Liv., XLIV
mer, ce à quoi ne manqueraient pas les villes dont il avait repoussé la médiation. Après quelques tentatives infructueuses, il leva le siège. Une députation des Rhodiens, qui, dans l'intérêt de leur commerce, voulaient jouer partout — et le plus souvent avec une insigne maladresse — le rôle de conciliateurs, arriva à point pour essuyer sa mauvaise humeur. Il coupa court à la prolixe harangue de leur ambassadeur Pration, en disant « qu'il n'était pas besoin de tant de discours; que la royauté appartenait à Ptolémée l'aîné; qu'il s'était arrangé avec lui depuis longtemps et étaient amis; et que, ceux qui voudraient maintenant le ramener dans la ville, lui Antiochos ne les en empocherait pas » '. Les Rhodiens auraient dû comprendre la leçon et ne pas aller recommencer auprès de Persée et des Romains leurs tentatives de médiation, qui leur valurent une réponse irritée du Sénat ^ Antiochos, qui depuis dix-huit mois n'avait éprouvé en Egypte que des mécomptes, reconduisit Ptolémée Philométor à Memphis, et, laissant une forte garnison à Péluse, il rentra en Syrie avec son armée '. Il comptait, pour retrouver une occasion propice, sur le conflit qui ne pouvait manquer d'éclater entre les deux Ptolémées, le roi d'Egypte siégeant à Memphis et le roi d'Alexandrie (169).
Antiochos s'était trompé une fois de plus, et toujours parce qu'il s'exagérait l'incapacité de ses adversaires. Au lieu de se combattre, les deux Lagides s'entendirent pour gouverner en commun. Philométor, qui avait pénétré les intentions de son oncle, lit les premières avances; Cléopàtre travailla avec zèle à la réconciliation, et les Alexandrins, qui, n'étant plus approvisionnés par l'intérieur, souffraient de la disette, y consentirent; de sorte que Philométor rentra à Alexandrie et que l'Egypte, avec deux rois, n'eut plus qu'un gouver-