Diod., XXXIV
2. / Macc, 1, 51-67. // Macc, 6, 2-10. D'après cette chronique, c'est « peu de temps après » les massacres dApoUonios (en 167?), et par ordre d'un autre commissaire royal, — « un vieillard dAntioche », — qu'a lieu la profanation du Temple.
Désormais, chaque bourgade aurait son dieu protecteur et un culte à sa portée. Le roi comptait y faire entrer l'iiommagc religieux à sa personne, représenté par l'obligation de fêter son jour de naissance *. Dans le premier moment de stupeur, les fidèles se taisaient ou se cachaient, et les renégats faisaient bruyamment parade de leur obéissance. On les voyait se promener par la ville, couronnés de lierre, les jours des fêtes de liacchus. Partout en Judée, « devant les portes des maisons et sur les places publiques, on brûlait de l'encens et offrait des sacrifices ». Les Samaritains écrivirent d'euxmêmes à Antiochos pour renier la loi de Moïse et demander que leur temple du mont Garizim fût consacré à Zeus Hellénios ou Xénios ^ Mais bientôt il avait fallu faire taire les protestations et sévir contre les indociles. La juste indignation des persécutés a sans doute exagéré la cruauté des persécuteurs et ajouté des couleurs criardes à Fhorrible tableau des tortures subies par les martyrs de la foi mosaïque, précurseurs et modèles des martyrs chrétiens.
De cette foule anonyme de suppliciés, le chroniqueur qui a écrit le second livre des Machabées a extrait un nom, le nom du vieux scribe Eléazar; et, à ce protagoniste du drame, il a joint un groupe de martyrs bien choisi pour inspirer la pitié et l'admiration, une mère vaillante qui encourage ses sept fils à affronter les tourments les plus raffinés et meurt la dernière. Ce sont ceux que, faute de connaître leurs noms, on appelle improprement « les Machabées ». Il n'est point, dans la littérature hagiographique, d'épisode plus connu, plus célébré, plus imité aussi '\ que ce drame poignant, dont l'horreur, signalée aux échos de l'avenir par la tradition
1. Il Macc, 6, 1 (les nalalicia du roi et les cortèges bachiques).
2. Joseph., XII, 5, 5 (date, 146 Sù\. = 167/6 a. C.)- H Macc, 6, 2. Le chroniniqueur croit que la Judée seule appartenait aux Séleucides, et que, dans les villes d'alentour [in proximas genlilium civilates), la persécution l'ut organisée de même par ordre des Ptoiémées (6, 8-9).
3. Cf. les Passions légendaires de Sainte Symphorose sous Hadrien et de Sainte Félicité sous Marc-Aurèle.
274 cil VI'. Mil. — A.NTIOCUOS IV LI'II'IIANE
chrétienne, a imprimé sur la mémoire du roi-bourreau une tache indélébile. Des siècles ont passé sans que l'authenticité, garantie par tant de témoignages, en ait été suspectée. Cependant, la critique qui remonte aux sources n'en trouve pas d'autre ici que la parole de cet auteur juif, anonyme et irresponsable, qui écrivait, selon toute probabilité, plus d'un siècle après l'événement '. Elle trouve singulier que l'autour du premier livre des Machabées n'ait rien su ou rien dit d'un pareil trait d'héroïsme, el encore plus, que Josèphe, si bien informé par ce devancier, lait aussi passé sous silence. On ne se représente pas mieux Anliochos Epiphane que plus tard Hadrien et Marc-Aurèle siégeant sur son tribunal, entouré de bourreaux, inrlant les promesses aux menaces, excitant le zèle de ses tortionnaires, variant les supplices et recevant en plein visage les apostrophes méprisantes de ceux qui savent mourir. Je croirais assez, pour ma part, que le voluptueux tyran ne mettait pas ses nerfs de dilettante à l'épreuve de pareils spectacles. A plus forte raison est-ce outrer même l'assertion contestable du premier garant que do montrer Antiochos parcourant « môme les villes grecques qui étaient sous sa domination, forçant les Juifs qu'il y rencontrait à sacrifier et infligeant des tortures inouïes à ceux qui résistaient » ^. Il est permis de penser que les rigueurs exercées en son nom ont dépassé ses intentions; qu'il fut trop bien servi par l'antipathie ancestrale et réciproque des Syro-IIellènes pour les Juifs; que ses fonctionnaires étaient tout disposés à enchérir sur ses ordres, et que sa présence — cette omniprésence dont le gratifie la légende — aurait peutêtre épargné aux récalcitrants les tortures que les Gréco- Romains ont toujours bannies de leurs codes. On conçoit mieux des sbires s'amusant à voir ce que pouvait endurer un juif pour ne pas manger de la chair de porc.
1. ;/ Macc, 6. 18-31 ; 7, 1-41. 11 est avéré que la prolixe amplification classée comme IV Macc. n'est pas de Josèphe. L'auteur ne connaît pas non plus les noms ni de la mère (Solonioiiis, d'après Suidas), ni des fils martyrisés.
■2. Suip. Sever., Chron., 11, 20.
Ce qui est inattendu et mérite d'être noté en passant, c'est que, cinq siècles plus tard, au temps où Antiochos Epiphane était devenu une façon d'Anticlirist et en quelque sorte responsable de toutes les persécutions religieuses dont il avait donné l'exemple, des voix chrétiennes s'élevèrent pour alléger le fardeau d'imprécations qui pesait sur sa mémoire. Au milieu du iv* siècle de notre ère, deux évoques contemporains, Optât de Milôve en Occident, Grégoire de Nazianze en Orient, s'accordent à penser que, après un premier essai, Antiochos, capable de senti uients généreux, a aussitôt arrêté la persécution. « Excepté les sept frères et un vieillard qui refusaient de manger de la chair de porc », dit Optât, « Antiochos ne mit à mort aucun juif » *. Grégoire de Nazianze termine ainsi un panégyrique des Machabées : « x\ntiochos aussi les honora, passant ainsi de la menace à l'admiration. Même des ennemis savent admirer le courage viril, lorsque, la colère une fois tombée, on examine la chose en elle-même. Aussi le roi s'en alla sans rien faire de plus (àiipaxTOî), louant beaucoup son père Séleucos pour l'estime qu'il faisait de la race et sa générosité envers le Temple, et accablant de reproches Simon qui l'avait amené, comme coupable d'inhumanité et digne d'infamie » ^
Ce serait abuser de pareils textes que de prétendre s'en servir pour récuser en bloc toute la tradition juive. Leurs auteurs sont des moralistes et des polémistes qui cherchent dans l'histoire des sujets d'édification ou des arguments de controverse et ne sont pas très scrupuleux sur le choix. Optât invoque l'exemple d' Antiochos Epiphane pour faire rougir