‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 31 sur 59 · FRÈRES MORAVES · texte numérisé non relu

FRÈRES MORAVES

rêveries de Drabicius et d'autres enthousiastes , et lié avec la Bourignon.il fixait à Fan lô'ys ou lô-yS, le commencement du millenium.

Les Moraves soutiennent que la consécration valide leur a été transmise par une succession de prélats qui se rattache aux Yaudois, aux Calixtins, aux Frères de Bohème. En admettant comme certains les détails qu'ils allèguent , de qui ceuxci tenaient-ils leur consécration ? Pour constater la validité de leurs évêques , ils sont contraints de remonter à l'Eglise catholique , qui remonte aux apôtres ; un point capital est de savoir si les hommes que , chez les Moraves , on appelle évêques, ont puisé leur caractère à cette source.

Les Frères de Bohème, que , vers l'an 1420, on appelait Frères agneaux ( Fratres agnini ) , en allemand , Lammbruders , étaient un faible reste des Taboristes et des Hussites , qui, cachés sous le nom de Calixtins , lorsque ceux-ci avaient Uberté de culte, s'en séparèrent en i457- Dix ans après, ils choisirent trois ministres, auxquels un curé conféra l'ordination ; puis ils élurent un évéque , qui fut ordonné à Vienne, en Autriche , par le pasteur que les Yaudois avaient décoré du même titre ^

Les Frères de Bohème assurentque, vers l'an 1 5oo,

^ Moraifiœ historia, etc. , par Pilaz a S. Floro, ^t F. Moravet a S. Antonio, clercs réguliers des écoles pies , in-8°. , Brunae, 1786, pars 2«. , pag. 69, la note.

ils avaient plus de deux cents Eglises en Bohème et en Moravie. Actuellement ils occupent encore six ou sept villages vers les bords de l'Oder , entre autres Fulneck , où mourut , en 1671 , leur évêque Comenius , non loin de Troppau.

A la fin du quinzième siècle , fuyant la persécution dirigée contre eux en Moravie , ils se dispersèrent. Quelques-uns cherchèrent un asile jusque dans les montages du Caucase.

Robert Adam paraît s'être trompé , en disant qu'ils furent encore obligés de quitter cette retraite ^ , car on y trouve leurs descendans trèsdégénérés. Ils se distinguent des peuplades voisines par leur langue, leur union, ce qui leur a fait donner le nom de Frères ^ et par quelques cérémonies empruntées du christianisme ^.

D'autres descendans des anciens Moraves se réfugièrent, en 172 1 et années suivantes , dans la Pologne, lalSaxe , la Silésie , le Brandebourg , où ils s'attachèrent , les uns, comme ceux de Berlin , à l'Eglise calviniste, les autres à l'Eglise luthérienne. Un certain nombre d'entre eux trouvèrent protection à Berthelsdorf , village appartenant au comte Nicolas-Louis de Zinzendorf , en Haute- Lusace. L'année suivante, ils commencèrent à

^ The religious world displayed, tom. m, pag. 291.

2 Voy, Histoire de Russie, in-8®. , Paris, 181 2, t. viii, pag. 334 «^ suw. , édition publiée par MM. Maltebrun et Depping.

FRERES MORâYBS. 357

élever quelques maisons noa loin de ce village. Telle fut l'origine de rétablissement nomnié Hermhuters ( Gardiens du Seigneur ) , dont ils ont célébré l'année séculaire en 1822. Il s'accrut par l'arrivée de quelques autres Moraves, persuadés que c'était là où ils devaient, dit Lorets, asseoir leur pied ^ . A eux se réunirent même des Schwenkfeldistes , expulsés de la Silésie ; mais ils citent spécialement l'an 1727 comme celui de leur résurrection et de leur liaison avec leurs Frères les Luthériens et les Réformés ^.

