‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 39 sur 59 · GASSNER · texte numérisé non relu

GASSNER

il se rendit à Sulzbach , cVoù il fut expulsé par l'électeur Palatin.

Gassner eut les succès éphémères que l'enthousiasnie assure h tous les hommes de son espèce. Lavatei', frappé des récits qu'on lui faisait sur le thaumaturge y avait prié Semler d'aller lui-même trouver Ga9sner à Elwangen ou d'y envoyer quelc[u'un caplable de constater les faits, en s'offrant de rembourser une partie des dépenses du voyage; Semler, qui n'était pas crédule , et qui même n'était guère croyant , fit une réponse dans laquelle il combattait ces prétendues merveilles. Il existe à Paris une lettre de Lavater, qui écrivait à Gassner pour obtenir qu'il lui communiquât le pouvoir de guérir, dont Lavater le supposait revêtu. Cette crédulité , de la part du ministre Zuriquois , était bien connue, car Mirabeau lui reproche ^ d'avoir prôné Schroepfer, cafetier de Leipzig', qui prétendait évoquer les morts, et qui &ait par se tuer, en 1775; d'avoir vanté un livre de prières rempli de mysticités ultramontaines^ dont l'auteur est Sailer , Catholique. Mirabeau avait -il lu cet ouvrage, quon cite en Allemagne, parmi les Catholiques et les Protestans , comme excellent et nourri d'une piété aussi éclairée qu'afiectueuse ? Une dernière accusation, c'est que Lavater a fait un livre intitulé : Ponce Pilate, en cinq^ grands

^ ^ojr, la lettre du comte de Mirabeau à^M sur

Cagliostro et Lavater, in-8", Berlin, 178.S

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volumes in-4"., ou U Homme sous toutes les formes y ou la Hauteur et la profondeur de V humanité , ou la Bible en petit , et F Homme en grand j ou FEccehomo unwersel^ dans lequel il établit que tout vrai Chrétien doit faire et fait des miracles. Lavater avait sans doute des idées bizarres^ mais en plaignant ses erreurs, plaignons quiconque ne chérirait pas sa bonté extrême , ses vertus, l'aménité de son caractère : c'est un hommage que l'auteur de cet écrit se plaît à déposer sur la tombe d'un homme qu'il a connu et aimé.

En 1794» ui* comte de Thum, à Leipzig, prétendit à son tour opérer des cures miraculeuses. Vers la fin du siècle dernier , combien de charlatans ont fait tourner des têtes! le comte de Saint- Germain, nouveau Guillaume Postel \ Cagliostro, Mesmer. Combien d'hommes qui avaient d'ailleurs une certaine étendue d'esprit et de connaissances , ont été leurs admirateurs ! Delon , Court-de-Gebelin , d'Espréménil , le père Hervier, bibliothécaire des Grands - Augustins ; mais on pourrait en citer beaucoup d'autres d'un genre très-différent, qui, en affichant l'incrédulité et le mépris de la religion , croient aux opérations théurgiques, et à toutes les extravagances que l'imposture préconise.

Une correspondance manuscrite, de 1776,' que

^ Essai sur la secte des Illuminés^ Paris, 1789, in-8**., pag. 128.

GASSNER. 4^b

jai sous les yeux, atteste qu'à cette époque le prince régnant de Hohenlohe-Waldenberg s'intéressait vivement à Gassner , et projetait la fondation iïun ordre du nom de Jésus , dont Gassner devait être l'abbé. D'après cette anecdote , on sera moins surpris de voir un autre prince de Hohenlohe , né en I ^gS, qui a fini ses études à Elv\rangen , où Gassner a résidé ; procédant , sur plusieurs points, dans les formes usitées par Gassner, il guérit, dit- on, une multitude de maladies par ses prières et par la confiance au saint nom de Jésus, et non-seulement les malades qui lui sont présentés , mais d'autres placés à grande distance du lieu qu'il habite et en pays étrangers.

Au ministère de Hohenlohe était associé un Martin Michel, paysan badois, qui s'était fait une réputation du même genre par ses exorcismes. Prenant à la lettre les paroles évangéliques : f^ous guérirez les malades , il s'appropriait les dons accordés par Jésus-Christ k ses apôtres. Dans la cure tant prônée de la princesse de Schwartzenberg , Hohenlohe n'était, dit-on, que spectateur, Martin Michel seul agit, il fait une prière, puis il ordonne à la princesse de se lever, elle se lève, va dans la cour, on crie au miracle et l'on en fait honneur au prince, ce qui lui attire une foule de malades ^ Quand il y a impossibilité de se rendre près de

^ Biographie médicale, in-8". , Paris, 1822, tom. v, article Hohenlohe,

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lui, on lui écrit y il guérit au loin et ne demande que de la confiance en Dieu. Si la guérison n'a pas lieu, il a pour excuse le manque de foi.

Depuis quelques années TAUemagne et les contrées voisines retentissent des cures miraculeuses qu'on lui attribue. Un conseiller de légation , Scharols , partisan du thaumaturge^ a publié sur ce sujet des écrits dont plusieurs sont déjà traduits en notre langue ^. De nombreux antagonistes lui ont opposé des écrits en sens contraire.

En 1820, il publia sur le saint-siége une brochure où percent les opinions ultramontaines , ce qui a dû lui procurer la faveur de la cour de Rome; aussi quelques journaux ont inséré une lettre attribuée au pape Pie VII, qui attendait un procèsverbal d'enquête. Cette enquête devait être soumise à une congrégation y laquelle prononcerait sur le caractère des guérisons dont il s'agit, et cependant la même lettre, au lieu d'en parler sur un ton dubitatif, les regardait déjà comme certaines, car elle porte textuellement : « Nous aidons » appris avec plaisir que les guérisons opérées par » la prière de notre cher fils , etc. »D'un autre côté le ministère et plusieurs tribunaux bavarois, intervenus dans cette affaire, statuèrent, en 1821, sur le genre de maladie dont le prince pourrait entre-

"* Lettres écrites de Wurtzbourg sur les grands événemens qui ont eu lieu en 1821, par M. Scharols, conseiller de légation , traduites de l'allemand par un curé du dio^ cèse de Nantes, in-8°. , Nantes, 1822.

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