LECTEURS
Jiens y du nom de leur chef, et plus sotiveut Eveillés y parce qu'ils ont secoué la funeste léthargie dans laquelle leur conscience était plongée. Comrpe les Lecteurs du Nord,; ils s'occupent beaucoup de la Bible, à laquelle ils ajoutent les ser<^ mons deJjUther , Nohrborg, Muhrbeck, Pontoppidam , et l'ouvrage intitulé : Le chanteur de Sion.
Leur société s'est répandue dans pi us! de céni; paroisses des provinces de Westgothland , \ de Halland et sur les frontières de Smaland. En ét;é , ils se réunissent dans les forêts pour chanter les louanges de Dieu, et lui rendre des jetions de grâce. Les plus aigres de leurs adversaires rendéfiit* hommage à la pureté de leurs rpœurs et à leur tendre piété.
Hoof , leur chef , plusieurs fois accusé, s'est toujours défendu avec franchise, et il a ^té acquitté par jugement du consistoire En ï8i8 et 1819^ on lui a suscité, ainsi quà ses adhérens, une nou« velle querelle dans laquelle Yingard, évêque de Halland , s'est comporté , dit-on , avec beaucoup de modération.
Dans la Finlande est un petit trdflpeau de Lecteurs, qiï'on appelle S ibboites y nom emprunté de la paroisse de Sibbo , où ils commencèrent à paraître il y a une vingtaine d'années. Là province d'Ingermanland en a quelques-uns dans trois ou quatre paroisses.. Parmi eux on ne compte aucun ecclésiastique. Leurs croyances et leurs pratiqués sont les mêmes que chez les Lecteurs delà Suè'de. V. 3o
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Eln 1819, ^^^ commission fut chargée par le gouvernement suédois dexaminer des diverses sociétés; d'après son rapport^ intervint une ordonnance du 3o novembre y qui prescrit aux évêques de stimuler la vigilance des ministres, afin que , par une conduite régulière , aassiurant Testime et la confiance de leurs paroissiens, ils poissent empêcher k formation, d'assemblées Séparatistes, et hâter l'extinction de celles qui existent.
Les détails qu'on vient de lire ofirent les nuances distiflctives des diverses congrégations de Lecteurs. 'Elles ont de commun la doctrine de la foi, sans les œuvres , quoique la foi soit réputée la source unique des œuvres vraiment chrétiennes ; comme chez tous les Protestans , la Bible est le dépôt ex* clusif des vérités dogmatiques, mais plus que les autres ils en font l'objet de leurs études , ils examinent si les sermons sont conformes aux Saintes Ecritures , à la doetrine de Luther , et jamais ils n'assistent à ceui: dès ministres qui paraissent s'en éloigner. Ils jugent avec sévérité les nouvelles liturgies , les cantiques , les catéchismes qu'on a voulu substituer aux anciens. La majorité des adhérens à cette société sont des paysans, mais qui tous savent lire et sont plus ou moins instruits dans les matières religieuses. Ce n est pas le fruit de renseignement dans les écoles , car elles sont rares dans ce3 contrées , où les habita tiô ni* sont trèfi^disséminées , cest plutôt le résultat de la
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constituUon représentative de la Suède, où les paj^sans forment un ordre , et 1^ résultat de rattachement au culte divin.
Les Lecteurs j plus souvent que le commun des Protestans , se présentent à la cène^ sont assidus aux as5eiid>lée» religieuses , et jugent sévèxe^pneot cens qui s'en éloignent^ ou qui les fréquentent rarement. Quand l'intempérie des^ saisons, la difficulté des communications, la distance des églises empêchent de s'y rendre, on célèbre la liturgie dans une maison particulière; léchant, la prière, la bénédiction ont lieu, et, à défaut de prédicateur , on Kt un sermonnaire. Le Lecteur communément est nommé par le curé, pour le suppléer dans le cas où Ion ne peut se rendre ^u temple. Voilà ce qu'on appelle, en Suède, culte de village j et la maison où il s'exerce, la maison de prière.
■■ Hâugiens. — ^Hauge, est le nom d'une ferme située sur le territoire de Thunoé , province d'Aggershuus, en Norvège. Dans cette ferme naquit ^ en 1771, HansNièlsen Hauge, auteur d'une secte fanatique qui est l'objet de la notice s^ivante.
