CHAPITRE XII
SEPARATISTES DU WURTEMBERG , HARMONITES OU SOCIÉTÉ
d'harmony.
Le Piétismey né vers la fin du dix-septième siècle, fut dans le dix-huitième le père du Sépar ratisme. Une consultation de l'université de Leipzig, en 1735, décida que, sans blesser les lois de l'empire, on pouvait empêcher les. réunions des Séparatistes.... Sans blesser les lois de F empire. Cela pouvait être : mais c'eût été blesser , d'une part, le droit naturel, qui autorise les hommes à suivre le culte qu'ils ont adopté, sauf à répondre devant Dieu de leur mauvais choix ; de l'autre part, les princij^s du protestantisme, qui, lais-r sant à chacun la faculté d'interpréter la Bible> supposent celle de croire ce qu'on veut, et de cour former sa conduite à sa croyance.
L'histoire montre en 1737, en Suède, en Poméranie, en Lusace, en Siiésie, des assemblées de Séparatistes qui appelaient le culte protestant une comédie, une assemblée de Satan. Le roi dç Danemark rendit, en 1743, une ordonnance con-
tre ceux du Holstein ; à Bâle , le magistrat les bannit de son territoire en 1769 ^
Le Wurtemberg est une des contrées d'Allemagne où le Séparatisme est plus marqué. Il y fut établi vers le commencement du dix-huitième siècle , par Leiningen ; successivement la secte prit des accroissemens , surtout vers 1790. Henke dit qu elle admet le baptême , la cène ; et qu'elle refuse le service militaire comme Anti-Chrétien ^.
Pour faire connaître les Séparatistes , on va donner textuellement des extraits de lettres écrites par deux Protestans d'Allemagne , dont les lumières et la droiture sont incontestables.
in II se présente dans ce pays un phénomène bien remarquable aux yeux de l'observateur im- |iartstl. Deux extrêmes partagent les Chrétiens de cet empire. Chez les uns on croit que la foi peut opérer le salut sans les oeuvres, qu'une profesffiion extérieure et verbale suflit pour s'en attribuer tous les mérites , et qu'on peut vivre avec le mondé dâtis cesser d'être Chrétien. Chez les autres , une croyance opposée enseigne la né(%ssîté des bonnes cenvres ; mai6 on leur attribue le mérite de sauver pQr elles-mêmes sans une sanctification intérieure, sans la pureté spirituelle de toutes nos facultés.
^ jicta historico-eccles, , tom. ui, pag. 36g et suiu,^
tom, vx, 174^ > pag' 70 et suw.i çt tom. vu, pag. 38i et
suw,j tom. IX, pag. 469; tom. xn, pag. 557; tom. xx,
pas, 708, etc.
^ Arehw. fèr die kirchengeschichte. Ci^hiers IX et XI»
Cette double doctrine , aussi fausse Tune que l'autre , a soulevé des hommes simples qui , voulant accomplir la volonté de Dieu , ont formé des sociétés particulières auxquelles on a donné le nom de Séparatistes. L'objet qu'ils se proposent est l'imitation du fondateur de la religion chrétienne. Pour être son disciple, disent-ils, il faut pratiquer tous ses commandemens , et se pénétrer de sa doctrine. Il est contraire à la bonne foi de se dire Chrétien sans se conduire en vrai disciple de Jésus-Christ. Il est également indigne de Dieu de penser avec les uns qu'un culte extérieur et des œuvres quelconques puissent lui plaire, sans qu'on les fasse par amour pour lui , et avec un abandon total à sa volonté ; ou avec les autres , que les vices, les mauvais penchans, les actions désordon-* nées , puissent obtenir de Dieu le salut , c'est^*dire , l'admission dans sa présence , lui qui est la sainteté même. Il faut être tout à lui ou tout au monde; on est au monde dès qu'on n'est pas à Dieu. Le premier caractère d'un Chrétien est donc une grande pureté de moeurs ; le second , une grande humilité , qui ne met aucun prix aux bonnes œuvres et ne les regarde que comme un devoir : un troisième caractère est de ne pas craindre la pauvreté , le mépris , la persécution ; de faire peu de cas des jouissances de ce monde, d'appliquer toutes ses forces à acquérir les biens d'un monde invisible , dont celui que nous habitons n'est que le préliminaire destiné à un temps d'épreuves.
