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que cette unité ne consiste pas dans la conformité d'idées, mais dans l'unanimité des sentimens dû cœur; qu'elle nest pas l'ouvrage du raisonnement, mais de l'affection '• Dès lors ils ne trouvent plus d'obstacles à s'associer à d'autres sectes. Telle est la raison pour laquelle ils ont établi des tropes ou classes, soit pour éviter là confusion par rapport aux divers systèmes religieux, soit pour conserver à chaque membre sou droit à l'Église dans laquelle il est né. Il y a trois tropes, celui de l'Eglise morave, celui de la luthérienne, celui de la réformée ; sous le trope morave sont aussi compris ceux qui , étant d'une communion différente des deux protestantes, se sont néanmoins joints à Vunité ^.
Quand une discussion divise les esprits au point de ne pouvoir obtenir un résultat définitif, ils ont recours au sort, surtout lorsqu'il s'agit de pourvoir aux places, et d'entreprendre une nouvelle mission; dans le temps de Zinzendorf, le sort fut consulté pour savoir s ils devaient passer sans restriction dans l'Église luthérienne, ou conserver leur constitution particulière. Cependant cet usage n'est pas employé indifféremment, ni par tout le monde, mais seulement par les synodes et autres assemblées représentatives. Ils le fondent sur la certitude de leur propre insuflisance, et
^ Lorets, pag. i32.
^ Ibid, pag. i35.
sur la conâance avec laquelle ils s'abandonnent à la direction de Jésus-Christ, qui a promis assistance à son Église.
A chaque heure du jour et de la nuit il y a quelques personnes des deux sexes chargées de prier pour la société. Les communautés moraves de toute la terre , à la même heure , sont unies d'intention pour chanter l'hymne du matin et faire la prière du soir. Le voyageur Bonnet s'est trompé en disant qu'ils observent le sabbat. D'après ce qu'on lit dans saint Jean, chap. XIII, sur le lavement des pieds, quelques congrégations, croyant que cette cérémonie était obligatoire, la pratiquaient avant la cène, mais elle est à peu près en désuétude.
Les deux sexes sont séparés à l'église. Grands amateurs de la musique religieuse , leurs cantiques abondent en expressions figurées. Quand le zèle parait se refroidir, ils tâchent de le ranimer par les Fêtes d'amour. Elles consistent en prières , en hymnes chantées, à la suite desquelles ils mangent en commun un petit gâteau, et prennent chacun du café dans le temple, ou, comme à Zeist, deux tasses de thé.
C'est un axiome que les principes, les règlemens, et non les hommes, gouvernent l'unité: ainsi les ministres ne font qu'appliquer ces règlemens. Leur hiérarchie se compose d'évêques ou
^ The ancient and modem history, pag. itiS, etc.
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«urintendans , de seniors ou anciens , de pasteurs ou prédicateurs, et de diacres, dont les salaires sont modiques. Liancourt raconte que Tévéïue morave de Bethléem, dans les Etats-Unis, fai-* sait des pains à cacheter pour augmenter son bien-être.'
Tous les sept ou huit ans ils ont un sjnode auquel chacun des établissemens d'Amérique et d'Europe envoie un ou plusieurs députés élus par tous lesTrères; les autres membres dont se compose le synode, sont les évêques, les seniors j les administrateurs des tropes, les seigneurs des lieux où ils ont des églises, s'ils sont membres de rUnîté, etc. On y mande même quelques sœurs ^ pour donner des renseignemens sur les objets relatifs aux personnes de leur sexe; mais elles n'ont pas le droit de voter ^.
Ces assemblées sont comme le centre deV Unité des Frères; en elles résident le soin, l'inspection, la direction générale des affaires, la conservation des dogmes, des mœurs, de la discipline, et tout ce qui concerne le régime spirituel et temporeL On extrait les con^espondauces envoyées des diverses parties du globe, et, k la fin de la session, qui dure deux ou trois mois , ces extraits , insérés dans un compte rendu de l'état de la société et des missions, sont communiqués et lus dans toutes les églises '. Avant de se dissoudre, le synode
^ Lorets, pag. i56.
^ Liancourt, tom. vu.
établit un collège de treize membres, qui siège à une lieue de Herrnhut; il est chargé de iiommer les officiers principaux, de régler les missions et les collèges.
