‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 125 sur 297 · Polyb., XXII, 27. Liv., XXXVIII · texte numérisé non relu

Polyb., XXII, 27. Liv., XXXVIII

Mylasa en Carie, eurent leur pleine autonomie reconnue, et la plupart d'entre elles, surtout Ilion, -la patrie de l'ancêtre des Romains, -reçurent en outre des terres qui agrandirent leur territoire.

Ces défalcations faites, Eumène obtenait, en possession immédiate et complète, la Chersonèse de ïhrace avec Lysimachia, les deux Phrygies et la Lycaonie, la Mysie avec la Troade, la Lydie avec Magnésie du Sipyle et Ephèse, la rive droite de la vallée du Méandre avec Tralles, et un débouché, par la Milyade et l'enclave de Telmesse, sur la mer de Lycie. La frontière entre les États d'Eumène et ceux d'Antiochos étant difficile à déterminer en Pisidie et Pamphylie, parce qu'elle devait suivre la ligne de faîte du Taurus dont le tracé était mal connu, la question fut réservée à la décision ultérieure du Sénat. En tout cas, les commissaires ne voulurent pas, malgré les instances des Rhodiens, empiéter sur le domaine laissé à Antiochos en déclarant libre la ville de Soles en Cilicie '.

On n'est que trop porté à chercher dans les œuvres de la diplomatie romaine des calculs à longue portée et des clauses perfides. Ce qui apparaît tout au moins ici, c'est le dessein évident de maintenir un certain équilibre entre les puissances rivales du roi de Pergame et des Rhodiens, qu'ils entendaient bien dominer désormais l'une et l'autre et l'une par l'autre. L'antagonisme entre ces alliés de Rome s'était déjà révélé dans d'âpres discussions devant la curie romaine. Les Rhodiens auraient voulu libérer, pour les ouvrir librement à leur commerce, toutes les villes du littoral, et ils voyaient maintenant les clefs mômes de l'Hellespont aux mains d'Eumène. Le Sénat leur donnait la Lycie, un nid de pirates qu'il leur faudrait dompter; encore leur fut-il enjoint de les traiter avec ménagements, à la prière des Iliens, qui, héritiers des ïroyens, entendaient payer ainsi la dette de

1. Polyb., XXII, 24. XXIII, 3. Liv., XXXVII, 35-56. XXXVIII, 39.

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reconnaissance contractée par leurs ancêtres envers les Lyciens venus jadis au secours de Troie sous la conduite du héros Glaucos. De plus, Eumène, possesseur du port de Telmesse, avait pied en face d'eux sur la côte de Lycie; et, à ce point de contact, les Romains installaient un ami à eux, espion au besoin, un certain Ptolémée de Telmesse [f ], — ou son successeur, — indépendant à la fois d'Eumène et des Rhodiens dans son petit domaine '. Eumène était largement doté ; mais, en lui donnant en Thrace les possessions que Philippe de Macédoine espérait probablement recevoir en récompense de ses services, le Sénat lui préparait des tracas incessants. En Asie môme, il avait pour voisin Prusias, que les Romains n'avaient voulu ni diminuer, ni mécontenter, et qui, le cas échéant, s'entendrait mieux avec Philippe qu'avec lui. Enfin, au lieu de lui donner les vaisseaux livrés par Antiochos, les Romains avaient mieux aimé les détruire, ce qui était une façon de lui faire entendre qu'on ne verrait plus désormais avec plaisir qu'il eût une Hotte de guerre. Il était leur excellent et fidèle ami, mais il fallait qu'il eût besoin deux, et, à la première occasion, ils lui feraient sentir qu'il était désormais leur vassal.

§V La fin du règne.

Jamais souverain n'avait été plus cruellement humilié qu' Antiochos. Mais, dans cette àmc incapable de passions fortes, l'orgueil même était superficiel. On prétend qu'il se disait maintenant l'obligé du peuple romain, qui l'avait déchargé d'un fardeau trop lourd en lui laissant un petit royaume à gouverner. Valèrc Maxime trouve cette résignation admirable •. Si ces propos ne sont pas inventés ou nés

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