w Quelque contraire que soit cette doctrine aux pencha ns de l'homme , elle obtient des succès qu'il faut attribuer en grande partie à l'abus qu'on fait de nos jours de la philosophie pour miner les fondemens de la religion chrétienne : c'est surtout <lans le pays de Wurtemberg que cette secte trouve des partisans. Ils n'ont point de clergé : c'est aux prêtres qu'ils attribuent tous les maux qui affligent l'Eglise. Leur gouvernement intérieur est fondé sur légalité ; ils ne tournent leur zèle que contre eux-mêmes , contre les vices du cœur et les erreurs de l'esprit. Ils prêchent une entière soumission aux magistrats , qui tiennent leur pouvoir de Dieu : ils exei^cent l'hospitalité , et regardent la charité fraternelle comme la vertu fondamentale de la religion chrétienne : leur langage est eu grande partie celui de Jacques Boiihm. Ils lient le physique au spirituel , parce que l'homme est corps et esprit ; leur doctrine embrasse tous les temps , depuis la création des anges, la chute de Satan, la création de la terre et de l'homme, jusqu'après plusieurs éternités , qui suivront le dernier jugement, lequel sera lui-même précédé du règne visible de Jésus-Christ dans la Palestine, pendant mille ans. Ils sont très-laborieux, remplissent avec fidélité les devoirs de citoyens, et s'entr'aident dans toutes les occasions ; s'aiment comme frères, mais n'admettent dans leur société que des hommes dont ils ont éprouvé la sincérité. Presque tou^ sont pauvres, illettrés, cultivateurs,
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gens de métiers, et d'un extérieur extrêmement simple. La Bible étant la parole de Dieu ,, ils ont pour elle le plus profond respect. Mais ils enseignent que cette parole est morte et sans fruit si elle n'est vivifiée par TEsprit-Saint, qui seul peut dévoiler le vrai sens des prophéties ; il le manifeste à tout homme dun cœur droit, qui s'abandonne à son influence céleste, o
Ce qu'on va lire est extrait d'une lettre écrite en
« Depuis long-temps il existait , dans les villes et les villages du Wurtemberg , plusieurs sociétés religieuses, dont les membres , sans se détacher du culte public , mais dans l'intention de se rendre plus utiles, se réunissaient pour des exercices religieux : ils chantaient des cantiques, lisaient la Bible, l'expliquaient d'après quelques auteurs choisis. Le but originaire était de s'affermir dans la connaissance du christianisme , d'en appliquer les principes à la direction morale de chacun , et de régler ses pensées, ses affections, ses actions sur les préceptes du divin maître.
» Ces sociétésdispersées, n'avaient d'autres liens que celui d'un zèle actif pour la religion. Ce zèle n'était pas toujours guidé par les lumières; elles en avaient peu sur les dogmes positifs ; mais , en général, elles se composaient d'hommes d'une conduite intègre, à qui l'on reprochait seulement du rigorisme , et disposés à faire des sacrifices pour attester leur attachement à Jésus-Christ.
On conçoit que leurs actions , dirigées vers ce but , s'éloignaient de tout ce qui pouvait déshonorer le nom chrétien.
» Depuis une vingtaine d'années , quelques mi nistres respectables ont cherché à s'emparer de cette tendance des esprits , pour donner à la piété un caractère plus éclairé , la dégager des vues étroites, l'épurer des écumes du pharisaïsme, et Tacheminer vers tout ce qui est vertu et vérité. Ils ont eu des succès , parce qu'ils agissaient sur des honunes bien intentionnés; mais ces hommes^ susceptibles de toute espèce d'impressions, en ont reçu de mauvaises quand leurs réunions ont été influencées par dé mauvais guides. Alors le mysticisme , toujours séduisant pour des hommes qui aspirent à n'être pas confondus avec les mondains, l'ignorance, jointe à un zèle ardent, et l'hypocrisie, ont égaré plusieurs assemblées reli* gieuses. Elles sont devenues le repaire d'erreurs grossières, auxquelles ces gens-là tiennent avec d'autant plus d'obstination qu'ils ont appuyé sur elles toute leur manière de penser et d'agir. Une dévotion sensuelle y remplace la véritable , et souvent une componction extérieure ne cache qu'un intérieur dépravé et des actions répréhensibles.
» Cependant la plupart de ce* anciens Séparatistes sont des gens paisibles, égarés par une conscience timide, par des idées exagérées sur la pureté de l'Eglise ; infatués de leur élévation personnelle au-dessus des choses terrestres , la plupart
ont quitté le culte public , et surtout l'usage de la cène) pour n'être pas souillés en y participant dans des réunions infectées de mauvais Chrétiens^ et auxquels ils se croient très- supérieurs en sainteté. Quelques-uns ont été ramenés au sein de l'Église protestante par des ministres secondés de l'appui du gouvernement; les autres, tenaces dans leurs opinions , sont traités avec ménagement et dans l'espérance qu'on pourra les gagner.
