‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 124 sur 297 · Liv., XXXVIl, 48-49. XXXVUl · texte numérisé non relu

Liv., XXXVIl, 48-49. XXXVUl

pr(?parent et rendent désirable l'incorporation pure et simple du pays au domaine de Rome.

En Asie, l'autre consul, Cn. Manlius Vulso, qui vint relever L. Scipion — désormais « l'Asiatique » — à Ephèse au printemps de 189, avait été chargé de pacifier l'Asie Mineure et d'en prendre possession en vertu du traité provisoire passé avec les Scipions. La tâche était trop facile pour un homme qui voulait que sa mission lui rapportât honneurs et profits. Les garnisons royales se retiraient partout devant lui. Néanmoins, il élevait à tout propos de nouvelles chicanes et invitait Antiochos à des entrevues fallacieuses qui pouvaient tourner au guet-apens et auxquelles le roi, édifié sur ses intentions, ne voulut plus se prêter. Enfin, décidé à trouver un prétexte de guerre, il s'avisa que les Galates et Gallogrecs passaient pour être ou avoir été les alliés d'Antiochos. Ils n'avaient fait, en somme, que permettre chez eux des levées de mercenaires, et ils étaient en cela, au point de vue romain, moins coupables que leur voisin Ariarathe de Cappadoce : mais les Galates avaient été longtemps la terreur du monde civilisé ; il y aurait peut-être quelque gloire à les dompter, et surtout quelque bénéfice à les dépouiller du fruit de leurs longues rapines. Le consul était sûr d'ailleurs que, une fois victorieux, on trouverait ses motifs très plausibles '.

11 partit donc d'Ephèse, et, rejoint à Magnésie par Attale de Pergame, qu'il avait invité à faire campagne avec lui contre l'ennemi héréditaire, il suivit d'abord la vallée du Méandre. A Antioche sur le Méandre, Séleucos, fils du roi de Syrie, vint apporter à l'armée les provisions dues « aux Romains » en vertu des conventions passées avec Scipion. Manlius exigea que les auxiliaires amenés par Attale fussent compris dans l'effectif des troupes romaines, et les fournitures majorées d'autant. Le consul, qui ne dédaignait pas

1. L'histoire de cette expédition dans Polyb., XXII, 14-19. Liv., XXXVIII, 12-27. 37-41. Diodor., XXIX, 12. Appian., Syr., 42-43. Plut., Hist. mulier., 43.

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les menus profits, au lieu de continuer sa marche en ligne directe vers la frontière de Tialatie, fit un circuit dans les régions montagneuses du sud, où l'autorité des Séleucides n'avait jamais été que nominale, pillant, rançonnant, extorquant de grosses indemnités aux villes qui faisaient mine de résister et vendant aussi cher la paix aux gens inolVensifs. C'est ainsi que, pour échapper au pillage, la ville de ïaba» versa 25 tal. d'argent et 10.000 boisseaux de blé; le tyran de Cibyra, Moagète, 100 tal. et 10.000 boisseaux. Lagos, désertée par ses habitants terrifiés, fut pillée à fond. A l'afTiit de toutes les occasions, le consul faisait aussi, contre argent, le métier de redresseur de torts. C'est comme tel que, dès ses premières étapes, il avait envoyé un détachement pour déloger des mutins de la citadelle d'Alabanda, à la prière des habitants; que, de Lagos, il entra en Pisidie pour secourir les gens d'Isionda contre ceux de Termesse : il en coûta aux Termessiens 50 tal., et autant, sous un prétexte quelconque, aux Aspendiens « et autres peuples de Pamphylie ». Manlius s'écartait de plus en plus de la direction initiale. En Pamphylie et Pisidie, à Aspendos et à Oroanda, il était dans un pays qui appartenait encore de fait à Antiochos et au pied même du Taurus. Son entourage le dissuada à grand peine de le franchir, au mépris des traités et des avertissements de la Sibylle. Il remonta donc vers la Phrygie par la vallée du Cestros, continuant sa méthode de chantage et levant une taxe de 50 tal. et 20.000 boisseaux de blé et autant d'orge sur les habitants de Sagalassos (Pisidie). qui ne lui avaient pas offert leur rançon avant lo pillage.

