CHAPITRE IV
FAMILISTES OU FAMILLE d'aMOUR , GORTOMIENS ^ QUIRTO- MONARCHISTES , MUGGLÈTONIENS, BAXTERIEIfS, PHILADEL- PHIENS.
La secte des Familistes , qui appartient spécialement aux seizième et dix-septième siècles , n'eût pas trouvé place dans cet ouvrage , si elle n'avait laissé en Amérique des traces encore subsistantes.
L'origine de cette secte est fort obscure , le fondateur, David Joris ou George, né à Delft, d'abord Anabaptiste , s'en sépara pour se faire chef d'une société nouvelle, appelée Famille d'amour y à laquelle il persuada qu'il était un nouveau messie , fils bien-aimé du Père. Pagitt lui attribue beaucoup de blasphèmes et des mœurs désordonnées '•
Un autre Anabaptiste, né à Amsterdam, Henri Nichols ou Nicolaï (car les auteurs varient sur l'exactitude graphique de son nom) , homme illettré , et qui haïssait dans les autres l'instruction , commença, vers l'an i55o, à dogmatiser d'après les textes bibliques , qui parlent d'union en Jésus-
^ Prifritt , Church kcrcsicgraph^ .
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Christ. La tête mal organisée de Nichols se fit un système indigeste par la confusion des sens charnels et spirituels ; il se prétendit plus grand que Jésus-Christ 9 qui n'avait été que son image, au lieu que Nichols était un homme ^^ifié. a Saint » Paul déclare que ce que nous avons maintenant » de science et de prophétie est très-imparfait; )> mais lorsque nous serons dans l'éta.t parfait y tout » ce qui est imparfait sera aboli ^ » Ainsi, la doctrine de Jésus-Christ avait des imperfections , et la doctrine parfaite ne se trouvait que dans la Fa^ mille d'amour^ dont Nichols était le chef, et dont les membres étaient , comme lui , des hommes déifiés ou transformés en essence dans la Divinité. Du reste, il ne fallait attacher aucune importance à la diversité d'opinions sur la nature divine, pourvu que les cœurs fussent enflammés par l'amour et la piété. Est-il vrai que Nichols autorisait le mensonge et le parjure devant le magistrat ou tout autre personne étrangère à la société ? Plusieurs auteurs le lui reprochent ; mais l'expérience prouve que , sur Jes matières religieuses plus qu^en toute autre, on doit se défier d'accusations qui ne sont pas étayées de preuves.
Nichols étant allé en Angleterre du temps d'Edouard VI, fit des prosélytes parmi les gens simples et crédules : leur conduite était pire que leurs opinions. La loi mosaïque exemptait du supplice
^ \. 1^. adCorint. , p. i3, \. getio.
la fille violée au milieu des champs , parce qu'elle était censée avoir crié et n'avoir pas été entendue ni secourue. Les Familistes abusaient de ce texte pour se disculper de leurs vices , et les imputer à Dieu , sous prétexte qu'ils l'avaient invoqué , et qu'il leur avait refusé sa grâce. Ils étaient devenus si pervers , dit l'historien FuUer, que la charité même rougirait de les excuser ^
En i58i , les Familistes d'Angleterre étaient , dit-il, nombreux, factieux et dangereux. Eu i6o3 ils présentèrent à Jacques P% une pétition, dans laquelle ils se disent ignorans , pauvres et réduits à un petit nombre.
Nichols ayant publié une trentaine de pam* phlets théologiques en hollandais et en anglais, c'est sans doute dans sa patrie, l'Angleterre, que Samuel Gorton avait puisé les opinions des Familistes, qu'il professait en arrivant à Boston, l'an i636. 11 fut vivement harcelé par le clergé protestant et par les magistrats , pour ses opinions qu'un auteur appelle ^w/c^o^/^/we spirituel^ ^ quoiqu'elle» ne soient pas bien clairement exposées dan^ les auteurs contemporains ; peut-être même n'étaient-elles pas fixées dans la tête de l'auteur , si Ion en juge par l'exiguité de ses talens.