» Il ne faut pas confondre ces anciens Séparatistes avec diverses classes de Séparatistes qui se sont élevées depuis peu d'années. Ce qu ils ont dé commun avec les anciens , c'est de s'occuper comme les Piétistes, dont ils tirent leur origine, de recherches apocalyptiques : ils veulent trouver dans la Bible la prédiction de beaucoup d événemens récens.
» Il ne faut pas croire néanmoins que le système de Henri Stilling , plus connu sous le nom de Jungj ait beaucoup de partisans dans le Wurtemberg; mais cet homme, remarquable par Thistoire de sa vie , respectable par ses mœurs , célèbre comme médecin oculiste , y a beaucoup d'amis ; il les doit à la reconnaissance des aveugles et d'autres malades qu'il a guéris, en montrant partout la plus grande habileté, le plus grand désintéressement ; il les doit à son zèle pour la religion , qui éclate encore plus dans sa conversation que dans ses livres. Ces considérations, qui lui ont gagné les cœurs, empêchent qu'on ne heurte ses opi-
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nions particulières, exposées peut-être avec trop peu de précaution et fondées sur une imagination très-vive. On remarque aussi que ses connaissances théologiques pourraient être plus étendues. On sait qu'il avait d'abord donné une autre direction à ses études et qu il professait la caméralistique à Marburg, lorsque le grand-duc de Bade, son ami, l'attira près de lui en lui accordant une pension , et en le chargeant de composer des ouvrages religieux.
(( L'auteur dont les opinions exercent un ascendant plus marqué sur les Séparatistes nouveaux, c'est Bengel, mort il y a une cinquantaine d'années, l'un des plus estimables théologiens de son temps, qui s'est rendu célèbre par ses écrits : eu scrutant les prophéties, il a quelquefois rencontré juste et présenté des aperçus qui les font harmoniser d'une manière étonnante avec quelques événemens modernes; mais beaucoup d'autres ne sont pas concorda ns avec ce qui se passe sous nos yeux. Il s'est mêlé de prédire la fin du , monde, qu'il fixe à l'an i836. On lui fait grâce de ses écarts à cause de la circonspection avec laquelle il avance ses idées ; il semble que par-là il ait voulu donner un modèle de la manière de trai- » ter de tels sujets. Cependant il a eu le sort de tous les hommes distingués; souvent mal compris par ceux qui ne pouvaient s'élever à sa hauteur , ils ont abuse de quelques-unes de ses opinions.
» Il y a sept ou huit ans qu'un ministre, nommé
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Fridérichy modifiant le système apocalyptique de Bengel pour Fadapter au goût sensuel des esprits grossiers , réunit toutes les images éparses de lu Sainte-Ecriture , pour en composer un tableau ravissant des avantages dont bientôt serait ornée la Palestine : il y ajouta ses propres idées, qui attestaient son ignorance. Dans son ouvrage , imprimé à Reutlingen, il invitait tous les vrais croyans à se préparer au voyage de la Terre-Sainte, pour lequel il leur promit les secours miraculeux de la Providence, des navires, des voitures, des chameaux, qui se présenteraient d'eux-mêmes. Le ton de confiance avec lequel il proposait ses rêveries , entremêlées de passages dénaturés de la Bible , et la perspective d'un séjour où l'on trouverait tant de jouissances, captivèrent une certaine classe de gens* Le prédicateur du nouveau paradis terrestre eut quelque vogue : il paraît que son livre influa sur les émigrations, alors communes, du Wurtemberg, en Pologne, parce que ce pays est déjà plus près de la Palestine. Le gouvernement, traitant ce ministre plutôt en homme délirant qu'en imposteur, se contenta de lui imposer silence ; et actuellement il n'alimente l'espérance de ses sectateurs que sous le voile de la clandestinité. »
C'est sans doute le même Fridérich , signalé par Borger, dans son lv^\tè Sur le mysticisme ^ comme auteur d'un ouvrage fanatique, à tel point qu'il avait tourné la tête à une Marie-Théophile Kummerin, et celle-ci, abusant de ses rêveries, avait
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débauché un ministre domicilié à Meinsheim^ par un commerce adultère i.
