Liv., XXXVI
198 CHAP. VI. — ANTIOCHOS III LE f.HAND
Héracléc tentèrent Lien une diversion à leur tour, mais il était trop tard. L'armée syrienne fut à peu près exterminée. Antiochos, sans songer à chercher un refuge sur hi petite escadre de dix navires que son amiral Isidore tenait à l'ancre devant Thronion, courut tout d'une traite jusqu'il Kiatée, poursuivi par la cavalerie romaine, et parvint à atteindre Ghalcis sans autre escorte qu'une poignée d'hommes à moitié désarmés. Les Romains avaient perdu tout au plus deux cents hommes ' .
Antiochos ne s'arrôta pas longtemps à Ghalcis. Pendant qu'Isidore le cherchait du côté de Démétriade, oii se rallièrent en effet les débris des « royaux », bientôt après expulsés par Philippe, il évita comme il put les croiseurs romains ou pergaméniens qui, en ce moment-là môme, capturaient à Andros un convoi de vivres expédié d'Asie, gagna l'île de Ténos et de là Ephèsc, où il arriva avec sa jeune épouse. L'Eubée se soumit avec empressement au consul, qui s'abstint de loute violence et ramena son armée aux Thermopylcs pour déloger les Etoliens d'IIéraclée. Pendant que M'. Acilius assiégeait Héraclée, qui fit une belle défense, des députés étoliens, parmi lesquels le trop fameux Thoas, débarquaient à Ephôse pour conjurer le roi de ne pas renoncer à secourir la Ligue étolienne et à arrêter les Romains en Grèce. Antiochos promit du secours et envoya provisoirement de l'aident : puis, comptant que les Etoliens occuperaient suffisamment le consul, il retomba dans son apathie habituelle, incapable de rien prévoir et satisfait d'avoir mis entre lui et les Romains la largeur de la mer Egée. Tiré enfin de sa torpeur par les objurgations d'IIannibal, il expédia aux informations dans l'Archipel et alla lui-même avec quelques vaisseaux en Ghersonèsc de Thrace pour renforcer les garnisons de ce côte, surtout Lysimachiu et Sestos, si par hasard les Romains prenaient la roule do lerre. 11 en revint au plus vite en
1. Liv., XXXVI, 18-19. Plut., Cal. maj., 13-U. TH., i5. Appian., S'jr., 18-20.
apprenant que la flotte romaine, commande'e par G. Livius Salinator et accompagnée par Eumène, était déjà à Délos. Le plan de l'amiral romain était évidemment d'aller opérer sa jonction ave^; la flotte de Pergame dans le golfe d'Ela^a. Sur l'avis de Polyxénidas, on décida d'attaquer la flotte romaine à la hauteur de Pliocéc. Polyxénidas livra bataille, en efîet, à C. Livius devant le cap Corycos : mais Eumène avait eu le temps d'amener sa flotte, de sorte que les Romains avaient à la fois la supériorité du nombre et celle du courage. Polyxénidas battu se sauva à Ephèse, oii la flotte romaine, augmentée en chemin de vingt-cinq navires rhodiens partis trop tard pour prendre part à la bataille de Corycos, vint se montrer un instant pour permettre aux Ephésiens de bien constater sa victoire '.
Tous ces revers agirent enfin comme stimulant sur le grand homme. Il envoya Hannibal en Phénicie pour chercher des navires à joindre à ceux que construisait ou réparait Polyxénidas. De la Phrygie où il passa l'hiver avec son armée en formation, il fit appel aux Galates, qui lui fournirent bon nombre de mercenaires. En même temps, son fils Séleucos, qu'il avait rappelé de la Ghersonèse, surveillait les villes maritimes que sollicitaient à Fenvi Eumène et les Romains, installés avec leurs navires dans un camp retranché à Gan*, au nord des îles Arginuses. De son côté, l'amiral romain, qui sentait approcher l'expiration de son commandement, ne restait pas inactif. Il lui suffit de se montrer dans l'Hellespont pour recevoir la soumission de Sestos, une ville sur laquelle Antiochos croyait pouvoir compter. En face, Abydos, après quelques jours de siège, songeait déjà à capituler lorsque G. Livius Salinator fut rappelé à son quartier général par la nouvelle d'une défaite que l'amiral syrien Polyxénidas avait infligée à la flotte rhodienne à Panormos de Samos. Les Rhodiens, en effet, avaient