Voy. Histoire des Lagides, II, pp
LES EXPÉDITIONS d'ÉGYPTE 255
chercha à le dc^pouiller complètement » '. Antiochos poussait le mt^pris des hommes et de la morale jusqu'au point où il devient dangereux pour le sceptique, parce qu'il fausse son jugement. C'était une maladresse que de croire les Égyptiens, les Alexandrins surtout, aussi lâches que leurs gouvernants, ou assez naïfs pour respecter les conventions arrachées à un enfant. Voulait-il réellement détrôner son neveu et annexer l'Egypte à son royaume? Le commentateur de Daniel affirme sans hésiter que Antiochos alla, en compagnie de Ptolémée, se faire sacrer à Memphis : mais le roi savait trop bien que les Romains ne le laisseraient jamais accomplir un projet aussi chimérique. Ce qu'il voulait, c'était prendre sous sa tutelle ce neveu qui avait failli être son compétiteur et gouverner — c'est-à-dire exploiter — l'Egypte sous le nom du souverain légitime, devenu un instrument docile entre ses mains.
En combinant diversement des bribes de textes et des inductions chronologiques péniblement motivées, les érudits modernes admettent tantôt deux, tantôt trois, tantôt quatre expéditions d'Antiochos en Egypte, entre 170, ou 171, ou 172, et 168 [f]. Il est bien évident que retourner en Syrie aussitôt après le pacte conclu avec Ptolémée, pour réprimer une sédition à Jérusalem, sans achever son œuvre, sans en imposer le respect aux Alexandrins, eût été, de la part d'Antiochos, une inconcevable imprudence. A Memphis, il était à moitié chemin sur la route que suivent nécessairement les armées entre Péluse et Alexandrie. C'est là peut-être que l'arrêtèrent provisoirement les nouvelles venues de la capitale.
Une révolution avait éclaté à Alexandrie, un irrésistible mouvement populaire qui avait balayé les régents et renversé le trône de Ptolémée Philométor, responsable comme eux de la grande trahison négociée avec le roi de Syrie. Ptolémée Philométor, déchu, avait été remplacé par son frère