Sa constitution faible et maladive fut peut-être une des causes qui, dès sa plus tendre enfance, le jetèrent dans la mélancolie, à tel point que souvent il fut tenté de terminer sa vie par un suicide. Cette idée était combattue par ses réflexions sur la destination de Thomme dans l'autre viç, objet continuel de ses méditations, et qui, bien dirigé,
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n eût produit que d'heureux résultats. Malheureusement les aberrations de son esprit trouvèrent un aliment dans celles de Gérard Seeberd , qui , en 1779, par la faveur du prince héréditaire, avait obtenu la cure de Thunoé, paroisse de trois mille âmes.
Seeberg , dans le cours de ses études à l'unlve^^ site y avait déjà manifesté la bizarrerie d un zèle outré ; il lui donna un libre cours dans sa paroisse, dont une partie très-mécontente entreprit de le faire destituer par levêque de Christiania ; mais les griefs allégués contre lui ayant paru insullisans pour le forcer à se démettre, il continua de l'anatiser les esprits et se fit un grand tiombre de prosélytes, qui, du nom de leur chef, furent appelés Scehergiens. Il se dit envoyé par Jésus- Christ pour convertir les incrédules de Thnnoé et punir les obstinés; ceux qu'il avait révoltés par ces qualifications odieuses supportaient avec impatiencç de l'avoir pour ministre. En 1784 ils saisirent l'occasion d'un scandale arrivé dans s6n église pour le citer au consistoire, où il fut acquitté.
Cette seconde victoire ne fit que donner du relief à uo homme incapable de modération , qui , dès lors , fut regardé par ses adhérens comme un confesseur, un martyr de la foi ; mais il se livra ù de tels excès, qu'enfin il fut destitué par le tribunal suprênie de Copenhague. Il est mort dans cette ville, en iSaS.
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Seeberg doit être regardé comme Fauteur principal des égaremensde Hauge. En 1795, celui-ci commence sa mission , et pendant deux ans il dogmatise, il prêche, sans causer trop de rur meur, parce qu'il borne son z^le à la paroisse de Thunoé, où depuis long-temps le ministre Seeberg avait naturalisé le fanatisme. Ce qui étonne le plus la crédulité et ce qui ajoute au merveilleux, c'est de voir un simple paysan remplir le rôle d apôtre auquel, en 1796, il ajoute celui d'auteur, en publiant un livre intitulé : Considérations sur les folies du monde y et vers la fin de la même année une Dissertation sur la sagesse divine. Ces deux écrits , remplis d'extravagances et dans lesquels lise préconise lui-même comnie prophète envoyé du ciel, lui procurent des sectateurs.
Enhardi par ce succès, l'année suivante il va prêcher dans la paroisse dç Bachestad, puis dans lé comté de Jarlsberg , séjourne long-temps dans la paroisse d'Anneboc, et partout se fait des prosélytes; jusque-la tout lui réussit, il ne lui manque que l'honneur d'un nouveau triomphe sur ses antagonistes , et bientôt il l'aura.
En 1797 il veut étendre ses conquêtes jusqu'à Frederickstat; il forme une assemblée dans cette ville , mais le maire lu^ intime l'ordre de quitter le teiTÎtoire. Hauge refuse d'obéir, on l'emprisonne; le préfet, sans connaître l'atFaire, le fait mettre en liberté , cette victoire accroît le nombre de ses adhérens. Il établit uiae espèce de litur-
(j(ie OÙ Ton chante , mais dont lacté principal est la prédication. Vainement on lui démontre l'absurdité de ses discours, il réfute tout ,en disant que c*est le Saintr-Esprit qui l'inspire.
En 1800, Hauge se rend à Copenhague pour faire imprimer ses écrits, dont quelques-uns ont eu plusieurs éditions. De Copenhague il adresse à ses partisans des circulaires dans lesquelles il recommande la communauté de biens comme une des lois fondamentales de la secte ^, qui à cette époque se propage dans les contrées septentrionales de la Norv^e. Les missionnaires Haugiens pénètrent jusquà Dronthcim, et s'ils n'y font pas de grands progrès ils en sont amplement dédommagés dans la paroisse de Leerstrand et plus t>ncora dans ee)fo de Lexvigen. Ici les Haugiens , i^asj^mklés tous les jours pour lire et méditer les ^HM'mons de leur palriardie , entreprirent de chas- ^jier le pasteur Luthérien et de mettre à sa place
Pouvr^H-on «jouter foi aux détails suivans , si i\i^ h\X^ multipliée» n'attestaient qu^ l'esprit huu^ain livi^ à lui-même peut arriver aux derniers excès de la démence ?
