‹ Histoire des Séleucides (323-64 avant J.-C.)Chapitre 177 sur 297 · Macc, 9, 14-29. Cf., sur Philippe, / Macc · texte numérisé non relu

Macc, 9, 14-29. Cf., sur Philippe, / Macc

2. Joseph., XII, 9, 1. Le passage visé est Polyb., XXXI, 11. Je ne sais quelle

300 r.HAP. VIII, ANTIOCHOS IV KPIPHANE

a réellemont consulté Polybe, il no Ta pas regardé de près, car lui aussi fait do la province d'Elymaide une cité qu'il place en Perse, comme avant lui le premier chroniqueur des Machabées. C'est uniquement sur la foi d'un lecteur aussi attentif que nos diascévastes ont imputé ce fragment présumé de Polybc au règne d'Antiochos Epiphane. Il est probable que Josèphe — s'il n'a pas commis lui-môme la méprise — a prélevé sa référence sur un résumé fait par quelque compilateur qui a bien pu y introduire une confusion entre Antiochos III, mort ou blessé à mort en Elymaïde, et Antiochos IV, mort en Perse. On ne trouve, en effet, dans ce texte de Polybe d'autre désignation que « le roi Antiochos », et il est à remarquer que ce texte terminerait au moins aussi bien la biographie d'Antiochos le Grand, dont la fin manque dans l'ordonnance actuelle de l'historien. Si Antiochos Epiphane est parti pour combattre l'Arménien Artaxias et les Parthes, il est singulier que Polybe le représente uniquement préoccupé d'amasser de l'argent et se dirigeant tout droit sur l'Elymaïde, absolument comme Antiochos le Grand endetté et pressé par ses créanciers. Autant dire que l'expédition dont d'autres parlent — et vraisemblablement d'après le même Polybe — n'aurait pas eu lieu, puisqu'elle aurait trouvé ici son terme. Ce brusque dénouement convient au contraire très bien à la dernière expédition d'Antiochos le Grand, arrêtée à sa première étape, dans la même région et pour le même motif. Aussi le témoignage de Polybe se retrouve presque mot pour mot dans un fragment ou résumé de Diodore, cité plus haut et classé parmi ceux qui visent Antiochos le Grand, celui-ci étant clairement désigné aussi dans un autre passage du même auteur comme spoliateur du temple élymaïque et mis en parallèle avec son contemporain Philippe V de Macédoine '.

autorité peut avoir ce texte dit de Polybe, emprunté aux Fragmenta Peiresciana ou Valesiana, c'est-à-dire à des compilations byzantines, et qui peut être le produit hybride dune contamination. 1. Voy. ci-dessus, p. 224, 1.

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Les commentateurs de Daniel, plus préoccupés de polémique que d'histoire, ont naturellement puisé aux sources juives et n'ont fait que réduire le récit à sa plus simple expression. Appien a suivi l'opinion courante de son temps, sans autre variante, dans sa brève mention, que le nom d'Aphrodite Élymaeenne substitué à celui d'Artémis *. En somme, le texte dit de Polybe étant rendu à sa véritable ou tout au moins probable destination, les trois ou quatre témoignages à la charge d'Antiochos Epiphane sont de même origine et ne font que répéter, avec variantes, le premier, celui de la chronique juive des Machabées.

Or, l'assertion des historiens juifs est légitimement suspecte. Elle l'était peut-être aux yeux d'Eusèbe, qui n'y fait aucune allusion. Il sait que Antiochos le Grand a été tué in Elimaeorum proelio ; mais il ne dit rien, absolument rien, de la mort d'Antiochos Epiphane. Suidas, un moine du X* siècle, dans l'article de son Lcxicon concernant Antiochos Epiphane, a enflé à plaisir les méfaits et cruautés du roi à Jérusalem; mais il se contente de dire à la fin : « Antiochos, ayant fait expédition contre les Perses, recula vaincu et termina misérablement son existence » ^ C'est bien le châtiment, mais non d'un sacrilège commis en Elymaïde ou en Perse. Ces auteurs chrétiens ont négligé sciemment l'occasion de confirmer un récit qu'ils devaient parfaitement connaître. Ils ont supprimé le point de suture par lequel le dernier chapitre de la biographie d'Antiochos le Grand s'est

