‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 119 sur 297 · Liv., XXXVII · texte numérisé non relu

Liv., XXXVII

Rome comme olage, et lui avait promis des avantages pécuniaires. Cliemin faisant, P. Scipion avait engagé des négociations avec Prusias et tenu le Sénat au courant de l'atTaire. Cette campagne diplomatique avait son utilité, mais elle prit un temps considérable, à tel point que nous voyons l'ex-prétcur et amiral G. Livius Salinator, qui avait quitté l'Asie Mineure au printemps, revenir de Rome à Nicomédie comme ambassadeur avant que l'armée romaine n'eût atteint l'Hellespont. Enfin celle-ci arriva vers la fm d'octobre sur les bords du détroit, bien reposée et ravitaillée à Lysimachia par les magasins d'Antiochos [f] *. Elle y trouva la flotte d'Eumène, l'allié fidèle qui cette fois, en mettant toutes ses forces au service des Romains, combattait pour sa propre cause.

Le passage s'effectua comme en pleine paix. Eumène avait préparé le matériel nécessaire, et personne ne vint troubler l'opération. Antiochos ne songeait plus qu'à négocier. Les scrupules religieux des Romains et le désordre de leur calendrier lui procurèrent un moment de répit, favorable à ses intentions. Le calendrier pontifical déséquilibré par omission prolongée de mois intercalaires étant alors en avance de près de quatre mois (soit 119 jours) sur le cours du soleil, il se trouva que le mois de mars romain tombait alors à peu près en novembre. L'éclipsé de soleil survenue au moment cil le consul L. Scipion partit de Rome, éclipse datée par Tite-Live du H juillet et par les astronomes du 14 mars 190, fournit un point de repère précis pour mesurer l'écart ^ Cet

1. Liv., XXXVII, 5-7. Polyb., XX, 13. XXI, 9. Appian., Syr., 23.

2. Liv., XXXVII, 4, 4 {liidis Apollinaribus a. cl. V Idus Quinctiles caelo sereno interdiu obscurata est lux, cum liina sub orbem solis subissel). On a beaucoup disserté sur les causes d'un pareil désarroi du calendrier, qui devait être visible môme pour les plus ignorants. Il en est de diverses sortes : fuit lempus cum propter supers Litionem [surtout durant la seconde guerre punique] inlercalatio omnis ornissa est, nonnunquam uero per ç/ratiam sacerdotum (Macr., I, 14, 1). Censorinus [De die nat-, 20) explique l'arbitraire des pontifes, ob odium vel gratiam, quo guis magistratu citius abiret diulinsve fungeretur, aut publici redemlor ex anni magnitudine in lucro damnove esset. On sait que

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écart était assez grand pour être devenu sensible, et les Romains ne l'auraient pas supporté, s'ils n'avaient su en éviter les inconvénients. Ils rég^laient sur le calendrier leurs devoirs religieux, mais non pas les exigences de la vie pratique. Ils avaient mis leur armée en marche, officiellement à la mi-juillet, mais pratiquement au printemps. Toujours est-il qu'après le passage de rJUeilespont, l'armée fit une halte de quelques jours, — probablement du 9 au 23 mars officiel, — jours durant lesquels les boucliers de Mars {ancilia) étaient promenés solennellement par les rues de Rome. P. Scipion, qui était de la confrérie des Saliens, s'était même fait scrupule de passer le détroit après le \" mars : il était resté sur la rive d'Europe. C'est durant ce chômage obligatoire que le Byzantin Héraclide se présenta au camp romain comme envoyé d'Antiochos. Comme il avait ordre de ne pas traiter avec le consul seul, mais avec les deux Scipions, il dut attendre l'arrivée de l'Africain, c'est-à-dire les derniers jours du mois, après le tubilustrium du 23 mars. Voici quelles étaient les concessions oiïertes par Antiochos pour obtenir la paix. Il renonçait à toute possession en Europe, ce qu'il avait déjà fait en évacuant Lysimachia; il évacuerait de môme Lampsaque, Alexandrie de ïroade et Smyrne ; il cédait aux Romains les villes d'Asie Mineure qu'il leur plairait d'alTranchir, et s'engageait à payer la moitié des frais de guerre. Son délégué essaya d'intéresser personnellement l'Africain à cette transaction. Le fils de P. Scipion était tombé, on ne sait comment, aux mains d'Antiochos. Héraclide promit de rendre le jeune homme à son père sans rançon : puis il lui oiïrit de l'argent et la tutelle, ou peu s'en faut, du royaume des Séleucides. Il s'allira une réponse froidement ironique. En échange de ces cadeaux et honneurs qu'il n'acceptait pas, - sauf, à titre privé, la délivrance de son fils, - P. Scipion donna au roi un conseil « loyal ». Puis-

César, pour mettre en marche le calendrier julien, dut faire, en 46 a. C, une année de 44o jours [annum confusionis).

qu'il n'avait pas su oiïrir la paix en temps utile, ni se maintenir à Lysimachia pour fermer la Glicrsonèse, ni barrer le passage de THellespont, il ne lui restait plus qu'à poser les armes et accepter n'importe quelles conditions de paix. D'après Justin, ces conditions, indiquées à l'avance, étaient les suivantes : Antiochos abandonnerait l'Asie Mineure aux Romains, livrerait tous ses navires, ainsi que les prisonniers et déserteurs, et paierait tous les frais de la guerre '.

Antiochos renvoya le jeune Scipion à son père, — faveur que l'Africain expia plus tard; — mais, puisqu'on le traitait déjà en vaincu, il voulut tenter encore la fortune des armes. Les 72.000 hommes et les 54 éléphants qu'il avait autour de lui à Thyatire formaient un effectif au moins double de celui de l'ennemi ; mais la supériorité du nombre et même de l'armement — car il avait quantité de cuirassiers et de chars armés de faux, à la mode des anciens Perses — ne le rassurait plus. Il n'avait pas compris que les Romains n'étaient pas non plus aussi certains de vaincre qu'il leur plaisait de le dire. Avant le départ, ils avaient multiplié les procurations de prodiges, ouvert les livres sibyllins, décrété une « supplication », et l'éclipsé de soleil avait dû les intimider quelque peu : en route, ils avaient perdu des mois à négocier avec Prusias, et, tout récemment encore, leurs dévotions du mois de mars, qu'ils auraient oubliées en cas d'urgence, n'étaient probablement pas sans arrière-pensée. Scipion luimême avait laissé percer dans sa réponse le souci dont il se prétendait maintenant délivré. « Il eût fallu, avait-il dit, nous demander la paix avant le passage en Asie, comme à des gens inquiets de l'issue de la guerre. » Il y avait un peu de forfanterie dans son intransigeance et dans le conseil loyal qu'Héraclide avait rapporté à Antiochos. Quand le roi eut rendu le jeune Scipion à son père, il se persuada qu'il s'était fait de celui-ci un ami, et il suivit le nouveau conseil

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