Liv., XXXV, 49-30. Plut., TU
sion. Il se hàla de réparer l'affront subi à Chalcis, cette fois avec toutes ses forces. Il expédia en avant Polyxénidas avec la flotte, Ménippos avec 3.000 hommes : lui-même se mit en marche quelques jours après avec 6.000 hommes et un petit contingent étolien qu'il prit en passant à Lamia. Les 500 Achéens envoyés d'yl^ion et un certain nombre d'auxiliaires venus de Pcrgame étaient déjà entrés dans Chalcis, sous la conduite de Xénoclidas de Chalcis; mais un renfort de SOO Romains envoyé par Flamininus et guidé par le député chalcidien Micythion trouva, en arrivant sur les bords de TEuripe, le passage barré par les troupes de Ménippos. Micythion descendit la côte jusqu'à Délion, d'où il espérait traverser le détroit sans obstacle, la guerre n'étant pas encore officiellement déclarée entre Anliochos et les Romains. Il se croyait de plus en séturité sur un sol inviolable, consacré à Apollon Délien. II paya cher cet excès de confiance. Ménippos le surprit, et il s'échappa à grand peine sur un bateau de marchandises, après avoir perdu tout son monde. Ce désastre décida les Chalcidiens à ouvrir leurs portes au roi. Les Achéens, Pergaméniens et Romains qui se trouvaient dans la place allèrent se retrancher, les uns à Salganeus sur la côte de Béotie, les autres dans un fort voisin de l'Euripe; mais ils furent cernés et obligés de capituler. Antiochos était maître de TEubée, les autres villes ayant suivi l'exemple de Chalcis *.
Ce premier succès fit du bruit et décida nombre d'hésitants qui jusque là se tenaient prudemment à l'écart. On vit arriver à Chalcis des députés des Eléens, qui venaient demander au roi de les protéger contre les Achéens, et des ambassadeurs épirotes, qui s'ingénièrent à gagner l'amitié d'Antiochos sans se brouiller avec les Romains., Antiochos envoya un détachement de mille hommes à Elis et remit à plus tard les pourparlers avec les Epirotes. Le roi n'eut qu'à
1. Liv., XXXV, oO-ol. Appien (Si/r., 12) remplace Ménippos par Micythion, général d'Antiocboi, qui bat les Romains à Délion!
se montrer un instant en Béotie pour ôtre acclamé par la Diète béotienne. Il espérait bien décider de la môme façon les Thessaliens, et il délibérait à ce sujet à Démétriade oii il avait donné rendez-vous aux chefs étoliens, quand Hannibal, qui assistait avec lui à la réunion, essaya de lui montrer le peu que valaient de telles alliances. Contre Rome, l'allié dont il fallait à tout prix s'assurer le concours, c'était Philippe de Macédoine : si on voulait frapper un coup sérieux, c'est en Italie qu'il fallait porter la guerre. Antiochos trouvait sans doute ses combinaisons autrement ingénieuses que l'idée tixe du vieux Carthaginois, qui était probablement venu d'Éphèse sans y être invité. Il agit comme s'il avait le parti pris de froisser le roi de Macédoine. L'installation de Séleucos à Lysimachia était déjà chose peu agréable à Philippe. L'alliance avec Amynandros, qui dans la dernière guerre avait pris parti pour les Romains et dont le beau-frère, Philippe de Mégalopolis, se croyait des droits au trône de Macédoine, était comme une injure personnelle à Philippe. Enfin, au cours de la promenade militaire qu'il fit en Thessalie, avec les Etoliens et les Athamanes, pour contraindre les villes thessaliennes à embrasser son parti, Antiochos saisit l'occasion de son passage à Cynoscéphales pour ensevelir en grande pompe les ossements des Macédoniens épars sur le champ de bataille. C'était une façon de faire savoir à tous que Philippe, en dépit de l'armistice, les avait laissés sans sépulture et de se rendre populaire en Macédoine. Aussi, dédaignant les offres d'Antiochos, Philippe rompit les pourparlers auxquels il avait d'abord consenti : désormais les Romains purent compter sur lui. C'est même lui qui pressa le propréteur M. Baebius d'aller dégager la Thessalie *.
Dès que les enseignes romaines apparurent dans la vallée
1. Polyb., XX, 3. Liv., XXXVl, 5-8. Antiochos oflrait à Philippe tria milia talentum et quinquaginla tectas naves et omnes Graeciae civilates qtias antea ienuisset (XXXIX, 28). Appian., Syv., 16.