1. Antiochos, le père d'Antiochos Eupator, t6 rr,? 'EXui^abç 'A'fpoStxTiî îepàv loTlXTiae, xai sBivcov ixzkzùir^'sz (Appian., Syr., 66). Cette version juive devait être propagée par la colonie juive d'Alexandrie, et Appien était Alexandrin. J'admets, sur la foi de S. Jérôme, ce dont on pourrait douter : à savoir, que c'est bien d'Antiochos Epiphane, et non d'Antiochos le Grand, que parlait Porphyre. Pour sa thèse, le choix importait peu.

2. Euseb., I, p. 2o3 Schœne. Suidas, s. v. ' A'nioyo^. La discrétion de Suidas est d'autant plus étonnante qu'il cite ailleurs (s. v. 6ai[j.ovâv) les dernières lignes du texte attribué par Josèphe à Polybe, mais en supprimant dans t6 irpoc'.pT.aÉvov Upôv le mot T:poe'.pT,[j.év(jv, de façon à éliminer des crimes d'Antiochos le sacrilège commis en Elymaïde et à réserver le châtiment au persécuteur des Juifs.

adapté à celle d'Anliochos Epiphane. Qu'ils aient cru, ce faisant, travailler à la plus grande gloire de Dieu plutôt que rectifier une erreur historique, il est possible. On a vu plus haut que Jérôme n'accepte qu'à regret le commentaire de Porpiiyre, lequel évidemment tournait aussi à l'honneur des dieux helléniques Tincident survenu en Eiymaïde, interprété comme cause immédiate de la mort d'Antiochos Epiphane *. Du reste, on peut toujours récuser un argument a silentio^ surtout quand on entrevoit un motif de considérer une omission comme une réticence voulue. Mais l'argument prend une force singulière, fondé sur le silence des auteurs profanes. Ceux-là apparemment avaient lu Polybe; c'est à lui sans doute qu'ils ont emprunté ce qu'ils racontent de la mort d'Antiochos le Grand : or, nous constatons qu'ils ignorent ce que Josèphe lui fait dire à l'appui de la version des chroniqueurs juifs. En fait de sacrilège, Justin, comme Diodore, ne relate que celui d'Antiochos le Grand, et il oublie de parler de la fin d'x\ntiochos IV, à laquelle il n'a sans doute rien trouvé d'extraordinaire. Strabon de même; il sait que Antiochos le Grand a vainement tenté et que le Parthe (Mithridate I) a opéré la spoliation des trésors des temples d'Elymaïde; mais il ne connaît pas d'autre nom attaché à une aventure de ce genre '. Tacite n'a môme pas ajouté un mot pour dire comment finit l'expédition d'Antiochos IV contre les Parthes.

Ce silence d'auteurs généralement bien informés a de quoi surprendre. En revanche, il n'est pas difficile de présumer l'état d'esprit qui a engendré la tradition juive. Pour un Juif croyant, il fallait que l'auteur du plus grand sacrilège qu'eût jamais connu le monde reçût un châtiment aussi grand que son crime, et qu'on y vît l'intervention divine. Autrement,

1. Haec ille in suggillalionem nostri [se. prophetae] ai'lificiosissimo sermone composuit, quae etiamsi poliieril approbare non de Antichrislo dicta, sed de Anliocho, quid ad ?ios ... ? Pone etiam haec dici de Antiocho, quid nocet rcligioni nostrae? (p. "22).