Redescendu dans la plaine de Phrygie, Manlius donna à garder ses malades et son excédent de bagages à Séleucos, qui les entreposa à Apamée; après quoi il se dirigea enfin vers la Galatic. Quand il entra dans le canton de l'ouest, celui des Tolistoboies, les Gaulois s'étaient retranchés avec leur roi Orliagon sur les hauteurs du mont Olympe. Manlius donna l'assaut : les Gaulois, qui n'avaient pour toute

arme qu'une épée et un bouclier, criblés de flèches, de javelots et de balles de fronde, furent massacrés ou pris avec leurs femmes et leurs enfants, autant d'esclaves, au nombre, diton, de 40.000, qui s'ajoutèrent au butin. Polybe, Tite-Live et Plutarque nous ont conservé le souvenir de la vengeance que tira, à Ancyre, la reine Ghiomara d'un grossier centurion qui l'avait violée. Polybe tenait ce récit de la bouche môme de l'héroïne, qu'il eut l'occasion de voir et d'admirer à Sardes '. Ce fut ensuite le tour des ïectosages, qui, malgré le secours des Trocraes et des Gappadociens, furent délogés de la même façon des pentes du mont Magaba. Le vainqueur n'attaqua point les Trocmes : il s'arrcta à la frontière tracée par le cours de l'Halys. L'hiver approchait, et il ne se souciait pas de le passer sur ce plateau glacial, oii ses fourgons chargés de butin n'auraient pas moins besoin d'abri que ses soldats. Il invita les députés gaulois, qui demandaient la paix, à venir le trouver à Ephèse.

Rentré à Ephèse, l'heureux homme fut accablé de félicitations et de couronnes d'or par les villes helléniques délivrées de la terreur des Gaulois. Des ambassadeurs de toute provenance attendaient son bon plaisir : ceux des Gâtâtes avaient des mines de suppliants; ceux d'Ariarathe imploraient le pardon de leur maître, et ceux d'Antiochos venaient savoir où il fallait porter le blé destiné aux troupes romaines et verser l'argent dû au Trésor. Ariarathe fut frappé d'une amende de 600 talents ; les Gaulois durent attendre le retour et s'en remettre au bon plaisir d'Eumène, et rendez- vous fut donné en Pamphylie aux agents d'Antiochos.

Au printemps, Cn. Manlius, devenu proconsul, se rendit en effet par Apamée (Kibotos) cn Pamphylie, où il toucha

1. Polyb., XXII, 21. Liv., XXXVIII, 24. Plut., De mul. virt., 43. L'épouse dOrtiagon, captive, fit semblant d'accepter sa liberté contre une rançon qui serait ver3<^e au centurion en un certain lieu où rendez-vous était donné, la nuit, à deux Gaulois apportant l'argent. Le centurion y fut égorgé, et la reine porta la tête du Romain à son époux.

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les rations et les 2.500 talents apportés par les gens du roi de Syrie comme premier versement de la contribution de guerre, prit possession de Perge, la dernière ville évacuée par les royaux, el revint à Apamée, où il rejoignit les dix légats sénatoriaux expédiés de Rome avec le texte du traité délinitif imposé à Antiochos. Il n'y avait plus lieu à discussion : d'après Appien, le texte original avait déjà été gravé sur bronze et déposé aux archives du Gapitole '. Lecture fut donnée aux envoyés syriens de l'instrument diplomatique. C'était le premier projet, mais amendé, précisé, aggravé par la main experte des légistes romains [f ]. En ce qui concerne l'abandon de l'Asie Mineure au N. du Taurus, l'indemnité de guerre (12.000 talents au titre attique, pesant au moins 80 livres romaines à l'unité, payables en douze ans), et l'extradition des individus précédemment désignés, conditions énoncées par les Scipions, furent maintenues; sauf que le Sénat y ajoutait un supplément de 90.000 boisseaux de blé à fournir, et, par contre, diminuait de 50 talents (350 au lieu de 400) la somme promise à Eumène et payable en cinq ans. En outre, Antiochos devait rembourser à Eumène le montant de fournitures de blé faites jadis par Attale I : créance fixée, avons-nous dit, à 127 talents. Ainsi fut réglée la question financière. Mais tout un ensemble de clauses était calculé pour tenir Antiochos dans une étroite dépendance, lui ôter toute initiative et l'emprisonner chez lui, sous la surveillance des Romains et de leurs alliés. Défense de toucher aux îles de l'Archipel; à plus forte raison, de passer en Europe et d'y faire une acquisition territoriale quelconque. Défense de lever des mercenaires dans les pays soumis à la domination du peuple romain, ou même d'en accepter à titre de volontaires dans son armée. Défense de laisser passer sur ses terres ou de ravitailler des troupes

