CHAPITRE IX
GASSNEB , HOHENLOHE,
Jean -Joseph Gassner, né à Braz, près Pludentz,en Souabe,raii 1727, curé catholique de Klosterle, diocèse de Coire, se déclara tout à coup Thaumaturge et pubUa,en 1774? sur la manière de vivre pieux et bien portant, un ouvrage par lequel ^, avec quelques principes vrais ou faux , bien ou mal appliqués , il tâche de justifier sa conduite et d'éblouir les théologiens et les médeci-as par les raisons suivantes :
Dieu ayant créé le monde , en confia le gouvernement aux êtres célestes , exécuteurs de ses lois. Les anges prévaricateurs conservent depuis leur chute quelques prérogatives de leur ancien état; ils ont une influence active sur les êtres matériels, sur les organes de l'homme, et par leur entremise, sur ses facultés morales. A l'appui de ces principes il cite l'histoire de la Pythonisse, qui évoqua l'ombre de Samuel, et divers faits men-
^ Weise , etc. , iii-8°. , Kempten, i774'
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lionnes dans la Bible , relatifs à des personnes obsédées ou possédées de l'esprit de ténèbres. Getétre malfaisant semble avoir voulu rivaliser avec la puissance divine ; témoins les magiciens de Pharaon.
Les maladies qui affligent l'espèce humaine viennent, les unes du dérangement de l'économie animale, d'autres sont l'effet du pouvoir que le démon exerce sur les corps ; d'autres enffn sont mixtes , et produites à la fois par des causes naturelles et par un agent surnaturel, mais malfaisant.
La guérison des premières est du ressort de la médecine : les secondes sont soumises au droit d'exorciser, dont les prêtres sont revêtus par l'ordination, ce qui leur donne un pouvoir illimité sur les démons. La guérison des troisièmes exige le concours de la médecine et de l'exorcisme. Toute l'efficacité du dernier moyen dépend du degré de foi du malade : sans la foi, son mal lui reste; son incrédulité neutralise les pouvoirs de l'exorciste.
Gassner commençait par un exorcisme d'epreui^e^ pour s'assurer si l'esprit de ténèbres était en tout ou en partie l'auteur du mal. Revêtu d'une étole et placé près d'un crucifix , il sommait le diable d'agir sur les organes du patient. Il en résultait fréquemment des crises ou effrayantes ou ridicules : le malade était atteint de convulsions qui amusaient ou faisaient frémir les spectateurs ;
gazettes , on vit pleuvoir de toutes parts des pamphlets pour et contre Gassner. Quelque^ faits furent révoqués en doute. On cita des guérisons qui n'avaient été ni radicales , ni durables ; mais , en * général , on les contestait peu , on discutait seulement la nature de ces guérisons. Etaient-elles le résultat de moyens naturels , ou de prestiges, ou de miracles réels?
Le savant abbé de Saînt-Blaise , dom Gerbert, manifesta sa propension en faveur de Gassner ^, qui trouva des adversaires redoutables, surtout le père Sterzinger, théatin,. professeur de droit «anon, à Munich, et le médecin de Haen, qui, d'après l'invitation de l'impératrice Marie-Thérèse, composa son livre sur les miracles. Loin de trouver des caractères surnaturels dans ce qu'on attribue à Gassner, il n'y voit que des jongleries qui outragent la Divinité ^ ; elles furent censurées par i'évêque de Constance, par les archevêques de Trêves, de Salsbourg et de Prague; ce dernier, dans un mandement au clergé de sa. métropole , le prémunit contre les dangers de telles aberrations, et dévoila celles de Gassner. En 1775, il / fut chassé du dioc*èse de Ratisbonne, par I'évêque de ce siège, d'après un ordre delà cour impériale;
^ Historia nigrœ siWœ ordinis sancd Benedicti, iD-4°. , t^pis Saiiblasianis , 1788, tom. 11, pag 53 1 et suw,
2 Ant. de Haen, De miraculis liber, in-8°. , Paris, 1778, chap. V.