2. Justin., XXXll, 2, 1-2 : cf. ci-dessus, p. 223-2. Strab., XVJ, p. 744.

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rinipunité assurée à Epiphane, alors que les dieux païens avaient su venger leurs injures sur Anliochos le Grand, eût fait douter de la justice ou de la puissance de Jahvch. Antiochos Épipliane devait mourir de la mort des persécuteurs, rongé de vers et pourrissant sur pied, comme plus tard, suivant la formule à l'usage des juifs et des chrétiens, Hérode le Grand, Hérode Agrippa, le propréteur de Cappadoce Herminianus, rempcreur Galère et d'autres encore. Ce genre de supplice était même reconnu mystérieux par les Gentils. C'est ainsi que moururent, en punition de leurs cruautés, Phérélime reine deCyrène, Salyros tyran d'IIéraclée, Sylla. Polybe lui-même incline à penser que l'auteur de l'attentat commis contre le temple d'Elymaïde en a été puni par les dieux *. Le procédé fut mis au service de toutes les rancunes doctrinales. Phérécyde de Scyros et Platon déplaisaient évidemment à ceux qui les ont dit morts de cpOeipiao-'.ç; l'astrologue Firmicus Maternus est convaincu que Plotin est mort affreusement gangrené pour avoir douté de la puissance des astres. Comme spoliateur des temples de l'Egypte et autres lieux, Antiochos Epiphane avait sa réputation faite, même aux yeux des païens. Un contemporain des Antonins, Granius Licinianus, a entendu dire qu'il avait eu le cynisme d'emporter les vases sacrés du temple d'Hiérapolis, comme dot de la déesse (Atargatis), qu'il était censé épouser, ne laissant à sa femme céleste que l'anneau de fiançailles. C'est de ce sacrilège quil aurait été puni par la mort, aggravée de la privation de sépulture. « Lorsque son corps fut transporté à Antioche, les chevaux s'étant tout à coup effrayés, il fut précipité dans le fleuve et ne reparut plus » ^.

1. Polybe, pour qui les religions sont des freins sociaux inventés par les hommes, sabstient de les discréditer. Ailleurs (XXXII, 25), il n'est pas loin de considérer comme le châtiment de sacrilèges commis par Prusias H le désastre de son armée, décimée par la disette et la dysenterie. Les Grecs, qui ont fait des « guerres sacrées » pour protéger le temple de Delphes, tenaient le sacrilège (Upos'jXfa) pour un crime que les dieux vengeaient toujours, sur le coupable ou sur sa postérité. Les exemples abondent de cette terreur religieuse, utilement entretenue par les oracles.

2. Gran. Licinian., 28, p. 6 Flemisch {Graccho ilerum consule [163 a. C],

Sans incriminer la bonne foi des chroniqueurs juifs, on peut bien penser que, renconirant le nom d'Anliochos môle à diverses histoires de sacrilèges punis, de l'aveu môme des païens, par une mort pn'maturéo, ils y ont reconnu à première vue et sans s'informer davantage non pas Anliochos le Grand, qui avait été leur bienfaiteur, mais leur tyran abhorré, l'Impie par excellence, Antiochos Epiphane frappé par Jahveh. Ils ont été ainsi amenés à lui imputer, outre ses propres crimes, le méfait de son père. Lu confusion était d'autant plus facile que l'un et l'autre sont morts à peu près au môme âge, entie cinquante-deux et cinquante-cinq ans, et à peu près dans les mômes régions, du côté de l'Orient. Entre deux traditions dont l'une faisait mourir le père en Elymaïde de mort violente, et le fils en Perse, de maladie, mais d'une maladie soudaine et violente, elle aussi, les divergences s'aplanirent d'elles-mêmes. Il suffît à des géograpbes de cette force de faire de l'Elymaïde une cité et de la transporter en Perse, ou môme, en lui conservant le nom de région, comme fait Jérôme, de la placer aux confins orientaux de la Perse. La différence entre l'Antiochos tué dans le temple et celui qui alla mourir ailleurs d'un mal mystérieux devint négligeable. Encore a-t-elle été supprimée par le chroniqueur qui fait couper en morceaux dans le sanctuaire le cadavre du larron. L'opinion une fois fixée et répandue dans le monde par les Juifs a pris peu à peu la valeur des assertions qui n'ont pas été réfutées à temps. Il est non pas impossible, mais tout à fait invraisemblable, que deux Séleucides, le père et le fils, à quelque vingt ans de distance, soient allés se prendre au môme piège, dans des circonstances iden-

lurpiter periit noctu). La déesse-épouse est empruntée à la version de // Macc, mais muée d'Anahit en Atargatis et transportée de Perse en Cyrrhestique. Hiérapolis, la « Ville Sainte », est le nom religieux de Bambj'ke. La plaisanterie des mariages divins fut, dit-on, renouvelée à Athènes par d'etlrontés adulateurs, qui fiancèrent Antoine à Athéna. Antoine le prit fort bien : il fixa la dot de sa femme à un million — ou même six millions — de drachmes (Senec, Suasor., 1, 7. Dio Cass., XLVIII, 39).

