Liv., XXXVII
2. Liv., XXXVII, 14-21. Polyb., XXI, 8. Appian., Syr., 26. Cf. Inscr. Pergam., D. 64.
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tlotle au complot pût se risquer en mer, et les navires que Ilannibal devait amener de Phf^nicie n'étaient pas arrivés. Entre temps, il négociait avec Prusias, sans succès d'ailleurs, car les Romains, tenus au courant de ces tentatives, n'épargnaient rien pour s'éviter de ce côté de nouvelles complications. Pendant qu'il rêvait de chimériques alliances, - qu'il eût fallu au moins préparer plus tôt, — les Rtiodicns coulaient sa flotte de Pliénicie, une superbe flotte de 37 grands navires, à l'embouchure de l'Eurymédon, sur la cote de Pamphylie ; Polyxénidas était comme bloqué dans le port d'Ephése par les croisières romaines, et Séleucos était, ainsi que nous l'avons dit, expulsé du territoire de Pergame. Eumèno pouvait maintenant se porter avec sa ilotte sur rilcllespont, au devant de l'armée romaine.
Il fallait pourtant faire un effort quelconque. Antiochos, venant à Ephèse, imagina d'assiéger Colophon pour attirer de ce côté la flotte romano-rhodienne et donner à Polyxénidas l'occasion de la surprendre par une brusque sortie. En effet, les Colophoniens appelèrent à leur secours L. /Emilius, qui, n'espérant plus amener Polyxénidas à se battre, s'impatientait fort à Samos et voulait courir à l'Ilellespont. L'amiral romain, malgré l'avis contraire du navarque rhodien Eudamos, en prit en elfet le chemin, avec l'intention de ravitailler sa flotte en passant à Chios, où les Romains avaient installé leur centre d'approvisionnements. Le hasard, qui a tant de prise sur les esprits hésitants, fit le reste. L. iEmilius fut informé que le vin manquait à Chios, et que les Téiens en avaient promis cinq mille amphores à Polyxénidas. Il se détourna de sa route pour châtier les Téiens et s'emparer des provisions qu'ils destinaient à la flotte syrienne. Des barques de pirates qui venaient de marauder sur les côtes de Tîle de Chios, qu'il prit pour des vaisseaux syriens et auxquelles il donna la chasse, le menèrent jusqu'au cap J\Iyonnésos; puis il retourna devant Téos et, pour débarquer à l'aise, fit entrer (oute sa flotte dans l'anse de
Géraestion, à l'ouest de Téos. Enfin, l'ennemi s'était de luimême jeté dans un piège. L'anse ne communiquait avec la mer que par un étroit goulet, où deux navires pouvaient à peine passer de front. La flotte y était comme embouteillée. Polyxénidas n'avait plus qu'à la surprendre et à l'y cerner pour recommencer son exploit de Panormos. Il accourut en effet, et, embusqué à l'île Macris, en face du cap Myonnésos, il épiait le moment favorable. Mais des mouvements imprévus dérangèrent son plan. Les Romains, s'étant arrangés avec les Téiens, dont ils avaient commencé à dévaster le territoire, entrèrent dans le port de Téos, qui était un abri plus commode. Puis, un paysan donna l'éveil à L. ^milius, qui fit rembarquer précipitamment ses équipages et prit le large en bon ordre pour aller à la rencontre de l'ennemi. Les rôles étaient maintenant intervertis. Les assaillants avaient quelques vaisseaux de moins que les royaux : mais les navires rhodiens, armés de brûlots et supérieurement manœuvres, eurent bientôt enfoncé le centre et cerné la gauche de la flotte syrienne. Polyxénidas ne fut pas le dernier à prendre la fuite : sur 89 vaisseaux, il n'en ramena que 47 à Éphèse '.
Cette nouvelle déception mit Antiochos hors de sens, comme frappé d'un aveuglement surnaturel. Il leva le siège de Golophon et courut à Sardes, d'oii il envoya demander des secours à son gendre Ariarathe, — qui lui expédia 2.000 Gappadociens, — et partout où il pensait recruter des mercenaires. En même temps, comme il savait que la flotte romaine se dirigeait vers l'Hellespont, il donna l'ordre d'évacuer Lysimachia, une ville qui, avec les approvisionnements dont elle était pourvue, aurait pu supporter un long siège. Quant aux garnisons d'^Enos et de Maronée, il les oublia. Un fou n'eût pas agi autrement. Il s'empressait de déblayer de tous les obstacles la route que suivait l'armée romaine,
1. Polyb., XXI, 9-10. XXII, 7, 16. Liv., XXXVII, 19-30. Appian., Syr., 26-27.
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sans môme songer à ddtruire les provisions, armes et machines (le guerre, qu'il abandonnait ainsi à l'ennemi. H laissa de môme L. .'Emilius prendre Phocée, qui avait vainement imploré et attendu son secours. L'amiral romain y trouva une installation commode pour y passer l'hiver *.
On était déjà en automne, et l'armée romaine, partie au début du printemps, n'était pas encore arrivée. Placée sous les ordres du consul L. Scipion et sous la direction officieuse de P. Scipion l'Africain, — qui n'avait obtenu ce commandement pour son JVôrc qu'à la condition de l'accompagner, — elle avait marché avec une lenteur qui n'était pas toute de tactique et de calcul. En débarquant avec 13.000 hommes de pied et 500 cavaliers à Apollonie, sur la côte d'Epire, les Scipions avaient trouvé M'. Acilius, le vainqueur des Therraopyles, occupé à soumettre les Etoliens. Il lui avait fallu plus d'un mois pour prendre Iléraclée; puis il avait fait le siège de Naupacte, et ensuite, « pour ne pas passer la saison d'été dans l'inaction », il fit le siège d'Amphissa. C'est là qu'il dut remettre son commandement à son successeur, le consul L. Scipion. Les Scipions, qui ne tenaient pas à prendre la suite de ses opérations, saisirent avec empressement le prétexte que leur fournit la médiation des Athéniens pour accorder aux Etoliens bloqués dans Amphissa un armistice de six mois. Une fois libres de leurs mouvements, ils avaient pris la route du Nord. La bonne volonté de Philippe V leur avait aplani toutes les ditïîcultés. Il avait mis les routes en état, jeté des ponts, préparé des vivres sur son territoire : plus loin, il avait encore été la providence de l'armée, qui sans Fui se fût trouvée assez aventurée au milieu des peuplades et des routes inconnues de la Thrace, un pays où, deux ans plus tard, Cn. Manlius Vulso fut attaqué à son retour d'Asie. Aussi avait-il reçu les félicitations du Sénat, qui lui avait rendu son fils Démétrios, retenu jusque-là à