Val. Max., IV, 1. Ext
dans l'entourage tlu jeune Anliochos déporté comme otage à Rome, ils sentent l'ironie, qui ne suppose pas la résignation, mais qui ne convient pas non plus aux grandes douleurs. Le silence eût été plus digne. En tout cas, ce n'est pas avec des mots spirituels que Antiochos pouvait payer l'énorme dette qui lui avait été imposée. C'était là un fardeau autrement lourd que celui dont il s'applaudissait d'être débarrassé. Désormais, il lui faudrait s'ingénier pour être prêt aux échéances, et pressurer ses sujets pour satisfaire des créanciers qu'on savait âpres et fort experts en matière de contrainte.
Antiochos ne devait pas rester longtemps sous cette obsession, car le premier expédient financier qu'elle lui suggéra lui coûta la vie. Le conquérant d'autrefois était destiné à finir comme un bandit. Les frais de la guerre et les versements déjà effectués aux mains de Scipion et de Cn. Manlius Vulso avaient épuisé un Trésor dont Antiochos, en trentecinq ans de règne, n'avait pas su faire une caisse de prévoyance. Il y avait une manière de se procurer rapidement de l'argent, c'était d'en extorquer, sous un prétexte quelconque, à ceux qui disposaient d'un capital accumulé. Il est probable que le Séleucide songea tout de suite aux temples et à ses provinces orientales. Il se souvenait de 4.000 talents qu'il avait pris jadis d'un seul coup dans le temple d'Anaïtis à Ecbatane, et il savait que la déesse avait ailleurs d'autres sanctuaires également bien pourvus. Ce qu'il n'aurait pu tenter en Syrie, à Hiérapolis ou à Jérusalem sans révolter l'opinion publique passerait inaperçu dans l'Extrême-Orient. Il pourrait aussi, au cours d'une randonnée militaire dans des régions où. les Séleucides n'étaient obéis qu'à la condition de se faire craindre, déjouer et exploiter les trahisons qu'il aurait à punir. Peut-être retrouverait-il de ce côté un sourire de la Fortune : peut-être lui qui ne pouvait plus avoir en Occident ni armée ni vaisseaux reviendrait-il du fond de l'Orient assez fort pour rompre le traité
222 CHAP. VI. — ANTIOCHOS 111 LE (iRAND
(J'A pâmée. Il n'était que temps pour le vaincu de réagir contre l'insubordination de ses vassaux et de reprendre des allures de conquérant sur le théâtre de ses anciens exploits.
Le mal était plus grand encore qu'il ne pensait. La défaite de Magnésie, et surtout l'humble attitude du monarque qui avait cédé sans résister davantage la plus belle partie de son empire, avait éveillé les ambitions des satrapes et donné le signal d'une dislocation générale. En Arménie, deux « stratèges du roi », Artaxias et Zariadris, s'étaient proclamés rois, l'un de la Grande-Arménie, l'autre de la Sophène '. Les populations arméniennes que Antiochos avait replacées sous le joug en 212 étaient définitivement séparées de l'empire séleucide. Le nouveau royaume menaçait la Médie, qui avait à redouter de l'autre côté les Parthes. Heureusement, les Parthes, sous le règne du pacifique Arsace IV Phriapatios, étaient tenus en échec par l'expansion du royaume bactrien et peu disposés aux aventures. Il est probable que la Perse, oi!i les souvenirs nationaux étaient particulièrement vivaces, se rendit alors indépendante, entraînant dans sa défection la Susiane; car nous rencontrons, vingt ans plus tard, un satrape d'Antiochos IV occupé à défendre laMésène, c'est-à-dire le sud de la Babylonie, contre les Perses *. Au delà, la Drangiane, la Gédrosie, l'Arachosie, abandonnées à elle-même, durent être incorporées au royaume bactrien par Démétrios de Bactriane. Le Tigre devenait la frontière orientale de l'empire amoindri.
En somme, Antiochos devait recommencer, avec moins de forces, d'entrain et de confiance, la tournée qui lui avait valu le surnom de Grand, s'il voulait prévenir l'écroulement total de l'édilice élevé par Séleucos Nicator. Avant de partir, il prit la même précaution qu'en 212 : de inOine qu'il avait alors associé au trône son fils aîné Antiochos, mort en 192,
1. Strab., XI, p. 528. Artaxata fondée soi-disant sur le conseil d'Hannibal, réfugié auprès d'Artaxias (Plut., Lucull., 31).