Ce qui parait plus certain , c'est que , très-
^ Fullei*, the church history ofbriiain, in-fol. LoudoD, i655, lib. IX , pag. 1 12 , et lib. X , pag. 33 et suiv.
- A biographical dictioiiary , etc., by John Ëlliot, in-8**. Salem, 1809, article Gorton.
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ennemi des Quakers et du clergé, il était rap- .proche des Antinoméens ; aussi Faccusait-on d'être ennemi des vertus sociales, et de combattre l'existence d'une autre vie. Gotton Mather, auteur justement estimé, le vilipende; mais il a pu être induit en erreur par des récits exagérés. Gorton nie qu'il ait nié l'existence d'une vie future ; son imagination était ce que les Anglais appellent excentrique .Dsius une lettre qu'il adi'esse au grand et honoré gentleman , idole de Massachusetts ^ il épancl«|pa bile sur le clergé etles magistrats ; puis^ voulant excuser ce reproche dont il redoutait les conséquences , il le généralise , et déclare qu'il ne l'applique qu'à l'état corrompu de la société. Quoi qu'il en soit, accusé, emprisonné , condamné, banni , Gorton , retiré à Warv^ick , y prêchait et formait des prosélytes qu'on appela Gortoniens , « et dont les idées , sans doute , étaient analogues à celles des Familistes , qui , vers la même époque , se firent remarquer dans plusieurs contrées de l'Angleterre et aux Barbades ^ Un autre insensé, John Hetherington, négociant, etc., s'était fait prédicateur, et avait répandu des opinions très-rapprochées de celles des Familistes ^. Ces ramifications de sectes furent successivement modifiées par leur fusion dans d'autres. Cependant l'influence déplorable de ses membres paraît s'être prolongée
^ Collection y tom. vi, pag. 346; tom. xi, pag. 35-49' 2 Pagitt, pag. i37 et suh\
jusqu'à ces derniers temps; et William Allen, auteur américain, qui écrivait en 1809, ^"^ attribue. Fabuégation de sentimens religieux, qui, jusqu'à cette époque , s'est perpétuée à Warwick parmi les descendansdes Gortoniens ^
QuiNTO-MoNARCHisTEs. — Lcs Quinto-Monarchistes , nés du temps de Cromwel , furent ainsi appelés, parce qu'ils prétendaient que les quatre grandes monarchies des Assyriens ^ des Perses y des Grecs et des Romains étant détruites , bientôt leur succéderait une cinquième monarc]po spirituelle, celle de Jésus-Christ sur la terre, doTit l'apparition serait subite. Pour préparer les voies à ce grand événement, ne voulant reconnaître pour roi que Jésus-Christ, ils aspiraient à renverser Baby- ^ lone, c'est-à-dire la monarchie en tout pays. Ils étaient persuadés qu'étant tous invulnérables , un seul d'entre eux pouvait mettre en fuite mille ennemis. Dirigés par un nommé Venner, en 1660, ils s'assemblent à Londres, au nombre d'environ soixante ^, pour se concerter sur le jour de l'arrivée du Sauveur, et sur le cérémonial de son intronisation. Leurs bannières sont ornées de devises , ils se munissent d'armes ; mais au jour désigné pour cet avènement, aucun phénomène précur-
^ An American biographical and historiçal dietiO" nary of the cmincnt persons in norlh America, etc, iu-8 . Boston, 1809, article Samuel Gorton.
- Historiçal and critical remarks on bishop's Burncl history, etc. , by Higgon , in-8". Londoii, 17^x7, p. i56.
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seur ne vient appuyer leurs espérances ; alors la plupart se retirent; les autres parcourent les rues en criant : pas de roi que Christ l et ils massacrent un homme qui se déclarait pour Dieu et le roi Charles ; mais bientôt, vaincus par une force supérieure, les uns sont tués, les autres exécutés. Venner, condamné à mort, protesta qu'il avait été dirigé par Jésus-Christ.