En 1703, Frédéric Van-Leenhof, soupçonné de spinosisme , publia un livre intitulé : Les cieux sur la terre ^ dans lequel il soutient qu'il est du devoir du Chrétien de se réjouir continuellement et de repousser tout ce qui pourrait troubler sa gaîté ^. Imbu des mêmes idées, Bregizen, ministre dans une petite ville de la forêt Noire, s'est fait chef d une autre classe de Séparatistes. On ne peut lui contester quelques talens, maisqui, n ayant pas été mûris par des études suivies et profondes, s'égarent en visions désordonnées : sa vanité, d'ailleurs, est flattée de se voir à la tête d'une troupe qui le révère comme son idole. Naturellement vif et gai, il regarde comme opposée à l'esprit du christianisme cette teinte mélancolique qui se répand sur la constitution morale des Piétistes , cette tristesse habituelle pour témoigner le regret de leurs fautes, cette timidité qui préside à toute leur conduite.
Le Chrétien, selon lui, doit être un homme heureux , qui fait éclater la joie dont son intérieur est pénétré. Le baptême lui assure le salut ; il lui suffit de mettre à profit tous les avantages de ce sacrement, pour être en possession d'une béatitude parfaite. U est l'objet des complaisances du
^ Disputatio de mysticismo , pag. 8 1 .
^ Mosheim , hisi.-eccles, , tom. ti , pag. 1 1 1 .
Très-Haut , auquel il ue peut déplaire : pourquoi donc se croire toujours pécheur ^ se confesser à Dieu comme coupable , se regarder comme digne des supplices? Le péché originel étant aholi par le baptême , il est absurde de parler de soi comme pécheur. Celui qui est baptisé ne pèche plus , son intérieur est saint : la chair peut encore commettre des fautes 9 mais Fesprit nen est pas souillé; aa pureté fait le sujet de sa béatitude , qui commence en ce monde. Par cette raison les sectateurs de ce ministre se livrent aux transports de joie les plus bruyans, sautent, claquent des mains, jettent leurs chapeaux en Tair, et n'omettent rien de ce qui peut faire éclater leur bonheur. Gonfwmément à ces idées , le chef du parti a composé et adapté aux airs des chansons profanes , des can-» tiques qui sont réputés très-efficaces pour entrer dans cette disposition, seule digne du Chrétien. Ses sectateurs ont parodié la formule usitée de confession, dont ils ont supprimé le mot pécheur^ leur obstination résiste à tout. Ils ont mille artifices pour éluder le sens des passages de là Bible quon leur oppose. Contre les ordres précis du gouvernement ils se rassemblent ; les deux sexes se réunissent jusqu'à minuit , et au delà , pour leurs cérémonies religieuses. Ils n affichent pas un schisme formel de TEglise établie , mais peu à peu ils s'éloignent de son culte ; et dans toutes les occasions ils manifestent leur disparité de croyance. Le chef et ses émiss£iires, la plupart gens gros- V. 18.
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siersy sont honorés du titre de saints. Autrefois, à l'armée d*unde ces saints, ils s'assemblaient dans les champs; là, il les haranguait; puis, dans les élans d'une hilarité tumultueuse ils le conduisaient en triomphe à une autre réunion. L'autorité civile a pris des moyens de prudence pour les empêcher; et après des monitions réitérées au chef du parti , elle l'a , dit-on, suspendu de ses fonctions. Le peuple donne à ces sectaires un nom équivalent à celui de Galopins y parce qu'ils prétendent conquérir le ciel pour ainsi dire en galopant.
Une troisième secte de Séparatistes se compose de Turbulens , dont il serait difficile d'analyser le système , qui se modifie d'après le caractère de diaque individu. La plupart sont des hommes sans culture, sans connaissances, emportés par leurs passions , et qui pour les satisfaire ont une tendance à briser tous les liens religieux et civils. Us détestent tout homme qui conserve de l'attachement pour la religion ou le gouvernement , et se disent supérieurs à tous le» prestiges par lesquels lès ministres et les magistrats ont trompé le monde. Ils tâchent de soustraire leurs enfans au baptême, les éloignent de l'instruction publique, enterrent leurs morts sans cérémonies , et se contentent de creuser une fosse, dans laquelle ils jettent le cadavre connme on le ferait pour un animaL Leurs sentimens sont consignés dans des chansons qui offrent le mélange le plus révoltant de superstition et de libertinage ; ils ont adopté
Vusagé des Quakers, de tutoyer tout le monde , et de ti'ôter leur chapeau à personne. Un Séparatiste de cette classe ayant été obligé de comparoître de^ vant un tribunal, refuse d'ôter son chapeau; par ordre du magistrat un sergent le lui jette à bas : le Séparatiste tire de sa poche un bonnet qui a le même sort que son chapeau ; à Tinstant il tire un second bonnet, un troisième, et jusqu'au nombre de sk.