Liancourt compare le régime des Moraves à une oligarchie. Outre la division en tropes , et la subordination hiérarchique, chaque congrégation particulière est distribuée en chœurs , déterminés par les différences d'états , d'âge et de sexe , et qui ont chacun une personne pour présider. Il j a les chœurs des hommes , des femmes , des veufs et des veuves, des garçons, des. filles, subdivisés en diverses classes. Southey, dans son Histoire du Brésil, parle d'une peuplade indienne, où les femmes sont distinguées des filles par un dialecte différent \ Chez les Moraves, on discerne les filles, les femmes et les veuves par la couleur du ruban ; à Zeist et à Neudittendorf , celui des filles est rose, celui des femmes est bleu, celui des veuves est blanc. A la faveur de ce partage en classes, on inculque plus facilement à chacun les devoirs propres à son état.
Aucune société religieuse ne donne plus, ni peutêtre même autant de soin que les Moraves à l'éducation physique et morale des enfans. On s'occupe d eux avant même qu'ils soient nés. C'est pour eux , comme pour les mères , qu'une femme est chargée de surveiller celles qui sont enceintes, et de leur
'^ Histoire du Brésil, tom. iii, pag. 389.
FRÈRES MORAVES. ^Jt
donner des conseils convenables. Outre lu surveillance des parens et des pasteurs à legard des enfans , une autre s'exerce par les frères et les sœurs préposés à l'inspection de ceux de leur sexe ; et ces préposés sont eux-mêmes inspectés par les anciens , qui , de temps en temps , les convoquent pour les encourager, les diriger, et s'informer de la conduite des enfans. Rien n'échappe à là vigilance ; les exhortations et les règlemens embrassent même des détails qu'on appellerait niinutieux, si quelque chose pouvait l'être quand il s'agit d'éducation. Chez plusieurs communautés moraves, les enfans reçoivent une éducation commune dans des pensionnats, espèce de couvens avec de grands dortoirs.
Le passage de l'enfance à la puberté , les phénomènes physiques et moraux qui l'accompagnent , Gont une crise qui appelle les soins de la vertu éclairée. Ecarter les notions et les occasions qui pourraient accélérer cette époque orageuse, et, lorsqu'elle arrive, préserver l'innocence du naufrage, tel est peut-être le problème le plus difficile à résoudre dans l'éducation. J.-J. Rousseau l'a discuté et résolu à sa manière. Par quelle fatalité la société des Moraves est-elle la seule qui se soit formellement occupée de cet objet , et de quelques autres circonstances de la vie hdmaine ? Us avouent qu'on ne peut à cet égard, établir dés règles générales. On rappelle sans cesse aux parens combien il est essentiel de soustraire l'en-
3y% DES SECTES RELIGIEUSES.
fance au danger de voir et d'entendre des choses auxquelles on attache souvent trop peu d'importance ^ qui néanmoins entraînent des conséquences fâcheuses, et dont les effets s'étendent sur toute la durée de la vie. Lorsqu'on ne peut plus échapper à la nécessité d'expliquer aux enfans des phénomènes , et de leur donner des notions sur lesquelles la nature animale et végétale offre des analogies multipliées, il faut, disent les Moraves, les pénétrer de la présence de Dieu, tirer ce qu'on leur dit de l'Ecriture - Sainte , autant qu'il se peut, mettre dans les réponses tant de précision et de clarté , qu'ils n'aient pas besoin d'explication ultérieure, ni de faire eux-mêmes des recherches ^ Chez les Catholiques, leminis^ tère de la confession , confié au zélé et à la prudence, est un puissant moyen pour remplir cette tâche délicate; ce n'est point ici le liea d^entrer dans ce détail , mais c'est le cas de faire admirer cette divine sagesse qui, par un sacrement sanctifiant l'union des époux, repousse ou Réprime les écarts des imaginations désordonnées. La même réflexion s'applique à diverses fêtes et cérémonies, sur les objets desquelles l'Église étend un voile majestueux , qui leur imprime un caractère auguste, et commande le respect.
La familiarité entre les deux sexes exposé à des liaisons qui ne sont pas toujours avouées par la
^ LoretSy pag. 262.
