Polyb.,XXXI
286 CHAP. Vlll. — ANriOCHOS IV ÉPIPHANE
son appui contro les Gahiles. Le malheureux monarque ne savait pas qu'on l'avait trouvé « équivoque» dans la dernière guerre, qu'il était suspecté d'avoir eu des accointances louches avec Persée, et que le Sénat songeait à le détrôner. Polybe, qui plaide ici, non sans quelque embarras, la cause des Romains et veut les absoudre du péché d'ingratitude, nous expose leurs griefs. Kn 109, au moment oîi les Romains n'avaient guère éprouvé que des revers et oii Persée tentait de négocier après chaque rencontre, Eumène, qui avait poussé à la rupture, s'avisa qu'il pourrait rendre service aux deux partis en accommodant le différend et se faire payer grassement ses bons offices par le roi de Macédoine. Il avait donc offerl à Persée, par un agent secret, le Cretois Cydas, d'abord, de ne plus faire campagne avec les Romains l'année suivante, moyennant cinq cents talents ; après quoi il se chargerait, moyennant un nouveau versement de quinze cents talents, de décider les Romains à signer la paix. Ce fut, dit Polybe, un assaut comique de finasseries entre les deux rois, « l'un le plus roué (-avojpvÔTaTo;), l'autre le plus avaricieux des hommes », l'un multipliant les promesses, l'autre faisant semblant d'y croire, mais ne lâchant point son argent. Finalement, Eumène avait abandonné son projet, non sans avoir reçu une leçon de dignité de la part de Persée, qui consentait bien à acheter une paix définitive, mais non pas la demi-trahison dEumène pour avoir un ennemi de moins à combattre. La conduite des deux rois fut, au gré de Polybe, également stupide. Eumène, malhonnête en voulant se faire payer d'avance une paix qu'il n'était pas sûr d'oblenir, aveugle en supposant que sa soudaine volteface inspirerait confiance à Persée, oubliait par surcroît que les Romains seraient tôt ou tard instruits du marché. Persée, de son côté, perdit par son avarice une chance ou d'avoir cette paix tant désirée ou de tenir Eumène à sa merci. Vainqueur ou vaincu, il avait dans ce pacte un moyen infaillible de perdre dans l'esprit des Romains l'homme qu'il
détestait le plus et qu'il regardait comme la cp,use de tous ses malheurs. Et en ellbt, c'est par des indiscrétions des amis de Persée que les Romains furent informés après coup de cette tortueuse intrigue *.
Polybe n'a cependant pas démontré ni qu'Eumène ait eu l'intention de manquer de parole à Persée, ni qu'il ait voulu sciemment nuire aux Romains; mais un pareil marchandage, débattu à leur insu, parut aux victorieux une déloyauté criminelle. Le Sénat, non moins expert en intrigues, dissimula sa rancune et crut trouver une façon astucieuse de dissimuler aussi sa vengeance. Proposition fut faite par des officieux à Attale, qui était alors à Rome pour demander aide contre les Galates, de trahir son frère et de le remplacer. Attale avait déjà usurpé le trône de Pergame par inadvertance, eu 173/2, au moment où il avait cru mort son frère, qui avait été à Delphes Tobjet d'une tentative d'assassinat. Il avait même épousé alors sa belle-sœur, la reine Stratonice, et celle-ci, jusque-là stérile, avait donné à la dynastie un héritier, le futur Attale III, dont les deux frères se partageaient à l'amiable la paternité ^ La précipitation dont Attale avait fait preuve indiquait chez lui un certain goût pour le pouvoir, et il était à supposer qu'il céderait à la tentation de le reprendre. Un moment alléché en effet par l'oOre, mais rappelé au devoir par un afiîdé d'Eumène expédié d'urgence à Rome, Attale se contenta de demander pour lui, en apanage, les villes d'yEnos et de Maronée en Thrace. Le Sénat les lui promit, et, dès qu'il fut parti, avant même qu'il eût quitté l'Italie, un sénatusconsulte déclarant les susdites cités « villes libres » le punit d'avoir « trompé les espérances » de la vertueuse assemblée. En même temps, une ambassade présidée par P. Licinius Crassus fut envoyée pour parlementer avec les Galates : « avec quelles instructions », ajoute Polybe, « il n'est pas facile de