Au commencement du siëde actuel , un villageois , non[U3ié George Rapp , persuadé que les Luthériens ont abandonné les principes fondamentaux de leur religion et qu elle n'est plus dans sa pureté native, forma un troupeau séparé. Le consistoire exerça contre lui et ses adhérens des rigueurs qui eurent le résultat ordinaire en pareille occasion , d'augmenter le zèle et le nombre de ses prosélytes. Us résolurent , en 1 8o3 , de passer aux Etats-Unis , sous la direction de George Rapp. Après un séjour momentané aux environs de Philadelphie , ils franchirent les Alleghanis , s'é* tablirent sur l'Ohio, à cinquante milles de Pittsbourg, et bâtirent un village auquel ils donnèrent le nom à'Harmony , sans doute pour^ annoncer l'union qui régnait entre eux. Dans le cours des deux années suivantes trois navires leur amenèrent d'autres compatriotes , de sorte qu'en 1 8o5 la société était de quatre-vingt-dix familles. Là, ils développèrent rapidement leurs talens pour l'agriculture et les arts mécaniques. Vers le même temps
une colonie suisse , établie dans le territoire de rindiana^ prenait des accroissemens et cultivait la vigne.
La société wurtembergeoise d'Harmony était de 800 personnes en 181 1, époque à laquelle ils furent visités par le voyageur John Melish, qui loue leur conduite , leurs écoles et leur industrieuse activité. Ils avaient pour chef ecclésiastique, civil, politique et commerçant, George Rapp, pleinement investi de leur confiance ^. On cite un trait remarquable de leur soumission à ses ordres. Rapp , prévoyant la difficulté de nourrir beaucoup de monde , leur témoigna qu il était nécessaire de ne pas accroître la population par des naissances, et ils obéirent. Un agronome, auteur d'ouvrages utiles , Birkbeck , qui visita cette colonie en 18 17, s était trompé en croyant que le célibat était une loi fondamentale de leur société^ car l'abondance des choses nécessaires à la vie fit lever la défense, et bientôt après des mariages furent célébrés.
La perspective d'une situation plus avantageuse détermina les colons à quitter cet établissement qu'ils vendirent à des M ennonites allemands , et se transportèrent dans Tlndiana , sur les bords de la rivière Wabasch, dans une contrée riante et
^ Travels in the United States, 1806, by John Melish» Philadelphia , 1812, tom. u, pag- 64 et suii^.
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fertile, quils ont également appelée Harmonjr ^ Là^ ils ont bâti une ville et une belle ^lise; ils cultivent la vigne , excellent dans le jardinage, et fabriquent des étôfifes d'une bonne qualité; ils ont des agens commerciaux à la Nouvelle-Orléans et dans d'autres villes. William Hébert, qui, en 1834, environ sept ans après leur arrivée, les a visités, dit que leur population était alors d'environ sept cents individus, presque tous Wurtembergeois, très-industrieux, et bons* cultivateurs, jouissant de tout ce qui est nécessaire et utile; il ajoute que Rapp est pour eux Y alpha et Yorhega, leur directeur spirituel et temporel ^.
Sir Robert Owen , qui , à Lanark, près de Glaseaw, en Ecosse, sa patrie, avait formé un grand établissement d'agriculture et d'industrie, était allé en Amérique pour en créer un semblable, mais sur une plus grande dimension ; Nev^- Harmony était le local qui avait fixé son choix.
Il voulait, dit-on, introduire la communauté de biens dans sa colonie , et l'afirancbir de tous les liens du mariage ebde la religion; c'était ériger en maxime l'anarchie et. la dissolution. Un
^ Foy. l'adresse^ en anglais, de Greorges Ck>iirtaad à ceux qui se proposent d'émigrer aux Etats-Unis, in-8"., 1820. A visit to North" America y ty Adlard Welby, in*8°. , London^ 1821, pag. ii5 et suw. Description des États-Unis, par M. Warden , tom. iv, p. 4o8, en notes.
