Liv., XXXV
190 CHAP. VI. — ANTIOCHOS ill LE GRAND
lait pas, suivant lui, tenter une diversion en Italie ou en Afrique, ni confier une partie de la flotte à un aventurier suspect comme Hannibal. Le roi devait arriver avec toutes ses forces en vue des rivages où tous les Grecs allaient se presser pour racclamer et saluer en lui leur libc^ralour.
Enfin, Antiochos prit son parli. Aveugle jusqu'au bout cl comptant rallier en Grèce les contingents de nombreux et intrépides alliés, il n'embarqua à Ephèse que 10.000 fantassins, 500 cavaliers et six éléphants, sur un nombre, il est vrai, plus que suffisant do bâtiments dont il aurait pcut-ôtre besoin pour ramener le butin et les prisonniers, — quarante vaisseaux pontés, soixante non pontés, et deux cents navires de charge. Il avait, dit Tite-Live, à peine assez de troupes pour occuper simplement la Grèce, et il s'agissait de soutenir une guerre avec les Romains (192) * !
Le nouvel Alexandre alla d'abord, à l'exemple du conquérant, faire ses dévotions à l'Athéna d'Ilion, puis mit le cap à l'ouest. La traversée fut assez bonne. La flotte, passant par Imbros et Sciathos, arriva tout droit à Ptéléon, à l'entrée du golfe de Pagase. Thoas avait raison : les autorités de Démétriade étaient là pour recevoir le roi, qui le lendemain entrait avec sa flotte dans le port de cette ville. Tout sembla confirmer d'abord les promesses de l'Etolicn et les espérances du roi Antiochos à Lamia, oii siégeait en ce moment la Diète étolienne. Il y fit une fière harangue, déclarant qu'il s'était hâté d'accourir avec son avant-garde, mais qu'au printemps il couvrirait la mer de ses flottes et la Grèce de ses soldats. Le stratège Phaenéas, chef du parti modéré, proposa d'utiliser la présence d'Anliochos pour terminer par un arbitrage la querelle de la Ligue avec les Romains ; mais Thoas entraîna
1. Liv., XXXV, 43. Le mot dédaigneux d'Hannibal — salis esse credo Romanis haec et si avarissimi sunl (.Macr., H, 2, 1-2) appartient à la légende. Il ne faut pas oublier que nous ne sommes renseignés sur ce duel entre Antiochos et les Romains que par des partisans de Rome, et que l'histoire s'est acharnée sur le vaincu, toujours représenté comme un incapable. Les faits ainsi présentés ne permettent plus de rectifier ce jugement sommaire.
l'assemblée aux résolutions extrêmes. Le roi de Syrie fut nommé généralissime de la Ligue, et trente apoklètes lui furent adjoints comme conseil de guerre *.
Antiochos crut pouvoir suppléer au nombre, qui lui manquait présentement, par la rapidité de ses opérations. Sans attendre même les troupes qu'il avait laissées à Démétriade, il se lança avec un millier de fantassins à travers la Phocide et la Béotie pour surprendre Ghalcis. Traversant l'Euripe avec les chefs étoliens qui l'avaient rejoint à Chéronée, il se présenta inopinément aux portes de la ville. Les pourparlers ne furent pas longs. Les Ghalcidiens refusèrent nettement de le recevoir et l'invitèrent à sortir de leur île. Antiochos dut revenir à Démétriade pour y refaire de nouveaux plans ^. La campagne diplomatique qu'il entreprit alors de concert avec les Etoliens ne réussit guère mieux. Son envoyé et celui de la Ligue eurent audience de la Ligue achéenne à Mgion^ mais en présence de Flamininus, qui n'eut pas de peine à dégonfler d'un mot railleur les hyperboles ampoulées de l'orateur syrien. Les innombrables troupes du roi n'étaient après tout que des Syriens déguisés en soldats, pareils au prétendu gibier qu'un hôte de sa connaissance avait récolté dans sa basse-cour. La Diète décida séance tenante qu'elle restait fidèle à l'alliance romaine, déclara la guerre aux Etoliens et à Antiochos, et, sur la proposition de Flamininus, envoya un millier d'hommes, moitié à Ghalcis, moitié au Pirée, pour prévenir de ce côté soit des coups de main, soit des défections. Les Béotiens, sollicités de même, répondirent qu'ils réfléchiraient à ce qu'ils auraient à faire lorsque Antiochos serait en Béotie. Quant à Amynandre, roi des Athamanes, il n'était pas difficile à gagner, paraît-il; mais ce roitelet épirote devait être d'une utilité assez problématique ^
Antiochos put néanmoins avoir encore un moment d'illu-