FRERES MORAVES. ij^
j^ertu. Dès les premiers temps, les Frères s'occupèrent d'en prévenir'les abus. Ils furent secondés par les sœurs-Jilles , qui convinrent entre elles , « de ne prêter l'oreille à aucune proposition de » mariage qui leur serait faite d'une manière pro- « fane , et non selon les principes d'une société )» chrétienne : elles déclarèrent que si les anciens » de l'Eglise jugeaient à propos de donner une » aidek quelque Frère et d'en faire la propositionà » l'une d'elles, elle se réservait le temps d'y réflé- V chir : » cette déclaration a toujours fait toi ^
Quand un garçon veut se marier, il s'adresse à l'inspecteur; et soit qu'il désigne la personne à laquelle il veut s'unir, soit qu'elle lui soit proposée par les anciens , auxquels la demande est référée , on examine soigneusement si toutes les convenances de mœurs , de caractère , de facultés , de santé, s'y trouvent. On consulte le sort, et si la proposition est approuvée, on la communique à l'inspectrice de la fille, qui la transmet à celle-ci. Quand tout est d'accord , on célèbre le mariage f on voit par-là que les Moraves se marient toujours dans leur secte ; si quelqu'un épousait dans une autre communion , il cesserait d'être membre de l'Unité.
Ce qu'on vient de lire conduit à mentionner les imputations sans nombre qui furent dirigées contre eux en Angleterre, en Hollande, en AUema-
^ Lorets, pag. a48.
gne surtout. L'université de Tubingue fut consultée , en 1747 j sur le» Herrnbuters , par le duc de Wurlemberg \ La prévention, si voisine de la calomnie, se montra souvent dans .les ouvrages par lesquels on les attaquait; les lecteurs honnêtes regretteront, comme Tauteur, que la vérité histotique oblige à des détails qu'on s efforcera de couvrir du voile de la décence.
Smoilet , continuateur de Hume , impute aux Moraves ( sous Fan 1760) un culte mélangé de dévotion et d'impureté. Cette assertion est un texte qu'il commente par des détails révoltans ^.
On les accusa d'établir la communauté de femmes. Ghr.-Sig. George , qui publia contre eux cinq dissertations , imprimées à Wittemberg , fit soutenir, en 1755 , dans la même ville, une thèse où il dit que chez eux les époux sont des vice-- Christ j parce qu'ils représentent Jésus-Christ , le véritable époux. La même assertion se trouve répétée vers la même, époque , par Jean Stinstra , dans une lettre adressée aux M ennonites ^, et dans deux écrits de Froereisen , chanoine Luthérien de l'église Saint-Thomas, à Strasbourg '^^ En comparant
^ Acta hist. , tom. i , pag. 708 et suw,
^ Histoire d* Angleterre , depuis l'invasion, etc., io-8**. , Paris, 1826, tom, xv, pag. 357 ^' ^^^'
^ Lettre pastorale contre le fanatisme, etc. , par M. Jean Stinstra, in - 8*. , Leyde , lyS?., 2 vol., pag. 83, 90 et suivantes.
^ J, L. Frocrciseni/i brevis dclineatio duorum impos-
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Mahomet à Zinzendorf, it trouve dans celui-ci plusieurs caractères de FAnte-Christ , et Faccuse d'avoir publié, sous le pseudonyme âijilbinus Sincerus , une brochure qui contient des détails obscènes. Anquetil du Perron a consigné la même accusation dans une note de son Oupnek'at. Étant jeune il avait habité Rhynweck, près de Zeist; mais les renseignemens que j ai recueillis à Zeist même, en i8o3, attestent que si ces idées ont eu cours parmi eux , actuellement elles sont éteintes.
11 se peut que lé vice et TeiTeur aient exagéré ou dénaturé des idées qu'une piété éclairée doit toujours ramener au respect pour soi-même et pour les bonnes mœurs .
Le style des Moraves dans leurs discours et leur liturgie , leur mysticisme sentimental , l'habitude de ne parler autrefois de Jésus-Christ qu'en le désignant sous le nom de Yagneau ^ ; la dévotion à
torum Muhammedis et Zinzendorjii , Muhammedis Si" miœ, in-4". , Ai'gentorati; Conjirmatio brevis delineationis, etc., par le même.
