CHAPITRE VII
SÉLEUCOS IV PHILOPATOR (187/6-175),
Situation humiliée de la royauté séleucide : activité discrète et rôle effacé de Séleucos IV. — Séleucos recherche l'alliance de la Ligue achéenne. — Impopularité d'Eumène II de Pergame. — Guerre entre Eumène II et Prusias II de Bithynie, arrêtée par les Romains (184).
— Mort d'Hannibal (183). — Eumène en guerre avec les Galates et Pharnace I, roi de Pont : nouvelle intervention des Romains. — Mort de Ptoiémée V Épiphane (181) : accord entre les potentats asiatiques (179). — Mort de Philippe V de Macédoine : Persée successeur (178). — Persée épouse Laodice, fille de Séleucos IV (177), et marie sa sœur à Prusias II. — Antagonisme des hellénisants et des puritains en Judée : mission d'Héliodore à Jérusalem. — Démétrios, fils du roi, remplace comme otage à Rome son oncle Antiochos (IV).
— Usurpation d'Héliodore : mort de Séleucos IV (175). — Antiochos rv ramené et intronisé à Antioche par Eumène II.
Antiochos le Grand laissait le trône de Syrie et la suite embarrassée de ses affaires à son fils Séleucos, devenu l'aîné de ses enfants par suite de la mort du jeune Antiochos en 192. Séleucos, à qui son père destinait en 196 la vice-royauté de Thrace, avait fait preuve de capacités diplomatiques et militaires au cours de la malheureuse guerre engagée par son père contre les Romains. Il avait surveillé de son mieux le littoral de l'Eolide, ménagé la reddition de Phocée, envahi le territoire de Pergame et commandé un corps d'armée à la bataille de Magnésie. En partant pour l'Orient, d'où il ne devait pas revenir, Antiochos l'avait laissé en Syrie avec les pouvoirs de vice-roi et lui avait assuré sa succession.
Le nouveau roi n'était plus un tout jeune homme : il
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avait passé tronle ans, et l'expérience des dix dernières années lui avait prolilé. Il comprenait qu'il ne pouvait briser de haute lutte le joug romain sous lequel son père avait dû se courber. Ce qu'il fallait, c'était imiter les Romains, travailler patiemment à détacher d'eux leurs alliés, nourrir les mécontentements, endormir par de belles paroles et de l'argent adroitement distribué la méfiance du Sénat, restaurer les forces militaires du royaume tout en payant les annuités de l'indemnité de guerre, et attendre l'occasion. C'est pour avoir ainsi compris son rôle et s'y être tenu que Séleucos IV reste une ligure un peu effacée entre son père « le Grand » et son frère « l'Illustre ». Appien dit de lui que « il régna douze ans, inactif et affaibli par le malheur de son père » ; S. Jérôme, que, se réduisant au rôle de collecteur de taxes et rabaissant ainsi la dignité royale, il ne fit rien de digne de la Syrie et de son père, et mourut sans combats et sans gloire*. Cela revient à dire qu'il mena la vie d'un débiteur obéré et traqué par ses créanciers. Les traits massifs et un peu empâtés de son effigie ne confirment ni ne démentent ce jugement trop sommaire. On croit y surprendre pourtant une certaine énergie, contenue et condamnée au repos, c'està-dire dépensée en intrigues et en projets. En tout cas, il ne laissait pas déchoir la dignité royale; il maintint le culte de ses ancêtres et le sien, doté d'un ilamine spécial ^
Séleucos lY passa sa vie à se chercher des alliés. On ne dit pas qu'il ait essayé de renouer quelques relations avec la Macédoine durant les huit années que vécut encore Philippe V. Il y avait de ce côté trop de fâcheux souvenirs, et d'ailleurs, si mécontent qu'il pût être des Romains, le vieux roi se croyait sans doute plus en état de donner des conseils que d'en recevoir. En tout cas, il travaillait pour son compte et dans le même sens, en ne se hâtant pas de remettre au