CHAPITRE IX
ANTIOCHOS V EUPATOR (164-162).
Le trône usurpé par Anliochos V, fils mineur d'Antiochos IV, au détriment de Démétrios (I), fils de Séleucos IV : régence de Lysias, concurrent de Philippe. — Continuation de la guerre de Judée : succès de Judas Machabée. — Lysias et Antiochos en Judée : siège de Jérusalem. — Philippe mis à mort par Lysias (163). — Exode d'Onias V en Egypte. — Intervention romaine : Cn. Octavius assassiné à Laodicée (162). — Le prétendant Démétrios s'enfuit de Rome : Lysias et Antiochos livrés à Démétrios et mis à mort (162).
Antiochos Épiphane mourut comme il avait vécu, signalant sa fin par un dernier caprice et une suprême imprudence. Il voulut transmettre à son jeune fils, Antiochos V Eupator, alors âgé d'environ neuf ans, le trône qu'il avait usurpé au détriment de la branche aînée, représentée par son neveu Démétrios, le fils de Séleucos IV. Il se fiait aux Romains pour retenir à Rome leur otage, et, pour plus de sûreté, il avait, avant de quitter Antioche, associé l'enfant à la dignité royale. Mais, comme si ce n'était pas assez d'une compétition possible et même probable, il introduisit luimême une compétition pour la régence en nommant au dernier moment, comme régent et tuteur du jeune roi, son favori Philippe, sans songer qu'il allait ainsi exposer la couronne et la personne d'Eupator aux hasards d'une guerre civile entre Philippe et Lysias '. Avait-il, sur les informations
1. / Macc, 6, 14-17. Jo3eph., XII, 9, 2. Le Sénat avait, d'une façon plus ou moins explicite, reconnu Antiochos V, qui avait à ses yeux le mérite d'être mineur et incapable. Antiochi Epiphanis regnum senatus filio Antiochi Antiocho puero adkibuit qui paulo post vila turpiter privatus est (Gran. Licinian., 28, p. 10 Flemisch;.
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venues de Judc^e, jugé Lysias incapable, ou l'ambitieux Philippe avait-il interprété à sa façon les dernières instructions du mourant, c'est une question pour nous insoluble.
Pendant qu'Epiphane était en Orient, Lysias avait essayé d'étoulTer l'insurrection juive : puis, après la bataille de Belhzour (16o), il l'avait laissée aux prises avec les haines que son succès avait ravivées chez les peuplades et tribus d'alentours. Edomites, Ammonites, Grecs du littoral, Arabes même, furent successivement battus par le Machabée, qui mit ensuite à feu et à sang le pays de Galaad pour délivrer et ramener en Judée les Israélites molestés par les Bédouins de la contrée, pendant que son frère Simon donnait la chasse aux païens de Galilée. L'offensive se faisait même sentir du côté de la Phénicic. Gorgias repoussa une attaque dirigée contre lamnia par Joseph et Azarias, lieutenants et émules des Hasmonéens : mais le Machabée luimême pénétra dans Azotos, y saccagea les temples et s'en retourna chargé de butin.
Lysias sentit sans doute que de pareils mécomptes ébranlaient l'autorité royale en Cœlé-Syrie, dans un pays où l'on pouvait regretter encore la domination égyptienne : mais il avait des raisons d'être prudent. La nouvelle de la mort d'Antiochos IV, qui dut parvenir en Syrie vers ce moment, ne put qu'enhardir les révoltés. Ceux-ci voulurent enfin expulser de la citadelle de Jérusalem la garnison syrienne qui les y bravait depuis quatre ans. Mais quelques assiégés purent s'échapper, et, accompagnés de renégats juifs, ils allèrent porter leurs doléances à Anlioche. Le jeune roi se mit dans une grande colère, car on imputait tant d'incroyables revers à l'incapacité ou à la trahison des chefs de l'armée. Les récriminations durent porter principalement sur le gouverneur Ptolémée Macron, qui avait essayé d'une politique d'apaisement et de conciliation. Ce fonctionnaire, qui était passé naguère du service des Ptolémées au service des Séleucides, avait bien pu, disait-on, trahir aussi ses nouveaux
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maîtres. Ptolémée, las des calomnies dont il était l'objet, s'empoisonna '. Donc, le roi, après avoirtenu conseil, fit venir de tous côtés, « des autres royaumes et des îles de la mer (Egée), des armées mercenaires », il marcha en personne, avec Lysias, sur la Judée à la tête de 120.000 hommes et 32 éléphants « dressés au combat » ".
Cette fois encore, l'armée royale prit par l'Idumée et s'avança jusqu'à Bethzour ou un peu plus loin, à Bethzacharia. Elle s'y heurta à la petite troupe du Machabée, qui, intrépide au milieu de l'effroi général, assaillit vaillamment l'avant-garde de l'armée en marche. C'est dans un de ces engagements qu'Eléazar, un des frères du Machabée, se dévoua » pour sauver son peuple et acquérir une renommée éternelle ». Supposant que le roi se trouvait sur un éléphant remarquable par sa taille et la richesse de son harnachement, il se fraya un chemin à travers les rangs ennemis, se glissa sous le ventre de la bête pour lui porter le coup mortel et périt écrasé par la chute de l'énorme animal ^ Mais les efforts d'une poignée de braves ne purent arrêter l'armée royale, qui, après avoir occupé Bethzour, vint mettre le siège devant Jérusalem. La famine éclaircit bientôt les rangs des assiégés enfermés dans la forteresse de Sion ; mais les assiégeants ne souffraient guère moins, car on se trouvait précisément dans l'année sabbatique (164/3), durant laquelle la terre restait en friche [y]. Les provisions alimentaires existant dans le pays ne suffisaient pas au ravitaillement de l'armée d'invasion. Le siège tournant au blocus aurait sans doute fini par l'extermination des patriotes, si un incident imprévu n était venu à leur secours.
Lysias, qui était retourné à Antioche pour administrer le royaume, apprit que Philippe revenait d'Orient avec l'armée royale et qu'il avait la prétention de s'emparer de la régence,