Zinzendorf ^ doué d'une imagination bouillante et de passions ardentes, en éprouva prématurément tous les orages. Il n'avait pas treize ans, dit Gastilhon , qu'il connaissait déjà les excès de la licence et les malheurs qu'entraîne après soi le désordre ^. Walchs lui adresse aussi des reproches graves sur les mœurs. Zinzendorf parut tourmenté dès sa tendre jeunesse par le désir d'être chef dé secte. Il n'était encore qu'étudiant k Halle en Saxe , lorsqu'il créa l'ordre de la graine de moutarde {Sertf-Kom-'Orden) y qui avait pour emblème un ecce homo , avec l'épigraphe nostra medela * ; une-

^ Lorets, pag. 9.

2 The ancient and modem history qf the Brethren, etc., traduit de rallemand de Crantz , avec les DOtes de Benjamin La Trobe, in-8°., London, 1780, pag. 118 et 14^.

^ Essai sur les erreurs et les superstitions, par Gas> tilhon, in-80. , Francfort, 1766, tom. 11, pag. 246.

^ Kurzgefasste lebens geschichte Nicolaus- Ludwig

parabole de TEvapgile compare le royaume des deux à cette plante \ dont les accroissemens lui paraissaient le présage figuratif de ceux que prendrait sa société^ à laquelle il appelait des gens de toutes les religions ^. Il donna à celle des Frères Moraves une forme nouvelle, surtout en y insinuant l'esprit du piétisme, car il était un des admirateurs de Spener , qui avait laissé de profonds souvenirs et beaucoup de disciples à Halle. Dans cette ville résidait Gottlieb Spangenberg , né en 1704, qui s'était brouillé avec les directeurs de YOrphanotropheion. Il devint lun des plus fervens prosélytes et l'un des coryphées vénérés du Herrnhutisme ^, fut leur évêque et mourut en

A cette égoque commence Tintimité de Zinzen-

dorf avec un Suisse qui le seconda puissamment,

c'est le baron ou comte de Watteville, car Lorets

lui donne ces deux qualités dans la même page ^.

Un certain nombre de fanatisans des Cévennes^

qu'on appelait les inspirés ou prophètes français ^

étant aUés en Weteravie, et désirant se réunir aux

grafen çon Zinzendorf etc. , von Jo. Chr.'j Duvernoy , in -8°., Barby, 1793, pag. 7.

^ Marc. IV. , 3 1 .

^ Acta historico-ecclesiastiea , t. vi , p. ^35 et suw.

^ Leben August Gottlieb Spangenberg^ s, bishop der Evangelisçhen bruder kirehe , von Hisler, inr%^. , Barfy^

♦ Lorets, pag. 99.

FRÈRES MOKAVES. âSg

Hermhutes, invitèrent Ziozendorf à venir du milieu d'eux. Il se rendit à leur prière et prêcha dans leur assemblée, à Budingen, mais blàmà leur attachement à de prétendues prophéties qui , selon lui, étaient hideuses. Les négociations répétées des Cévenols , pour cette réunion , échouèrent, et leur parti s'éteignit d'inanition ^

Quelques Moravec de Londres avaient formé de» liaisons avec les Méthodistes; clans l'histoire de ceux-ci on a lu que Zinzendorf , venu en Angleterre en 1737, fit des tentatives infructueuses pour eflfectuer une réunion. Il demanda au général Ogletorpe, gouverneur de la Géorgie, la permission d'y envoyer des Missionnaires. On lui opposa que l'Église anglicane contesterait la légitimité de leur ordination. Sur ce dernier article, Zinzendorf eut des conférences avec Potter, archevêque de Cantorbéry , qui , de concert avec l66 autres prélats anglicans, reconnut les Moravéè pour une branche orthodoxe du protestantisme , et le parlement, en 1749» passa un bill en leur faveur ^.

Zinzendorf aspirait au sacerdoce de la secte ; mais à cette époque , où rarement quelqu'un de la haute noblesse entrait dans le clergé protestant , il craignait de choquer l'ordre de Danebrog ^ dont il était membre. Il consulta les théologiens Lu-*

'^ Crantz, pag. 146 et suw.