2 A visit to tke colony of Harmony in Indiana ; ctc.^ by Will. Hébert, in-8®. , London, i8a5.
tel système était certainement inconciliable avec les principes de George Rapp et de sa colonie ^ qui professe le Luthéranisme* Bien de plus dissonant sur ce projet , que les récits des voyageurs et des journaui[ , dont les uns accusent Owen d'athéi»me, et les autres repoussent cette accusation. On annonce, ou surplus^ que sa communauté, (tispersée à la fin de 18217, est absolument dis^ soute.
D'autres Séparatistes du Wurtemberg ont dirigé leurs pas vers le nord de l'Europe et de l'Asie. En 1819, une troupe d'hommes, de femmes et d'en&ns, partis de l'Allemagne, disaient qu'ils allaient en Palestine , où devait commencer prochainement le règne visible de Jésus-Christ, où ils deviendraient bons et vertueux. Us avaient publié un petit écrit. La même année , d'autres, au nombre d'environ trois cents, également de tout âge et des deux sexes, traversèrent la Saxe pour aller s'établir en Gréorgie et aux pieds du Caucase. La décence de leur costume et la beauté de leurs chevaux annonçaient de Taisance. Deux juges de leur propre choix maintenaient dans cette caravane une exacte discipline. Ils donnaient, pour motif de leur émigration, les changemens qu'on avait faits dans la liturgie luthérienne de Wurtemberg. Les fatigues du voyage , la fièvre et la peste , moissonnèrent une partie de cette troupe, dont les restes habitent actuellement sept villages aux environs de Tiflis.
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On évalue à plus de cinq mille le nombre des Séparatistes restés dans le Wurtemberg; lee contrées voisines en ont aussi quelques-uns. La des^ truction de toute puissance ecclésiastique d'un côté, de lautre le gouvernement de Bonaparte^ étaient pour «ux le présage d'un temps heureux, où la lunsière, brillant aux yeux de tous lea hommes, les guérirait de leurs erreurs et de leurs maux, Pans une brochure publiée par l'un d'eux, en 1801 , il dit que le premier consul est un de leurs confrères ,. qu'il s'est aussi séparé de Babylone; et c'est par l'union entre les frères, que Babylone sera détruite. Nous sommes des patriotes en Jésus. -Christ, nous aimons la liberté, l'égalité, la firaternité que Jésus -Christ nous a conquises , en disant : /e pous ai délii^rés dfijougi je vous ai rendus libres : ne i^ous lais^^ sez plus captiver.
Us avaient créé une espèce d'ordre, s'étaient décorés, d'une étoile , se disaient chevaliers de Na^ poléon , le second et véritable Messie.
S'il fsuit en Croire des feuilles publiques de cette époque, ces fanatiques^ ou soi-disant ressus^ cités y avaient même déclaré Napoléon fils unique de Dieu ; son avènement au trône de France était un second jugement pour la fondation de son règne glorieux. Ils poussèrent le désordre au point de mépriser toutes les autorités, leur refusant obéissance, abhorrant les églises, les sacremens, injuriant les ministres. Ils portaient des chapeaux
blancs avec des cocardes ; les femmes avaient des étoiles brodées sur la poitrine. L'autorité sévit contre eux. Les uns furent envoyés aux Petites- Maisons, d'autres condamnés à la détention, dans la maison de force à Ludwigsboui^ , où, persévérant dans leurs idées y ils refusaient d'assister au service religieux. L'officier de garde les y faisait porter. Une fois il arriva que le prédicateur , ayant à peine commencé son discours , ils Tinterrompirent en criant : Tais-toi , menteur , tout ce que tu dis est faux ^ C'était en 1807 ; cette frénésie, d'un nouveau genre, n'était pas radicalement éteinte en 1810, puisque la même année parut, à £rlang, l'opuscule d'un nommé Stéplïani ; il assurait que le monde échapperait à la barbarie par les soins de Napoléon, sauifeurju^ diciaire , qu^L mettait en parallèle avec le sawveur moral ^.
' Une opinion absolument contraire s'était ^pandue concernant le fils de Napoléon. Le journal de Halle, en 18149 signalait' un ouvrage sur les sept trompettes, répandu en Suisse, et dont l'auteur annonçait que le jeune roi de Rome serait la bête de l'Apocalypse ^. '
'^'Journal pplitique de Manheioi, 21 avril 1807, p*.4- ^ Erganzung blatter, etc., i8i4> février, pag. i33 et suiif.
*' P^oy. le caTiicr de novembre, pag. 465'
COLLENBUSCHIANS. 44'