Jean Roth , fanatique d'Amsterdam , qiii , dans plusieurs écrits publiés depuis lô^S à 1691 , annonçait la cinquième monarchie , se croyait destiné à rassembler les Juifs dispersés , et à détruire les rois impies. De sa femme, Marie Angélique , il attendait un fils qui, par ses miracles, établirait cet empire ; il avait préparé un étendard au roi nouveau, et il imprima une lettre latine, qui invitait les monarques européens à quitter leurs sceptres pour ne reconnaître que JésusrCRrist roi ^
L'opinion d'une cinquième monarchie n'est poini particulière à l'Angleterre; quelques Millenaireft l'ont adoptée, et nous la retrouverons chez les Sébastianistes de P(H*tugaL
Il parait que la secte des Quinto-*Monarrchistes, sans jamais former une société visible , s'est perpétuée jusqu'à l'époque aciuelle, et que dernièrement elle avait encore une très - petite et .trèsobscure réunion.
^ Dissertatio histor. defanaticis Silesiorumet speciatini Quirino Kuhlniano , praeside Gottlieb Wersnedorfî^ etc. 4éditioD, m-4°- Wittcmbergae., 1733, p. 4^ ei swtf,
5o DES SECTES RELIGIEUSES.
MuGGLETONifiNs. — ^Vcrs le mîlieududix-septième siècle, un tailleur anglais , Louis Muggletoq , se donna pour un prophète qui avait le pouvoir discrétionnaire de damner et de sauver , selon son bon plaisir : lui et son associé Reeves étaient les deux témoins annoncés dans l'Apocalypse, qui paraîtront à la £n du monde \ Reeves assurait que Jésus-Christ, du haut de sa gloire, lui avait dit : (i Je t'accorde le don d'intelligence des Écri- » turcs , plus que ne l'eut jamais aucun mortel ; je » t'ai choisi pour mon dernier envoyé dans ce » monde terrestre , qui est livré à l'incrédulité ; )) et je t'ai donné Louis M uggteton pour être ton » organe. »
A ces délires , les sectateurs de Muggleton , en ajoutaient d'autres ; ils niaient la Trinité. Dieu , qui de toute éternité est un être spirituel, avait apparu et souffert soûs une forme humaine ; mais le prophète Elie avait été enlevé dans un tourbillon , et porté dans le ciel pour y représenter Dieu pendant qu'il était sur la terre. En 1696, fut imprimé en anglais un ouvrage intitulé : Les Principes mug^ gletoniens {victorieux , qui est une réplique à un adversaire. On y voit qu'ils avaient très à cœur la liberté de conscience ; et à l'occasion de ceUx qui la violent, l'auteur assure, qu'au jugement de Dieu , beaucoup de personnages ici bas , réputés hérétiques, seront reconnus saints, et beaucoup
^ Apocalypse, chap. XI.
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^€ canonisés comme saints seront classés au nombre des démons.
Muggleton étant mort en 1697, âgé de quatrevingt-huit ans> sa secte était agonisante dans les commencemens du dix-huitième siècle. Il paraît néanmoins , par louvrage de Sinclair , que des membres de ce petit troupeau sont disséminés en Ecosse; et Nightingale, dans un livre publié l'an 1821 , dit qu'ils existent encore, mais en petit nombre ^
Baxtériens. — Richard Baxter, né en 161 5, dans le Shropshire, mort en 1691, ayant reçu l'ordination dans l'église anglicane, conçut des scrupules sur quelques points de la liturgie ; par exemple il doutait si l'usage du surplis pouvait être toléré, quoiqu'il inclinât vers l'affirmative ; mais il condamnait le signe de croix ^. Il s'éleva contre l'immersion baptismale pratiquée par les Baptistes , comme étant un usage contraire au cinquième commandement, parce que le saisissement occasioné par l'eau froide peut causer des maladies, et contraire au sixième commandement , puisque les Néophytes sont nus. Assurément rien de plus facile que d'obvier k ce double inconvénient. Aussi les Baptistes ne tinrent aucun compte de ses objections.
