‹ Histoire des sectes religieusesChapitre 53 sur 59 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

JACOBEOS OU SIQILLISTCS.

La France eut la Jacquerie et les Jacobins ,• l'Angleterre , les Jacobites -, le Portugal , les Jacobeos ou Sigillistes. On verra ci-après l'origine de ces deux dénominations.

Un confesseur peut obliger un pénitent, voleur, assassin, incendiaire, etc. , à révéler ses complices au magistrat chargé de punir les délits qui intéressent la société ; mais un pénitent ne doit pas déclarer nominativement ses complices à un confesseur , à moins que cette déclaration ne soit indispensable pour l'intégrité de sa confession. Par exemple , la fornication est un crime qui change de nom et de gravité, si, avec la personne complice , il y a lien d'affinité ou de consanguinité. Cette circonstance aggravante , qui lui donne le caractère d'inceste , exige même la déclaration du degré d'affinité ou de parenté ; ce qui peut faire connaître les deux coupables. On pourrait citer un assez grand nombre de cas semblables , hors desquels, dévoiler ses complues serait un nou-

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veau péché, parce que le pénitent ne peut disposer , sans bonne raison , de la réputation de son prochain.

Cependant le Portugal vit , pendant quelque temps , d'autres maximes prévaloir dans certaines communautés religieuses, où le despotisme des supérieurs imposait aux subordonnés Vobligation de dévoiler, non - seulement leurs fautes , mais encore celles de leurs frères , de leurs complices, et pliait tous les membres de ces communautés sous le joug d'une obéissance aveugle. Cet abus prit naissance vers i'j4i 9 chez des hermites chaussés de saint Augustin , passa chez des moines réguliers, et de là s'étendit à beaucoup d'individus des autres ordres.

Un père Gaspard de l'Incarnation , étant chez les Augustins de Coïmbre , avec le titre de Réfor-mateur des chanoines réguliers ^ des chanoines imbus de telles maximes , captèrent sa confiance au point de lui persuader que, pour bien remplir sa mission , il fallait la subordonner à leurs conseils. Ils rédigèrent , pour spn monastère de Coïmbre, un règlement calqué sur leurs principes, qui furent soutenus par des exercices publics désignés sous les noms de Thèses ^ màximas^ exercicios e ohservancias da Jacobea. Une sentence du tribunal de la meza censoria , les fit saisir et brûler par la main du bourreau.

Les partisans ecclésiastiques et laïcs de cette

doctrine y ajoutaient une piété outrée et mysti-

t|ue. Ou les nomma SigiUistes , comme donnant atteinte au secret de la confession ; et Jacobeos y parce que dans la salle où ils avaient commencé leurs iX>mplots y il y avait un tableau représentant Têchelle de Jacob.

Les Jacobeos et leurs adhérens devinrent extrêmement nombreux sous la protection du père iîaspanl > qui en était regardé comme le cbef. Les uns étaient subjugués, entraînés par Texemple de sou extérieur mortifié et profondément bumbte ; ifautres trouvaient un avantage à se concilier uu bomme qui, tout-puissant à la cour, était la s<.>uive des faveurs et disposait des dignités ecclésiastiques. Sa mort ne diminua pas la foule de ses dis^^iples. Il fut remplacé par deux Augustins de la maison de Tavora , dans la suite élevés à l'épîscopat , qui , avec des intentions pures , manquant , dit-on, de lumières, de discernement, favorisaient l'erreur qu'on vient de signaler sur l'usage du sacrement de pénitence \

Le cardinal da Cunha , et le cardinal patriarche de Lisbonne, publièrent, en 174^, des lettres pastorales et des édits contre cette doctrine , qui avait pour défenseurs les évéques d'Algarve, Elvas et Çoïmbre. Ce dernier écrivit même au pape , sur cet objet, une lettre apologétique. Benoit XIV, trop bien instruit des règles de l'Eglise pour tolé-

1 Voy. Mémoires du marquis de Pombal , in- 12, 1784. Tom. m, pag. 126 et suiv. , et pag. 827 et suiv.

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rer un abus si criminel , donna la même année un bref contre le zèle indiscret qui voulait assujettir les pénitens à nommer leurs complices et les lieux de leur résidence. Le même pontife, voulant extirper le mal dans sa racine, publia successivement, à ce sujet, quatre bulles , dont la dernière est de

Les religieux, antagonistes des Jacobeos, s'élevèrent contre eux avec chaleur, aJU^es dénigrèrent à tel point auprès du ministre Carvalho , que celui-ci en fit , au roi Joseph I". , un portrait extrêmement odieux. En conséquence,. intervint, en décembre 1768 , une missive du roi au recteur de l'université , qui dépeint les beats Jacobeos ou Réformés des plus noires couleurs. « Ils ont , » dit le roi , imaginé de nouvelles formes de vête- » mens et de chaussures , de nouvelles tonsures , » de nouvelles oraisons et prières non approuvées » par rÉglise, comme s'ils pouvaient être plus » pieux que l'Église elle-même, ou que celle-ci » eût besoin de ces étranges accroissemens de dé- » votion. Par ces pernicieuses innovations , ils ont » causé dans leur ordre des séditions et des schis-

» mes La criminelle et ignoble obstination

» des chefs et fauteurs de ces désordres est telle , » que les remèdes appliqués à ce mal, au lieu de