^ Quoique cet emblème touchant soit emprunté de la Bible ^ le concile in trullo , tenu à Gonstantinople en 692 , considérant la multiplicité des images , où saint Jean montrait du doigt Jésus-Christ sous la forme d'un agneau , ordonna qu'à Tavenir on peignît le Sauveur sous la figure humain^, comme la plus convenable. P^, Labbe Concilior, tom. vi , canon 82, pag. iiySf et Fleuri, tom. IX , pag. 594. L'agneau à la Chine était le symbole du saint désiré et attendu. Ce désir ardent, cette espérance publique , cette attente universelle , était exprimée
3^6 DES 5ECTES RELI6IEI/SES.
ses plaies, surtout à celle de son côté, servit de prétexte à d'autres accusations. Stinstra prétend qu'ils ont des erreurs sur la Trinité , qu'ils la concentrent en Jésus-Clirist , qu'ils donnent au Saint- Esprit le titre de mère. Selon George, ils nient que Dieu soit le Créateur du ciel et de la terre : il les accuse d'admettre même plus de sept sacremens, et assure que, malgré leur déclaration, ils ne sont pas de la confession d'Augsbourg. Nicolaï, dans son roman de Sebaldus Nothanker ^, s'efforce de les couvrir de ridicule. On a prétendu que ÏUnité des Frères était moins une religion qu'une confédération commerciale , au moyen de laquelle des riches faisaient valoir leurs fonds : le temps a fait justice de ces assertions. Quant à l'emploi affecté du mot agneau ^ , Lorets a cru devoir justifier ses coreligionnaires, qui, depuis quelque temps , ont simplifié leur style religieux. On reprochait encore aux Moraves de vouloir, par une éducation absolument homogène, donner la même trempe à tous les esprits , la même foraie à tous les caractères; il avoue qu'en ce genre les Frères ont commis quelques méprises, sur lesquelles l'expérience a rectifié leurs méthodes : cependant ils conservent une sorte d*uniformité qui
par des sacrifice». Voy. les Mémoires chinois, in-4^. , tom. XI, pag. 99.
^ La ifie et les opinions de Sebaldin^ Nothanker , par Nicolaï, 3 vol. in-i!i, i774*
» Pag- 74.
FRERES MORAVES. ijy
tend à garotter les esprits, en les jetant tous clan3 le même moule. J'ai ouï Campe (qui fait autorité sur cet objet) soutenir, d'après ces observations, que, dans rC/w/Ye, les grands talens seront toujours rares. Le passé vient à Tappui de sa prédiction. 2inzeudorf, Wattevilie, Spangenberg, Gambold, Bossart ^ Loeskiel , Oldendorp , sont les hommes les plus recommandables de la secte, mais non des génies éminens : ils eurent des vertus, ce qui assurément vaut mieux ; cependant ceux même qui leur contestent la supériorité des talens, liront toujours avec plaisir les vers touchans et pieux qu inspirent à 1 evéque morave Gambold les sons de la cloche; ils lui rappellent le prix et la rapidité au temps, qui, dans son sein, porte l'infini \ Cette petite pièce est belle, même h côté du poëme de Schiller, sur le même sujet.
Spangenberg mérite une mention spéciale ; après la mort de Zinzendorf, en 1760, il fut nommé membre du conseil suprême qui, chez les Moraves, juge toutes les affaires en dernier ressort, devint , en 1 789 , président de ce tribunal , et fixa ensuite sa demeure à Berthelsdorf , près de Herrnhut, où il mourut en 1792, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. U a publié une biographie très-prolixe de Zinzendorf, et IdeafideiFratrum^ ou Résumé de la doctrine des Frères. Dans le cours d'une longue vie, Spangenberg déploya un
^ The Works ofthe laie rei>, John Gambold, etc.
zèle infatigable en faveur de sa société : par Fascendant d'un caractère aimable, d^une conduite intègre, il lui concilia la faveur de plusieurs gouvernemens.
Un Morave ne peut donner un immeuble en héritage à des enfans , des parens ou autres personnes , à moins qu ils ne soient membres de TEglise, et que les anciens ne les aient déclarés habiles à posséder ces immeubles. Par la même raison aucun ne peut vendre sa maison, ses terres, sans y être autorisé. La même permission est né* cessaire pour prendre à son service des domestiques qui ne seraient pas leurs coreligionnaires ^
Les anciens interviennent dans les discussions qui s'élèvent entre un maître et son domestique. L'arbitrage termine également les autres difficultés , car , entre euï, ils ne doivent jamais plaider, et n'ont recours aux tribunaux que dans les cas de difficultés avec des hommes d'une autre religion. Les Moraves composent une sorte de république , où les intérêts individuels sont toujours subordonnés à l'intérêt général. Ils ont été nommés les Quakers de I Allemagne , tant par leur éloignement des procès, que parce qu'ils refusent aussi de prêter serment et de porter les armes : mais ils consentent à fournir des remplaçans et à payer des impôts pour la guerre, ce que ne font pas les Quakers.
^ Lorets, pag. 281.