19i CHAI'. VI. — ANTiocno.s m li: grand
de Tempe, Anlioclios leva le siège de Larissa et rentra par D(^mdlria(le à Chalcis, après avoir donné rendoz-vous à ses alliés pour le printemps. Le présomptueux SéleucicJe quittait décidément la Thessalie, qu'il croyait trouver mieux disposée ; mais il y laissait quelques garnisons, et il pensait réparer bientôt ses mécomptes, quand Polyxénidas lui aurait amené d'Asie sa magnifique flotte et son invincible armée. En attendant, il couronna cette série de fausses mesures et d'imprudences par une dernière inopportunité que Polybe appelle crûment un caprice d'ivrogne. En dépit de ses cinquante ans passés, il s'éprit d'une jeune fille de Chalcis renommée pour sa beauté, fille de Cléoptolème, l'épousa et passa le reste de l'hiver (192/1) en festins et réjouissances. Il va sans dire que ses officiers et soldats, dispersés pour la plupart dans les villes de Béotie. suivirent son exemple. Plus de gardes ni d'exercices : on remettait à plus tard les affaires sérieuses *. C'est ainsi que Antiochos, à défaut d'autres conquêtes, gagna le cœur des Chalcidiens. Il fit de son mariage un symbole, en donnant à sa belle le nom d'Eubœa; mysticisme facile, éclos dans la chaleur des banquets.
Le temps que perdait ainsi le roi avait été bien employé par les Romains. Cette guerre qu'ils voyaient venir depuis longtemps, qu'ils supposaient devoir être acharnée et conduite peut-être par Hannibal, ils s'y préparèrent avec une gravité solennelle, consultant les dieux, les intéressant à leur succès par des vœux et des supplications, observant le rituel des fétiaux, bref, n'omettant rien de ce qui pouvait affirmer leur bon droit, exalter le patriotisme populaire, et surtout avertir discrètement les « alliés » que le moment était venu de faire leurs otTres de service. Ceux-ci firent assaut de zèle. Ptolémée V, le gendre d'Antiochos, envoya une somme énorme, mille livres d'or et vingt mille en argent, et promit d'expédier « toutes ses troupes » en Etolie.
1. Polyb., XX, 8. Diod., XXIX, -2. Liv., XXXVI, 11. Justin., XXXI. 6, 3. Plut., TU., 16. Appian., Syr., 16. 20.
Philippe de Macédoine oifrit de même le concours de sou armée. Les Carthaginois et Masinissa s'engageaient à fournir gratuitement du blé, des navires, et jusqu'à des éléphants. Le Sénat, ravi de voir en si humble posture tous ces alliés qu'avec un peu d'activité et de savoir-faire le Séleucide aurait pu liguer avec lui contre Rome, se montra aussi discret que possible. De toutes ces offres il n'accepta que la coopération éventuelle de Philippe, et dans la mesure où le roi jugerait à propos d'assister le consul M'. Acilius. On savait bien à Rome que Philippe avait aussi ses injures à venger, et que, une fois brouillé avec Antiochos, il aurait intérêt à pousser au succès des Romains. On ne put qu'admirer la politesse, le désintéressement et la belle confiance en leur force de ces Romains qui refusaient l'argent de Ptolémée et les cadeaux de Masinissa \
Antiochos avait l'air d'ignorer tout ce qui se passait autour de lui. Alourdi par la ripaille et ses amours d'arrièresaison -, il se rendit enfin, au début du printemps (191), à Chéronée, qu'il avait indiqué comme point de ralliement à ses troupes. Là, il put s'apercevoir que ses soldats l'avaient trop bien imité. Les maladies et les désertions, favorisées par l'absence de discipline, avaient dû encore en diminuer le nombre. S'il avait encore été capable de quelque discernement, il aurait compris qu'il ne pouvait rien entreprendre de sérieux avec de pareilles bandes et qu'il devait se replier sur Lamia ou sur Démétriade pour y attendre la flotte et l'armée que Polyxénidas devait lui amener d'Asie. Il est vrai qu'il eût attendu longtemps et en vain. La somnolence du roi avait gagné tout le monde : la grande armée avec laquelle il allait couvrir le sol de la Grèce resta à l'état de figure de rhétorique. Pour le moment, il n'imagina rien de mieux que d'aller pousser une pointe jusqu'à la mer Ionienne. Avec le concours des Etoliens et de quelques intri-