- Ogden an excursion, etc.

36o DES SfiCT£S RELIGIEUSES.

tbériens de Tubingue qui votèrent pour son ordination; d'après cette décision il se fit ordonner , et n'épargnant ni soins , ni dépenses pour l'intérêt de la secte à laquelle il attachait sa réputation, il publia divers opuscules, voyagea dans plusieurs pays de l'Europe , aux îles et dans le continent de l'Amérique, expédia des Missionnaires, voulut même convertir les Juifs ; mais il abandonna ce projet, en pensant que l'époque de leur entrée dans le christianisme n'était pas encore arrivée ^ Il mourut en 1760 , regardé comme le fondateur de V Unité des Frères , qui , par reconnaissance , a donné aux trois filles du comte soixante-douze mille dollars, en s'astreignant à leur payer, ou à leurs héritiers, la rente de cette somme jusqu'au remboursement du capital.

En 17 40 y quelques -restes des Hussites s'agrégèrent aux Moraves , à qui leur secte avait donné naissance; d'autres Hussites, comme on l'a dit, s'étaient joints aux Luthériens, à condition de recevoir à la cène un morceau de pain et non une hostie, et d'autres aux Calvinistes. Cette triplé subdivision fit naître une controverse qui, en 1 76 1 , était très-diminuée. EIsner prétendit que les Frères de Bohème, ou Hussites, avaient toujours pensé comme les Calvinistes;. Kraft soutint qu'ils étaient Luthériens. Cette dispute ressemble à celle tanX de fois agitée dans l'Église anglicane , pour décider

^ Duvernoy, pag. 104.

FRÈRES MORAVES. 36r

si elle est Calviniste ou Arminienne. Qui pouvait mieux savoir que les Hussites eux-mêmes quel était leur système? Leur répartition entre diverses sectes prouve ou indifférence sur la religion , ou différence de doctrine.

Les Moraves formèrent des colonies et se répandirent dans la Silésie et le Brandebourg. En 1771, sur les confins des ducbés de Jutland et de Seswick, ils fondèrent Christianfield, qui compte actuellement sept cents individus-, tous delà même secte ^ On cite en Allemagne leurs établissemens de Neuwied sur le Rbin, Barby, Neudittendorf , entre Erfurth et Gotba; ils en ont un dans la principauté de Neufcbàtel ; dans les cantons pro tes tans de la Suisse, quelques petites colonies qui ont une correspondance régulière avec la ville de Bàle, réputée leur capitale ; plusieurs en Hollande, dont la plus considérable est celle de Zeist, à un myriarmètre d'Utrecbt; d'autres en Angleterre, dans un état de prospérité. L'auteur de cet ouvrage cite celle de Tytherton, en Wiltsbire, moins nombreuse, mais peut-être plus intéressante que celles de Neudittendorf, de Zeist et d'autres qu'il a également visitées. En 1801 , les Moraves anglais ont imprimé à Batb une nouvelle édition de leur liturgie ^.

^ Tableau des Etats ' danois , pai* Catteau , 3 vol., Paris, 1802, tom. m, pag. 4© ^^ suw*

2 A collection of hymns for the use of the protestant church of the Brethren , in-8®. , Bath, 1801.

36d DES 8EGTES RELIGIEUSES.

A Neuwied, ils ont publié, dans notre langue , des cantique^ et d'autres ouvrages ascétiques pour être répandus en France; mais jusqu'ici, à peine ont-ils une centaine de Frères à Strasbourg; quelques-uns en moindre nombre à Mulhausen et à Paris.