La division entre les Calvinistes et les Armi-
^ The religions and religions , etc. , pag. 622. ^ F^, dans Ghalmers Tarticle Baxter,
5a DES 5ECTES RELIGIEUSES.
niens lui suggéra l'idée de chercher une route moyenne entre leurs systèmes el de les concilier.
Avec Calvin il admet que Dieu a prédestiné certains hommes au bonheur , sans prévision de leurs mérites. Us ont des grâces que seuls ils possèdent y et ils seront sauvés infailliblement ; mais avec Arminius, Baxter croit que les autres hommes ont éventuellement, pour parvenir au bonheur éternel, des grâces dont le bon usage peut leur procurer le salut; ainsi la doctrine de réprobation de Calvin, qui applique aux seuls croyans les mérites de Jésus-Christ , est rejetée par Baxter, attendu que Jésus-Christ a souffert pour les péchés de tous y et qu il a ordonné de prêcher son Évangile , non aux seuls élus , mais à toute la race humaine.
Dans Un ouvrage sur le Repos éternel des saints^ imprimé plusieurs fois et traduit en diverses langues y Baxter a consigné sur TÉcriture Sainte un système qni peut le faire envisager comme Latitudinaire, i"". quoiqu'elle soit d'autorité divine , celui qui n'en croit qu'un seul livre , si ce livre contient les substances de la doctrine du salut , peut être sauvé plutôt que ceux qui n'ont douté qUe de quelques livres particuliers; s"", ceux qui ne considèrent l'Ecriture que comme ouvrage de personnes pieuses, mai$ propre à faire connaître Jésus-Christ, ceux qui croyent en Jésus-Christ plutôt sur les fondemens solidjes , tirés ^es doctrines et de ses miracles, que sur ces écrits^ peuvent avoir une
FAIIILISTES, ETC. bi
foi salutaire , beaucoup plus que ceux qui regardent toute rÉcriture comme di^inemenlt inspirée '.
Les ouvrages multipliés de Baxter, c^r le nom* bre est de cent six y en firent naître d'autres pou^ appuyer ou combattre ses opinions théologi^es. Il eut même des luttes à soutenir pour sa théorie politique , car il fut traîné en prison et traduit en jugement devant Tinfàme Jefferies, pour sa para* phrase sur le Nouveau Testament qui, d'après 1 esprit du temps , fut réputée séditieuse ^. Cepen» dant, quoiqu'il fût ami de la liberté ^ il| n'avait pas sur ce^ sujet des idées bien nettes, puisque dans un autre écrit , La sainte république , il soutient contre Harrington, auteur de ÏOceana, que la nation n'est pas souveraine , et quand e)le se choisit un chef elle ne lui conf(^re pas le pouvoir suprême , elle est seulement la cause sans laquelle il n'en serait pas revêtu ^.
Baxter, plein d'onction dans ses livres ascétiques et controversite habile , devint chef d'mie secte qui, sans faire scission avec les autres, avait
^ The Saint's eçerlasting rest, etc., by R. Baxter, in-4<». London, i66a, pâg. 2, chap. III, section II. -^ Et Défense des sentimens de quelques théologiens dé Hol* lande sur Thist. écrite du vieux Testament, par Daniel Le Clerc, in -16. Amsterdam, 1686, pag. 277 et suiç*. Lettre XI.