1. Appian., Syr., 39. L'expression de T. Live (XXXVllI, 38 : Ibi ex decem legalorum senlentia foedus in haec verba fere cum Anliocho conscriplum est) n'est pas nécessairement contradictoire.

ennemies des Romains ou de leurs alliés. Si quelque allié du peuple romain cherche querelle au roi, celui-ci devra d'abord recourir à un arbitrage : en cas de rupture, il pourra se défendre, mais à la condition de ne faire aucune conquête ni alliance à cette occasion. Du reste, il devait livrer tous ses éléphants, sans pouvoir les remplacer par d'autres, et tous ses navires de guerre. La flottille qui lui resterait, dix galères de trente rames au plus, ne devait pas dépasser à l'ouest l'embouchure du Calycadnos en Gilicie, sauf le cas oiî le roi aurait besoin d'expédier par mer « de l'argent, des fournitures, des ambassadeurs ou des otages ». Les otages exigés de lui seraient d'âge viril, entre dix-huit et quarantecinq ans, au nombre de vingt et renouvelés tous les trois ans. A ce prix, Antiochos le Grand devenait l'ami du peuple romain (188) '.

Le traité fut mis à exécution dès que les serments déjà échangés à Rome par les plénipotentiaires syriens eurent été renouvelés par le roi en personne, formalité pour laquelle Q. Minucius Thermus se rendit à Antioche. L'amiral Q. Fabius Labeo reçut à Éphèse l'ordre d'aller à Patara prendre livraison des navires royaux et de les défoncer ou de les brûler. Il détruisit ainsi cinquante vaisseaux pontés. Les éléphants furent donnés à Eumène par Cn. Manlius, qui partit aussitôt pour aller jouir de sa gloire à Rome.

Il s'agissait maintenant de partager les dépouilles du vaincu et de régler en Asie les avantages, les droits et les devoirs de chacun, conformément aux dispositions arrêtées par le Sénat. La commission des Dix consacra à ce travail la majeure partie de l'année 188. La Cappadoce, la Galatie et la Bithynie restèrent en dehors de la clientèle romaine. Ariarathe, à qui Gn. Manlius avait infligé une amende de 600 talents, eut la chance d'intéresser p]umcne à sa cause. Le roi de Pergame épousa sa hlle Stratonice et lui obtint

1. Polyb., XXII, 23-24. Liv., XXXVIII, 38-39. Diod., XXIX, 10-11. Appian., Syr., 39.

218 CHAI». Yi. — A.NTiocnos m le grand

remise de la moitié de sa dette. Les Galales gardèrent leurs frontières, à charge de ne plus les dépasser pour rançonner leurs voisins. Prusias, à qui Scipion avait fait de si belles promesses au temps où on pouvait le craindre, dut s'estimer heureux qu'on ne lui demandât rien, si ce n'est de renoncer à ses prétentions sur la Mysie, qui appartenait à Eumène et où il avait probablement essayé do pénétrer, tout en gardant une neutralité suspecte, durant la dernière guerre '. Dans l'immense domaine cédé par Antiochos, Eumène, l'allié de la première heure, eut naturellement la part du lion. Le Sénat le lui alloua en entier, y compris la Chersonèse de Thrace, sauf les portions réservées aux Rhodiens et aux villes grecques du littoral. Les Rhodiens reçurent la Lycie, sauf la ville de Telmesse, réservée à Eumène, et la Carie au sud du Méandre, c'est-à-dire presque en totalité.

Le régime des villes grecques soulevait des questions délicates, parce que leur intérêt était partout en conflit avec celui d'ïHumène, qui en tenait quelques-unes sous sa dépendance et méditait d'étendre son protectorat sur les autres; et parce que, satisfaire Eumène, c'était mécontenter les Rhodiens, dont les délégués avaient énergiquement réclamé h. Rome l'alfranchissement des cités helléniques. Les Romains, du reste, étaient eux-mêmes trop philhcllcnes pour renoncer à jouer, en Asie comme en Europe, sans qu'il leur en coûtât rien, le rôle de libérateurs. La commission adopta un moyen terme. Les villes qui, tributaires d'x\ntiochos, avaient cependant embrassé la cause des Romains, furent déclarées villes libres, exemptes de tout tribut; les autres, celles qui étaient restées fidèles à Antiochos ou qui appartenaient déjà à Eumène, devinrent ou restèrent tributaires du roi de Pergame. En vertu de ce principe, Cyzique, Lampsaque, Abydos, Dardanos, Ilion, Alexandrie de Troade,Cymé, Phocée, Chios, Erythrai, Smyrne, Clazomènes, Notion, Milet,

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