‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 131 sur 297 · Polyb., XXIII · texte numérisé non relu

Polyb., XXIII

SÉLEUCOS IV PHILOPATOR 231

en personne à la cour de Prusias pour exiger l'extradition d'Hannibal. Celui-ci, plutôt que d'être livré aux Romains, s'empoisonna '. Le vieux Prusias dit « le Boiteux » ('/^wXoç), qui régnait en Bithynie depuis plus de quarante ans, survécut peu à cette humiliation. On pourrait mettre son nom à la suite sur la liste des hommes marquants, Hannibal, Scipion l'Africain, Philopœmen, qui, dU-on, disparurent en cette année 183. Il eut pour successeur son fils Prusias II (183?-149) dit « le Chasseur » (Kuvriyôç), qui devait courber la tête beaucoup plus bas devant les Romains.

Eumène prenait goût à la guerre, dont, grâce à ses bons amis, il avait généralement le profit. A peine la paix signée avec Prusias, il se retourna contre les Galates, qui avaient été les alliés de Prusias, au moins en ce sens qu'ils lui avaient fourni des mercenaires. A en juger par les monuments, jeux maintenant panhelléniques (Nuyicpôpia) et inscriptions de Pergame, il doit avoir complètement battu les Galates et égalé la gloire de son père Attale I. Mais cette guerre en engendra une autre avec Pharnace (190-169), le roi de Pont, fils et successeur de Mithridate II. Mithridate s'était agité toute sa vie pour aboutir à une série de déceptions. Il avait d'abord soutenu Antiochos Hiérax contre Séleucos II; puis il avait épousé une sœur de Séleucos, dans l'espoir d'occuper la Grandc-Phrygie, que son beau-frère lui laissait comme dot; mais les Galates avaient envahi le territoire convoité. Plus tard, il avait marié ses deux filles — des Laodices, — l'une à Achaeos, l'autre à Antiochos III ; mais Achaeos avait été battu par Antiochos et Antiochos humilié par les Romains, de sorte que ni Mithridate, ni son successeur n'avaient tiré aucun bénéfice de ces magnifiques alliances. Mithridate n'avait même pas pu s'emparer de Sinope, assistée par les Rhodiens. Pharnace, que Polybe appelle « le plus scélérat de tous les rois connus avant

1. Corn. Népos {ibid., 13) sait que Hannibal anno acquievit septuagesimo ; mais, quibus consulibus interierit, non convenit.

ruAP. VII.

SÉF.EL'COS IV PIIILOPATOR

lui », voulait s'agraiulir à loul prix '. rîrusquement, il s'empara d'abord de Sinope, sans coup férir ou après un siège qui dut être mené assez vigoureusement, car ni les Rhodiens, ni les rois de Pergame et do Cappadoce n'eurent le temps de secourir la ville. Los villes de Cotyora et de Cérasonte furent dépeuplées au profit de la nouvelle capitale, que Pharnacc appela de son nom Pharnacia. A l'ouest, la prise de Téion le mettait à portée d'Héraclée et de la Bithynie, irritant Prusias II, qui n'entendait pas laisser Pharnace ravager la Paphiagonie et le menacer lui-même. Ce fut alors un concert de récriminations : tous les Etats intéressés se hâtèrent d'aller porter leurs doléances à Rome. Pharnace y envoya aussi dos avocats chargés de leur donner la réplique; mais il comptait mettre à profit le répit que lui laisseraient ces discussions pour attaquer ses voisins et mettre le Sénat en présence des faits accomplis ^

Ce que Pharnace convoitait encore, c'était la Galatie, et il n'y pouvait toucher sans provoquer contre lui une coalition des Etats limitrophes, qui allaient se sentir tous menacés ou frustrés en même temps. Il entrait par le fait en guerre avec Eumène, qui venait précisément d'imposer aux Galates et à leur prince Ortiagon son protectorat \ Si aventureux que fût le roi do Pont, il est probable qu'il comptait sur des alliés : sur son voisin de la Petite-Arménie, Mithridate, peut-être le neveu d'Antiochos III [f], qui pourrait prendre la Cappadoce à revers; sur la Macédoine, dont l'attitude intimiderait le roi de Bithynie; et enfin sur Séleucos IV, qui trouverait là une occasion d'arrêter l'insolente fortune du roi de Pergame.

En 182/1, Pharnace envoya son général Léocritos en Galatie, pendant qu'il s'apprêtait à envahir lui-même la Cappadoce. Là régnait Ariaralhe IV le Pieux, qui avait com-

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