2 Vie de Weiley, prir Wfaitehead, om, 3^ pag. 278; et suif,
3 Holy commonwealth , in-12. L^d^m, lôSg^ p. Ô3.
54 L>ES SECTi^S RELIGIEUSES.
des adhérens dans la plupart de celles d'Angleterre. Tels furent les célèbres Watts etDoddridge ; ce dernier surtout , dans les écrits duquel on trouve comme très-remarquable le passage suivant :
« Qu'un être , dont il est dit qu // ne tente per- » sonne j qui déclare ne pas désirer la mort du pé- » cheur, détermine irrésistiblement des millions » d'hommes à commettre toute sorte de péchés )> pendant leur vie, et vienne ensuite , avec toute la » pompe ou plutôt la mascarade d'un jugement » universel , les condamner au malhéllr éternel y » en conséquence de ces actions, afin que par là » il augmente le bonheur de quelques autres qui » ont été irrésistiblement prédestinés pour la vertu ; » j'avoue que, de toutes les choses incroyables, » celle-là est pour moi incroyable ^ »
Parmi les Dissenters anglais , les uns tiennent plus ou moins au système calviniste; d'autres sont Baxtériens. Mais on remarque que le nombre des Arminiens s'accroit journellement ^.
Philadelphiens. — Jeanne Leade, née en i633, dans le comté de Norfolk , veuve d'un riche négo« ciant anglais, ayant passé une partie de sa vie à méditer les ouvrages de Jacques Boehm , y ajouta
^ Doddridge Lectures , p. 229.
^ Ghalmers , Robinson , Whitehead et le Christian obsen^er, tom. 9, pag. 65 et suU^., où Ton trouve une revue des écrits de Baxter.
FAMILISTES, etc. 55
ses rêveries, que son gendre, François Lee, médecin, fit iniprimer en huit volumes, avec la vie de l'auteur. Les principaux sont la Nuée céleste , V Apocalypse de l'apocàljpse , la vie Enochienne ^ les Lois du paradis , Y Arbre de la foi , Y Arche de la foi y Y Apologie de la société philadelphienne , établie en 1697 , dont elle était la prophétesse.
A l'époque où elle vivait , la Hollande , FAUemagne et l'Angleterre furent très-fécondes en personnages qui se disaient messagers du ciel et jouissant du privilège de révélations immédiates. Telle était Jeanne Leade.
Elle assura que son mari défuut lui apparut, lui demanda une Bible, et voulut renouveler avec elle l'union conjugale, en offrant pour la tenter une pièce d'or ; elle rejeta son office et sa demande.
Il y a au ciel une sagesse éternelle, vierge et c»?pendant mère , qui devait engendrer spirituellement Jeanne Leade , à laquelle elle se manifesta environnée de gloire, et comme elle admet aussi une sagesse incréée du sexe masculin , la conséquence est une quaternité substituée à la Trinité.
La sagesse du sexe féminin a tracé les lois de la société philadelphienne, qui travaillée susciter une nouvelle Église sainte et pure.
Toutes les discussions entre les Chrétiens doivent cesser pour faire place au règne du Rédempteur, si ceux qui professent de croire en Jésus^ Christ , sans s'inquiéter des formes He discipline
entre les diverses sociétés, s'abandonnent au guide spirituel et suivent ses impulsions; car elle veut que ses sectateurs évitent le schisme et restent attachés extérieurement à leurs communions respectives. On voit que son but était de recruter partout.
Elle s'annonce comme chargée d une. missioD divine pour proclamer cette communion des saints , qui, avant la fin du monde, seront réunis en une seule Eglise , la société Philadelpfuenne y le vrai royaume de Jésus^hrist, la seule où réside TËsprit-Saint. Anne Bourignon , qui a fait un livre du Nouifeau ciel et delà Nouvelle terre ^ admet aussi une rénovation générale dans le dernier âge du monde.
Jeanne Leade rejette le système de la prédestination des Calvinistes et Véternité des peines, car elle annonce la restauration totale des êtres intelligens pour être élevés à la perfection et admis au bonheur. H y a quatre mondes intellectuels dont elle fait la description.
Dans le premier sont les impies qui souffriront jusqu'à ce que les siècles fixés pour leur châtiment soient terminés.
Le second monde intellectuel comprend ceux qui ont vécu selon la chair. Ils ne sont pas tourmentés et cependant ils n'ont pas de repos. Aussi plusieurs rentrent dans leurs cadavres pour y trouver un adoucissement à cette situation pénible.
