‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 173 sur 297 · Macc · texte numérisé non relu

Macc

(idmoli et remplacé par un autel en pierres neuves ; le matériel (lu culte refait à la luMe; et, le 25 du mois de Kislev de la 148* année séleucide (déc. 165 a. G.), trois ans jour pour jour après le sacrilège, eut lieu la dédicace du Temple purifié de ses anciennes souillures *. Le Machabée avait accompli la partie la plus diflicile de sa tache. Il avait secoué la torpeur d'une nation intimidée par des siècles de servitude et donné au patriotisme identifié avec le zèle religieux une impulsion irrésistible.

Le triomphe inespéré du petit peuple et de son Dieu, commémoré à jamais par la fête de la Dédicace [Meyillath Taanitlï) ou « Renouvellement » du Temple, eut parmi les contemporains, et plus encore dans les générations futures, un retentissement dont l'écho dure encore. La victoire d'Israël fut célébrée dans des Psaumes, classée parmi les événements providentiels qu'avaient prédits les prophètes. Des mystiques, cachés sous les noms d'Hénoch, de Daniel, de la Sibylle, élargirent les perspectives d'avenir et se plurent à annoncer le triomphe final du peuple élu sur tous les autres. C'est de cette époque que date l'expansion du messianisme, d'une espérance qui sommeillait dans l'àme israélite et qui maintenant ne paraissait plus chimérique. Depuis lors aussi, les Juifs dispersés dans le monde hellénique prennent conscience de la dignité de leur race et tâchent de faire partager aux autres l'opinion qu'ils en ont conçue. Les écrits sur les Juifs (lîepl 'louSaiwv), histoires, exposés des institutions, panégyriques, pamphlets et controverses, rédigés par des Juifs hellénisants et des Ilellènes, se multiplient, attestant que, sympathique ou hostile, — généralement malveillante, — la curiosité des Gentils s'intéresse à ce peuple jusque-là ignoré de l'histoire profane.

1. I Macc, 4, 59. On rencontre d'autrc3 supputations de cet intervalle — par exemple, trois ans et demi, — dans les commentaires sur Daniel. La fête de la Dédicace (xà 'Evxaivia. Joann., 10, 22) a passé dans le rituel chrétien. Le Ps. 118 {Benti imtrtaculali in via) est peut-être le chant triomphal qui célèbre cette récompense de la piété d'Israël.

EXPÉDITION d'aNTIOCHOS IV EN ORIENT 295

Expédition d'Antiochos IV en Orient.

Si éclatante qu'elle fût, la victoire du Machabée n'était pas définitive : il n'y avait pas de paix conclue *, et Lysias comptait bien prendre sa revanche. Il en fut empêché pour le moment par des événements mal connus, qui se résument dans l'absence et la mort d'Antiochos Epiphane. Jusqu'ici, en élaguant les divergences constatées entre les récits d'origine juive et nous bornant aux faits assurés par leur concordance, nous avons pu suivre à peu près les péripéties de la guerre en Judée. Mais maintenant, l'historien ne dispose plus, en dehors des chroniques Israélites, que de textes ou plutôt fragments de textes sans dates, sans autorité, quelquesuns suspects comme émanant de commentateurs du Pseudo- Daniel, qui cherchent dans les visions du prétendu prophète le reflet de scènes historiques, passées suivant le païen Porphyre, annoncées à l'avance, mais non moins réelles, d'après saint Jérôme. Il est à craindre qu'ils aient l'un et l'autre estimé trop haut la valeur historique de cette Apocalypse; l'un, parce que, raisonnant comme la critique moderne, il veut démontrer que l'auteur vise des faits déjà accomplis; l'autre, parce qu'il accorde que Antiochos Epiphane a pu « préfigurer » l' Antichrist et qu'il croit le prophète infaillible. Nous ne connaissons l'exégèse de Porphyre que par la réfutation de Jérôme, qui, lui du moins, se réserve la possibilité de rejeter dans un avenir lointain les allusions démenties par l'histoire du passé et d'attribuer au futur Antichrist ce que son devancier rattachait tant bien que mal aux faits et gestes d'Antiochos. Aussi Jérôme reproche à Porphyre d'avoir

1. La paix conclue par Lysias, d'après II Macc, 11, est reportée en Sel. 148 = 163 a. C, sous le règne suivant. Lettres de Lysias aux Juifs (11, 16-21); du roi Antiochos V à son frère Lysias (22-26) et aux Juifs (27-33) ; des Romains aux Juifs (34-38).

296 CHAP. Vlll. ANTIOCHOS IV ÉPIPHANE

« rôvé » que Antiochos Epiplmno, lors do ses campagnes d'E^^pto, avait parcouru la Libye et l'Ethiopie et ravagé au retour la côte de Phénicie.

Il critique de môme, en substituant l'Antichrist à Épiphane, le rdcit fait par Porphyre de l'expédition d'Antiochos en Orient. C'est une raison de n'en accepter que ce qui est confirmé par ailleurs. D'après la partie du récit que Jérôme consent à tenir pour historique, aussitôt après l'expédition d'Egypte, le roi partit pour combattre Arlaxias roi d'Arménie, lui tua beaucoup de monde et campa entre le Tigre et l'Euphrate : après quoi, il alla en Elymaïde, région soidisant située à l'extrémité orientale de la Perse. Repoussé par les gens du pays qui l'empêchèrent de piller le temple de Diane, il mourut consumé par le chagrin dans la bourgade de Tabae en Perse '. Artaxias n'est pas pour nous un inconnu. C'était cet ex-satrape d'Antiochos III qui, après la défaite du roi à Magnésie, s'était proclamé roi de la Grande- Arménie et y avait fondé Artaxata, sa capitale. Il s'était agrandi, avec la collaboration, dit-on, d'Hannibal, aux dépens de l'Atropatène et s'était assuré l'amitié de ses voisins du Pont et de laCappadoce en adhérant au traité conclu (en 179) entre les rois qui accommodèrent alors le dilîérend entre Pharnace et Eumène. Antiochos voulut revenir sur le passé et interrompre la prescription. D'après Diodore, il « vainquit Artaxias et le força à exécuter les conditions imposées ». Appien croit môme que Artaxias fut fait prisonnier ^ Comme il ne paraît pas que l'Arménie soit rentrée sous le joug syrien, il est probable que Antiochos se sera contenté de traiter le vaincu en débiteur, et que, moyennant une forte rançon, il l'aura laissé en possession du trône usurpé. On retrouve, deux ou trois ans plus tard, Artaxias proposant à Ariarathe V de Cappadoce de se partager la Sophène, aux

1. Hieron, In Dan., 11, 44-45, p. 722. Los géographes ne connaissent que Tabae en Pisidie, sur les confins de la Phrygie (Strab., XII, pp. 570. 576).

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