Dans cette paroisse de Lexvigen, un nommé
^ Une de œ» circulaires sur la communauté de biens est insérée dans son ouvrage : Christen documens lacrdoms grund, a"», édition, Copenhague, 1801 , pag. 62 et 63.
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Ânders Andersen > qui jusqu'alors avait eu des mœurs réglées et une conduite irrépréhensible, était devenu, de soldat, prêtre Haugien. Pour s'assurer si Tesprit était éveillé dans huit néophytes, proposés pour remplacer le curé Luthérien , il les avait enveloppés dans un drap et mis dans un lit, Tun sur l'autre , comme des harengs encaqués dans un tonneau ; ils étaient suant et gémissant dans cette pénible attitude pendant que Andersen pérorait en éuergumène. Son sermon ayant été troublé par les cris d'un enfant au Lerceau , dans la même chambre , Andersen s'écrie que Fesprit impur, qui est dans le corps de lenfant, ne peut souffrir la parole de Dieu; il part de là pour censurer les prêtres de la secte qui avaient abandonné l'usage des exorcismes. En terminant cette objurgation, il donne à l'enfant un coup de poing qui lui brise là cervelle; une fille de cinq ans, sœur de l'enfant assassiné et mort, jette les hauts cris; elle aurait éprouvé le même sort si elle n'avait été soustraite à la fureur d'Andersen, par une fille plus âgée, qui court chez le maire; celui-ci arrive avec la force armée, trouve les huit néophytes entassés daus le lit et le meurtrier qui continue de prêcher. Andersen, livré à la justice , avoue son crime sans rougir, en disant qu'il a sauvé l'amende l'enfant, et qu'à son tour il va , comme notre Sauveur , mourir pour le salut du peuple. Le père de l'enfant , qui était un des auditeurs, Baldstad ; son fila naturel , qui était
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Tun des huit novices , et un nommé Leerstad, interrogés pourquoi ils n ont pas empêché le crime , répondent qu'Andersen a fait une' action louable, que par-là il s'est assuré de son salut étemel. Baldstad et Leerstad sont condamnés aux travaux forcés pendant un an à la citadelle de Drontheim, et Andersen , réputé fou , est enfermé dans un hôpital.
Tels sont les déplorables excès auxquels les avait conduits le fanatisme de Hauge. La Nor'vége était le théâtre spécial de la secte, qui cependant s'était propagée jusque dans le Jutland. A son exemple, un paysan de Raarup^ diocèse d'Aarhuus, nommé Peder Larsen, voulut jouer le rôle de réformateur, se fit un parti nombreux et se permit, contre le curé de Raarup , des injures, des accusations , pour lesquelles Larsen fut condamné à une amende de vingt écus. Ce châtiment lui donna du crédit aux yeux de la secte, à tel point, qu'il reçut la visite de Hauge lui-même , qui , en 1 8o4 , vint propager dans la même contrée ses rêveries et ses livres. Larsen aussi était devenu écrivain, et la même année il fit imprimer, en langue danoise , à Hadersieben , un ouvrage un peu moins insensé que ceux de Hauge et qui a pour litre : Chant de sacrifice à l'usage des pèlerins de ^lon.
En d'autres cantons de la même province le Haugianisme s'était propagé par les sermons d'un paysan, qui fut aussi condamné à l'amende,
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et d'un militaire qui , vivant aux dépens des sectateurs, prêchait la pénitence, le renoncement au monde. On a prétendu que leur doctrine sur la communauté de biens admettait même la promiscuité des sexes. De là sont résultés des désordre»
et des mariages forcés. Cependant Hauge avait précédemment recommandé le célibat; mais ce qui est incontestable , c'est que partout où la secte voulait s'établir, elle décriait sourdement et publiquement le clergé Luthéi'ien , et que partout où elle $i'est établie, elle a causé des divisions dans les familles , dans les paroisses , et troublé les esprits à tel point , que plusieurs de ses adhérens sont tombés en démence.
