ailleurs, avec quelle outrageante légèreté il traitait tout ce qui concerne la religion.

Parmi les disciples de Spener , se troiryaient quelques visionnaires guidés par un zèle a^ugle. On j contptait même des Anabaptistes et des Labadistes. £n signalant comme théologiens char^ nels ceux qui leur étaient opposés, en prédisant la chute de Bahjlone , ( c'est ainsi qu'ils nommaient la confession d'Augsbourg ) , ils avaient irrité beaucoup d'amours-propres, surtout celui des ministres, qui considéraient la désertion des temples comme injurieuse à leur autorité. La haine en prit occasion d'inculper toute la société naissante, à laquelle ils appliquaient le texte de saint Paul, sur certains hommes qui ont une apparence de piété,, mais qui en ruinent les vérités et V esprit ^ On l'accusa même de sédition , et lenthousiasme qu'elle manifestait alarma les gouvernans.

Depuis 1 689, dans le reste du dix-septième siècle et au commencement du dix-huitième , entre les Piétistes et leurs antagonistes , s'établit une lutte à laquelle prirent part toutes les communautés Luthériennes. Dans les (!haires des temples et des universités, comme dans les Collèges de piété ^ on dissertait sur l'utilité ou l'inutilité des livres symboliques et* des traités dogmatiques , sur les vices du clergé, et la validité des fonctions exercées par des ministres dépravés ou irrégénérés. Spener

^ 2. Timoth. 3. 5.

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