‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 162 sur 297 · Optât. Milevit., 0pp., VII · texte numérisé non relu

Optât. Milevit., 0pp., VII

2. Greg. Naz., Orat., XV, 11. L'orateur a cru sans doute que le prédécesseur mmédiat d'Antiochos Epiphane, Séleucos IV Philopator, était son père (ou Séleucos 1 pure au sens d'ancêtre?;, et il a dû se méprendre aussi sur le rôle de Simon. L'œuvre de réhabilitation aboutit à une légende bizarre, à un Antiochos « prince d'Antioche, qui fut seigneur et duc par le commandement de Julius César en Jérusalem w, transporté par Dieu sur le Calvaire et y fondant ''Hôpital de Jérusalem (J. Delaville le Roulx, De prima ori(/ine Hospitalarioriim

Hierosohjmilfiiionim. Paris, 188iJ), pp. Ol-lOl. Mu.

276 CHAH. vm. — VNTIOCHOS IV ÉPIPHANE

les Donalisles de leurs violences, et Grégoire songe, sans le dire, ù Julien, à Taposlal (ju'il a cloué au pilori. 11 a de môme réhabililé l'aiien Conslance, si grossi(>renienl vilipendé par les ortliodoxes de son temps, pour honnir l'apostat. Ce n'est pas à l'auteur des Invectives que l'on peut demander de l'imparlialilé. iNéanmoins, des retouches aussi libres apportées aux chroniques juives par de pieux écrivains invitent à y faire très large la part du grossissement et à en rétrécir d'autant le fonds historique.

Quoi qu'il en soit, si la légende est plus que suspecte dans le détail, elle n'est pas injuste en concentrant la responsabilité sur celui qui doit la porter tout entière. Antiochos Epiphane n'a pas l'excuse qu'on alloue aux persécuteurs qui ont été intolérants par fanatisme religieux. Par instinct de despote, par dédain de sceptique pour des scrupules qu'il était incapable de comprendre, par cupidité aussi et par rancune contre une race qu'il soupçonnait de lui préférer les Lagides, il a commis un attentat odieux contre la liberté de conscience. Il a cherché querelle à un peuple qui ne lui refusait pas l'obéissance, et qui, formant encore une nation, avait le droit de garder chez lui ses coutumes nationales, résumées dans sa Loi religieuse. Et son crime a été en môme temps une faute. Il a exalté par là l'esprit judaïque, le fanatisme xénophobe qu'il voulait extirper, et entravé à jamais une assimilation qui se serait peut-être faite à la longue sans ce brusque assaut. C'est de la détresse de la conscience juive qu'a jailli, désormais incoercible et prenant hardiment possession de l'avenir, l'espérance messianique '. Mais, ceci dit, il convient de rétablir les proportions entre cet acte isolé d'intolérance, sitôt désavoué, et l'esprit d'intolérance répandu dans le monde par le judaïsme et les religions qui se sont

1. Il est possible que non seulement les prophéties du Ps. -Daniel, mads les livres de Tobie, Judith, Esther, Uaruch, les Psaumes de Salomon, aient été suscités par cette persécution. Cf. Rev. de l'Hist. des Belig., XXXVllI [1898], p. 83. XLII [1900], p. 283.

approprie son héritage; entre les vexations infligées au peuple juif par Antiochos Epiphane et les maux sans nombre qu'a déchaînés, des siècles durant, sur l'humanité le devoir d'extirper l'erreur, complété par le souci charitable d'en préserver le prochain. Ceux qui ont imité le persécuteur ont perdu le droit de le blâmer.

Le roi de Syrie, après avoir installé dans la citadelle de Jérusalem une garnison qui s'y maintint durant un quart de siècle, laissa ses subordonnés mener la campagne d'intimidation et de répression en Judée. Quant à lui, il se consolait de ses déboires en organisant des parades fastueuses et des fêtes 011 il se plaisait à étaler ses richesses. Il prenait ainsi sa revanche sur les Romains. Ces orgueilleux Romains, qui distribuaient les rebuffades aux Rhodiens, à Prusias, et môme à leur fidèle Eumène, s'étaient préparé à Amphipolis une sorte de triomphe et d'apothéose (167/6 a. C). Leurs messages avaient invité les rois et cités d'Europe et d'x\sie aux Jeux que Paul-Emile, le vainqueur de Persée, allait célébrer et qui lui seraient une occasion de montrer aux Hellènes la puissance et la majesté du peuple romain \ Antiochos voulut répondre à cette espèce de défi par une contre-manifestation et surpasser la magnificence des Jeux célébrés à Amphipolis. Ses théores invitèrent à leur tour les cités grecques à une grande « panégyrie » religieuse que le roi allait tenir à Daphné (166 a. G.). Au jour dit, la fête fut inaugurée par une procession triomphale. On vit défiler plus de oO.OOO hommes, des troupes de toutes nations et de toutes armes, infanterie, cavalerie, chars, éléphants, tous bataillons de parade couverts de pourpre et d'or, d'armes et de harnais étincelants. Derrière venaient des rangs d'éphèbes portant des couronnes d'or, de longues files de victimes et de vases sacrés portés par des esclaves; puis, les statues des dieux, dorées ou vêtues de tissus brochés d'or, des groupes

Page 1