» le faire cesser, n'ont servi qu'à l'aggraver

» Après avoir, pendant plusieurs aniiées, détruit » les biens, la discipline régulièreet le 'crédit de )» leurs communautés , ils en sont venus à cet excès

» d'audace , d attaquer la tranquillité publique de » mes états , comme on Ta vu dernièrement dans » cette ville et dans celle de Braga, de la manière » la moins équivoque et la plus scandaleuse , etc* » En conséquence, le roi ordonne que tous les » Jacobeos- soient à jamais exclus de l'université , » que leurs noms soient biffes des registres, et » qu'ils soient déclarés incapables d'y remplir au- » cun emploi , .-m même d'assister à ses assem- » blées , attendu qu'on doit désormais les réputer )> morts ^ et comme s'ils n'avaient jamais existé. »

En I «769 , on voit l'Inquisition lancer un édît contre les Jacoheos ,• c'est peut-être la seule fois qu'on ait eu à louer ce tribunal. La même année le roi Joseph donne son placet à la bulle du pape , et fait imprimer, en un volume in - folio , tous les documens relatifs à la secte des JacobeoSy que l'on traite d'infâmes ^

Dans le récit placé en tête de cet ouvrage , il règne un ton d'humeur, inspiré sans doute par les circonstances où se trouvait le Portugal , qui venait de chasser les Jésuites. Le rédacteur recherche péniblement dans toute l'histoire de l'Église des exemples de violation du secret de la confession , et il en cite cinq qu'on pourrait contester en tout ou en partie. Le premier, dans l'É-

^ Mémorial sobre 0 scisma do sigillismo que os de^ nomiiiados Jacobeos e beatos ,- levantaram neste reîn^ de Portugal f etc. ^ in -fol. , Lisboa, 1769.

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glise d'Arménie y au quatorzième siècle; le second, de Savonarole, brûlé à Rome en i49&- U i^ fut pas coupable de ce crime. L'histoire a discuté les prétextes qui servirent à le faire condamner, et la postérité rend justice à ce religieux , dont la mémoire est aujourd'hui en vénération; le troisième], des illuminés d'Espagne , surtout de Cordoue, à la fin du quinzième siècle, et de Se ville, au commencement du seizième siècle; le quatrième, des urselines de Loudun ; le cinquième , des Jésuites. Dans le temps de la prétendue réforme, au seizième siècle , et de nos jours , en France, on a vu des prêtres et surtout des moines abjurer leur religion; mais il est inouï qu'un seul ait violé le secret de la confession.

L'auteur du mémoire qu'on vient de citer arrive ensuite aux Jacoheos , qu'il appelle abominables , schisma tiques , séditieux , dont les principes , comme ceux de Wiclef , conduisent à la rhonarchomachie ' .

L'Inquisition , qui s'était signalée par son édit de 1769 contre la secte, publia, en 1774? un règlement qui prononçait lés peines à in^iger aux coupables. Elles sont empreintes de cette partialité , qui , dans tous les gouvernemens absolus , établissant des castes privilégiées , leur réserve des avantages dont elle prive le corps de la nation ,

^ Pag. 75 Aujuizo deciiwOy etc., à la fin du même volume.

et lorsqu'ils sont coupables , adoucit pour eux des rigueurs qu'elle exerce sans mesure sur la masse des individus formant le corps politique. Dans TafTaire dont il s'agit^ ces peines sont la fustigation , la déportation et six ans de galères pour la classe vulgaire, sendo peoes.

Pour les nobles, deux ans d'exil sur la côte d'Angola ou à l'ile Saint-Thomas.

Pour les membres du clergé, privation d'exercer les fonctions de leur ordre et un an d'exil ou de galères dans les mêmes contrées.

Pour les femmes agrégées à la secte sigilliste, la prison.

Pour les religieuses, l'exil dans le couvent le plus éloigné et privation toute leur vie de voix active et passive dans les affaires de leur ordre.

Pour les relaps, les peines sont plus rigoureuses , on leur applique les cbàtimens décernés aux schismatiques et aux hérétiques ^

A la fin du pontificat de Rezzonico, tous les fanatiques composant la secte avaient été mis en réquisition par le parti jésuitique qui gouvernait Rome, pour cabaler et comploter contre le gouvernement portugais. On en eut des preuves

'^ Voy. Narratwa da persequicâo de Hippolyto Jo^ seph da costa Pereira fartado de mendonça , natural da colonia do sacramento norio daprata , in-8°. , i vol., Londres, 1811, liv. II, tit. X, pag. 267 et suw., et le tit. XVI.

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si certaines, que Gangauelli ; en les abandonnant au ressentiment du roi , exigea que , pour l'honneur de Rome, on se tût sur beaucoup de choses : voilà la raison de la mauvaise humeur dans les procédés du gouvernement. Il est prouvé que les Jacobeos entravaient les réformes utiles que Ion exécutait à cette époque ; ils firent même une levée de bouclier contre le tribunal de la censure , par le moyen de l'évéque de Coïmbre que l'on fut obligé de renfermer pendant quelques années. Clément XIV parut approuver cette mesure, en ne réclamant pas la personne de l'évéque , et en donnant un administrateur à cet évêché.

Depuis ce temps on n'a plus parlé des Jacobeos ^ dont la secte est éteinte. Leur doctrine était détestable; mais n'a-t-on pas» grossi leurs torts? C'est peut-être un procès qui est, comme tant d'autres, sujet à révision.

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