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tiques, et commettent exactement les mêmes imprudences, sans que l'exemple du premier ait servi de leçon au second. S'il faut choisir entre les deux, il me paraît tout indiqué d'opter pour celui qui n'avait pas, jusqu'au dernier moment, la réputation d'un coutumier du sacrilège, celui pour lequel on n'aurait pas inventé un châtiment céleste s'il n'y avait donné lieu.

L'option s'impose entre les deux récits, attendu qu'on ne les trouve juxtaposés dans aucune des sources dont nous disposons. Personne, que je sache, parmi les auteurs anciens, n'a songé à signaler, ne fût-ce que d'un mot, la singulière destinée du père et du fils, pareille pour le crime et le châtiment. Aucun n'a été tenté par ce thème facile, plus frappant que le rapprochement fait par Justin de Séleucos II et Antiochos Iliérax, plus opportun que le parallèle institué par Diodore entre Antiochos III et Philippe V de Macédoine. Il n'y a pour eux qu'un seul spoliateur du temple de Bel ou d'Anahit, Antiochos le Grand pour les uns, Antiochos Epiphane pour les autres. Remarquons, au surplus, qu'il n'y a pas de variantes sur la région oii est mort Antiochos le Grand, tandis que Antiochos Epiphane meurt tantôt dans le temple même qu'il voulait dévaliser, — soit enElymaïde, soit à Persépolis, — tantôt à ïabae en Perse, tantôt en Babylonie ou sur le chemin d'Ecbatane à Jérusalem *, ou encore en revenant du banquet nuptial d'Hiérapolis. Gela devrait suffire à indiquer de quel côté on a chance de rencontrer la vérité historique et de quel côté la fantaisie s'est donné libre carrière. Jean d'Antioche, qui écrivait au vu* siècle de notre ère (?), dans le pays où le souvenir de la sinistre aventure aurait dû le mieux se conserver, Jean, dis-je, répudie tous ces arrangements dramatiques : il croit que Antiochos Epiphane « trépassa en remontant » de Jérusalem en Syrie, et

1. Les noms de Nanaia (Anaia) et d'Ecbatane, introduits dans la chronique des Machabées (ci-dessus, pp. 298-299), doivent être des réminiscences du sacrilège commis sur le temple dAnahit à Ecbatane par Antiochos le Grand (ci-dessus, p. 160).

so

(l'une moit qui ne donne lieu de sa part à aucune réflexion. Cette simplilication, encore dépourvue de valeur historique, achève de démontrer que la version juive, ignorée ou dédaignée par les Gentils, n'a pas été non plus universellement acceptée par la tradition chrétienne '.

En voilà assez, sinon pour reléguer définitivement dans la légende des récits dont la critique n'ose pas encore déblayer l'histoire, du moins pour laisser planer un doute légitime sur la version haineuse et vengeresse de la fin du grand persécuteur d'Israël. La conclusion la plus probable à tirer de tant d'hypothèses, en prélevant sur les assertions contradictoires les faits qui ne peuvent servir d'arguments à une idée préconçue, c'est que Antiochos Epiphane mourut de maladie au cours de sa dernière expédition dans les provinces orientales, dans une bourgade de la Perse, d'oii son corps fut ramené à Antioche par son « frère de lait » Philippe, un personnage avec lequel nous ferons bientôt plus ample connaissance.

1. Jo. Antioch., fr. 58 {FHG., p. 559). 11 emploie même l'euphémisme : Aùtô; x£ ÈTil xi.v S'jofav iveXÔwv (jLexaXT.ât'cs i t6v ptov. Les deux premiers livres des Machabées n'étaient pas alors, comme depuis le Concile de Trente, o deutéro-canoniques ».

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