Le gouvernement danois, instruit et sollicité par les rapports des évoques et par la rumeur publique, crut devoir intervenir pour arrêter enfin les ravages d'un fanatisme alarmant. En décembre 1804, parut une lettre circulaire de la chancellerie, pour recommander à toutes les autorités de Danemark et de Norvège l'exécution de la loi du i3 janvier 174*? qui interdit les conventicules secrets' et les assemblées Séparatistes. Hauge, qui s'était établi comme imprimeur à Christiansand, pour avoir plus de facilités à publier ses écrits , avait été mis en prison dès la. fin de novembre 1804. Une ordonnance royale du 16 de 'ce mois avait établi une commission 'pour examiner l'affaire des Haugiens. Un reacrit, du 5 juillet i8o5 , avait ordonné la saisie des écrits de Hauge et leur
remise au préfet de la police. L'instruction corn* mencée dura long-temps , parce que les témoins convoqués étaient dispersés dans toute Tétendue de la domination danoise. Mais enfin , les documens réunis k la chancellerie , en 1 808 , établissaient contre Hauge divers chefs d'accusation ; tels que ses discours publiés malgré les défenses du gouvernement et des autorités respectives; sa
* doctrine sur la communauté de biens et les abus qu'elle avait enfantés ; sa .contravention auxdispo*
• sitions de la loi rendue en 17419 ^^ attaques violentes contre le clergé du pays. Divers incidens retardèrent le cours de la procédure , et dans l'intervalle, Hauge avait présenté des pétitions pour obtenir sa mise en liberté sous garantie , ce qu'on lui refusa. Puis, en décembre 181 3 , il fut déclaré coupable d'avoir violé la loi du 1 3 janvier l'j^i , condamné à payer les frais du procès et mille écus d'amende.
C'est à Christiansand qu'il a imprimé presque tous ses écrits^ dont le nombre est de quatorze. Le dernier contient sa biographie et ses voyages , rédigés par lui - même. On y chercherait en vain un système cohérent , un plan régulier , ils fourmillent de contradictions et^ d'absurdités« Il avait d'abord recommandé une sorte d'immobilité et de repos, il fit ensuite l'éloge du travail et de l'activité. Hauge avait beaucoup étudié l'Ecriture-Sainte et surtout l'Apocalypse, mais appuyé sur la maxime fondamentale du protes-
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tanlisme^ qui admet l'interprétation privée, il s'abandonne aux délires d'une imagination vagabonde ; qui» pourrait d'ailleurs contredire un envoyé du ciel ? il se déclare tel dans sa' Dissertation sur la sagesse de Dieu. Aussi prétend-il avoir éprouvé* quelquefois dans ses extases un avantgoût de l'éternelle félicité. Son dogmatisme se rapproche du piétisme , tel .qu'il était en Danemark du temps de Christierh VL II insiste beaucoup sur l'influence spirituelle de la grâce et sur les mouvemens , les inspirations qu'elle produit. Il déclame contre les plaisirs mondains, car la tristesse, les malheurs sont à ses yeux des moyens d'assurer le salut; l'influence de ces recommandations se manifestait dans l'extérieur de ses adhérens; leur ton de voix, leurs attitudes, se modifiaient dès qu'ils étaient initiés. Très-unis entre eux , ils étaient intolérans envers quiconque n'était pas de leur secte. Hauge , dans ses écrits et ses discours, déclamait sans cesse contre 4es savans , dont il redoutait les lumières , et contre les ministres, qui opposaient une barrière à son prosélytisme. On conçoit que les Haugiens avaient contracté les mêmes habitudes , car ils suivaient techniquement les traces de leflr patron, qu'ils croyaient investi d'une Tiiission divine pour sauver le peuple.
Sa doctrine sur la communauté de biens avait amené beaucoup d'argent dans la caisse , dont il était l'administrateur arbitraire. Elle contenait
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environ deux cent mille écus. Aussi, dit-on que Hauge , décédé en 1 8^3 , laisse une fortune considérable à ses héritiers. La communauté de biens ne s'étendait pas aux immeubles , ils sont restés aux propriétaires, membres de la secte dissoute et absolument éteinte depuis la mort du fondateur \
'^ Je dois à la bienveillance de M. Holm , ministre luthérien en Danemark , les détails concernant lès Lecteurs et les Haugiens.