Dans le troisième sont ceux qui, croyant en
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Dieu et en Jésus-Christ^ ont vécu moralement, mais qui n ont pas été régénérés , ils habitent une atmosphère supérieure plus pure , et qui avoisine le paradis, en attendant qu'ils soient entièrement purifiés; ils éprouvent peu de douleurs, maïs ils goûtent peu de plaisirs , car ils sont privés de Ifl vision intuitive. Toutes les âmes traversent des ré-^ gions purgatives pour arriver à la quatrième ré^ gion céleste, qui est celle de la félicité. Ainsi la prophétesse admet au ciel des gens de toutes les religions, pourvu qu ils craignent Dieu et fassent sa volonté. Elle croit au rétablissement des datnnés. Elle a même vu Adam'et Eve transportés de joie en apprenant que toute leur race, à la fin , serait sauvée.
Jager, chancelier de l'université dôTubingcre, qui, en 1712, publia une dissertation concernant Jeanne Leade, montre la conformité de la doctrine de cette femme concernant le salut des enfans morts sans baptême, avec celle du cardinal Sfondrate, dénoncé au Saint-Siège pa]^ Bossuet et d'autres évoques français ^ .
Le cardinal et la prophétesse étabtissetrt entre le ciel et la terre ttn lien intermédiaire où ce» etifans, privés de la béatitude surnattrrelle, jouissent d'une béatitude naturelle. Cette création d'nn Beu
^ Dissertatio historico-the^logica de Johamue JLeadœ iingh'briu vitâ , visionibus ac doctrinal etc. , in<4^. Tubingœ, 1712, p. 58 et 5g,
entre le ciel et l'enfer est, dit Jager, d'une architecture pélagienne , et classée par saint Augustin au nombre des erreurs d e Péage. On ne peut être qu'avec le diable , dit le grand évêque d'Hippone, si Ton n'est pas avec Jésus-Christ. Il y a plusieurs places dans la maison du Père céleste , c'est-à-dire plusieurs degrés de gloire et de bonheur, mais au jugement dernier les hommes, sans exception , seront à sa droite ou à sa gauche; aucune subtilité ne peut obscurcir l'évidence du texte évangélique ^
Si l'on en croit l'auteur de la vie de Jeanne Leade > décédée en 1 704 , elle apparut à plusieurs de ses sectateurs entourée de gloire. Dans une solennité de la société pliiladelphienne , dix jours près sa mort, le révérend 'Roach prononça son oraison funèbre.
Consultée durant sa vie comme un oracle, elle eut des admirateurs , dont les plus remarquables, comparativement à l'obscurité des autres , furent 1**. Jean Pordage , médecin , et clergjman dont la doctrine ayant été attaquée comme criminelle , il publia son apologie sous ce titre : L'innocence transparente à travers le nuage des fausses accusations^ 2*. Thomas Bromley, disciple du précédent , et auteur de quelques ouvrages
^ S. August. , lib. I, de peccat, merit. et remiss, cap. XXIII et XXVIII; lib. 2, de peccato orlginali y cap. XXI; epistol. io5 ad Paul*, lib. 5, contra Jul. > c. VIII; Enchind. , c. XCIII.
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anglais qui, ainsi que ceux de son maître et ceux de Jeanne Leade, traduits en hollandais, en allemand, furent très-répandus et firent à la secte beaucoup de prosélytes.
Il ne paraît pas que la société Philadelphienne ait jamais eu un culte séparé; mais comme la folie et les systèmes les plus bizarres parcourent le monde et s'y reproduisent à diverses époques, en divers pays, sous des formes nouvelles, les écrits tliéoîogiques de Jeanne Leade tiennent une place distinguée, même en France , dans les bîbiothèques de quelques illuminés, qui , sans les comprendre,, s'extasient à leur lecture.
6o DES SECTES RELIGIEUSES.