En 1760, les chefs Moraves avaient demandé au patriarche de Constantinople qu'il leur facilitât les moyens d'aller prêcher en Orient \ En 1^65 , ils commencèrent un établissement à Sarepta , gouvernement de Saratof, sur les bords de la Sarpa, à une werste de son embouchure dans le Volga , avec le projet de faire connaître l'Evangile aux tribus tatares du Caucase. En 1773 , cette colonie était déjà de deux mille cinq cents âmes, et d'environ quatre mille en 181 3. On les vante comme excellens artisans et bons cultivateurs. On lit dans quelques voyageurs, qu'ils y sont dégénérés de leur simplicité primitive. Klaproth les taxe d'hypocrisie et d'avarice. Son traducteur anglais le combat par l'autorité de Pallas, qui en avait fait un grand éloge ^. Ces témoignages de deux voyageurs peuvent être également véridiques, car ils ont visité Sarepta à des époques

** ^cta historica, tom. xiv, pag. 612.

^ Travels in the Caucase and Georgia in the years 1807 et 1808 , by J, von Klaproth , translated by J. Shobert. m-4*'. , London , i&i4^ pag. 214. '^ Pallas, tom. V, pag. 174*

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différentes. Vsévolovjsky dit que Sarepta est protégé par un rempart , entouré de fossés , garni de chevaux de frise, avec six batteries de deux pièces chacune.

Les Moraves, animés d'un zèle imperturbable pour former des établissemens dans toutes les régions, en ont à Tranquebar, en Guinée, au cap de Bonne-Rspérance et parmi les Hottentots. On trouve à ce sujet des détails curieux dans les voyages de Lichtenstein ' , et surtout dans ceux de Campbell et de Charles La Trobe , un des plus distingués de leurs ministres.

Leurs missions dans les îles danoises du Nouveau-Monde sont bien antérieures. Dès Tan 1732, on les voit à Saint-Thomas, Sainte-Croix et Saint- Jean , où ils obtiennent des succès. De là ils abordent les Caraïbes, les Barbades, la Jamaïque et autres parties des Antilles.

Le Christianisme avait été implanté dans le Groenland, par les Egede, les Fabricius et d'autres Missionnaires danois. Leurs travaux ont été puissamment secondés par les Moraves , dans ces contrées où là nature .semble toujours dans la douleur. Leur activité bienfaisante s'est étendue aux Esquimaux, où ils ont trois petites colonies. Avant leur arrivée, les Esquimaux étaient dans

^ Travels in southern Africa in the years , i8o3 by H, Lichteinstein , translated etc. , by A. Pluraptre , in-4^. ; LoDcloa, 1812^ chap. XI, pag. i5i et sui^, 1

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l'usage de tuer les orphelias et les veuves pour ne pas les exposer à mourir de faim. Les Moraves leur apprirent divers procédés utiles pour la pêche, construisirent un magasin , et engagèrent les habilans à y déposer la dixième partie de leurs grains en faveur des veuves et des orphelins.

Les Missionnaires ont imprimé des prières , des cantiques , des catéchismes et d'autres livres élémentaires en créole des colonies danoises, et en langues du Groenland et des Esquimaux. En 1801, ils avaient environ cent cinquante Missionnaires pour .vingt-quatre mille prosélytes ', et vingt- neuf établissemens, dont les principaux sont dans les Etats-Unis; en Pensylvanie , Bethléem est bâti sur un terrain acheté par Zinzendorf en 1740. On y comptait naguère six cents personnes. A dix mille de là , Nazareth en avait quatre cent cinquante , et Litîez trois cents. Quelques-autres sont disséminés dans les états de X Union ^. La communauté de biens eut lieu à Bethléem jusqu'en 1762. Ils se mirent alors au régime de leurs Frères d'Europe- Oldendorp , David Cranz , Loeskiel et Ogden ont publié des histoires intéressantes de ces établissemens et des missions ^ qu'ils entretiennent à

^ A précise account 0/ the présent statement of the mission of the united Brethren , in-80. , 1801, London , par La Trobe.

2 Morse, pag. 281.

* Oldendorp y Geschickte der mission der eçangelischen bruder, etc., 2 v., in-8°., Barby, 1777. — Geschickte

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